Intervention dans le cadre des ateliers de la semaine d’étude de Ve féminine, Namur, 5 juillet 2012

 

Que veut dire télétravailler ? Cette notion reste une nébuleuse pour beaucoup. Télétravailler, c’est effectuer son travail à distance, soit à son domicile, soit dans un bureau décentralisé, soit en déplacement (télétravail mobile- cas de certains représentants commerciaux) en recourant à des technologies de l’information et de la communication. Le télétravailleur peut travailler sous statut de salarié ou comme indépendant. Tous les métiers qui peuvent s’exercer, du moins en partie, à distance sont susceptibles de pouvoir être effectués en mode télétravail. A contrario, le personnel d’accueil d’une entreprise, un ouvrier d’une chaîne de montage ou encore le personnel de nettoyage de bureau ne peut pas prétendre au télétravail. On retrouve donc cette pratique principalement dans le secteur des services.

Le télétravailleur peut être en mode télétravail à tems plein mais, le plus souvent, le télétravailleur se rend 2-3 jours par semaine au bureau et prestent les autres jours de chez lui. Le télétravail flexible ou occasionnel est, quant à lui, pratiqué par des salariés qui, bien que travaillant quotidiennement dans leur entreprise, effectuent ponctuellement des travaux à domicile. Cette faculté peut être le résultat d’une certaine flexibilité donnée au salarié, pour faciliter la réalisation de tâches qui exigent une concentration importante ou encore lorsque le salarié n’a pas pu terminer son travail pendant ses heures normales de présence au bureau et qu’il préfère ramener le travail à son domicile plutôt que de rester plus tard dans l’entreprise.

On a beaucoup entendu parler de télétravail dès l’avènement des NTIC fin des années 80, début des années 1990. Il devait être la panacée pour réduire les temps de trajet domicile-travail, le stress et la pollution engendrés par ces trajets mais aussi pour réduire les espaces des bureaux à entretenir. La réalité montre aujourd’hui que la majorité des télétravailleurs sont des télétravailleurs occasionnels ou à temps partiel (pour moins d’un quart de leur temps de travail). Le profil du télétravailleur typique correspond à celui d’un homme entre 30 et 45 ans qui occupe des fonctions de cadres.

On est donc loin de l’idée de conciliation des temps de vie ! Pourquoi ?

Tout d’abord, parce que l’employeur doit changer la relation de travail qui est habituellement celle des salariés pour que le contrôle ne soit plus centré sur le temps mais bien sur les résultats laissant ainsi une grande autonomie de gestion au travailleur. On comprend dès lors que si ces conditions sont fréquemment rencontrées chez les cadres, ce n’est guère le cas pour les autres salariés. Ce n’est pas non plus le cas pour les chefs d’équipe sur lesquels repose la tâche de contrôler leurs subordonnés selon les approches traditionnelles centrées sur le temps même si elles sont de plus e plus combinées à une réalisation de résultats donnés.

De son côté, tout salarié n’est pas un télétravailleur dans l’âme. En effet, outre le fait qu’il faut être responsable et autonome dans son travail et donc gérer son temps de travail sans que personne n’intervienne, il convient également d’aimer travailler et être seul pendant des journées entières. Le télétravailleur devra aussi bénéficier de la confiance de son employeur. Finalement, d’un point de vue matériel, le télétravailleur doit disposer à son domicile d’un espace de travail calme, aménagé et chauffé. Il est également important de pouvoir être disponible de manière flexible (et dès lors prévoir des solutions de garde des enfants pour ces moments) pour répondre à des urgences éventuelles ou pour participer à une réunion d’équipe ou à une formation. Ces aménagements peuvent avoir un coût (chauffage, électricité, pièce disponible, frais éventuels d’internet, téléphone).

La vingtaine d’années d’expériences apporte des éléments de compréhension de la manière dont les temps de vie s’articulent lorsque l’on passe en mode télétravail.

Ainsi, le télétravail flexible ou occasionnel est en réalité souvent du travail en plus du travail effectué sur le lieu de travail et non à la place de ce dernier. Il constitue donc des heures supplémentaires souvent prestées en soirée, de nuit et pendant les week-ends pour des raisons de flexibilité personnelle (ex : pouvoir manger en famille avant de se remettre au boulot plutôt que rentrer plus tard) (enquête ECATT).

Le télétravail permet de réduire les tensions aux moments de la journée où la vie privée et la vie professionnelle se chevauchent. C’est le cas du matin et de la fin d’après-midi. Le télétravailleur peut organiser différemment ces moments en rattrapant son retard à un autre moment (pas de temps de midi, pas de bavardage avec des collègues, ou encore le soir ou le week-end).

Cette souplesse d’organisation va de pair avec une imbrication beaucoup plus importante des obligations familiales et professionnelles. Certains auront ainsi l’impression de ne jamais arrêter de travailler, le conjoint peut aussi ne plus voir que le travail puisque celui-ci est opéré à domicile et à des moments où habituellement la personne n’est pas prise par des préoccupations professionnelles.

Important aussi est l’impact que le télétravail peut avoir sur la répartition des tâches domestiques et familiales au sein d’un couple. En effet, il apparait (Ada) que lorsque la femme télétravaille, souvent pour mieux assumer les tâches domestiques et familiales, le télétravail renforce la prise en charge de ces taches… par la femme. Si, par contre, c’est l’homme qui télétravaille, quelle que soit la raison, son investissement dans ces tâches est souvent plus élevé qu’auparavant car sa présence au domicile pendant la journée va lui permettre d’aller conduire ou rechercher les enfants à l’école ou de s’occuper du linge entre deux dossiers par exemple. Toutefois, si le télétravail coïncide à un passage sous statut d’indépendant, l’homme risque de passer bien plus d’heures au travail que lorsqu’il était salarié. A contrario, les femmes qui se lancent à leur compte le font souvent dans le but de mieux concilier leurs temps de vie quitte à être moins ambitieuse (Cornet et Delhaye, 2005).

Vous l’aurez compris, avant de se lancer dans du télétravail comme moyen de concilier vos temps de vie, il convient d’être vigilant sur certains points : Avez-vous le profil du télétravailleur? De quel espace disposez-vous pour télétravailler ? Votre entreprise autorise-t-elle le télétravail? En quoi le télétravail vous permettra-t-il d’aménager différemment vos horaires professionnels et familiaux? Quel effet aura-t-il sur la répartition des tâches au sein de votre couple ? Quelle est l’attitude de votre entourage par rapport au télétravail? En outre, pensez à vous organiser pour garder un contact régulier avec votre supérieur et vos collègues en venant régulièrement au bureau, en participant aux réunions d’équipes et aux formations. Prévoyez aussi clairement vos plages horaires de travail sans enfants ni tâches ménagères et faites les respecter par votre entourage. N’y placez pas d’autres activités mangeuses de temps (chat sur Facebook, conversation téléphonique pour rompre l’isolement, achats sur internet, etc.).

Bref, le télétravail, c’est… plus de souplesse dans les horaires, mais aussi une toute autre façon de travailler qui révolutionne la relation à son employeur et à son conjoint. A vous de choisir!

Pour d’autres pistes de réflexion sur les moyen de concilier travail et famille, nous vous invitons à consulter la brochure « Travail-famille : un couple gagnant – une palette de possibilités » sur le site du CESEP : http://www.cesep.be/

 

Sources :

Ada, Le télétravail, une solution miracle ?, http://www.ada-online.org/frada/spip.php?rubrique127

Cornet A., Delhaye C. (2005), L’entrepreneuriat féminin en province de Luxembourg, Recherche Méridienne, Interreg II, Province de Luxembourg.

Families, work, and IST, a study of the interactions between family trends and new work methodes in the information society. Result of families survey, Deliverable n°3, Project Co-ordinator : Work research Centre Ltd. http://www.families-project.com/

Vendramin P., Taskin L., 2004, Le télétravail, une vague silencieuse, Presses universitaires de Louvain Fondation travail-Université, 2009, Le télétravail, quoi de neuf ?, Lettre EMERIT, n°60.

http://www.teletravailonline.com/