Permettre  les visites domiciliaires afin de vérifier le statut social (isolé ou cohabitant) des chômeurs est une fois de plus un mesure vexatoire à l'encontre de ces derniers. Les réactions ont cette fois été plus nombreuses, dépassant le cercle des traditionnels défenseurs des demandeurs d'emplois (syndicats, comités de travailleurs sans emploi etc). Sans doute cette mesure fait-elle penser aux heures les plus sombres de notre histoire quand violer le domicile faisait partie de la règle[ii] et inutile[iv] car parler de fraude sociale et rester les bras croisés devant la fraude fiscale relève de la malhonnêteté la plus crasse.  On déplorera encore que cette mesure soit portée par le secrétaire d'état à la protection de la vie privée...tout un programme.

Dans le précédent n°101 du "Secouez-vous les idées", nous consacrions le dossier articulation

au chômage et notamment aux exclusions, je ne reviendrai pas sur ce sujet dans cet édito. On retiendra cependant que cette branche de la sécurité sociale est l'enfant terrible de la famille.  Comme s'il était normal de couvrir la maladie, la vieillesse et l'enfance mais que perdre son emploi, dans une société qui n'assure plus le plein emploi depuis 40 ans, c'était profiter d'un généreux système. Le rejet du chômeur traverse la société depuis bien longtemps.  Il s'agit d'une constante, les mesures d'indemnisation des chômeurs sont mises en cause[vi] par la classe dirigeante bien avant le pacte social de 1944 et notamment en pleine crise des années 1930.

Lors d'un débat sur la mesure prise par Bart Tommelein, Yves Martens, coordinateur du collectif Solidarité contre l'Exclusion proposait de supprimer le statut de cohabitant[viii] peu élevés. Ainsi, émarger à la sécurité sociale signifie pour beaucoup une importante perte de revenus. Les mesures prises depuis la fin des années 1970 accroissent cette perte de revenu au fur et à mesure du temps qui s’écoule. Tout se passe comme si on essayait, et encore est-ce de moins en moins le cas, d’éviter que les bénéficiaires restent juste au dessus du seuil de risque de pauvreté, rien de plus.

Des prestations pour qui ? Le modèle belge est assurantiel, dit aussi bismarckien car inspiré du modèle allemand, un précurseur de la sécurité sociale. Cela signifie que l'on est couvert si on est assuré et pour être assuré, il faut...travailler. Il s'oppose au modèle béveridgien, inspiré de ce qui se faisait au Royaume-Uni dans lequel on est couvert en tant que citoyen. En Belgique comme dans bien d'autres pays , le modèle s'est quelque peu "hybridé" afin de couvrir un plus grand nombre que les seuls assurés.  C'est notamment le cas avec les allocations d'insertions pour les demandeurs d'emploi, les pensions de veuves, la couverture maladie des enfants etc.

Pourquoi des prestations différenciées ? Il semble logique, dans quelque modèle que l'on soit, qu'il n'y ait pas de catégories de bénéficiaires. Quand on est un assuré demandeur d'emploi dans un système universel, il n'y a pas de différence à faire entre cohabitant, isolé ou chef de ménage : on a cotisé et on a donc les mêmes droits. Si on est assuré en tant que citoyen, y-en aurait-il de seconde et de troisième zone bénéficiant de prestations distinctes ?. La différenciation des prestations n'est rien d'autre qu'un mécanisme introduit, année après année, dans tous les pans de la sécurité sociale pour diminuer les prestations et faire des économies.

Pour quel résultat ? Nous cumulons des prestations de base peu élevées qui diminuent par la catégorisation et dans le temps. Notre modèle assure de plus en plus la survie, il est loin d'assurer une vie décente. Il crée des injustices profondes, notamment envers les femmes[x] détruira massivement des postes de travail.

Que faire ? Ne rien attendre des politiques inspirées du néolibéralisme. On a beau faire le constat qu'elles sont erronées, rien n'y fait. La stigmatisation dont ne se prive pas l'actuel gouvernement est totalement contreproductive

 


[iv] C'est le corbeau qui crie à la pie qu'elle à un cul tout noir"
[vi] "Comprendre la Sécurité Sociale pour la défendre. Patric Feltesse et Pierre Reman. Couleur Livres. FTU. Pages 13 et 14.
[viii] Le taux de remplacement est le rapport entre le revenu "perdu" et le revenu de remplacement.
[x] http://www.lefigaro.fr/emploi/2014/01/15/09005-20140115ARTFIG00399-pourquoi-le-travail-et-l-emploi-vont-disparaitre.php