Synthèse réalisée au départ du travail de fin de formation BAGIC de Yves Flamme: « Plate-forme démocratique de développement culturel territoriale: création d’un Espace Public 
dans une approche de la gouvernance territoriale », Cesep 2008.

Introduction

Les théories du développement territorial sont apparues dans les années 1990. Elles prennent en compte le fait que, malgré la crise économique globale, certains territoires s’en sortent mieux, et leurs auteurs font le constat que ces entités ont pour ce faire généralement pris en compte l’aptitude au développement endogène de leur territoire. En gros, ils ont pris en compte un développement spécifique et issu des ressources et des énergies propres au territoire et donc non universelles. Le développement territorial a comme base des préoccupations d’ordre social, culturel et environnemental sur ce territoire.

Gouvernance territoriale et action publique culturelle : quelques concepts clefs

Dans son acception large, la notion de culture renvoie à « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. La culture donne à l’homme la capacité de réflexion sur lui-même. C’est elle qui fait de nous des êtres humains rationnels, critiques et éthiquement engagés. C’est par elle que l’homme s’exprime, recherche inlassablement de nouvelles significations et crée des œuvres qui le transcendent. » Cette définition peut être classée, à l’instar de Jean-Louis Genard, comme extensive « pour qui, tendanciellement, « tout est culturel » (on parle en ce sens de la culture occidentale…) » . En partant de cette définition, l’action publique culturelle englobe énormément d’aspects de l’action publique, de l’enseignement à la recherche en passant par le soutien au culte, l’aide à la jeunesse, etc.

Il existe néanmoins une définition de la culture plus limitative « proche des délimitations administratives adoptées dans la plupart des pays développés. La culture ne concerne alors que le mode d’expression d’un groupe social relevant du domaine artistique ». Cette définition semble être plus opératoire, mais ne prend en compte que les biens culturels, les produits et met de côté la culture comme ressource individuelle et collective d’une société or ce deuxième aspect nous semble intéressant dans le cadre de ce projet.

La gouvernance territoriale est quant à elle une notion inscrite dans les théories sur le développement territorial émergeant en science politique et en science économique.  Sébastien PRADELLA définit sept dimensions de la gouvernance territoriale. Celles-ci sont le multi-acteurs, la coordination, le pouvoir, le processus, le projet commun, le territoire et le multi-niveaux. Chacune de ces dimensions recouvre différentes caractéristiques permettant d’affiner la compréhension du concept de gouvernance territoriale. Ces dimensions ne doivent pas être considérées isolément, mais bien comme parties en interaction d’un concept dynamique. Cependant, pour rendre le concept opératoire, des indicateurs, des indices révélateurs de la présence, consciente ou non, de la gouvernance territoriale ont été déterminés.

La dimension multi-acteurs insiste sur une définition de l’individu comme acteur. La pluralité de ces acteurs et la fragmentation, le morcellement de ceux-ci en entités autonomes et complexes sont des réalités sur un même territoire. Ces acteurs développent des stratégies, qui leurs sont propres, afin de défendre leurs intérêts particuliers. Enfin les acteurs sont interdépendants. Donc, l’action publique ne peut plus être vue comme un élément isolé, qui à lui seul peut résoudre la question du développement d’un territoire. Les acteurs publics eux-mêmes sont multiples sur un territoire. Leurs formes, leurs compétences, leurs objectifs, leurs stratégies sont multiples.

La coordination est la deuxième dimension. « Elle se décline en une coordination entre acteurs/organisations, une coordination cognitive et une coordination horizontale/verticale ». Cette coordination entre acteurs, entre organisations différentes permet de maximiser des ressources par le réseau auto organisé ainsi créé. Cette coordination entre organisations et acteurs se matérialise par la conduite d’actions communes, de construction de coalitions et de partenariats.  Les partenaires « autour de la table » peuvent évoluer, disparaître, revenir. Enfin les coordinations s’effectuent verticalement et horizontalement. Verticalement entre niveaux hiérarchiques différents et horizontalement entre différents acteurs à un même niveau sur un même territoire voire sur différents territoires.

Le pouvoir dans la notion de gouvernance territoriale est polycentrique. Les différents acteurs peuvent tirer leur pouvoir de centres de décisions différents. Les territoires de légitimité des acteurs publics peuvent être différents et partiels, se chevaucher, se juxtaposer. La gouvernance territoriale rompt généralement, en partie au moins, les territoires de légitimité politique en place.

La gouvernance territoriale s’entend par ailleurs comme un processus. Dans le développement territorial, les différents acteurs d’un même territoire doivent pour mener leurs stratégies propres, négocier des compromis afin d’agréger en tout ou en partie leurs ressources pour optimaliser les ressources collectives et les transformer ainsi en actifs, dont tous les acteurs retireront une rente. Les compromis sont toujours provisoires et évolutifs, mais pour parler de gouvernance territoriale, il faut que, à l’échelle du territoire, se dégage un certain équilibre, qui permette l’action collective. La perspective de gouvernance territoriale envisage le temps dans sa longueur.

La gouvernance territoriale entraîne l’émergence d’un projet commun. Dans un premier temps, elle révèle un intérêt commun. Cet intérêt commun est un construit collectif. De celui-ci naît une stratégie commune pour atteindre un avantage collectif par la coordination des acteurs. Cette stratégie commune entraîne la nécessité d’une vision commune du temps, d’un alignement temporel pour développer l’avantage collectif. C’est là aussi le fruit d’un compromis rendu possible par la coordination tant matérielle que cognitive. La mise au point d’un projet commun demande de se fixer des résultats, des buts à atteindre par la stratégie négociée et mise en œuvre en commun. Cela passe enfin par la définition de règles, de normes communes pour guider la mise en œuvre. Ces règles peuvent être informelles, mais sont toujours à un certain degré contraignantes.

La dimension du territoire se définit, selon Bernard PECQUEUR, comme « une entité socio-économique construite, qui engendre des processus de création de ressources, en vue de résoudre des problèmes productifs inédits » Le groupe qui s’approprie le territoire le définit, le construit comme un espace plus ou moins précis en opposition avec ce qui n’est pas cet espace. Mais attention, dans la gouvernance territoriale, cette identité collective ne confine pas au localisme, mais au contraire se définit par rapport au global en terme de contrainte mais aussi en terme d’ouverture.

La dernière dimension, dégagée par Sébastien PRADELLA, est le multi-niveaux. Pour être concret, au niveau de l’action publique par exemple, différents acteurs publics peuvent intervenir l’un au titre d’intervenant communal, un autre d’intervenant provincial, régional, européen, etc. A côté des acteurs publics, l’associatif et les acteurs économiques ont encore des échelles spatiales qui peuvent être différentes.

 

Intérêt du concept de développement territorial pour l'action culturelle

La place importante que prennent actuellement les théories du développement territorial et de la gouvernance territoriale, incite à ne pas rester silencieux sur le sujet. Ces théories actuelles  ont intégré les paramètres de notre société en s’inscrivant résolument dans un courant de pensée systémique.
Les théories du développement territorial sont-elles applicables au champ socioculturel de manière isolée ? Non ! Mais elles tendent à redéfinir un nouveau rapport au monde et peuvent donc être, en cela,  incluses dans diverses réflexions menées par ce champ. En ce qui concerne  les centres culturels en communauté française par exemple, la prise en compte de ces théories pourrait montrer qu'il peut être intéressant de rompre avec une logique de limitation de territoire d’action à la notion de territoire administratif. Plutôt que de travailler pour une commune ou un arrondissement administratif, les centres culturels pourraient ainsi envisager de travailler sur un territoire dans lequel les gens se reconnaissent un projet commun, issu d’une histoire commune ou d’une réalité géographique qui les lie. Ces gens se seraient en quelque sorte choisis et reconnus et cela leur permettrait de construire sur cette base nouvelle une logique spécifique de développement, qui serait immanquablement culturelle vu qu’elle serait étroitement liée à cette volonté autodéterminée. Il ne s’agirait alors pas de créer des entités sous-régionales fermées sur elles-même et excluant toutes les autres, mais bien de partir des ressources propres d’un territoire pour l’ouvrir au monde. Cette nouvelle logique de rapport au territoire appliquée aux centres culturels permettrait par exemple à des communes de s’associer pour faire reconnaître un centre culturel commun (approche semblable à celle des contrats de pays) ou à plusieurs centres culturels de communes proches territorialement de se fédérer et ainsi développer une logique à l’échelle de ce territoire.

 

1. « Déclaration de Mexico sur les politiques culturelles », cité par DEMOTTE R. (2001) in Culture(s)*, Bruxelles,  Éditions Luc Pire, pp.16-17.

2. GENARD J-L. (2001), Les pouvoirs de la culture, Bruxelles, Editions Labor, p.8.

3. ibidem

4. SOLDO E. (2002), culture et développement local, quelles interactions? L’activité théâtrale en région PACA, Notes de recherche, Centre d'Économie Régionale, de l’Emploi et des Firmes Internationales, p. 4.

5. PRADELLA S., (2004), Gouvernance territoriale : modalité d’insertion et d’implication des acteurs publics, mémoire de licence en sciences politiques, Facultés Universitaires Catholiques de Mons, p.30.

6. ibidem, p.32.

7. PECQUEUR B. (2004), Vers une géographie économique et culturelle autour de la notion de territoire, Revue Géographie et Culture cité par LANDEL P.-A.(2004) in la culture comme ressource territoriale spécifique, notes de recherche, U.M.R. PACTE Laboratoire Territoires Université de Grenoble, p.3.