Les modalités du retour

Plusieurs cas de figure existent et doivent être distingués pour comprendre la complexité du retour des femmes sur le marché du travail :
- Un retour souhaité versus un retour sous contrainte (dans l'urgence) ;
- Un statut de demandeuse d'emploi versus sans statut ;
- Un retour à temps plein versus un retour à temps partiel ;
- Un retour par à-coups.

Un retour souhaité versus un retour sous contrainte

On le comprend aisément, le retour non contraint pourra se faire en douceur et, le plus souvent, par étapes, alors que lorsque des pressions externes sont à l'origine de ce retour (perte de revenus suite à un décès, une maladie, une perte d'emploi du conjoint ou une séparation), le retour est à réaliser dans l'urgence, ce qui ne permet pas d'élaborer une stratégie professionnelle dans de bonnes conditions, sauf si la femme envisageait déjà son retour sur le marché du travail avant la survenance de la crise, qui en précipite néanmoins le timing.

Les femmes qui peuvent se permettre de planifier leur retour sont le plus souvent des femmes diplômées et dont le conjoint subvient sans souci aux besoins financiers familiaux. Leurs démarches pour retrouver de l'emploi s'étalent souvent sur une plus longue période car elles vont prendre le temps de définir leurs compétences, l'adéquation de celles-ci avec le marché actuel de l'emploi, leur projet professionnel (intérêts personnels qui sont parfois très différents de ce qu'ils étaient lorsqu'elles ont réalisé leurs études), les modalités d'organisation pour arri-ver à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle., etc. Ces femmes vont ainsi se tester comme bénévoles dans des associations de natures diverses, ou dans un investissement politique; elles vont reprendre les formations nécessaires, parfois des formations assez longues ou lourdes. Ce faisant, elles vont progressivement travailler leur réseau, annonçant leur retour, entamant des collaborations, etc. C'est ainsi qu'une de nos répondantes, mère de famille nombreuse, a retrouvé du travail après une formation, grâce au bouche-à-oreille :

" Alors j'ai été à un entretien avec ce professeur (…) qui a trouvé extraordinaire une mère de famille nombreuse et qui avait presque 50 ans et qui en voulait. Alors il m'a dit " écoutez, je ne peux pas vous offrir une place dans mon laboratoire de recherches parce que vous n'êtes plus qualifiée mais j'ai ma secrétaire qui va partir en congé d'accouchement, alors si vous savez taper, vous allez prendre sa place ".

Cette modalité d'approche du marché de l'emploi va leur permet-tre de l'aborder dans les meilleurs termes. Cela ne signifie pas que cette période n'est pas parsemée de doutes et qu'elles ne sont pas demandeuses d'accompagnement pour construire ce projet professionnel.

Le cas opposé est celui des femmes qui doivent, pour des raisons financières suite à une séparation ou à une perte de revenus (du conjoint, des allocations de chômage) trouver du travail dans l'urgence. Elles n'ont donc pas le temps de planifier, 
comme les femmes que nous venons de décrire, leur retour sur le marché de l'emploi. Elles doivent faire face aux employeurs avec leurs compétences telles qu'elles sont ou qu'elles les perçoivent, sans avoir le temps de suivre des formations. Elles doivent, en outre, faire face à des difficultés d'ordre psychologique et d'organisation pour la garde des enfants. Ces femmes se voient dans l'obligation de prendre " n'importe quel " boulot, à savoir le plus souvent un travail en-dessous de leur qualification initiale et souvent aussi en dehors de leurs compétences.

Le niveau de diplôme joue toutefois ici un rôle non négligeable, car même si une femme est engagée à un niveau moindre que celui attesté par son diplôme, il n'empêche, que plus elle est diplômée, plus elle aura accès à des emplois mieux valorisés, mieux payés, souvent à des heures plus habituelles (horaires de bureau). A l'inverse, les femmes moins diplômées seront amenées à travailler dans des secteurs tels que la vente, le nettoyage ou l'Horeca, donc dans des emplois moins bien rémunérés et selon des horaires peu compatibles avec une vie de famille. Ce sont elles aussi qui risquent de devoir assumer de longs trajets entre le(s) lieu(x) de travail et le domicile ce qui augmente le nombre d'heures où leurs enfants doivent se débrouiller sans elles.

Un retour sous statut de demandeuse d'emploi versus un retour sans statut

Les femmes qui arrêtent de travailler volontairement et décident de ne pas introduire de demande d'allocations de chômage sont souvent mal conseillées que ce soit par le Forem, l'ONEM ou encore les organismes de paiement des allocations de chômage (syndicats et CAPAC). Ceci n'est pas neutre, car une fois qu'elles veulent retravailler, elles ne pensent pas à aller chercher de l'aide auprès du FOREM ou d'autres organismes qui accompa-gnent traditionnellement les personnes ayant le statut de demandeur d'emploi. En effet, plusieurs femmes rencontrées, qui n'ont pas ce statut, ont souvent l'impression qu'elles ne peuvent pas demander de l'aide auprès du Forem.

Si en plus elles sont diplômées, ces femmes trouvent encore plus difficilement de l'aide auprès de ces organismes, dont une partie du personnel semble estimer qu'avec leur qualification, elles peuvent se débrouiller seules. Or, les témoignages le montrent, ce n'est pas parce que ces femmes disposent d' un diplôme, qu'elles n'ont pas besoin d'être remises en confiance et accompagnées dans leur bilan de compétences, dans la définition de leur projet professionnel et dans leur recherche d'emploi. C'est d'autant plus nécessaire lorsqu'elles se trouvent " coincées " dans un secteur spécifique lié à leur formation de base alors que celui-ci a évolué et que leur projet professionnel n'est plus en adéquation avec leur diplôme et formation initiale.

Un retour à temps plein versus un retour à temps partiel

Dans une série de cas, c'est l'emploi à temps plein qui est visé que ce soit par envie ou par obligation.

Cependant, pour les femmes qui ont encore la charge d'enfants d'âge primaire, voire d'adolescents, les exigences de la conciliation vie familiale-vie professionnelle, continuent à rythmer les temps de vie, à structurer les priorités et les choix. Elles recherchent un travail aux horaires compatibles avec celui de leurs enfants. C'est d'autant plus le cas lorsque les enfants ou le proche dont elles assurent la charge est malade ou handicapé et requiert une attention particulière.

Pour les femmes peu diplômées demandeuses d'emploi indemnisées, la solution qui semble rencontrer leurs attentes tant qu'elles ont des enfants sous leur responsabilité est celle qui consiste à garder leurs allocations de chômage tout en effectuant quelques heures de travail rémunérées. Recommencer par quelques heures de prestations permet de s'organiser progressivement, si possible en augmentant petit à petit le nombre d'heures prestées jusqu'à un horaire plus complet lorsque les enfants sont plus grands (souvent lorsque les enfants sont sortis de l'adolescence). Une telle activité permet de cumuler un avantage financier, au maintien d'une présence auprès de leurs enfants qui est essentielle à leurs yeux. Il s'agit plus souvent de femmes, souvent mères célibataires ou assumant seules les enfants qui habitent des zones peu favorisées où les jeunes sans surveillance se retrouvent dans des situations à risques. Elles veulent aussi éviter que leurs enfants ne tombent dans une assuétude liée à Internet ou aux jeux électroniques, entraînant des décrochages scolaires et une désocialisation. Malheureusement, la législation ne favorise pas ces modalités de reprise progressive car quelques heures travaillées de manière déclarée ne peuvent être additionnées à des allocations de chômage (sauf pour les chèques ALE). Il en va de même pour le statut d'indépendante à titre complémentaire.

Les reconversions professionnelles positives
Un certain nombre de femmes ont effectué une reconversion professionnelle positive lors de leur retour à l'emploi. La reconversion est appelée positive dans la recherche quand elle permet de rencontrer le projet personnel de la femme, lui assure une bonne estime d'elle-même et des revenus suffisants par rapport à ses besoins.

Trois types de reconversions ont été distingués : les reconversions partielles, les reconversions totales et les progressions professionnelles.

Les reconversions partielles concernent les cas où les femmes effectuent un changement de profession par rapport à celle pratiquée avant leur interruption de carrière, mais en s'arc-boutant sur les connaissances et compétences professionnelles initialement acquises, et donc en s'orientant vers des domaines proches ou permettant une remobilisation des acquis antérieurs. C'est le cas par exemple d'une ancienne avocate devenant consultante, d'une femme médecin devenant ostéopathe ou encore d'une laborantine devenant secrétaire médicale.

Les reconversions totales supposent un changement radical d'orientation par rapport à la formation ou la profession initiale. Ces reconversions se font par le biais de formations ou d'entrée dans de nouveaux réseaux. Des exemples de ce type de reconversions sont les cas d'une géologue devenue architecte d'intérieur, d'une comptable devenue modiste ou d'une enseignante devenue sculptrice.

Les progressions professionnelles sont le fait de femmes qui, par une accumulation progressive de compétences et de connaissances, entrent dans un domaine d'activité nouveau ou pro-gressent dans un secteur d'activité pour lequel elles possédaient des bases avant leur interruption de carrière. Le retour sur le marché de l'emploi se place sous l'angle du désir de progresser, de reprendre des projets de jeunesse que les circonstances de la vie n'avaient pas permis de réaliser. On se situe ici non pas dans le registre de la rupture mais d'un processus par étapes. C'est le cas d'une femme ayant mené une vie de petits boulots qui reprend une formation d'aide soignante pour évoluer vers le métier d'infirmière qu'elle désire exercer. Ou encore celui d'une vendeuse qui par le biais de diverses formations devient gestionnaire.

Les reconversions professionnelles se basent sur deux éléments : le sentiment de se trouver dans une impasse par rapport à la formation ou au métier exercé avant le retrait du marché du travail et le développement de nouveaux centres d'intérêts pendant la période de retrait.

Ces femmes tentent de concilier la nécessité de gagner leur vie avec leurs goûts personnels, ce qu'elles n'avaient pas toujours fait précédemment.

Trois phases ont été dégagées dans le processus de reconversion : la phase de latence, qui correspond à la mise à distance du foyer, par le développement d'activités externes, la phase de définition d'un nouveau projet de vie lié à un nouveau projet professionnel et enfin la phase de mise en oeuvre concrète de ce projet de reconversion.

La mise en oeuvre d'un projet de reconversion se fait selon des temporalités différentes selon les cas mais nécessite toujours quelques années. Une reconversion professionnelle réussie nécessite un temps de maturation. La qualité de l'accompagnement reçu lors de la mise en oeuvre du projet est un élément important pour sa réalisation concrète.