Quand le patrimoine s'affiche à Saint-Léger…

Au centre de Saint-Léger, juste à côté de la maison communale, un couloir transformé en impasse par une jolie fresque nous emmène comme par enchantement à la bibliothèque où nous rencontrons Nathalie Stoz-Remmery, sa responsable. Saint-Léger est une petite commune coincée entre les grandes communes d'Arlon et de Virton. La bibliothèque a de grandes bibliothèques documentaires dans son environnement proche mais, malgré cela, environ 15 % de la population y est inscrite. A Saint-Léger, la moitié de la population active travaille au Luxembourg. Il s'agit donc en partie d'une population relativement aisée qui a des horaires de travail importants. Pour intéresser le public à la bibliothèque, les horaires ont donc été adaptés aux contraintes de vie des habitants et les envies de ceux-ci sont au centre des préoccupations. Nathalie Stoz-Remmery explique : " Nous avons mis sur pied une politique événementielle grand public. Ces événements ne traitent pas directement de la lecture même s'ils visent aussi le non lecteur. Mais nous nous arrangeons évidemment pour qu'à chaque fois, il y ait un passage obligé par la bibliothèque. Les événements sont un moyen de valoriser la bibliothèque et le fond documentaire que le Cercle d'Histoire a mis à notre disposition. Nous voulons donner l'image d'une bibliothèque accessible, dynamique, accueillante et bien achalandée mais pour que les gens voient les richesses en notre possession, il faut qu'ils viennent ! Nous avons donc mis en place cette stratégie de développement par la valorisation des questions de patrimoine, pour ensuite pouvoir développer l'accès à la lecture. "

Le projet pluriannuel de développement de la lecture a été appelé " A la lecture du patrimoine ". Grâce au financement du projet, une animatrice issue de la région, Ludwinne, a pu être engagée à mi-temps. Le but était de réaliser des animations pour le public proche autour du patrimoine local, et ce afin de l'informer sur le passé de Saint-Léger et l'amener à la bibliothèque pour utiliser le fond documentaire local. Une salle du patrimoine et une salle polyvalente ont été créées avec le Cercle d'histoire locale dans des locaux adjacents à la bibliothèque et mis à disposition par la commune. Une photothèque d'environ 1600 photographies est également née de cette collaboration. Un peu plus de la moitié des photos ont déjà été numérisées et inventoriées. " Pour que nos événements correspondent le plus aux préoccupations des gens, nous essayons de coller à l'actualité du village. Par exemple, nous avons organisé une série d'activités pour des publics variés lors de l'extraction d'une roue au " Fourneau David ", site complètement ruiné aujourd'hui. La bibliothèque s'est appuyée sur cet événement pour souligner le gros problème de conservation patrimonial de ce site. Nous avons ainsi réalisé et projeté un montage de photos et de témoignages audio récoltés par le Cercle de recherche et d'Histoire dans les années soixante. La sidérurgie ayant occupé une grande place à Saint-léger, ce moment fut magique. Il faisait revivre une partie importante de l'histoire du village, et les gens se sont mis à se parler, à échanger. Cette projection avait aussi comme but de mettre en évidence le fond documentaire, pour donner envie aux gens de venir approfondir le sujet à la bibliothèque.

A l'heure actuelle cinq thèmes patrimoniaux ont été traités : la sidérurgie, les ressources naturelles, la transmission orale et écrite, la transmission photographique et l'enfance. Ces thèmes ont donné lieu à 15 animations pour un public total de 1000 personnes, dont 43 élèves du fondamental, et cela avec 22 partenaires et personnes ressources. Il y a eu plus de 300 locations de livres sur le patrimoine local plus des consultations sur place.

Malgré les doutes concernant l'avenir du projet, la bibliothèque continue d'innover. Elle participe ainsi actuellement à la création d'un jardin communautaire. Des cours théoriques de jardinage sont donnés dans les locaux de la bibliothèque tandis que la partie pratique se tient dans un ancien jardin en cours de restauration. Le projet est encadré par des personnes ressources de la région et toujours en articulation avec les notions de patrimoine matériel et immatériel. En somme, on apprend à jardiner à la bibliothèque ! " Le jardinage est l'occasion d'organiser de nouvelles rencontres, entre ceux qui savent, ceux qui ne savent pas, les jeunes, les anciens, ... Ce projet répond au besoin de la population locale qui appartient aujourd'hui en partie au mode de vie urbain qui a un jardin mais qui ne sait pas jardiner ! Nous avons lancé le projet, mais nous voudrions que le public se l'approprie et le fasse vivre. Le jardin nous a également permis de toucher un nouveau public à savoir les habitants d'un home de jour pour personnes handicapées mentales. Grâce au jardin, ils viennent l'après-midi à la bibliothèque mais à présent, plus uniquement pour l'activité jardinage. Ils utilisent maintenant aussi la bibliothèque pour faire des recherches documentaires. Et ça c'est une grande victoire ! "

 

la bibliotte chuchotte à Berchem Saint-Agathe …

Le projet pluri-annuel de la bibliothèque de Berchem-Sainte-Agathe était quant à lui basé sur trois volets : une intensification de la programmation commune entre le centre culturel Le Fourquet et la bibliothèque, un renforcement des activités propres de la bibliothèque et la création d'un outil pédagogique spécifique pour la promotion de la lecture, du livre et de l'ora-lité.

Une animatrice a été engagée afin de mener à bien ces différentes missions. Cette animatrice n'est pas issue du secteur des bibliothèques. Outre son expérience en théâtre, elle possède une formation en reliure qui a permis à la bibliothèque d'oser entreprendre des projets jusque là rêvés.

A titre d'exemple, Laurence Duhin, responsable de l'équipe raconte : " Nous avions depuis longtemps le projet de créer des livres avec des enfants. Mais à priori, cela nous paraissait compliqué, surtout en ce qui concerne les compétences nécessaires ". Suite à l'arrivée d'Astrid, nous avons repris et imaginé le projet en équipe, et cela a abouti à la création, au départ d'ateliers d'écriture, d'un " dictionnaire loufoque ", réalisé avec trois clas-ses d'enfants. Les enfants n'ont, dans un premier temps, pas eu l'occasion d'être impliqués dans l'acte de reliure en lui-même, jugé dans un premier temps trop complexe. Cependant l'équipe de la bibliothèque et son animatrice ont décidé de quand même tenter l'expérience et donc de recontacter certaines classes afin de retravailler avec elles cet autre métier du livre. L'objectif sera de faire découvrir aux élèves et à leurs enseignants les différentes sortes de livres (livres-accordéons, livres rouleaux, ...), les différents livres selon les cultures, jusqu'aux traditions orales où les livres n'existent pas..

La bibliotte, quant à elle, est une sorte de roulotte à l'intérieur de laquelle se trouvent un écran, deux petits sièges et deux casques d'écoute. Une association de Berchem a réalisé des montages vidéo-visuels reprenant des histoires pour enfants dont les textes ont été enregistrés. Comme la bibliotte est mobile, elle est déplacée dans la commune lors de chaque acti-vité festive : marchés, Fureur de Lire, fête du parc Pirsoul, festival visuel, ou encore salle des sports communale.
Grâce à la bibliotte, des gens qui ne connaissent pas la bibliothèque entrent donc en contact avec le livre, les histoires…. En plus de faire découvrir la lecture à tous, la bibliotte se trouve aussi être un bon outil de promotion du lieu bibliothèque lui-même. Un effet collatéral qui n'avait pas été envisagé au départ et n'a donc pas été travaillé. Des personnes ravies de l'expérience demandaient ainsi parfois à la sortie de la bibliotte qui était à l'origine de ce projet. L'information autour de la Bibliotte, de la bibliothèque et du lien entre les deux fera donc l'objet d'un travail futur.

Par ailleurs, la bibliothèque de Berchem travaille depuis de nombreuses années déjà en collaboration avec le centre culturel Le Fourquet. La mise en place du projet pluriannuel a cependant permis d'intensifier les actions communes et de redéfinir le partenariat existant. Là où la relation se basait surtout sur de l'implicite, le projet fut une opportunité pour requestionner les uns et les autres et mettre sur papier le pourquoi et le comment des actions communes.

Cette augmentation des activités a-t-elle eu une répercussion sur les usagers de la bibliothèque et les habitants de la commune, de manière générale ? A l'heure actuelle, aucune analyse fine des publics n'a encore été mise en place pour répondre à cette question complexe. Si l'équipe a remarqué une légère augmentation du taux de fréquentation, elle n'a cependant pas l'impression d’avoir touché de nouveaux publics. Et cette question reste donc au coeur des préoccupations actuelles. " Dans les classes sociales plus aisées, la fréquentation est bonne : les gens utilisent la bibliothèque, viennent aux activités, mais cela fait 10 ans que nous travaillons avec ce public-là. Il nous faudra donc encore peut-être 10 ans pour toucher de nouveaux publics, ceux vers qui nous avons envie d'aller, ceux qui ne fréquentent pas encore la bibliothèque. Nous sommes actuellement dans ce processus de réflexion mais c'est du travail à long terme. "

 

et les bébés chahutent à Hannut !

Zoé Loward est bibliothécaire responsable de Hannut. Elle détaille différents projets qui ont plus particulièrement animé ces dernières années la bibliothèque : " Comme projet pluriannuel, nous avons proposé la création d'une plateforme d'action autour du thème " lecture et petite enfance " pour un public particulier de 0 à 11 ans. Nous tenions à mettre dans ce projet des points importants, qui nous tenaient à cœur, comme participer à l'éveil culturel des tout-petits. Nous avons donc renforcé nos actions s'adressant à ce public. Quand j'ai écrit le projet, j'avais déjà rencontré la future animatrice, Anne Lise, et je savais qu'elle était libre. Anne Lise travaillait en librairie petite enfance et littérature jeunesse et elle s'occupait du prix Versele dans la région. Nous avons donc construit le projet en sachant qui allait le porter. Le projet a démarré sur les chapeaux de roues. L'opportunité du financement via le projet pluriannuel de développement de la lecture a donc permis à l'équipe de transformer un ensemble d'activités existantes en un projet cohérent. "

Mais qu'est-ce qu'un panier " bébé lecteur "? Il s'agit d'un bac qui est en prêt gratuit pour toute personne (parent, grand-pa-rent, accueillant, ...) qui est en contact avec des enfants de 0 à 3 ans. Cela touche donc beaucoup de personnes! Le but est de développer une lecture plaisir. On met dans ces paniers des livres que l'on ne peut pas mettre en bibliothèque: livres en tissu, pop-up, marottes, marionnettes à doigts, ... Le projet pluriannuel a permis d'étendre le prêt aux accueillantes, alors qu'avant c'étaient principalement des parents qui empruntaient les paniers. La synergie avec le service petite enfance de la commune nous a permis de toucher l'ensemble des gardiennes. Au cours des réunions organisées avec l'ONE, l'échevin de la petite enfance,... une proposition de formation à l'utilisation des paniers a même été faite. "

Le projet permet à la bibliothèque de consacrer plus de temps à travailler les partenariats. C'est un travail de longue haleine. Un des objectifs du travail avec les écoles, par exemple, est de mieux identifier la place du livre en classe : " Nous voulons développer l'utilisation du livre afin qu'il ne soit plus uniquement utilisé comme outil pédagogique. Dans les évaluations faites lors des différentes animations dans les écoles, nous sommes ressortis avec une demande de pistes d'animation, de modus operandi pour développer notamment des coins lecture dans les classes. Nous avons donc développé " la malle curieuse ", un matériel pédagogique qui permet de faire d'une histoire un moment magique mais qui donne aussi à l'enseignant des pistes pour faire des animations simples et pas chères au départ de celle-ci. "

Les écoles ne sont bien évidemment pas les seuls partenaires de la bibliothèque et, outre les accueillantes et les crèches, les parents sont eux-mêmes invités à participer à la promotion de la lecture auprès de leurs enfants. Que ce soit de façon directe, à travers les animations auxquelles ils participent, ou de manière plus détournée.
Par ailleurs, après chaque animation, les enfants repartent toujours avec un document et une lettre adressée à leurs parents, qui explique l'activité ayant eu lieu et les incite à en rediscuter en famille.

Dans un même temps, la politique de communication de la bi-bliothèque a également été revue. Le travail est maintenant axé sur du long terme et il vise à accroître la visibilité de la bibliothèque pour l'asseoir tant au niveau communal qu'au niveau du réseau.