Et si on n’avait plus de pension
Ou la sécu expliquée à ma nièce.

 

«Tu verras ! Nous, quand on sera à l’âge de la pension et ben y aura plus de quoi nous la payer.  J’en suis sûre ! »

Mélanie, c’est ma nièce.  Elle a 16 ans.
Un dimanche, sur un chemin de campagne, c’est un bon endroit pour tordre le cou aux canards. Alors, j’essaie de lui expliquer que c’est faux, qu’on peut voir les choses autrement, que « plus de pension » cela ne veut rien dire mais elle n’en démord pas.

«T’as pas entendu la pub, celle qui donne le choix entre une retraite de misère et une retraite de Rockfeller ».

Oui, oui je l’ai entendue, c’est la même qui donne le choix entre la Provence avec épargne pension et le HLM pour les imprévoyants.

Mélanie, tu le sais une pub c’est fait pour vendre. En l’occurrence, vendre des épargnes pensions. 
Pourtant, vois-tu Mélanie, ce n’est pas forcément parce que des assurances ou des banques ont intérêt à ce que tu achètes leur épargne pension que la sécu ne sera plus financée dans 25 ou 50 ans.

Vois-tu,  nous avons une sécurité sociale publique depuis 1945, les prestations sociales (les allocations familiales, les pensions, les indemnités de chômage)  sont essentiellement financées par nos cotisations et je n’ai entendu personne oser sérieusement dire qu’il n’y aurait plus de cotisations sociales dans les 20 ans ou 30 ans qui viennent.  Le principe même de la pension publique n’est à ce jour pas remis en cause.   Par conséquent tant que des gens travaillent, et tant qu’ils cotisent pour les autres qui ne travaillent pas, le système des pensions est garanti ».

« Mais ils vont devoir cotiser plus car ils seront moins à travailler ».

« Une partie du problème est là, en effet.  Tu sais aussi que ce sont, dans notre système, les jeunes qui travaillent qui paient pour les vieux qui ne travaillent plus.  On appelle cela « la répartition ».  Ainsi, demain, quand tu travailleras, tu paieras pour moi et je t’en remercie d’avance.   Comme tu es vive et futée, tu as compris qu’il y avait un petit problème mathématique quelque part.  S’il y a moins de jeunes et plus de vieux, soit les jeunes vont devoir payer plus pour les vieux, soit les vieux vont devoir accepter de toucher moins ou encore, ces mêmes vieux vont devoir travailler plus longtemps.  Comme tu es encore plus futée que cela, tu te poses une question bien plus fondamentale « combien y aura-t-il de vieux en plus et combien de jeunes en moins et est-ce que ce sont les seuls paramètres ».

Ne cherche pas la réponse auprès des banques et des compagnies d’assurances,  tu ne trouveras rien ».

 

« Qui s’occupe de ce problème et qui peut me répondre ? »

« Les gouvernements des pays occidentaux se posent les mêmes questions que toi car il n’y a pas qu’en Belgique que la population vieillit.  Chez nous, un groupe d’experts (le comité d’étude sur le vieillissement : CEV) planche depuis quelques années sur le sujet.  Ils font là un travail difficile, un peu divinatoire.  Ils « modélisent » le vieillissement et la situation économique de la Belgique jusqu’en...2050 !  Ils mettent  sur papier les paramètres indispensables pour toute réflexion sérieuse sur le vieillissement. »

 

« Que disent-ils ? »

« Que moi, un presque vieux de 46 ans, je suis un des derniers enfants du baby boom.  Après ma naissance, les couples ont eu moins d’enfants, pour diverses raisons.  Donc, quand je prendrai ma pension, beaucoup d’autres la prendront en même temps que moi.  De plus, l’espérance de vie continue de croître et il n’y a pas de raison que cela change dans les prochaines années alors que la natalité reste plus ou moins identique à ce qu’elle est aujourd’hui, c'est-à-dire relativement basse.  La conjugaison de tout cela implique en effet le vieillissement de la population ».

 

« Donc il y a un vrai problème.  Qui va payer ta pension et qui pourra payer la mienne ? ».

« C’est en effet un vrai problème et tu t’inquiètes à juste titre.  Cependant, tout n’est pas une simple balance de natalité et de durée de vie.  D’autres facteurs doivent être pris en compte.  Toi qui es perspicace, as-tu une idée desquels ? »

 

« Si j’osais, je dirais que l’on peux faire venir des étranger pour travailler en Belgique pour remplacer les jeunes qui ne seront plus là pour le faire ».

« Très juste Mélanie, et je compléterai cela en te disant que non seulement ils produiront mais aussi qu’ils consommeront et participeront donc doublement à l’économie et à la croissance de cette dernière.  Cependant, on ne peut pas dire que la population envisage cette solution, ce serait plutôt le contraire et je ne vois pas les partis politiques actuels expliquer aux citoyens qu’il y a là une piste à suivre. As-tu d’autres idées.».

 

« Ne pourrait-on faire produire les machines à la place des hommes et des femmes qui ne pourront plus le faire ? »

« Toujours vrai Mélanie, tu mets le doigt sur ce qu’on appelle la productivité.  Si celle-ci augmente, elle pourra en effet permettre de palier le manque de bras.  Attention cependant : on ne peut accroître la productivité d’un coup de baguette magique, ce n’est pas si simple.  Nous sommes dans une société de services et les gains de productivité y sont plus lents que dans une société industrielle.  En outre, on sait que les pays qui comptent une population vieillissante gagnent moins de productivité que les autres ».

 

« Et si on faisait plus d’enfants ?»

« C’est également une solution, mais à plus long terme.  Si la natalité augmente, les enfants de demain ne seront des producteurs que 20 ou 30 ans plus tard. De plus, les couples n’auront pas plus d’enfants si rien ne change.  Les pays nordiques ont une natalité supérieure à la nôtre mais ils sont très en avance et y consacrent des moyens.  Ils ont développé une véritable politique nataliste : des services d’accueil de l’enfance en suffisance, des allocations familiales élevées et des congés parentaux rémunérés et longs 
Mais le  vieillissement de la population entraînera lui aussi des économies.
Ainsi, la diminution du nombre de travailleurs entraînera une diminution du chômage et donc du coût de ce dernier.  De même, les allocations familiales et les frais engendrés par la  scolarité diminueront aussi».

 

« Et les experts dont tu parles, ils ont pensé à tout cela ? »

« Bien sûr, et bien avant moi.  Ils ont tenu compte de tous ces critères et ils ont créé ce qu’on appelle un modèle afin de voir ce que le vieillissement de la population entraînerait en 2030 et en 2050 ».

 

« Et quelles sont les conclusions ? »

« Que le vieillissement de la population a un coût ; que si on veut le payer, il faudra y consacrer des moyens et que, en fonction de leur modèle, il faudra, en 2050, consacrer  28.8 % du PIB à la sécurité sociale ».

 

« Là, je ne suis plus.  C’est quoi le PIB ? »

« Disons que chaque année, un pays, pour nous la Belgique , peut calculer le total de tous les revenus qu’a généré son activité économique.  Pour simplifier, imagine qu’on additionne tous les salaires des travailleurs, tous les revenus des indépendants, tous les bénéfices des entreprises, tous les revenus des actionnaires et tous les revenus financiers des banques. Pour être tout à fait juste, il faut y ajouter les amortissements des entreprises mais fait comme si je n’avais rien dit.  Quand on additionne tout cela, on a donc le PIB. Et bien chaque année, la sécurité sociale récolte une partie de ce PIB pour son fonctionnement.  En 2005, il s’agissait de 23.1 % selon les calculs du CEV et, en 2050, ce sera 28.8 % ».

 

« Donc, si je compte bien, cela fait 5.7 % du PIB en 45 ans. C’est très peu par année et on devrait donc pouvoir y arriver sans trop de mal ? ».

« Attention quand même Mélanie. 5.7 % du PIB, ce n’est pas rien. Le PIB de 2005 était de 298.540 millions d’€ (aux prix du marché)   Cela signifie que si on avait consacré 5.7 % du PIB en plus à la sécurité sociale, on aurait un coût supplémentaire de 17.016 millions d’€.  C’est une somme !  Pour te donner une idée, en 2004, le coût du chômage (coût total : chômage, prépensions, interruptions de carrières et crédit temps)  était de 7.790 millions d’€ et 2.70 % du PIB.  De plus, il ne s’agit pas d’une progression linéaire mais par paliers.  La première augmentation importante aura lieu en 2011 et dans les années qui suivent.  En 2030, elle sera de 3.7 % par rapport à 2005 mais nous serons dans ces mêmes proportions  depuis déjà plusieurs années ».

 

« Et ce serait  possible que le CEV se trompe ? ».

« Bien sûr, et ils le disent eux-mêmes, leurs prévisions sont à prendre avec prudence.  Qui peut dire avec certitude quelle sera la croissance en 2035 ?  Personne. Ni eux, ni d’autres. Si elle peut être inférieure, elle peut aussi être supérieure.  Certains leur reprochent un excès d’optimisme mais pour tout dire, il existe un autre groupe de travail dont les conclusions sont assez proches ».

 

« Tu me parles de croissance.  Si je comprends bien, il s’agit de la croissance du PIB.  Cela signifie que dans d’autres scénarios, il pourrait croître plus ou moins vite que dans celui du CEV et que s’il croît plus vite, il sera plus facile de payer les pensions ».

« C’est exactement cela ».

 

« Et que faut-il faire pour qu’il y ait plus de croissance ? »

« Il n’y a pas de recette miracle. Elle dépend de plusieurs facteurs : ce que les gens comme toi et moi consomment en Belgique, ce que nous vendons à l’étranger, ce que les entreprises consomment chez nous notamment et aussi, on a aujourd’hui tendance à vouloir l’oublier, ce que l’état dépense dans le pays. Il faut y retirer ce que nous achetons à l’extérieur ».

 

« Donc, si je comprends bien, plus nous consommons, plus nous achetons en Belgique et plus l’Etat dépense, plus la croissance est forte et plus nous pourrons payer les pensions futures »

« Oui, et pour cela, il faudrait que les gens aient des salaires suffisants pour consommer plus ».

 

« Donc, Eric, si je te suis bien, tu me dis que les entreprises doivent payer des salaires plus importants aux gens qui travaillent.  Il me semble qu’aujourd’hui on dit l’inverse, qu’il faut que l’on soit payé moins pour pouvoir rivaliser avec les autres pays ».

« Dans un sens c’est vrai, mais ce qui est idiot c’est qu’on a pris le problème à l’envers.  Nous essayons d’avoir des salaires « compétitifs » par rapport à nos partenaires principaux et proches, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas.  Mais nous ne faisons pas cela tout seul, ils font également la même chose, ils essaient eux aussi d’avoir des salaires qui n’augmentent pas plus vite que les nôtres et si possible qui restent inférieurs aux nôtres. Ainsi les salaires de ces 4 pays stagnent et les gens qui travaillent limitent leur consommation et freinent la croissance de l’économie.  Cela représente quand même un marché de plus de 165 millions d’habitants».

 

« Mais il me semble que l’on dit tous les jours que nos salaires sont trop élevés par rapport à de nouveaux pays, notamment les pays de l’Est et d’Asie »

« Je ne fais que te dire ce que de plus en plus d’économistes disent aujourd’hui et ce qu’ils étaient très nombreux à dire jusque dans les années 1970.  En ce qui concerne les coûts salariaux, comparons ce qui est comparable : on ne peut pas lutter face aux salaires slovaques, hongrois ou bulgares et encore moins contre les salaires chinois».

 

« Si je te suis toujours, tu es en train de me dire qu’on peut faire face au vieillissement en changeant nos habitudes économiques et que donc, les assurances privées ne sont pas utiles.  Je me pose cependant une question : tu as dit que la Belgique devrait consacrer près de 27 % de son PIB à la sécurité sociale d’ici 2050.  Y a t il déjà des pays qui dépensent autant pour leur sécurité sociale aujourd’hui ? ».

«  La Suède consacre actuellement 30 % de son PIB à la sécurité sociale et il s’agit d’un pays économiquement très développé.  Cela introduit une autre dimension à la réflexion : il ne suffit pas de parler de chiffres il faut faire des choix politiques et ces choix sont possibles.  Bien entendu, si la Belgique va dans ce sens,  il faudra que les citoyens le décident, le partagent et le financent.  Il faudra alors voir comment on répartit le financement entre l’ensemble des citoyens mais cela est un autre débat ».

 

« Tu  veux sans doute dire que ce n’est pas tout le monde qui pourrait devoir le financer mais certains, les plus aisés par exemple, ou les entreprises, qui pourraient être emmené à le faire ».

« On peut dire cela en effet.  Pas d’empressement sur ce sujet, ce n’est pas neutre.  Ces choix auront des répercussions, économiques et sociales ».

 

« Et si on se disait que notre système n’est pas le meilleur et qu’on acceptait la privatisation des assurances, notamment des pensions.  Tu parles de choix et on pourrait donc le faire ».

« On peut en effet partir dans cette voie et c’est notamment le cas aux Etats-Unis depuis longtemps. Mais avant de te positionner, je te donnerai un exemple tout simple.

J’ai 46 ans et je gagne correctement ma vie de même que mon épouse.  Comme nous n’avons pas d’enfant, nous pourrions consacrer une partie de nos revenus à une assurance pension privée.  Avec des enfants, le problème serait autre : je devrais financer leur scolarité et cela coûte cher ». Il faut aussi tenir compte du montant des salaires.

 

« Je vois, cela veux dire que les plus riches, les plus chanceux, les plus formés, pourront s’assurer pour leur pensions et que les autres ne pourront pas le faire ou alors trop peu et qu’en plus il y aurait, sans modification du salaire brut,  et tu as d’autres reproches à faire aux assurances privées ».

« J’en ai d’autres, en effet.

Premièrement, tu sais sans doute que les primes que tu verses à une compagnie d’assurances vont dans des fonds qui sont placés sur les marchés financiers.  Les défenseurs du système font valoir que cela engendre une valorisation de ces fonds par l’ajout des intérêts sur les placements d’une part et que cela permet de dynamiser l’économie par la mise sur le marché de capitaux que les entreprises peuvent investir.  Ils ont partiellement raison, quand tout va bien mais ils oublient de dire que ces fonds de pensions seront également soumis au problème du vieillissement de la population.  Ainsi, les grands fonds de pensions d’aujourd’hui, qui détiennent des sociétés et qui y ont investi des capitaux importants, vont eux aussi avoir besoin, à partir de 2011, de liquidités pour payer les pensions de leurs assurés.  Ils vont devoir alors vendre des masses d’actions sur les marchés avec les conséquences négatives que cela aura sur les entreprises et sur leurs travailleurs.  Je ne suis pas le seul à le dire.  Le très sérieux Fonds Monétaire International (FMI) a déjà tiré la sonnette d’alarme.

Deuxièmement, on a souvent tendance à imaginer que le secteur privé est plus performant et offrirait plus de garanties que ce que peut faire le secteur public.  Il y a la une croyance qui a la vie dure.  Pourtant des études belges et françaises démontrent le contraire.  Sais-tu par exemple qu’une étude a démontré que quand tu verses 100 € pour les pensions dans notre système public, 96 € vont réellement dans le paiement des pensions et 4 € servent à financer les coûts de gestion, notamment le paiement des fonctionnaires qui gèrent les pensions.  La même étude démontre que si tu verses 100 € à une compagnie d’assurances privée, 80 € vont au fonds de pension et 20 € partent dans les coûts de fonctionnement, dont notamment, les frais pour la publicité dont tu m’as parlé au début de notre conversation et la rétribution des actionnaires qui détiennent la compagnie.

Troisièmement, le système des compagnies privées consiste à capitaliser les cotisations des souscripteurs.  Cela signifie que l’argent est placé et leur sera reversé plus tard.  Cela implique que ce qui est épargné entraîne une diminution de la composante « consommation » du PIB et donc diminue celui-ci.  Ainsi, on a un effet pervers : plus les gens épargnent pour leur pension future, plus le PIB belge diminue et donc au moins on a de moyens pour financer les pensions publiques. Guy Quaden, le directeur de la Banque Nationale de Belgique a attiré l’attention sur ce problème dans une interview sur la RTBF il y a environ un an ».

Quatrièmement, le paradoxe du système. Les fonds de pensions investissent là ou les gains à court terme sont les plus importants.  Ainsi, les fonds de pensions américains ont largement investi dans l’immobilier.  Cela leur rapporte mais le retour économique pour la nation y est très faible, il vaudrait bien mieux, pour l’avenir et les futurs pensionnés, investir dans des activités productives, que ce soit de biens ou de services. Et il y a pire.  Les fonds investissent dans les entreprises les plus rentables possibles.  Ces dernières compriment les coûts au maximum et notamment les coûts salariaux, en augmentant les cadences et/ou en licenciant du personnel.  Ainsi, ce sont, involontairement, les pensionnés actuels, et donc les travailleurs d’hier, qui mettent la pression sur les travailleurs d’aujourd’hui.  Ce sont eux qui participent à ce capitalisme sauvage, capitalisme « financier », qui est de plus en plus décrié aujourd’hui et qui occasionne tant de drames sociaux. Attention, je n’ai pas dit qu’ils étaient les seuls à y participer mais leur poids est indéniable.

Enfin, il faudrait pour que ce soit moins un jeu de dupes, que les travailleurs touchent, avant de cotiser à des assurances privées,  un salaire équivalent au coût patronal sans quoi ils devront financer leur sécurité sociale sur leur salaire imposable actuel,  ce qui est impossible pour la plupart et les employeurs seront les seuls bénéficiaires de l’opération.

 

« Mais alors, les banquiers et les assureurs, ils ont tout faux ! »

« Plus sérieusement Mélanie, ils font leur métier.  Ils sont là pour vendre des assurances et malheureusement, tous les moyens sont bons.  Ils n’ont pas tout à fait tort quand ils disent que les pensions seront insuffisantes et que les gens doivent s’assurer chez eux s’ils veulent avoir une pension convenable.  Si rien n’est mis en place, si on continue à ne pas prendre le problème à bras le corps, nous aurons en effet des pensions de base très basses avec des conséquences économiques terribles.  Un grand nombre de citoyens vivra très difficilement et dépensera donc très peu avec toutes les répercussions négatives sur la consommation intérieure et donc sur la croissance.  Le problème est que les citoyens se laissent prendre au jeu de la publicité et sont persuadés que les pensions privées sont la seule solution alors que nous avons vu de quoi il en retournait.  En fait, les banquiers et les assureurs profitent de la peur des citoyens ».

 

« Tu a l’air de dire qu’ils font leur métier et qu’ils essaient simplement d’avoir des clients.  Tu ne penses pas qu’ils le font volontairement, pour avoir tout le marché pour eux et casser notre système social ?»

« C’est un grand débat.  Y a t’il complot ou pas contre notre modèle social.  De nombreux économistes, politologues et sociologues pensent qu’il y a en effet un authentique complot, que les néolibéraux sont véritablement opposés à notre modèle social et qu’ils feront tout pour l’annihiler.  Quand on lit les déclarations de certains chantres du néolibéralisme, on peut en effet le penser. Quand on voit ce que proposait la circulaire Bolkestein dans sa première version, cette crainte semble fondée. Quand je dis qu’ils feraient tout pour casser notre modèle social, c’est également le fait de prendre des décisions qui mettent ce modèle en difficulté afin de prouver son inefficacité ».

 

« En t’écoutant, je me demandais si des mesures avaient déjà été prises en Belgique pour répondre à ce problème du vieillissement ? »

« Oui, très concrètement, le gouvernement actuel a adopté ce qu’on appelle « le pacte des générations ». Il implique notamment de travailler plus longtemps.  Cela ne fait pas plaisir à tout le monde, beaucoup de gens souhaitent arrêter avant 65 ans.  On peut le comprendre mais il faut aussi savoir ce que l’on veut.  Si on souhaite arrêter avant 65 ans, alors on risque fort de devoir consacrer plus de moyens à la sécurité sociale et donc de devoir la financer et qui dit financement supplémentaire dit augmentation des prélèvements. Ou alors, il faudra ouvrir massivement les frontières mais je n’ai pas l’impression que ce soit  le souhait d’une majorité de nos concitoyens.  Le gouvernement a également créé un fonds pour le vieillissement.  Il s’agit en quelque sorte d’une réserve qui servira à financer l’augmentation des pensions à partir de 2011. De même, cela fait plusieurs années que notre dette publique diminue.  Elle reste cependant aujourd’hui encore à plus de 90 % du PIB, ce qui est beaucoup.  Si notre dette publique continuait à diminuer, cela pourrait permettre, avec l’aide du fonds pour le vieillissement, d’emprunter pour payer les pensions, du moins dans les premières années, avant d’avoir trouvé d’autres moyens ».

 

« Ce fonds est-il suffisant ? »

« De nombreux analystes disent que non et même la Cour des Comptes a attiré l’attention du Gouvernement sur ce problème, notamment dans sa critique du budget 2007.  Je te dirai que la façon dont les choses se passent pose question et certains y voient le complot dont nous parlions précédemment.  On peut en effet se demander pourquoi, alors que d’un côté on crée un fonds pour faire face au vieillissement et que tout le monde dit que les besoins seront importants, on accorde de l’autre côté des cadeaux fiscaux à tout le monde mais principalement aux nantis et aux entreprises.  Dans le même ordre d’idée, pourquoi le gouvernement défiscalise les primes aux assurances pensions, qui ne bénéficient qu’aux plus aisés,  alors que leur fiscalisation pourrait alimenter le fonds pour le vieillissement ? »

 

« Comment cela va alors se passer ? »

« Cela signifie qu’il faudra, à partir de 2011, faire face au vieillissement avec des réserves insuffisantes et donc faire les choix les plus judicieux possibles en peu de temps, ce qui n’a pas souvent été le cas en politique ».

 

« Donc, rendez-vous en 2011 ! »

« Le rendez-vous est en 2011 mais se prépare aujourd’hui.  Le vieillissement n’est pas une fatalité.  Notre modèle social peut y faire face, c’est une question de choix »

 

« Qui est concerné par ce choix, qui doit le faire ? »

« C’est un choix politique et donc c’est aux politiques  à décider en final.  Le débat est ouvert, il y aura les tenants de notre modèle social et ses adversaires. Il s’agira donc de rapports de forces, comme d’habitude.  Mais n’oublie pas que c’est le citoyen qui nomme le politique et que c’est donc lui qui doit savoir ce qu’il veut pour son avenir ».

  

 

Sources documentaires
« Contrat de solidarité entre générations ».
Conseil Supérieur des Finances. Comité d’Etude sur le Vieillissement. « Rapport annuel » – mai 2006.
« Comprendre la sécurité sociale pour la défendre » Patrick Feltesse et Pierre Reman – Fec, Couleur livres, Fondation Travail université.
« Campagne Sécu 2004 – 2005  C’est à nous » CNE – LBC – CSC – NVK.
http://statbel.fgov.be : service des statistiques.
www.bnb.be : Banque Nationale.
http://ecodata.mineco.fgov.be/mdf/ts_structur.jsp?table=AT0502049
http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal
«  la Belgique ne peut plus repousser la tenue d’un débat sur le défi du vieillissement ».  Carte Blanche, Le Soir, jeudi 9 novembre 2006. Marc De Vos.