Alors, comme cela Monsieur Michel, votre parti serait le seul qui puisse apporter les réformes nécessaires dont la Belgique a besoin. Rien que cela ! C'est vrai, j'avais oublié vous êtes le boss du "mouvement réformateur" qui réforme à tour de bras, penché sur son unique livre de recettes néolibérales qui nous intoxiquent à petites doses depuis 40 ans. Vous ne réformez rien du tout, vous repassez sans cesse les mêmes plats de plus en plus lourds et indigestes. Vous ne représentez pas le seul parti dont le pays a besoin. Vous représentez le seul parti dont Bart De Wever a besoin. Vous êtes nécessaire à son programme : l'indépendance de SA Flandre ultralibérale et ultra-droitière, waar de vlamingen t'huis zijn. Je voulais vous proposer un petit coup de main. C'est vrai, si vous voulez empêcher De Wever d'arriver à ses fins et représenter dignement les gens qui vous ont élu, dont un tas de victimes de vos choix, éternel paradoxe politique, j'ai une réforme, une vraie celle-là, qui va à contre courant de votre idéologie dominante. Un bon plan qui fera plaisir aux gens. Vous devriez y réfléchir, c'est bon de caresser l'électeur dans le sens du poil et quand en plus cela en vaut la peine. Allez, je vous la dis : "AUGMENTER LES SALAIRES". Cela vous étonne hein ! J'aurais fumé le plaid de mon chat ? Eh bien non. Cette mesure nous permettrait enfin de sortir du jeu de dupes le plus colossal de ces dernières années dans lequel vous continuez à nous faire jouer avec joie, allégresse, avec un aplomb déconcertant et une belle dose de roublardise. Je vais vous expliquer. Un jour, chez notre plus important partenaire commercial, un teuton mal inspiré a dit "nous devons être plus compétitifs", en d'autres termes, nous devons vendre plus à l'étranger. Pour cela, il avait une recette toute simple : diminuer les coûts. Le problème avec ce truc à la con, c'est que c'est toujours le travailleur qui paie. En économie, pour bien causer, on dit : "le facteur travail est une variable d'ajustement". Pour vendre sa camelote, dans des états qui connaissent des taux de chômage plus ou moins importants, il a dit "cela va créer de l'emploi". Il se basait sur cette idée saugrenue qui lie nécessairement le taux de chômage à la hauteur des salaires, observation qui ne tient pas du tout la route pour autant. ..que l'on observe. Ainsi, il a jugulé la progression des salaires et ...il est devenu plus compétitif. Pas de chance, surtout pour l'ensemble des travailleurs, un autre partenaire commercial a fait pareil, pour redevenir au minimum aussi compétitif que le premier. Et les autres ont suivi mais tous ont fait le constat que cela ne relançait pas l'emploi. Alors, le premier a remis le couvert. En limitant encore une fois les coûts du travail. Et encore une fois, les autres ont suivi. A ce stade, aucun n'a vraiment pris le pas sur l'autre par contre tous les travailleurs ont perdu, au mieux du pouvoir d'achat et au pire leur boulot. Les autres perdants sont les Etats, mais de ceux-là, vous vous en foutez comme de votre premier Petit Bateau bleu pâle, j'y reviendrai sans doute un jour, vous m'inspirez. L'Etat, disais-je, car comme les effets escomptés ne sont pas au rendez-vous, la base salariale diminue, entraînant avec elle les entrées fiscales, tant directes (sur les salaires) qu'indirectes (sur la consommation). Devant ce tableau pas jojo, toute personne normalement constituée stoppe cette politique idiote mais non, on continue. Il faut cependant trouver d'autres trucs pour "aider les entreprises à créer des marges qui leur permettront d'investir, amen" mais comment ? Eh bien, on ne change pas une mesure qui perd, on continue à diminuer les salaires mais autrement. Votre idée saugrenue de diminuer les cotisations patronales d'assurances sociales n'est rien d'autre, ce n'est d'ailleurs pas votre idée, elle est en route depuis longtemps. Ou quoi encore ? La dérégulation du marché du travail. Déjà qu'il n'était plus trop régulé mais bon.

 

Notez que là vous êtes battu, par ceux que vous considériez comme des gauchistes rétrogrades qui plus est : les socialos français font bien mieux que vous mais ils ne sont plus socialos. Ne parlons pas des Allemands qui sont les instigateurs de cette politique stupide mais au moins ils ont des entreprises qui exportent autre chose que de la bière, du sulfate de cuivre et du treillis de poule. Malheureusement cela continue à ne pas fonctionner et en plus, les finances publiques demeurent mauvaises. Il faut donc encore un coup de fouet "pour que les entreprises et gnagnagna... Amen". Il reste la fiscalité des entreprises. "Diminuons-la et tout ira bien". Sauf que cela ne va pas non plus et que l'Etat s'en trouve une fois de plus dépourvu. Alors, on ouvre sa bible néolibérale, nouveau testament économique, épitre aux dirigeants de Milton Friedman et on joue sur les taux d'intérêts. Pour relancer tous ces pays qui touchent le fond, pour sortir d'une quasi déflation, "il suffit de faire tourner la planche à billets, d'injecter massivement des milliards d'euros dans le système pour que les banques aient des liquidités qu'elles pourront facilement prêter aux entreprises qui vont bien entendu investir". Sauf que, comme le dit Mario Draghi, le Président de la BCE lui-même, le résultat se fait attendre et pour cause. Alors Monsieur Michel, vous avez compris le message ? Pas des masses. Hé, on ne change pas facilement après des années d'aveuglement. Ou alors, vous êtes pieds et poings liés à quelques nantis qui retirent les marrons du feu ? A vous... et à nous d'apprécier. Quoi qu'il en soit, je vais vous éclairer. L'économie de la zone euro et de l'Europe entière est en berne. Pas de relance, quasi déflation. Cela signifie que la consommation des mé- nages est atone. Les gens, la classe moyenne Monsieur Michel, pour ne pas parler des plus pauvres dont vous n'avez rien à faire, ne consomment pas assez par le jeu combiné de salaires trop bas et du chômage trop élevé. Cela entraîne un manque de confiance de la part des entreprises qui n'investissent pas, faute de marchés, principalement pour les entreprises qui vivent du marché intérieur. Augmenter les salaires, c'est inverser cette spirale car plus de salaire signifie plus de consommation, plus d'investissements des entreprises, plus de création d'emplois, plus de recettes et moins de dépenses de sécurité sociale pour l'Etat, tout bénéfice pour la dette publique qui s'amenuisera également suite à l'inflation engendrée par l'accroissement de la consommation. Je vous entends pousser des cris d'orfraie. Les entreprises n'en auraient pas les moyens. Certes, certaines, à cause de vos politiques d'austérité, sont à la limite mais d'autres par contre... Retenez Monsieur Michel qu'en 1985, la part salariale dans la valeur ajoutée brute des entreprises en Belgique, était de 67 % et les bénéfices distribués aux actionnaires étaient de 7,5 %. En 2008, la part salariale a chuté à 62 % et les revenus distribués ont grimpé à 15,5 % ! La crise n'existe pas, je l'ai déjà dit maintes fois dans ces colonnes. L'austérité n'est pas pour tout le monde, beaucoup le savent et surtout le ressentent. Votre politique économique, passons les autres sous silence dans cet édito, sont mortifères pour le plus grand nombre. Quand je vous disais que nous jouions dans un jeu de dupes et que diminuer les coûts était un truc à la con. Il vous faut choisir Monsieur Michel. Soit vous restez le larbin de quelques-uns, soit vous êtes le Ministre du plus grand nombre. Vous me direz qu'augmenter les salaires est suicidaire pour un pays tout seul. Je vous suis bien mais il va falloir que quelqu'un se décide à porter ce discours auprès de tous : les entreprises, l'Europe, les citoyens. On a besoin d'un enfonceur de clous jusqu'auboutiste. Vous faites cela fort bien dans un sens, vous pourriez le faire aussi bien dans l'autre. Vous n'êtes pas le seul responsable me direz-vous aussi. Je vous l'accorde. La gauche a depuis trop longtemps reluqué vos recettes mais, je le sens, elle commence à comprendre que copier c'est pas beau. Allez Monsieur Michel, une vraie belle grande réforme vous tend les bras, celle qui fait les grands hommes politiques. Vous aurez des alliés, nettement plus fréquentables que les sales cabots des rives de l'Escaut. Chiche !

 

 

Lecture

https://www.letemps.ch/economie/2016/05/05/augmenter-salaires-reduire-chomage-europe

http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/03/19/lasolitude-de-mario-draghi_4886199_3234.html

http://www.econospheres.be/Midi-d-Econospheres-no5-

http://ec.europa.eu/eurostat/documents/2995521/676021 2/6-27032015-AP-FR.pdf/6d569707-d161-4abc-b901- 9472a9a8fcec