Je vous ai vu Monseigneur, vous et vos croisés, marcher sur ma ville, les épées au fourreau mais la bannière au vent. Suis-je surpris Monseigneur ? Du tout ! Je le reconnais, vous fûtes prompt. Lever une armée pour partir en campagne, sitôt assis sur le trône à Malines! Chapeau bas! Pourquoi nuiriez-vous à votre réputation ? Vous maniez mieux le glaive que vous ne brandissez le goupillon. Vous n'avez d'ailleurs point, Monseigneur, aspergé les passants de litres d'eau bénite. Vous en étiez dépourvu, remplacée qu'elle était par des fioles de poison. La cigüe de l'opprobre, la mandragore de la peur, l'aconit du mensonge. Vos paroles, Monseigneur, sont douces comme le miel mais vos abeilles butinent le chardon. Vous aviez bien sûr dans la soutane, Monseigneur, votre très vieil onguent. Oubliez-le. Le baume de la miséricorde est périmé pour soigner les bonnes gens.
Prêchez Monseigneur ! Vous êtes ici pour cela. Faites-le de concert aux côtés de vos confrères, vous n'en avez point le monopole. Priez dans vos grandes maisons, du levant au couchant et de Namur à Rome. Dites haut et fort, du vendredi au dimanche, les prières que réciteront vos fidèles tout bas, la semaine durant. Soyez le berger de tous les Hommes qui viennent à vous mais ne soyez pas le loup pour la brebis qui lâche votre main.
Je respecte Monseigneur, réellement et profondément, celle qui en son âme et conscience, le ventre lourd, prosternée devant son dieu, l'implore de la guider au mieux. Respectez pareillement Monseigneur, celle qui le ventre rebondi, traverse votre parvis sans un regard aux cieux. L'une sera des vôtres. Tendez- lui la main. Allez, prenez en grand soin. L'autre passera son chemin, s'en remettant à quelques conseillers ou à elle seule pour choisir son destin. Ne le pourrait-elle pas Monseigneur ? Qui d'autre mieux qu'une femme peut savoir s'il est temps pour elle d'être mère ? Un enfant ne peut jamais Monseigneur, être l'expiation d'un quelconque instant, fût-il un doux moment d'abandon que vous appelez " pêché ".
Auriez-vous cette sagesse Monseigneur ? J'en doute fort ! Vos pères dictaient la conduite du peuple à l'oreille des puissants. Imposer votre vérité reste votre crédo. Les temps changent Monseigneur. Les Rois ne sont plus votre bras séculier. Les sermons enflammés ne glacent plus le sang des fidèles. Les années passent. Parfois dans la souffrance, toujours de haute lutte, les citoyens de ces contrées ont repoussé la parole des dieux derrière les murailles des temples. Les femmes Monseigneur, qui ont assez souffert de vos prédications, sont libres aujourd'hui. Elles ont beaucoup donné, elles ont du batailler ferme. Il leur reste encore bien du chemin à parcourir mais du moins, dans ce village, ne sont-elles plus mère par obligation. Les âmes de ce siècle, Monseigneur, sont ici de la croix affranchies.
Vous êtes un bretteur Monseigneur. Vous rêvez, votre baroud le prouve, de reconquérir, pas à pas les terres perdues de vos aïeux. Sans doute cachez-vous encore quelques bottes secrètes sous votre cape. Nous aussi Monseigneur, avons nos maîtres d'armes. Les premiers nous ont tracé de nouveaux chemins. Les suivants ont, au péril de leur existence, gagné les batailles de nos libertés. Nous leurs restons fidèles. Willy PEERS, Jo BOUTTE, Pierre-Olivier HUBINONT1 et bien d'autres moins célèbres nous ont inculqué l'art de la feinte et de l'esquive.
Simone VEIL2, Roger LALLEMAND3 et Lucienne HERMAN-MICHIELSENS4, pour n'en citer que quelques-uns, nous ont montré comment porter l'estocade. Nous ne faiblirons pas, notre garde est ferme. Je vous le dis Monseigneur, nous ne reculerons pas d'un pas, pas d'un pied, pas d'un pouce ! Que dis-je, pas d'un pouce ? Nous ne lâcherons rien !

 

 


La loi dépénalisant l'avortement a eu 20 ans en mars 2010. Cela nous a valu une manifestation d'opposants à laquelle a pris part le prima de Belgique, Monseigneur LEONARD. Il rappelle, une fois encore, à quel point la séparation de l'Eglise et de l'Etat est couramment remise en cause par certains religieux. Sans doute, pour ces derniers, la fin justifie les moyens. Le prima de Belgique n'a pas hésité, en marchant avec l'extrême droite, à rompre le " cordon sanitaire " qui avait, jusque là été respecté par tous les partis démocratiques de ce pays.

1. Médecins gynécologues qui, au péril de leur liberté, ont beaucoup œuvré à libéraliser l'avortement en Belgique. http://www.mutsoc.be/NR/rdonlyres/807E1A41-E80B-4DA0-88E2-E756C0AD72F6/0/TekstAmyDEFINITIF.pdf
2. Simone VEIL, magistrate, Ministre de la santé sous la présidence de Valéry GISCARD D'ESTAING. Elle a porté, à bout de bras, la loi française sur la dépénalisation de l'avortement en France.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/03/18/simone-veil-les-combats-d-une-immortelle_1320902_3224.html
3. Avocat et homme politique, coauteur avec Lucienne HERMAN-MICHILSENS de la loi sur la dépénalisation de l'avortement en Belgique.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/03/18/simone-veil-les-combats-d-une-immortelle_1320902_3224.html
4. Juriste et femme politique, coauteur avec Roger LALLEMAND de la loi sur l'avortement.
http://books.google.be/books?id=fIPj8NRvuNAC&pg=PA401&lpg=PA401&dq=herman+michielsens&source=bl&ots=be54g86O8V&sig
=HiJlxMr7aJblnekJIAPrKugS_Zc&hl=fr&ei=DW24S8GxIoHHsga1hr2BDw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=7&ved=0CCUQ6AEwBg#
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