Certains romans, contes, films, BD, chansons et histoires en tout genre nous captivent parce qu'elles peuvent nous aider à lire et comprendre le social, ses mécanismes d'exclusion, ses parts d'inavouable mais aussi et surtout ses pans d'explorations et d'utopies dans lesquels nous pouvons nous projeter, rêver, construire. Toutes ces histoires ne sont pas nécessairement bienveillantes. Certaines sont comme une hache pour casser la mer gelée en nous disait Franz Kafka.

Dans la suite de ce dossier articulations, nous vous proposons de récolter des histoires en mots et en images, entre réalité et fiction qui nous aident à lire et comprendre le social d'aujourd'hui, à découvrir les mythes, les utopies et les uchronies de ce XXIème siècle1 qui fondent la vie en société.

France Verrier, libraire à Saint-Gilles depuis dix ans
France Verrier nous avait parlé dans un précédent numéro de Jonhson m'a tué, le journal de bord d'une usine en lutte de Louis Theillier. Une bande dessinée qui informe, et raconte une fermeture cynique comme tant d'autres. Les pouvoirs publics sont inféodés aux intérêts des multinationales. Les fondamentaux démocratiques ne sont plus res-pectés. Nous sommes aujourd'hui dans une démocratie de façade et cette bande dessinée est un acte de résistance !

Cette histoire est emblématique. L'histoire de la fermeture d'une usine rentable qui a bénéficié d'aides européennes et qui est délocalisée là où les ouvriers coûtent moins cher profitant d'un marché du travail européen non régularisé.

Ce récit me fait penser à Royal Boch, la dernière défaïence présentée par Daniel Adam de la compagnie Mari-time lors de la reprise du spectacle à Keramis en mars 2015. Des usines qui ferment et des ouvriers flanqués au chômage, il y en a partout. Mais voilà, Royal Boch c'est à La Louvière, au cœur de la ville, c'est là que nous sommes en résidence depuis plusieurs années, et ce sont des gens qui fabriquent chaque pièce de leur main, depuis cent soixante-huit ans. Ce sont des artisans, comme nous. Et nous fabriquons des pièces, comme eux.

Milady Renoir, coordirectice du réseau Kalame2, partenaire de longue date.
Elle fouille dans sa mémoire et pense à plusieurs auteurs et performeuses mais je retiendrai Patrick Declerck : Il est à la fois psychanalyste, philosophe, sociologue, ethnologue... Il a travaillé dans la rue, dans les gares, dans les centres d'accueil, au samu social. Il a écrit Les naufragés rendant compte de la grande marginalisation. Il parle de ceux qui vont plonger, de ceux qui sont aliénés par l'idéologie dominante. Mais il en parle aussi en envisageant tous les métiers concernés, les médecins, les élus, les travailleurs sociaux... Il a aussi écrit une version littéraire Le Sang nouveau est arrivé dont je découvrirai, en parcourant la toile, que Patrick Declerck le considère lui-même comme un pamphlet voué à dénoncer la cécité totale de la société, son sadisme vis-à-vis des personnes sans-abri.

Les enfants du CEC La tête en l'air, à leur manière, nous emmènent dans leur imaginaire à la recherche des usines du bonheur inspirées du travail de Benoi LACROIX. Nous y découvrons en images ce que veut dire pour eux le travail, les métiers, les outils et les machines.


Et vous avez-vous des histoires à partager...

 

 

 


1. Utopie : terme créé par Thomas More XVIème siècle qui veut dire littéralement non-lieu.
Uchronie : terme inventé par Charles Renouvier pour parler de non-temps. Une uchronie permet d'imaginer que le passé eut pu être différent in Uchronie, imagination et histoire – Jean-Paul Demoule – p78-79 – sciences humaines n°273 – août-septembre 2015
2. reseau-kalame.be