Dans son travail, Anne Laure Bechet nous propose d’explorer le concept de « participation ». Il s’agit ici d’introduire ce concept comme élément moteur de changement dans une zone rurale, où les maigres infrastructures socioculturelles existantes disparaissent peu à peu pour diverses raisons. « Nous émettons l’hypothèse que la participation des associations et du public au développement d’une offre culturelle adaptée et l’accès à la culture peuvent avoir un impact sur l’espace social ». Pour l’auteure, c’est tout particulièrement dans un contexte de fracture générationnelle, entre des jeunes en manque de repères, de limites et de valeurs et des parents démunis qui essayent de garder la face, que la participation apparaît comme un élément rassembleur des attentes de chacun.

 

Le concept de « participation »

Le concept de « participation » est en vogue. Il est brandi à tout bout de champ dans des contextes très différents. Afin de cibler son action, il s’agit de le délimiter et de le baliser. Dans un premier temps, il est nécessaire de remarquer que la « participation » est à la fois un objectif à atteindre et une méthodologie pour développer des projets et des processus à long terme. Pour son travail, l’auteure choisi de prendre le concept de « participation » sous l’angle politique : « mobiliser pour une citoyenneté active ». La citoyenneté active est comprise comme la capacité de chacun à participer activement aux affaires publiques, par n’importe quelle voie. En d’autres termes, participer à « toute forme de contribution active à la société ». Cependant, cela peut sembler plus simple qu’il n’y parait. La participation n’est pas uniquement « mettre tout le monde autour de la table ». Elle requiert des étapes à respecter.

 

Des balises :

Trois balises vont nous aider à appréhender cette participation.

  1. On peut observer différents niveaux, degrés de participation. Il est important de savoir pourquoi nous voulons la participation et dans quel objectif, afin d’adapter les méthodes et les outils adéquats.
  2. La participation doit être pensée comme une « dynamique culturelle ». Afin de viser un changement durable dans la vie des groupes et des personnes, il est important de prendre en compte leur « culture vécue ». A. L. Bechet entend par là « les rouages profonds, les logiques internes qui font que les gens agissent comme ils le font ». Pour cela, il faut que les techniques et méthodes soient élaborées par les personnes elles-mêmes afin que celles-ci correspondent au mieux à leurs situations culturelles. Cela permet également une meilleure appropriation. Il s’agit de posséder une bonne connaissance du territoire, des habitants et de leurs spécificités pour envisager un processus de participation.
  3. Le concept de participation est né dans les années 70 sous forme d’une revendication. Cependant, le contexte social a changé. Il n’y a plus cette revendication de participation. « Ce qui parait évident aujourd’hui, c’est que l’on fonctionne davantage dans un système d’offre de services et produits vers un public-client ». Dans ce nouveau contexte, il est d’autant plus important de s’interroger sur les motivations de ce public-client : en fonction des motivations, quel serait le bon outil qui motiverait et mobiliserait ?

 

La participation comme concept « à la mode »

Comme déjà évoqué, les pouvoirs publics requièrent de plus en plus  la participation. Deux théories s’affrontent quant aux causes de ce nouvel attrait pour la participation.

  1. La première théorie a trait au « management local » et se calque sur les méthodes du secteur privé. Cette conception est née d’une opposition à la production fordiste aux E.U. Elle envisage la gestion participative et un affaiblissement des grands systèmes pyramidaux.
  2. La deuxième théorie s’appuie sur « un renouveau de la démocratie et des valeurs qui l’irriguent ». Ces motivations se basent sur l’idée d’une politique plus proche des gens en se fondant sur leurs attentes. « Elle est une réponse émise par les dirigeants politiques face à la déconsidération dont ils se sentent l’objet et qui est si dangereuse pour la démocratie ».

 

La participation comme outil légitime

La participation est plus qu’un concept à la mode, il est également un outil légitime et légitimé. Nous l’avons vu à travers les deux théories ci-dessus. Nous pouvons aussi le voir dans le décret du 28 juillet 1992 qui fixe les conditions de reconnaissance et de subvention  des Centres culturels. Plusieurs articles du décret font effectivement référence au concept de « participation ».

 

La participation comme outil démocratique

La participation peut être un moyen d’amener une population très diversifiée sur un projet commun. Lorsque les outils et méthodes sont appropriés aux motivations, elle peut parvenir à toucher un public large. Dans la conception d’A.L Bechet, « l’habitant est reconnu comme un « expert de son quotidien », comme une personne qui peut être à l’initiative du projet et/ou peut prendre part à la construction de décisions qui auront une influence sur sa vie sociale, sur son environnement ». Cette manière de concevoir l’élaboration d’un projet à partir des gens concernés peut renforcer l’appropriation et la légitimité de la décision. C’est en cela que l’on peut considérer que la participation est un outil démocratique.

 

La participation comme outil de la démocratie culturelle

Dans la ligne droite des propos ci-dessus, la participation peut être aussi un moyen de travailler pour la démocratie culturelle. Nous entendons par là l’élaboration d’une culture non seulement accessible financièrement mais également construite à partir des motivations et attentes de la population. Selon A. L. Bechet, pour que les attentes de la population soient rencontrées, il est nécessaire d’établir un mode d’organisation qui concilie des exigences de démocratie et d’efficacité. Cela sous-entend de croiser différentes légitimités. « La participation à la gestion de la politique culturelle est un facteur important de démocratie culturelle ». Dans un premier temps, une vie associative autonome semble être un préalable nécessaire pour construire ce cadre démocratique. Il faut dans un deuxième temps que les forces des acteurs et des utilisateurs soient synchronisées pour l’élaboration de l’entièreté du processus de concrétisation. La démocratie culturelle, qui inclut véritablement la population dans ses processus de construction ne se décrète pas. Cette démarche est lourde de sens car elle requiert du temps et de l’investissement. Elle comprend notamment un travail de dialogue avec la population. La participation ne s’improvise pas et demande un travail de fond coordonné par des personnes compétentes. Ce long travail passe par une sensibilisation de la population aux faits culturels. Le public ciblé est rarement initié aux codes culturels. Il s’agit dans une première phase de les « socialiser » afin de créer un climat de « tentation culturelle ». « Des initiatives de « pédagogie d’accès aux œuvres » doivent accompagner les mesures afin de permettre à ceux qui n’ont pas eu la chance d’être initiés aux codes culturels, et donc de pouvoir jouir d’emblée de ce qui est offert, d’être à leur tour sensibilisés ».

 

Méthodes ?

En cohérence avec ses propos, A. L. Bechet propose de travailler dans un premier temps sur l’élaboration d’une participation institutionnelle, à savoir les associations et partenaires susceptibles de se joindre au développement de l’offre culturelle. Ce n’est que dans un second temps qu’il serait pertinent pour l’auteure de travailler sur la participation du public-cible.

 

La participation, une démarche d’éducation permanente

Concevoir la participation comme un moyen de construction de la culture avec la population signifie inévitablement un travail sur l’identité des acteurs. « Travailler sur la culture, c’est mettre en relation et développer le sens critique ». La participation induit donc un changement des personnes et leur manière de vivre ensemble. Plus largement, les enjeux d’une politique culturelle « vise l’apprentissage du vivre ensemble, la capacité de créer du lien social et de concevoir ses propres projets avec d’autres ». La participation est une démarche d’éducation permanente parce qu’elle favorise une réflexivité, une formulation structurée de pensées floues. Une fois qu’un groupe accède à une opinion argumentée, une projection dans le futur est possible. Ceci peut amener à une revendication et à un repositionnement d’un individu ou d’un groupe en tant qu’acteur de changement social. Cependant, il ne s’agit pas de créer seul : « C’est en construisant ensemble, en cherchant de nouvelles réponses collectivement que l’on se donne plus de pouvoir pour surmonter les problèmes et produire du changement ».

 

 


[1] Sur base du travail de fin de formation Bagic (CFCC 2005-2007) de Anne-Laure BECHET : « Thieu 7070 : Quelle politique culturelle pour la jeunesse ? »