L'éducation permanente de demain...

La question de la militance et plus largement celle de " l'engagement " revient aujourd'hui au-devant de la scène. Nous avons déjà tous entendu lors d'une discussion " de toute façon, les gens ne s'engagent plus ". Ce genre de phrases chargées de nostalgie est monnaie courante.
Que signifie cette nostalgie? Était-ce réellement mieux " avant " ? Est-il pertinent de soutenir que les gens ne s'engagent plus, ou en tout cas, " moins " qu'avant ?
J'ai cherché à en savoir davantage, d'une part sur ce discours nostalgique et d'autre part, sur ce qu'est l'engagement aujourd'hui.

Cette réflexion part donc d'un constat largement véhiculé " il se joue quelque chose à propos de l'engagement ".

Il est indéniable qu'il ne prend plus les mêmes formes que dans le passé. Croire que les gens ne s'engagent plus serait sûrement se tromper et passer à côté de nouveaux phénomènes. Ce serait davantage les formes que prennent l'engagement qui auraient changé et non son intensité. Cette idée que " l'engagement n'existe plus " viendrait du fait que nous ne reconnaissons pas, dans la société actuelle, l'engagement sous ses formes anciennes. Par contre, si nous modifions notre définition de l'engagement, nous découvrons qu'il subsiste sous des formes nouvelles.

Je vais montrer dans cette exploration qu'un type d'engagement - et les formes qu'il prend - est intimement lié (voire même dépendant) au contexte sociétal et aux différents enjeux propres à ce contexte. Je proposerai de prolonger cette hypothèse pour expliquer l'évolution significative entre " éducation populaire " et " éducation permanente ".

 

Les formes de l'engagement,
dépendantes de la question sociale


Puisque je pars de l'hypothèse que le type d'engagement est dépendant d'un contexte sociétal donné et de ses enjeux propres, voyons quels sont ces contextes et ces enjeux. Je me baserai sur deux périodes et les changements qui s'opèrent entre les deux : la société industrielle (1880-1910) et la société contemporaine (actuelle). Il semble que celles-ci soient déterminantes et symptomatiques de formes différentes de l'engagement. A chacun de ces deux contextes correspond une " question sociale " propre.

Une " question sociale " est définie comme " la perturbation et la déstabilisation vécue par les individus concernant leur mode d'insertion par le travail et l'identité qui en découle (ainsi que les avantages matériels qu'il procure), sous l'effet d'un fonctionnement économique particulier, dans la société à laquelle ils appartiennent 1".
Les enjeux d'une question sociale ont des répercussions sur les conditions de participation à la vie sociale et politique de cette société.

La société industrielle et sa question sociale
Dans la société industrielle, fin du 19ème - début 20ème siècle, nous sommes dans un contexte ouvrier où la question sociale se cristallise autour du rapport ouvriers/patron. Nous sommes bien en présence d'un changement économique : la sortie de la société traditionnelle agricole et paysanne pour une société organisée autour de l'industrie. Le conflit structurel se situe entre ouvriers et patrons, sur les enjeux de la définition du " progrès ". Chacun souhaite faire valoir sa réalité et imposer sa propre vision de celui-ci.
Pour les détenteurs du pouvoir (le patronat), la question sociale doit être résolue sans l'intervention de l'Etat, dans une perspective libérale du marché. Pour les mouvements ouvriers naissants, au contraire, c'est à l'Etat que revient la tâche de réguler les rapports sociaux.
Au sein des mouvements ouvriers, le principe " d'égalité " est central. Ce modèle, appelé " égalitarisme ", est supporté par des valeurs d'équité entre les individus. Le principe d'égalité suppose de faire abstraction des différences entre individus, en considérant des " personnes différentes comme équivalentes2". De cette question sociale naîtra un compromis, nommé " Etat social " ou " Etat-Providence " à partir de la deuxième moitié du 20ème siècle.

La société contemporaine et sa question sociale
Nous serions toujours actuellement dans la " nouvelle question sociale ", née dans le contexte de crise du début des années 80. Pour le sociologue Robert Castel, la nouvelle question sociale est symbolisée par l'effritement de la société salariale. Il définit cette société salariale comme une " société dans laquelle la plupart des gens tirent leur position sociale et leur protection sociale de la place qu'ils occupent dans la gamme du salariat3". En d'autres mots, une société qui fonde sa solidarité et sa cohésion grâce à une position occupée par les individus dans le monde du travail.
La manière de penser la société et les rapports entre les personnes a changé depuis la société industrielle. On voit par exemple que les modifications successives de l'Etat-Providence, qui ont engendré notre Etat actuel, relèvent d'un bouleversement du questionnement à propos de l'articulation de l'individu et du collectif. Ces modifications structurelles peuvent être symbolisées par le passage d'un modèle basé sur les principes de " l'égalitarisme ", à un modèle basé sur les principes du " particularisme ". Dans ce deuxième modèle, l'intervention sociale devient différente en fonction des individus. C'est en contrepartie d'une activation de la personne que le collectif fournira une aide à celle-ci. Nous sommes ici dans l'optique d'un individu qui doit être capable de définir son projet personnel. Nous voici au coeur d'une nouvelle idéologie, l'Etat social actif.

Quels liens avec l'engagement ?


Les formes prises par l'engagement dans ces deux sociétés, industrielle et contemporaine, ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont intrinsèquement liées aux enjeux de leurs questions sociales.
Dans la société industrielle, où la question sociale est cristallisée dans les rapports de classes (ouvriers/patrons),
l'engagement est également " de classe ". Les patrons sont partisans " d'une politique de moralisation de la classe ouvrière 4" alors que les ouvriers militent pour une lutte des classes en vue du socialisme. Le socialisme, qui prône les valeurs d'égalité des chances, de justice sociale, de solidarité, etc.
La personne était militante par adhésion préalable (idéologique, syndicale et politique) : " je suis né socialiste parce que mes parents l'étaient, et mes enfants le seront également ". L'apprentissage de la culture militante se faisait au sein de la famille. Il y avait une identification forte les uns aux autres.
Ce militantisme privilégiait une " inscription dans la longue durée dans un collectif qui préexiste à l'action5". On se battait " pour un lendemain meilleur ", les objectifs se situaient à long terme. La visée ultime était la transformation radicale du social, ceci par l'exercice collectif de l'action.
Une structure typique de ces formes d'engagement est le " syndicat ": il est une grande organisation hiérarchique et pyramidale, composée d'adhérents. Les règles y sont formelles et la structure est importante. Le nous prédomine sur le je6.

Dans la société contemporaine, la question sociale ne se cristallise plus autour des conflits de classes mais autour du conflit sur " l'identité " et " la différence ". Nous serions dans une " société ethnique7 ". Cette question sociale correspond donc à une croissance de l'individualisation des rapports so-ciaux et à la responsabilisation des individus (cfr Etat social actif).
Dans la société industrielle, la distinction entre la sphère privée et la sphère publique semble claire : la maison est l'espace où s'expriment les différences, la sphère publique est l'espace où l'égalité est la valeur première et le lieu d'expression du politique. Or, cette distinction n'est plus si claire aujourd'hui. L'individu et les groupes sociaux souhaitent faire valoir leur différence dans l'espace public également. Dans cette optique, le principe d'égalité englobant semble vouloir effacer les particularités des individus : on souhaite " être reconnu pour " ce qu'on est " 8.
Ce resserrement sur l'individu et ses différences (notamment ethniques) pourrait être compris comme une nouvelle façon de faire du collectif, dans un contexte d'effritement de la société salariale.

Dans ce nouveau contexte, l'engagement ne signifie plus forcément un engagement dans la durée. " L'engagement se construit et se transforme autour d'objectifs limités dans le temps, en vertu de valeurs partagées9". Il ne présuppose plus non plus d'adhérer à un groupe de référence, comme au socialisme par exemple. Une personne peut militer seule pour une cause qui lui fait sens. Manifester n'est plus une condition nécessaire pour être une personne militante. C'est dans et par l'action que l'on estime être engagé. " C'est en situation que les individus tendent à s'accomplir comme militants10".
L'ambition n'est plus le progrès social, elle concerne davantage la limitation des dégâts potentiels (écologiques, humanitaires,...). Autrement dit, on ne se bat plus pour " un lendemain meilleur " mais " pour que demain ne soit pas pire ".
Concernant la structure, le rapport au collectif se réalise davantage dans une logique de " réseaux ", à distance (par exemple Internet) et sans support organisationnel.
Une structure représentative de ces nouvelles formes d'engagement est le mouvement des " sans-papiers ". Il est caractérisé par des actions spontanées, portées par des réseaux de personnes. La mobilisation se réalise dans des projets concrets et limités dans le temps. La structure est rarement définie, les règles sont peu formelles. Le réseau11 est la structure la plus courante. L'engagement se fait au nom du " je "12.

Et si cela nous éclairait sur
l'éducation permanente... ?


Éducation populaire, éducation permanente, deux appellations proches dans les mots et dans le sens et pourtant non assimi-lables. Il existe entre elles des nuances cruciales mais peu évidentes et souvent gommées.

De l'éducation populaire…
L'éducation populaire naît dans le contexte de la question sociale industrielle. Elle émerge d'une contestation des ouvriers qui luttent pour acquérir plus de pouvoir face au patronat. Ils souhaitent plus d'égalité et un droit à la participation politique. L'éducation populaire est portée par le souhait d'émanciper sa population, de lui permettre de trouver - ou retrouver - un pouvoir d'action et un point de vue critique sur la société.
Compte tenu de la question sociale et des enjeux de la société industrielle, il me semble pouvoir mettre le doigt sur un enjeu politique sous-jacent à l'éducation populaire. Je le nommerai " l'acquisition d'une autonomie ".

Étrange d'aborder " l'autonomie " comme un enjeu de l'éducation populaire, alors qu'elle est indéniablement une valeur prépondérante aujourd'hui.
Il est déterminant pour les travailleurs socio-culturels et cousins, de prendre conscience que ce concept peut renvoyer à des idéologies totalement différentes et d'en saisir les enjeux.
Spontanément, nous adoptons la conception actuelle véhiculée de l'autonomie. La définition que l'on en donne va de pair avec une manière d'envisager la société.

L'analyse de ce concept par Marc Chambeau13, travailleur social, nous aide tout particulièrement à comprendre " l'autonomie " revendiquée par l'éducation populaire.
Elle est considérée comme une capacité détenue par toute personne à réfléchir sur sa propre condition et de cerner les enjeux qui la concernent. Dans cette perspective, l'autonomie est plus largement une capacité d'action, liée à la " nature humaine ". Elle est donc une capacité immatérielle : qui concerne l'émancipation intellectuelle de la personne. Cette émancipation intellectuelle précède une émancipation socio-économique.
Cette manière d'envisager l'autonomie est décalée par rapport à notre définition courante, qui correspond davantage à des critères objectifs et objectivables, tels que la possession d'un logement, d'un emploi,...

Dans ce tableau dressé de la société industrielle et du combat des ouvriers pour acquérir plus de pouvoir et de droits, il me semble que l'éducation populaire est leur réponse pour résoudre la question sociale. L'éducation populaire est le moyen pour le mouvement ouvrier de retrouver un pouvoir d'action face au monde des patrons.

…vers la professionnalisation…
L'éducation populaire, qui a trouvé sa légitimité, va obtenir des subsides de l'Etat à partir de 1921. Bien sûr, les moyens financiers sont appréciables, mais cela sous-entend également un contrôle de l'Etat en contrepartie. Dans un premier temps, ce sont essentiellement de grandes conférences qui sont subsidiées, les militants de l'éducation populaire craignent d'ailleurs pour leur autonomie.

Le terme " d'éducation permanente " apparaît dans les années 70, sans être clairement défini.
Il correspond davantage au contexte de ce derniers tiers du 20ème siècle : les classes sociales deviennent progressivement poreuses, elles ne sont plus délimitées en deux groupes distincts. Emerge dans ce contexte " la société salariale " dont parle Robert Castel, " les gens sont déployés sur l'échelle du salariat plutôt qu'en deux blocs antagonistes14". Cela se concrétise par une classe moyenne grandissante.
" Education permanente " est une appellation moins restrictive, elle permet une définition plus large de son public, qui n'est dorénavant plus seulement ouvrier. La conséquence de cette évolution est qu'elle devient aussi plus floue et moins perceptible pour tout un chacun.

Le premier décret de " l'éducation permanente " paraît en 1976.
Il marque une orientation forte : la prise en charge par les pouvoirs publics du développement culturel. Ce nouveau décret officialise l'accord de l'Etat de mettre en œuvre sa propre critique. En d'autres mots, il organise la création du " désordre dans " l'ordre "15. L'ordre serait la stabilité nécessaire à la survie de l'Etat, instaurée et garantie par celui-ci. Le désordre serait la possibilité de questionner cet ordre, ce qui est en place, afin que l'ordre ne devienne pas une tyrannie.
Le désordre (l'éducation permanente dans ce cas) est un moyen d'empêcher la société de se figer. Ce principe est le symbole de la démocratie…

Le décret de 1976 annonce aussi une professionnalisation inévitable du secteur. De plus grands subsides signifient également une demande de garantie professionnelle des acteurs sociaux rémunérés. Sans entrer plus précisément dans ce débat, la professionnalisation va inévitablement modifier le rapport des travailleurs à l'éducation permanente. La " vocation " ne suffit plus dans un contexte où la formation prend une place toujours plus importante.

...à comment brouiller les pistes ?
La nouvelle question sociale et ses enjeux, la nouvelle appellation " d'éducation permanente " et la professionnalisation du secteur - trois éléments interdépendants - n'ont pas contribué à rendre l'éducation permanente lisible dans l'espace public.
Dans le contexte actuel où l'éducation permanente est déjà en perte de légitimité par rapport aux approches sécuritaires, ces trois éléments concourent à rendre son pouvoir d'action d'autant plus diffus.
Un certain nombre de travailleurs socio-culturels n'ont pas conscience de l'idéologie et des enjeux en présence dans le secteur de l'éducation permanente. Les conditions d'emploi actuelles proposent beaucoup de contrats de courtes durées et à temps partiels. Ces conditions placent les demandeurs d'emploi de facto dans une situation de " survie ". Ceux-ci sont davantage à la recherche d'un " job " que d'un poste qui fait réellement sens pour eux. La courte durée du contrat favorise également une démarche plus passive du nouveau travailleur.
Cela aboutit à des situations floues. Certains acteurs engagés dans le secteur de l'éducation permanente font de l'encadrement et d'autres, engagés dans le cadre de contrats de sécurité battent des ailes pour faire valoir la démarche de participation. Si au sein même du travail social la situation est confuse, on ne s'étonnera pas que de l'extérieur, l'éducation permanente soit énigmatique.

Compte tenu de la question sociale et des enjeux de la société contemporaine, il me semble que l'enjeu politique n'est plus l'autonomie telle que revendiquée dans la société industrielle. L'enjeu politique actuel serait bien plus une " pacification des relations, une intégration et une responsabilisation ".

Comme dit précédemment, le concept " d'autonomie " peut revêtir des idéologies très différentes. L'autonomie valorisée aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celle revendiquée par l'éducation populaire.

Sa définition actuelle correspond à la nouvelle question sociale et aux enjeux qui lui sont liés : la crispation autour de l'individu - sujet, responsable de ses choix et le retour en puissance du libéralisme, avec la nouvelle politique de l'Etat social actif. L'autonomie devient une responsabilité reportée sur la capacité de la personne à s'insérer : " Obligation à l'autonomie qui ne favorise pas un idéal de vivre-ensemble16". Cette responsabi-lité n'est plus portée par la société mais est une obligation de l'individu. Elle est essentiellement matérielle et objective : posséder un logement, un emploi, une voiture, etc.

L'éducation permanente, notamment pour les raisons expli-citées précédemment, ne parait plus légitime pour répondre à notre question sociale. Au vu du portrait dressé de la société contemporaine, il me semble que le secteur sécuritaire et de prévention est la réponse de l'Etat (et d'une partie du monde associatif, dépendant des subsides) pour résoudre la question sociale et pacifier les relations.

Il y a-t-il encore un pilote dans l'avion ?


L'éducation permanente, telle que formalisée dans le décret de 1976, n'est-elle pas " en crise " ? Souhaite-t-on toujours réellement la même " émancipation " (capacité des individus à identifier les enjeux de leur société et agir en conscience) qu'en 1976 ? N'y a-t-il pas plutôt en toile de fond une éducation permanente qui tend à " civiliser, intégrer, pacifier " ? Cette hypothèse n'est-elle pas confirmée dans le nouveau décret de 2003, où l'EP est subsidiée à l'activité ?
Jusqu'à quel point l'éducation permanente doit-elle garder une autonomie vis-à-vis de l'Etat pour rester subversive ?

La société actuelle ne serait-elle plus capable d'assurer son " désordre " ? N'en serait-elle plus désireuse ? Cela permettrait de comprendre pourquoi l'éducation permanente est en mal de légitimité vis-à-vis des pouvoirs publics…

Maud Verjus

1. COMMAILLE, J., Les nouveaux enjeux de la question sociale, Paris, Hachette, 1997, p. 13.
2. MARTUCCELLI, D., Grammaires de l'individu, Paris, Gallimard, 2002, p. 250.
3. CASTEL, R., et al., Le mouvement ouvrier et la gauche face aux défis du XXIème siècle, Les semaines sociales du MOC, EVO, 1997, p. 40.
4. COMMAILLE, J., Op Cit., p. 17.
5. ION, J., FRANGUIADAKIS, S., VIOT, P., Militer aujourd'hui, Ed. Autrement, 2005, p. 5.
6. Inspiré de la critique sociale par " plan ", de VENDRAMIN, P., Le travail au singulier-Le lien social à l'épreuve de l'individualisation, L'Harmattan, 2004.
7. BASTENIER, A., Qu'est-ce qu'une société ethnique? Ethnicité et racisme dans les sociétés européennes d'immigration, PUF, 2004.
8. ION, J., FRANGUIADAKIS, S., VIOT, P., Op Cit., p. 252.
9. VENDRAMIN, P., Op Cit.
10. ION, J., FRANGUIADAKIS, S., VIOT, P., Op Cit., p. 4.
11. Pour aller plus loin, www. cesep.be - analyses
12. Inspiré de la critique sociale par " projet " de VENDRAMIN, P., Op Cit.
13. CHAMBEAU, M., " Le travail social, la norme, l'autonomie ", in Travail social et autonomie, n° 15, Annales Cardijn, 1997.
14. CASTEL, R., et al., Op Cit., p. 41.
15. FORTIN, R., Comprendre la complexité, introduction à La Méthode d'Edgar Morin, L'Harmattan, 2005.
16. CHAMBEAU, M., Op Cit., p. 8.