Par Eric VERMEERSCH

 

 

Oui, c’est le printemps. Bousculant l’automne, brûlant la politesse aux perce-neige, des milliers de boutons d’or ont fleuri les ronds-points de l’hexagone pour remonter vers le nord, sauter la barrière de Senlis et stopper net devant la porte de Flandre. Le petit dieu de la Montagne-Sainte-Geneviève, coiffé de sa suffisance, les éclairs du mépris dans la main droite, jeta un œil dédaigneux au tableau. Fidèle à son crédo, il traversa simplement la rue, certain que la vue serait plus belle en face. Mazette ! Le panorama ! Les pavés de ses champs Elysées, là où ses potes ont pognon sur rue, se couvraient de renoncules. Quel désordre ! Il envoya illico ses corbeaux les tenir à l’œil à coup de Flash-Ball, tentant de masquer tant de violence sous un pudique voile de fumée. Mais voilà, ces fleurs sont volontaires. Quand on a peu à perdre, quand on vit chichement, que l’on compte sou par sou, on s’endurcit. On devient rustique comme le disent les jardiniers. Ces fleurs de beurre ne fleurissent certes plus autant mais elles se sont enracinées et n’attendent que des jours un rien meilleurs. On le leur souhaite et on les met en garde : restez loin des hostiles terres italiennes, l’hiver s’y est installé pour un bon moment. Et puis, il faudra se mélanger dans les parterres, même si ce n’est pas rassurant, on vous comprend.

 

Un rien plus tard, poussée certainement par le réchauffement climatique, la nature explosait en pleine grisaille bruxelloise. Des milliers de germes, fleurs, jeunes pousses, épaisses ramures, vieux troncs à l’écorce racornie perçaient le bitume pour exiger des cieux plus cléments. Dame Maerghem tentait de jouer la reine des fleurs en rassemblant pâquerettes, dahlias et marguerites sous sa corolle protectrice. Pas dupes, tous la laissaient au coin du parterre et trois jours plus tard, vexée d’être plantée là, elle les dénonçait aux climato sceptiques. Le sapin à peine démonté, septante mille corolles rebattaient le pavé pour exiger une fois encore, guillerets mais fermes, d’arrêter de nous prendre pour des pommes. Surprise et joli cadeau, des semences fraîchement germées emboîtaient le pas. Elles envahissaient par milliers les rues de nos villes, cette fois au-delà de la porte de Flandre, pour crier à quel point elles en avaient marre et comptaient bien grandir sous un ciel radieux. Les jeudis seraient printaniers, qu’on se le dise. Dame Maerghem en rajoutait une fois encore une belle couche, se faisant passer pour la reine du climat. Encore raté. Tous en chœur sous son balcon «hé ho, Marie-Christine, tu nous saoûles !» D’autres politiques allaient aussi se distinguer. Miss Boerenbond essayait de discréditer les jeunes avec quelques jokes en flamand. Bourgeons et tiges vigoureuses lui riant au nez, il ne lui restait plus qu’à s’éclipser en sanglot. Le président de son parti, le Cd&v, grand tenant d’analyses politiques pour le moins cocasses, se ridiculisait en affirmant que les jeunes étaient manipulés par l’extrême gauche. L’extrême gauche climatique !!! Ecolos à l’extrême gauche !!??? Le PTB en héraut climatique !!!??? Devant l’hilarité générale, il persistait en incriminant Greenpeace. Ou s’arrêtera-t-il ? Le Clarence d’Anvers trouvait pour sa part ces plantations bien désordonnées et manquant cruellement de réalisme, ses écouteurs psalmodiant les prières du VOKA dans les oreilles. Monsieur Charles, dans son style premier de classe, essayait de convaincre ces bourgeons fraîchement éclos d’attendre les fabuleux résultats qu’ils allaient sûrement engranger tant lui et ses cops avaient travaillé pour le climat. Malheureusement, harassés après tant d’efforts, ils avaient oublié de le dire. Raté, les boniments ne marchent plus, depuis le temps qu’on nous en pulvérise des litres sur le feuillage, nous sommes mithridatisés. Finalement, une analyse sérieuse viendrait d’Anuna De Wever qui, invitée au parlement wallon, déclarait «Le climat n’a pas de couleur politique». Bedankt he meisje ! Le patronyme ne fait décidément pas le moine.

 

Oui, c’est le printemps. C’est la saison du grand nettoyage et des bonnes résolutions. Commençons donc à trier ce que nous allons jeter et garder et profitons de ce 26 mai qui approche. Deux grands événements auront lieu ce dimanche-là : les grandes poubelles et la foire aux jeunes plantes.

 

Jetons donc. Jetons toutes ces vieilleries qui nous encombrent depuis tant d’années, qui nous vieillissent, qui ne servent à rien. Faisons place ! Les fringues ! Ha, les fringues ! Les bottes noires made in Vlanderen ou d’ailleurs... Buiten ! Les costards et tailleurs bleus. C’est d’un rinrin ! A l’huche, Oui, je sais. Je vous comprends. Ce n’est pas une saine gestion des déchets. Vous aimeriez faire de la récup, les recycler, les customiser. Impossible. Souvenez-vous. On a déjà essayé la rose rouge à la boutonnière du blazer marine, la veste verte sur la jupe plissée bleue. On a même tenté de porter tout cela en même temps. Quel gâchis ! Les couleurs ne se marient pas. Et quoi ? La cravate orange sur la chemise bleu ciel ? Quelle faute de goût !

On rénove sa maison aussi. On casse des murs, on perce des fenêtres sur le monde, on profite de la lumière, on éclaircit, on cesse de se replier dans des pièces sombres et confinées, faussement accueillantes. Une fois terminé, il reste le jardin. Ainsi, on veillera à tailler les «gourmands» qui poussent sous la greffe des rosiers. On les repère facilement, il leur en faut toujours plus. Ils portent sept feuilles. Les vrais rosiers en ont cinq. On arrache aussi ces bleuets qui ont envahi les parterres. Au passage, on jette les nains de jardins, toutes couleurs confondues. On bèche, on bine, on sarcle, on ratisse, on prépare la terre à accueillir du neuf. La nature nous tend les bras, le monde bouge, c’est le sacre du printemps, on lui déroule le tapis rouge.

 

Quand vous aurez tout tapé sur le trottoir, rendez-vous à la foire aux jeunes pousses. A deux pas de chez nous, dans toutes nos villes, communes et villages, nous pourrons choisir des oliviers, des érables, des chênes, de beaux arbres bien verts qui donneront le ton après le 26 mai, c’est une évidence. N’oublions pas les roseraies, c’est toujours une valeur sûre, bien des rosiers n’attendent qu’à pousser. Ne boudons pas les quelques fleurs écarlates qui iriseront la gauche de vos massifs, plantons sans doute ça et là quelques tagettes d’un subtil rouge orangé qui apporteront un peu de classicisme chic dans les bordures.

 

Et puis, au printemps, on prend soin de nos plus belles plantations, qui poussaient jadis avec vigueur mais que les cieux de ces dernières années n’ont pas épargnées. Elles ne dépareilleront pas avec le nouvel agencement du jardin, elles y auront toujours leur place. Nous avons deux propositions à vous faire.

 

Sur un bien commun, un terrain qui appartient à tout le monde, pousse un «arbre remarquable». Nos ancêtres l’ont planté là en décembre 1944, après un hiver tellement long et rigoureux qu’ils rêvaient d’un printemps éternel. Munis d’une bèche, de deux pelles, de trois fois rien en somme, ils l’ont fiché en terre et en ont pris soin. L’arbre s’est enraciné et a grandi pour étaler ses ramures qui nous protègent depuis lors des aléas des saisons. Depuis bien des années toutefois, et très certainement durant ces 4 dernières, des petits hommes en bleu de travail s’agitent bien trop souvent dans ses frondaisons. Ils sont employés par une société de coupe forestière à bas prix installée à Merchtem. Ils élaguent des grosses branches, coupent les jeunes pousses, s’attaquent aux bourgeons, coupent des racines, pulvérisent des saletés avec tant d’entrain que l’arbre s’épuise. Il laisse aujourd’hui passer la pluie, la neige et le vent. Si on n’y prend garde, il finira par nous lâcher. Ils en profiteront alors pour couper le tronc et en distribuer le bois à leurs copains. Sauvons donc ce bel arbre remarquable. Vous trouverez la procédure en fin d’édito.

 

Prenons soin enfin de massifs d’arbustes qui couvrent une bonne partie du territoire, dans vos jardins, dans nos villes, dans nos communes. Ils sont accueillants, vous et moi pouvons nous y ressourcer, nous y réfugier parfois, y faire de nouvelles découvertes, observer, apprendre, y passer d’heureux moments, nous remettre le pied à l’étrier, y faire de jolies rencontres, nous soigner, vivre ensemble et on en passe. Hélas, aux yeux de certains, ils sont improductifs, dépassés, inutiles. Ils mobilisent des terrains que pourraient occuper ces grandes entreprises qui en manquent si cruellement ! Si nous n’y prenons pas garde, ces arbustes disparaîtront eux aussi. Aidez-nous aussi à les sauver. Nous vous en disons plus à la page suivante.