"Comme Hobbes, j'affirme que la pensée est indissociable de la matière qui pense.
Comme Bacon, j'affirme que le monde des sens est à l'origine de toute compréhension humaine.
Comme Locke, j'affirme que toutes les idées humaines sont attribuables au fonctionnement des sens.
Comme Kant, j'affirme l'origine mécanique de l'univers et que la création est un processus naturel et historique.
Comme Laplace, j'affirme que l'hypothèse d'un Créateur est inutile".

Cette affirmation athée en guise d'exergue pour d'emblée vous situer le personnage, confirmée avec :
"Je ne reconnais aucun dieu et c'est donc l'humanité que je vénère; j'ai appris à quel point les hommes peuvent être mépri-sables, mais cela ne fait qu'augmenter mon admiration pour eux, car j'ai mesuré le chemin qu'ils doivent parcourir pour se hisser à des hauteurs sublimes. Que l'homme est petit, et qu'il est grand aussi !".
Qui ignore jusqu'au nom de Jack London ? Peut-être les nouvelles générations ? Non si les parents ont conservé des livres de la "bibliothèque verte" ou "folio junior". Ou s'ils ont vu "L'appel de la forêt" (Ken Annakin) avec Charlton Heston et Michèle Mercier.
Les lecteurs francophones n'ont eu connaissance de l'œuvre de Jack London que plusieurs années après sa mort par le travail de Paul GRUYER et ensuite de Louis POSTIF qui traduira toute la production littéraire de Jack.

Les jeunes des années 50 ont "dévoré" l'appel de la forêt, Croc blanc, Belliou la fumée, Jerry dans l'île, Mickael, chien de cirque, les enfants du froid, en pays lointain ainsi que quelques autres oeuvres dans une collection pour la jeunesse. La croisière du Dazzler est pourtant l’un des rares romans écrits pour la jeunesse, où Jack London transpose ses propres expé-riences d'adolescent dans la baie de San Francisco. Par contre, les œuvres politiquement engagées, sociales ou fantastiques ne seront éditées en français que tardivement (collection 10/18 UGE ab 1973). Les commentaires sont de Francis LACASSIN, qui traduira par ailleurs des textes inédits non publiés ou publiés dans les journaux locaux de San Francisco.
Né à San Francisco le 12 janvier 1876, sous le nom de John Griffith Chaney. William Henry Chaney, le père, était astrologue itinérant ; il avait séduit la future mère de Jack London, Flora Wellman, fille d'une riche famille bourgeoise de l'Ohio qui donnait des leçons de musique et des conférences sur le spiritisme ; la liaison avec Chaney se désagrégea dès que Flora fut enceinte. Huit mois après l'accouchement, Flora épouse John London, un veuf qui avait eu sept enfants, dont deux filles vivaient avec lui quand il épousa Flora Wellman.

Flora et John tenaient une épicerie rentable à Oakland, mais Flora se plaignait toujours et voulait pour son fils une vie plus aisée ; elle lui inculquait qu'il était supérieur aux autres, issu d'une vieille famille américaine, comparée à tous les nouveaux immigrants (les chinois, irlandais, italiens). Sans vraiment le comprendre à six ans, Jack sentait que sa mère était différente des autres ; peut-être était-elle très amère de ses échecs ; elle se réfugiait dans le spiritisme, ce qui effrayait Jack. L'épicerie fit faillite ; le couple s'installe à la campagne, puis ruinés, ils re-viennent à Oakland vivre misérablement.

Jack London, perturbé par ces changements, se réfugie déjà dans un monde imaginaire et romanesque, un monde d'aventures et de voyages, puisé dans ses lectures (Washington Irving, Fenimore Cooper). Il travaille pour assurer la subsistance de la famille, d'abord distributeur de journaux, puis dans une conserverie 14 h. par jour ! Il vit ensuite dans la délinquance avec des compagnons rencontrés dans les docks d'Oakland. Fortement amplifié par l'imagination de Jack, cela donnera plus tard les sujets de livres d'aventures, comme " les pirates de San Francisco " et " la patrouille de pêche ". A la suite d'une rixe au cours de laquelle il faillit être tué en 1893, il signe un contrat de marin sur le Sophia Sutherland, qui part à la chasse aux phoques pour le Japon et le détroit de Behring.
Dans " le loup des mers ", il écrira : " Ce fut un carnage inutile, tout cela rien que pour des femmes. Aucun homme ne mange la chair des phoques et on n'utilise pas leur huile. Après une journée de bonne chasse, j'ai vu les ponts de notre navire jonchés de peaux et de carcasses, ruisselants de graisse, les gouttières dégoulinant d'un liquide rouge, les mâts, les cordages et les bastingages tachés de cette couleur sanguinaire; et les hommes comme des bouchers en plein labeur, le torse nu et les bras écarlates, dépouillant avec leurs couteaux rapides et étincelants ces jolies créatures de la mer qu'ils venaient d'assassiner ".

Rentré à Oakland, il raconte un épisode du voyage dans le " Morning Call " de San Francisco et remporte le premier prix du concours organisé par le quotidien pour un écrit d'un jeune lecteur, mais Jack est résolu à devenir un travailleur respectable pour subvenir aux besoins de sa famille. Après avoir fabriqué des sacs de jute dix heures par jour, il décide d'apprendre un métier, celui d'électricien. Il est engagé dans une compagnie de production d'électricité qui le met à l'ouvrage comme … pelleteur de charbon. Ecoeuré, il quitte " l'électricité " pour rejoindre des chômeurs militants qui marchent sur Washington pour protester contre le manque d'emplois. Jack London tiendra pour la première fois un journal de bord qui lui permettra d'écrire le premier livre important qui ait paru sur le vagabondage (les vagabonds du rail). Il entendra parler du socialisme et commencera à comprendre l'oppression et l'injustice après être passé par la prison. Il comprendra que " la société capitaliste a intérêt à disposer de cette masse de chômeurs permettant le maintien de salaires bas et d'un climat d'insécurité soutenant un renforcement du pouvoir ".

Il revient à Oakland et reprend des études. A 19 ans, il se retrouve à l'école et dévore littéralement la littérature de l'époque ; en août 1896, il présente avec succès les épreuves de fin d'études secondaires pour être admis comme étudiant à l'université de Berkeley. Peu de temps auparavant, il avait adhéré au parti socialiste travailliste où il apprit les vœux d'une révolution prochaine qui mettrait définitivement un terme à l'exploitation des travailleurs. Sa vision du socialisme avait été nourrie par ses propres expériences : " aucun argument économique, aucune démonstration lucide de la logique socia-liste et de son avènement inévitable ne m'a autant touché ni paru aussi convaincant que cette vision des murs de l'abîme social se refermant autour de moi, quand j'eus la sensation de toucher le fond, tout en bas des décombres " (Martin Eden).

Il restera peu à l'université et critiquera " la poursuite sans passion de connaissances stériles ". C'est au début de l'année 1897 qu'il commence à écrire des sonnets, des essais, des tragédies en vers libres et des épopées. Tous ses manuscrits lui sont renvoyés ! Il retravaille, cette fois dans une blanchisserie, mais le 25 juillet 1897, il part avec le mari de sa demi-sœur Eliza vers le Grand Nord, le " Klondike ", à Dawson, où on a découvert de l'or. Il dira plus tard : " Je n'ai jamais touché un cent sur les con-cessions que j'avais là-bas et pourtant, c'est grâce à ce voyage que je gagne ma vie depuis ce temps-là ".
Revenu à Oakland au milieu de l'année 1898, il lui faudra cependant attendre 1900 pour voir ses manuscrits acceptés : tous les récits du Grand Nord rassemblés sous forme de nouvelles dans " le fils du loup ". Les critiques reconnaîtront la qualité majeure de Jack London : son aptitude à peindre dans un décor exceptionnel des hommes ordinaires accoutumés à vivre avec simplicité la tragédie de la survie. Il sera comparé à un auteur connu et dénommé le " Kipling du froid ". C'est grâce à son expérience personnelle du milieu et du matériel humain que Jack exerce son imagination. Chez lui, l'œuvre littéraire -qui deviendra l'or littéraire- est l'écriture vécue.
A l'occasion d'une réunion du parti socialiste, il fait la connaissance d'Anna Strunsky, le grand amour de sa vie, mais il estimait ne pouvoir fonder un foyer avec elle par manque de moyens suffisants. Il devait -selon lui- trouver une femme issue d'un milieu assez modeste " pour ne pas trop attendre de lui ". Il épouse le 6 avril 1900 Bess Maddern, avec laquelle il eut deux filles, Joan et Becky ; l'union ne fut guère heureuse. Tout d'abord, il restait profondément amoureux d'Anna, avec laquelle il écrira un livre reprenant la correspondance entre un homme et une femme, retraçant un dialogue philosophique sur l'amour ; cet échange épistolaire lui permettait de garder des contacts étroits (" The Kempton-Wace Letters "). D'autre part, le mariage ne lui permettait plus de " vagabonder " comme dans le passé et d'aller s'enivrer avec ses amis. Son succès littéraire grandissait et il considérait le mariage comme un frein à ses activités littéraires.

Première fuite ; l'American Press Association de New York lui propose de partir en juillet 1902 pour l'Afrique du Sud où la guerre des Boers vient de se terminer ; passant par Londres pour relater le couronnement de Edouard VII le 9 août 1902, il apprend que le séjour en Afrique du Sud est ajourné sine die. Plutôt que de rentrer aux Etats-Unis, il reste à Londres et plonge dans l'East End pour vivre avec les miséreux jusque fin septembre. Il en reviendra avec un reportage accablant pour l'Empire et la civilisation : Le peuple de l'abîme (expression de H.G. Wells) : "J'ai beaucoup lu sur la misère et j'en ai vu un peu, mais celle-ci dépasse tout ce que j'avais pu imaginer … j'en suis sûr maintenant : le récit que je compose devra être expurgé, ou sinon il ne sera jamais publié dans un magazine". La première traduction (en 1926) écartait cinq chapitres jugés trop violents : "Bonnes gens bien nourries et repues de bonne viande, dont les draps blancs et les lits douillets vous attendent chaque soir, comment pourrais-je vous faire comprendre toute la souffrance d'une seule nuit sans sommeil dans les rues de Londres" et
" la civilisation a centuplé le pouvoir de production de l'huma-nité, et par suite d'une mauvaise gestion, les civilisés mangent plus mal que les bêtes, ont moins à manger et sont moins bien protégés de la rigueur des éléments que le sauvage Inuit, dans un climat bien plus rigoureux. Il vit aujourd'hui comme il vivait à l'âge de la pierre, il y a plus de deux mille ans ".
Deuxième fuite : il achète un petit bateau sur lequel il écrit, dans la baie de San Francisco.
Il fait la connaissance de Charmian Kittredge et tombe follement amoureux … La séparation d'avec Bess est inévitable, mais elle n'apprendra la liaison qu'après son retour de nouveau reportage.
C'est une nouvelle fuite … au Japon (pour commenter les préparatifs de guerre prévisibles avec les Russes) et ensuite en Corée où Jack provoquera des incidents avec les militaires japonais.

Après le prononcé du divorce, il s'établira avec Charmian dans un petit ranch à Glen Ellen (achat avec les droits d'auteur de " Le loup des mers "). Mais, il n'abandonne pas ses activités politiques. Connu, il attire les foules dans les réunions et… fait parfois scandale par ses propos révolutionnaires.
La construction d'un bateau (le Snark) lui coûtera une fortune, mais lui permettra à nouveau de fuir : sa mère et les créanciers. Le voyage dans le Pacifique avec le Snark l'amènera au bord de la faillite et l'épuisera physiquement, ce qui l'obli-gera à regagner le ranch en Californie. Il écrira énormément (2.000 mots par jour !), hanté par des dettes constantes.

A partir de 1911, il s'assombrit, écrit moins, semble plonger dans un pessimisme quant à l'évolution de la société (" le talon de fer ", " Histoires des siècles futurs, " Les condamnés à vivre ").
En 1913, il n'hésite pas à ruiner son image de marque auprès d'un public admiratif en révélant qu'il était alcoolique depuis l'âge de 14 ans. Dans " Le cabaret de la dernière chance ", il décrit les dangers de l'alcool par son expérience personnelle : " Les survivants des grandes tueries d'autrefois criaient qu'il ne fallait plus de guerres. Moi je crie que nos jeunes gens ne doivent plus avoir à se battre contre le poison. Pour qu'il n'y ait plus de guerre, il faut empêcher les batailles. Pour supprimer l'ivrognerie, il faut les empêcher de boire ". Il ne verra pas son combat arriver à terme, les lois prohibitionnistes ne l'emportant que trois ans après sa mort.

En 1915, il décide de retourner à Hawaï pour écrire deux romans dont les héros sont à nouveau des chiens (littéra-ture qui plaît au public américain). Il y mène avec Charmian une vie paisible et luxueuse. 1915 verra aussi la publication d'un roman fantastique qui peut être considéré comme le testament philosophique de Jack London. " Le vagabond des étoiles " se présente au premier niveau comme un roman d'aventures vécues par un seul narrateur, au mépris de la chronologie, de l'aube de l'humanité au XXème siècle ; ce narrateur -un détenu du pénitencier de San Quentin, Ed Morell, pratique une sorte d'auto hypnotisme, destiné à le rendre insensible aux souffrances infligées par la camisole de force et les privations de nourriture. Chacun des retours au présent sert à décrire l'univers pénitentiaire dans toute sa cruauté. L'aventure débouche (deuxième niveau) sur un roman protestataire qui permettra, par le mouvement d'opinion créé par le livre, d'abroger certains châtiments en application. Un troisième niveau, entend démontrer la suprématie de l'esprit sur la matière :
" Seul l'esprit est libre : ni la chair qui l'emprisonne, ni les murs d'un cachot ne peuvent l'asservir. Seul l'esprit survole les siècles, allant de réincarnation en réincarnation. Un homme est la somme totale des expériences acquises lors des migrations de son esprit. Et non le résultat des adaptations successives de la matière au milieu ambiant " (Francis Lacassin, d'après des manuscrits de Jack London).
Plus gravement malade, il rentre dans sa propriété en Californie au mois d'août 1916. Une attaque d'urémie le plonge dans le coma durant la nuit du 21 novembre. Il meurt le lendemain à 19h45. Il n'est pas exclu que sous l'effet de la douleur, Jack London se soit administré une dose létale de morphine. L'hypothèse du suicide a été aussi formulée. Dans " le cabaret de la dernière chance ", il écrivait : " L'ivrogne ordinaire roule facilement dans le ruisseau, mais quelle terrible épreuve, pour l'autre, de se tenir droit, bien assuré sur ses deux jambes, et de conclure que dans l'univers entier, il n'existe pour lui qu'une seule liberté : celle de devancer le jour de sa mort ".

Ses combats, menés parfois avec succès, sont contre :
- La misère : Le peuple de l'abîme (1903);
- La condition pénitentiaire : Les vagabonds du Rail (1907), Le vagabond des étoiles (1915).
- L'alcoolisme : Le cabaret de la dernière chance (1913).

Mais il a été plus loin. C'était un homme courageux physiquement : pilleur d'huîtres, marin, vagabond, correspondant de guerre, chercheur d'or ; il a aussi exprimé intellectuellement son courage en agitant le spectre de la révolution socialiste (" Le talon de fer "), en disant à cette Amérique très chrétienne que l'homme ne descend pas de Dieu mais du singe (" Avant Adam "), en montrant des héros repoussant la gloire et la fortune promise à tout citoyen des Etats-Unis sobre et travailleur (" Martin Eden ", " Radieuse aurore "). Les écrits sont imprégnés d'un socialisme révolutionnaire qui le fera démissionner de la section du parti socialiste de Glen Ellen, jugé trop tiède, en janvier 1916. Sa lettre de démission est significative de la valeur qu'il prônait pour l'espèce humaine : "si la liberté, l'indépendance sont des biens suprêmes qui ne peuvent être accordés, ni imposés, à des races ou à des classes ; si les races et les classes ne sont pas capables de se soulever, de lutter par la force de leur esprit et de leurs muscles pour la liberté et l'indépendance du monde, elles ne parviendront jamais, le moment venu, à accéder à ces biens suprêmes et si ces biens suprêmes leur sont offerts avec bonté par des individus supérieurs, ou sur des plats d'argent, ils ne sauront qu'en faire, ne s'en serviront pas et resteront ce qu'elles ont toujours été par le passé : des races inférieures, des classes inférieures. Avec vous pour la Révolution ".
N'y voyez pas l'apologie d'un " surhomme ". Peu avant sa mort, il écrivait à la romancière Mary Austin : " … Il y a de longues années, tout au début de ma carrière d'écrivain, j'ai attaqué Nietzche et sa théorie du surhomme. C'était dans
" Le Loup des mers ". Des quantités de gens ont lu " Le Loup des Mers ", pas un ne s'est aperçu qu'il s'agissait d'une attaque contre la philosophie du surhomme ". Georges Orwell déclarait :
" s'il avait eu des opinions politiques cohérentes, il n'aurait probablement jamais rien laissé d'intéressant ".

Les trois grands thèmes d'inspiration pour le romancier ont été :
- le Klondike, les aventures au pays de l'or et du froid, ce qui lui rapportera la fortune,
- les animaux, une littérature qui plaît,
- les croisières, qui lui coûteront une fortune.
Mais, comme " noveliste ", il était plus inspiré par le vécu des injustices sociales ; sa vision de l'évolution du monde peut être résumée avec l'analyse de deux œuvres : dans " Le talon de fer ", il prône le changement de société ; dans " Radieuse aurore ", c'est l'homme qu'il faut changer.
" Le Talon de fer " (1908) et " Radieuse Aurore " (1910) pourraient être qualifiés de romans d'anticipation, politique et so-ciologie fiction, s'ils n'étaient empreints d'une vérité encore toute actuelle.
Sous l'apparence d'un roman d'amour entre une fille de la bourgeoisie et un fils du peuple, intellectuel autodidacte, le " Talon de fer " est, dans une première partie, un exposé des thèses marxistes, pratiquement inconnues aux Etats-Unis et qui vont bénéficier de la réputation de l'écrivain célèbre (un cheval de Troie dans la société américaine !) ; dans une seconde partie, c'est une déclaration de guerre au réformisme socialiste dont les illusions entraîneront l'écrasement du prolétariat et l'instauration d'un régime fasciste durable. L'alliance entre la finance du capital et l'aristocratie syndicale est une vision prophétique qui amène le héros à soutenir une grève générale des travailleurs pour empêcher la guerre entre l'Allemagne et les Etats Unis, à vivre et décrire la répression de la Commune de Chicago (en souvenir de la répression de la Commune de Paris ?) et à subir le fascisme triomphant. Jack London prône la révolte armée pour changer la société.

Dans " Radieuse Aurore ", le héros fait fortune en chercheur d'or au Klondike, puis en " maître de la finance " en Californie. Il devient la victime de l'argent et ne parvient pas à conquérir le cœur de sa secrétaire. Elle lui fera comprendre que l'argent entraîne une aliénation de la personne. Il abandonne la course à l'argent et retourne à la nature ; il retrouve dès lors l'amour, ce qui fera dire à Jack que " si l'argent pourrit tout, il reste moins fort que l'amour, la seule chose qu'il ne puisse acheter ". " Radieuse Aurore " est un plaidoyer pour le changement de la vie, la qualité de la vie : c'est donc l'homme qu'il faut changer.

Son caractère visionnaire s'est aussi exprimé sur le plan de l'organisation commerciale. Dans " le retour du père prodigue ", il écrit : le héros avait saisi le principe des ventes à grande échelle et petit bénéfice, de la qualité soutenue des marchandises offertes et de la probité commerciale. Il avait de-viné aussi le secret de la publicité. Chaque semaine, il présentait un article qu'il vendait à perte. Son unique employé lui avait prédit la faillite imminente quand il l'avait vu vendre pour vingt cinq cents du beurre qui lui en avait coûté trente, et livrer, à raison de dix-huit cents la livre, du café, qu'il payait vingt-deux cents. Mais les ménagères, attirées par ces aubaines, s'attardaient dans la boutique pour acheter d'autres articles qui, ceux-là laissaient un bénéfice ".

Sur le plan politique ensuite, dans " Histoires des siècles futurs ", il prédit la guerre bactériologique, la guerre nucléaire et les injustices sociales.

Et enfin, Francis Lacassin a compris Jack, lorsqu'il écrit : " Lorsqu'il regarde l'avenir, Jack London n'utilise pas la même longue-vue que Jules Verne. La sienne ne découvre qu'une humanité divisée, meurtrie, ruinée ; hantée par la haine, la violence, la guerre. Témoin, comme le romancier français, de l'essor de la civilisation industrielle, London ne partage pas sa foi dans le bonheur par le progrès, ou -dirait-on aujourd'hui- par la croissance. Dans l'effet multiplicateur du progrès, il voit surtout, comme Karl Marx, une aggravation des inégalités sociales, un renforcement de la puissance des classes pri-vilégiées et de leur égoïsme qui entraîne le retour à l'esclavage des classes laborieuses et déshéritées ".
Bonne lecture !

 

Georges SAND, membre fondateur du CESEP