Interview de Charles-Yvon GERARD, directeur du Service de la danse à la Fédération Wallonie-Bruxelles

Intervieuws écrites de Claudine LISON, Présidente du Conseil de l'Art de la Danse

Intervieuw écrite de Conchita FERNANDEZ DEL CAMPO, membre du Conseil de l'Art et de la Danse

Interview écrite de Charles-Yvon GERARD, directeur du Service de la danse à la Fédération Wallonie-Bruxelles

Qu'est-ce que le Service de la danse ?

Le Service de la danse est principalement une petite équipe administrative au service des compagnies, soit établies depuis un certain nombre d'années soit en gestation, principalement pour leur permettre d'obtenir des subventions publiques pour « créer » et « fonctionner ». 

En dehors du soutien financier, y a-t-il un autre type de soutien proposé ?

Pas vraiment. On essaie de rendre service, renseigner, relayer et répercuter quand nous recevons des appels à projets ou autres. Le Service de la danse a pour mission, principalement, de donner un avis d'analyse de dossiers, du point de vue technique ou administratif : voir si en termes budgétaires c'est tenable et voir si les conditions exigées sont remplies. Le Service n'a pas pour mission de donner un avis artistique, qui est la mission principale de Conseil de l'Art de la danse (CAD).

Nous faisons en sorte que les candidats soient bien informés des conditions minimales. Pour les conseils, on doit se limiter. Je suis à l'administration, je ne fais pas d'accompagnement. 

Quand on parle du Service de la danse, s'agit-il exclusivement de danse contemporaine ? Comment se définit-elle ?

Je n'ai pas de lexique qui me dit ce qu'est la danse contemporaine. Je peux dire que ce n'est pas du « classique ». Nous ne sommes pas dans de la reproduction d'une technique. La danse contemporaine est de la danse de création. Elle n'est pas codifiée comme la danse classique ou même le jazz, le tango ou la danse africaine. Elle peut être, par contre, inspirée par tout ça. Elle doit toucher l'imagination des gens, les toucher quelque part. Elle doit être polysémique.

Je pense que la danse est très exigeante pour le praticien. La danse n'a pas un public très large, notamment parce qu'elle est aussi exigeante pour lui. Petit à petit, il y a une petite porte qui s'ouvre vers « comment peut-on approcher le public ? ».

Quel est le décret qui régit la danse ?

C'est celui qui régit aussi les « arts de la scène ». Avec des spécificités, simplement au niveau de l'instance de la danse : le Conseil de l'Art de la Danse.

Pourriez-vous expliquer les différents types de subsides qui concernent la danse ?

Les contrats-programmes sont octroyés à des compagnies qui développent un travail sur le long terme, avec une structuration de compagnie : bureau administratif, etc. et un rythme de créations qui est régulier avec un répertoire. Les contrats-programmes sont signés pour une durée de cinq ans. Il s'agit de Thierry Smits, Michèle Noiret, Mossoux Bonté et Contredanse qui est une institution qui doit être au service du monde de la danse en termes de recherches et de compilations. 

Il y a aussi un autre soutien récurrent, que sont les conventions. Elles sont signées pour une durée de deux à quatre ans. Il s'agit aussi d'un soutien structurel mais de moindre importance. La différence est en termes de volume d'activités et de personnel engagé. Les conventions peuvent demander des « aides au projet ». Tout dossier ou toutes demandes déposés à l'administration sont analysés par le Conseil de la danse, qui remet un avis à la Ministre. 

Pour les aides au projet, il faut être reconnu et avoir présenté un spectacle précédent, dans un lieu culturel. A partir de ça, vous pouvez déposer un dossier et demander une subvention.

Mise à part les critères techniques, c'est donc le Conseil de la danse qui est compétent pour les autres critères ?

Le Conseil apporte aussi un avis artis-tique. Le Conseil a le droit d'être subjectif ! C'est sa mission ! On lui demande d'argumenter sa subjectivité. Le principal critère, c'est l'originalité. Pour moi, la légitimité de l'avis naît de la diversité des points de vue exprimés autour de la table et de la liberté qu'a chacun d'exprimer son point de vue et sa vision. C'est cette synthèse qui devrait être représentative de toutes les esthétiques et de toutes les sensibilités. La légitimité vient du nombre et des procédures qui sont mises en place pour que chacun puisse s'exprimer en toute liberté.

Comment devient-on membre du Conseil de l'Art de la danse ?

Nous émettons un appel public à candidature. Mais soyons clair, il y a peu de candidats. On essaie que les différentes tendances s'y retrouvent, c'est important. J'essaie de faire en sorte que les gens soient impliqués. Nous recevons des dossiers de créations, avec des univers différents dans lesquels il faut plonger et se laisser imprégner. Vous devez donner votre avis et sanctionner puisque ça débouche 

sur l'octroi ou non d'une subvention. La plupart du temps, même si c'est une commission consultative pour éclairer la décision de la Ministre, elle suit généralement l'avis de la Commission. Donc, la Commission a un grand pouvoir. C'est très impliquant. C'est également nous qui organisons la répartition du budget, il n'y a jamais eu d'injonction de la part de la Ministre. En plus de donner un avis artistique, il faut que ça tienne dans l'enveloppe.

Comment les décisions se prennent-elles au Conseil ?

Tout le monde lit tous les dossiers et souvent, le consensus se dégage. Quand il n'y a pas consensus, il y a un peu plus d'affrontement. Généralement, c'est une discussion. Je trouve que ça fonctionne bien quand les membres ne sont pas individuellement complètement satisfaits du résultat des délibérations. Ça veut dire qu'il y a eu une régulation entre les différentes tendances. 

On évite le vote parce qu'il peut amener à une domination d'un courant ou d'une esthétique, alors qu'au consensus, on est obligé de céder des choses. On « cède » comme on « s'aide ». La plupart des membres sont très impliqués et amoureux : c'est leur vie, leur domaine.

Interview écrite de Claudine LISON, Présidente du Conseil de l'Art de la Danse

En quoi consiste votre rôle de Présidente du Conseil de l'Art de la Danse ?

En préalable, il me semble opportun de rappeler les missions du CAD, définis par le Décret-cadre du 10 avril 20031, le Décret du 10 avril 2003 relatif aux instances d'avis2, leurs arrêtés et son ROI3. En tant qu'instance d'avis auprès du Ministre de tutelle, il incombe au CAD de remettre des avis et propositions financières sur l'ensemble des dossiers déposés par le secteur chorégraphique professionnel.

Sur les demandes d'aides ponctuelles de toutes natures : aides aux projets de créations, bourses de recherche, aides à la reprise, aides aux festivals et manifestations, aides à des associations de promotion. Mais aussi sur les demandes d'aides structurelles : aides au développement, conventions et contrats-programmes. L'éventail est complet, on le constate.

Il doit remettre aussi des avis d'opportunité sur les avant -projets de décrets ou arrêtés relatifs à la danse. Il lui appartient en outre, de formuler d'initiative ou à la demande, des recommandations sur la politique à développer.

En tant que Présidente, mon rôle consiste à préparer les réunions du CAD en lien avec le Service de la danse et leur suivi au niveau des PV et Rapports annuels. Il consiste, bien entendu, à diriger les travaux et les délibérations, à formuler les points de décisions et résultats, dans le respect de la déontologie et du ROI.

Ce rôle entraîne pas mal de travail en amont et en aval des réunions, suppose le visionnement des créations et gagne à s'appuyer sur une connaissance éprouvée des parcours des chorégraphes de la FWB, pour profiler chantiers et prospectives utiles au développement du secteur.

A quoi êtes-vous particulièrement attentive ?

Équité, libre examen, consensus, pluralisme sont des valeurs inspirantes.

Je vise à privilégier des analyses approfondies sur les aspects artistiques, rigoureuses sur les montages financiers et leur conformité aux critères du Vade-mecum. Je veille à organiser les débats et la libre expression des avis dans leur diversité et complémentarité.

Ceci constitue un gage d'essai d'objectivation des avis des 12 membres, experts porteurs de leurs angles d'appréciation, liés à leurs pratiques professionnelles, leurs générations et subjectivités respectives et à favoriser ainsi l'émergence de consensus. Le CAD vient d'achever un gros chantier : la révision du Vade-mecum qui précise les conditions d'octroi des aides ponctuelles, travail mené en fructueuse concertation avec la RAC4. Il poursuit ses prospectives sur la Danse Jeunes Publics, sur le problème de la diffusion de la danse en FWB. Il a relancé son plaidoyer pour une augmentation significative du budget de la Danse, à la mesure des constats d'une nouvelle efflorescence et des statistiques sur l'accroissement du nombre de dossiers.

Quelle danse souhaitez-vous voir se développer en FWB ?

Une danse contemporaine qui continue à être un vivier de créations originales, éclectiques, menées par des artistes venus du monde entier à Bruxelles, qui bouscule les conformismes et les impostures. Qui veille aussi, dans ses multiples expressions, à apporter à ses publics : visions du monde, beautés, émotions et plaisirs.

1. Décret-cadre relatif à la reconnaissance et au subventionnement du secteur professionnel des Arts de la scène du 10 avril 2003

2. Décret relatif au fonctionnement des instances d'avis œuvrant dans le secteur culturel du 10 avril 2003

3. Règlement d'ordre intérieur du Conseil de l'Art de la Danse

4. Réunion des auteurs chorégraphes de la FWB

Interview écrite de Conchita FERNANDEZ DEL CAMPO, membre du Conseil de l'Art de la Danse

En quoi consiste votre rôle en tant que membre du Conseil des arts de la danse ?

Dans l'idéal, mon rôle serait d'apporter un regard nourri, inspiré, porteur, sur les différents dossiers et questions soumis à ce Conseil. Ce serait d'apporter un point de vue pertinent ou impertinent d'ailleurs, sur les questions que l'on s'y pose.

Dans la réalité, je suis souvent frustrée par les difficultés à nourrir ce regard, à rester connectée à l'actualité de la création et des projets en cours ou en tournée. A ce jour, la danse est principalement présente dans les grands pôles comme Bruxelles, Charleroi, Namur, Mons et Liège. Pour toute personne n'habitant pas ces lieux clés, aller voir un spectacle de danse reste une entreprise conséquente qui demande des déplacements et du temps, BEAUCOUP de temps !

Quand je dépasse la frustration personnelle, je me rends compte que mon rôle se joue probablement juste là : quel est le regard, le retour, les questions que peut apporter quelqu'un qui articule l'essentiel de son travail autour de la danse dans un contexte à la fois rural et industriel ? Quel est le regard que l'on porte sur la création danse en FWB quand on travaille sur un terrain où, à priori, cette même création est totalement absente ?

Animatrice au Centre culturel d'Engis pour les projets danse, j'y développe différentes actions visant à faciliter la rencontre entre la création et/ou l'artiste et le/les publics. Et vice-versa ! 

Ateliers, rencontres avec des chorégraphes invités, expos, l'idée étant toujours, non pas de multiplier les "actions" mais de multiplier les portes d'entrée pour aller à la rencontre de personnes qui, peut-être, n'auraient jamais été voir de la danse. Dans un contexte approprié, je crois au fait que les publics s'ouvrent et rencontrent des parcours d'artistes et leurs créations, aussi singulières soient-elles. 

Tout ce travail de fond, à partir des publics et avec les artistes invités, permet une grande liberté et une ouverture quant aux œuvres proposées. Il nourrit ma façon de lire un dossier. En plongeant dans le projet de l'artiste, je me pose des questions quant aux rencontres possibles entre l'œuvre en devenir et les publics potentiels.

A quoi êtes-vous particulièrement attentive ?

Une grande partie du travail du Conseil consiste dans la lecture des dossiers et dans les réflexions pour avis sur ces mêmes dossiers. Dans ce cadre là, je suis AVANT TOUT ouverte au projet. Ça peut sembler simpliste mais c'est vraiment ça. Le premier élan reste d'abord de s'ouvrir au projet du créateur, de plonger dans sa démarche et son univers, de façon à pouvoir se faire un avis sur le projet artistique en tant que tel.

Ensuite viennent les autres questions, toutes les autres. Au vu de ma réalité professionnelle, je suis notamment attentive aux différentes possibilités de diffusion en FWB : la création pourra-t-elle se jouer dans différentes structures ou uniquement dans de grandes institutions ? Y a t-il une cohérence entre les contraintes et le projet de tournée ? Y a-t-il une ouverture de la Compagnie quant aux possibilités de rencontres avec les publics ? Dans quel cadre et comment pourrait-on travailler autour de cette programmation ? Avec cet artiste ?

Quelle danse souhaitez-vous voir se développer en FWB ?

Pour ce qui est de « développement », mes manques et mes envies sont surtout du côté de la diffusion ! Si la vitalité de la scène chorégraphique en FWB m'enthousiasme encore et encore, son manque de visibilité m'attriste. Il y a quantité de très belles productions qui ne tournent pas, par manque de moyens principalement. Lorsqu'on peut travailler la relation entre l'univers artistique de l'invité et le public, tout est possible !