Pour un subventionnement spécifique de la formation longue des (futurs) cadres socioculturels.
par les opérateurs BAGIC

Le Bagic (Brevet d'aptitude à la gestion d'institutions culturelles) constitue une des certifications de référence au sein du secteur socioculturel. Créé en 1995, issu du " Plan de développement des initiatives de l'administration de la jeunesse et de l'éducation permanente en matière de formation des cadres culturels " (20/01/95), il se positionne alors, en complément de la formation longue d'animateur organisée par une série d'associations et de multiples formations courtes proposées au sein des " Ateliers du jeudi ", comme une étape considérée comme essentielle de la formation des cadres culturels. Selon les documents préparatoires à la définition de cette certification rédigés par la Communauté française, dans le cadre d'une perspective de démocratie culturelle (1), il va de soi, en effet, que " la direction ou la gestion d'institution culturelle ne puisse être effective sans qu'y soit manifestée une réelle pratique d'animation culturelle, plus en tant que manière qu'en tant qu'objet spécifique de l'action du titulaire de la fonction ". 
Les principes fondateurs définis en 1995 par la Communauté française, et ayant guidé depuis la mise en œuvre des formations menant à la certification " Bagic " chez les opérateurs de cette formation que nous sommes (2), étaient dans ce contexte les suivants : mettre à disposition des (futurs) cadres du secteur un dispositif fondé sur des enjeux publics de politique culturelle, au travers d'un processus de formation se situant au croisement d'une démarche de professionnalisation et d'une démarche d'éducation permanente en formation (auto construction du savoir, connaissances pratiques des participants nourries par les apports théoriques d'intervenants extérieurs, analyse " critique " du secteur et de ses modalités d'action…). Pratiquement, les contenus à acquérir en vue de la certification ont été définis dès 1995 par la Communauté française autour d'une exigence majeure à savoir la capacité pour le (futur) cadre concerné à assurer la " coordination de différentes activités qui assurent le fonctionnement d'une association ou institution culturelle en fonction de quatre paramètres essentiels : son objet, ses structures, son environnement institutionnel et son ou ses publics ". Cette exigence impliquait de facto d'aborder, en formation, l'action culturelle sous un certain nombre d'angles parti-culiers tels que la connaissance de l'environnement institutionnel et des enjeux sociétaux contemporains, la connaissance des publics, la structuration et la conduite de projets ou encore la gestion de l'organisation et des équipes, ce à quoi se sont attachés les opérateurs de ces formations depuis plus de dix ans maintenant.

Historiquement, il est important de noter que les formations longues qui mènent à la certification " Bagic " et que nous orga-nisons toujours aujourd'hui sont pour la plupart antérieures à 1995. Elles étaient déjà mises en œuvre au sein de nos organisations selon ces mêmes principes fondateurs parfois depuis de nombreuses années, et nous avons à cet effet d'abord été reconnus de manière individualisée, avant d'obtenir en 1995 une reconnaissance commune au sein d'une convention spécifique, portant cette fois de manière officielle sur la mise en œuvre d'une formation à " caractère général préparant aux professions de la conduite des affaires culturelles, dans une perspective de qualification certifiée par la Communauté française ". Depuis cette date, la Communauté française est également elle-même opérateur de formation en vue de l'accès à cette certification. 
Durant dix ans, plusieurs centaines de (futurs) cadres du secteur socioculturel ont suivi ce parcours de formation généralement structuré autour de deux années, obtenant pour la plupart, in fine, la certification Bagic. Les nombreuses évaluations que nous avons réalisées au fil de ces années permettent, en synthèse, de noter chez ces participants (stagiaires) les acquis de formation suivants :

1) Développement de la capacité d'analyse (identification des enjeux du secteur socioculturel ; compréhension de la complexité d'une situation dans ses différentes composantes ; acquisition, compréhension et capacité d'articulation des concepts (culture, démocratie culturelle, démocratisation de la culture, action culturelle, action collective, éducation permanente…).

2) Meilleur positionnement en tant qu'acteur du secteur (développement d'une approche sociopolitique complémentaire à l'approche pragmatique de la gestion de projet ; émergence d'un langage commun ; émergence d'un positionnement en tant qu'acteur sociopolitique dans le secteur).

3) Acquisition d'une plus grande pertinence et d'une efficience accrue dans la gestion de projets culturels (articulation du pôle culturel à différents champs de l'activité sociale et économique, outillage théorique et méthodologique, définition de stratégies d'action, apprentissage du travail politique, conception, gestion et évaluation de projets). De nombreux responsables actuels de centres culturels, de bibliothèques, de maisons de jeunes et plus largement d'organismes à vocation sociale ou culturelle se sont formés à leur fonction au sein de nos formations.

La convention nous liant à la Communauté française en tant qu'opérateurs pour la mise en œuvre de cette formation prendra fin en décembre 2008. L'interrogation de la Communauté française quant à la poursuite de ce subventionnement spécifique dans sa forme actuelle nous invite aujourd'hui à nous mobiliser une fois encore sur les enjeux essentiels de ce processus particulier, en ouvrant de façon plus générale cette interpellation sur l'avenir de la formation " longue " des cadres socioculturels.

Depuis la fin des années 90, si les principes qui nous ont guidés dans la mise en œuvre du " Bagic " sont restés identiques, le contexte de sa mise en œuvre a quant à lui en effet changé. Depuis plusieurs années, et certainement depuis le nouveau dé-cret relatif au secteur " Éducation permanente ", l'offre de formation dans le secteur, mais aussi de la part d'opérateurs publics et privés externes à celui-ci (dont principalement la promotion sociale, les universités et de nombreuses hautes écoles) a explosé. Par ailleurs, les critères de subsidiation des formations se sont recentrés sur des exigences bien sûr qualitatives, mais aussi fondamentalement quantitatives (nombre d'heures prestées, nombre de participants appartenant ou non au secteur socioculturel…).
Dans ce contexte, les enjeux de la formation des (futurs) cadres culturels telle que défendue avec insistance et avalisée en 1995 sont à notre point de vue les suivants. D'une part, il nous paraît essentiel que la formation des (futurs) cadres culturels continue à se positionner comme un véritable processus de formation " sociopolitique " d'acteurs et d'animateurs culturels et socioculturels, et non seulement, comme c'est de plus en plus souvent le cas, comme un processus, certes pertinent, de formation initiale ou continuée aux acquis essentiellement individuels. Ce choix amène, d'un point vue pédagogique, des implications importantes : l'expérience acquise nous montre en effet que ce type de processus n'est efficient que s'il s'accompagne d'une démarche pédagogique complexe, exigeante du fait à la fois du profil des participants (stagiaires), des contenus envisagés et des enjeux " politiques " travaillés. 
Décomposer pour recomposer, réinterroger les modes de fonctionnement établis, construire les outils de la mobilisation, expérimenter de nouvelles formes d'engagement, débattre de la démocratie et des pratiques culturelles y afférentes exigent au minimum la mise en place d'une dynamique pédagogique valorisant une formation sur un temps relativement long (3), octroyant par ailleurs aux stagiaires un encadrement serré, essentiel à la compréhension et à l'appropriation des contenus abordés, mais aussi et surtout, in fine, à la traduction de la formation en terme d'action sur le terrain. La formation des cadres culturels et socioculturels telle qu'envisagée jusqu'à présent implique donc le maintien d'une exigence (philosophique, éthique et méthodologique) d'un processus long, continu et non d'un dispositif de formation continuée commun aux modules successifs, voire optionnels et capitalisables.
D'autre part, la légitimité d'une formation de cadres du secteur associatif et culturel n'étant plus à démontrer, il nous paraît important qu'en matière de mise en œuvre des politiques culturelles définies par la Communauté française, cette formation continue à trouver une place spécifique au sein d'organisations dont à la fois les missions principales, les méthodologies et surtout les actions relèvent par ailleurs elles-même de ce secteur. Et qu'elle soit soutenue, en tant que telle par ce même pouvoir subsidiant non pas comme une forme d'action potentiellement subsidiable dans le cadre de décrets notamment, mais comme instrument à part entière pour la mise en œuvre des politiques culturelles futures.
Aujourd'hui, en 2007, nous continuons en effet à penser que cette formation reste un élément stratégique essentiel pour le développement de l'action culturelle en Communauté française. 
D'une part, l'expérience nous montre que cette formation qui s'adresse principalement à des acteurs de terrain déjà en action, à titre professionnel ou bénévole, assure, de facto, de façon pragmatique et non pas seulement théorique, un impact important sur l'action socioculturelle telle que pratiquéee au quotidien dans les associations.
D'autre part, par ses contenus, ses méthodologies et les processus pédagogiques mis en œuvre, cette formation aborde de manière effective un nombre important de priorités définies en matière de politique culturelle actuelle, repositionnées notamment lors des récents États Généraux de la Culture 2006. Elle vise en effet la formation d'intervenants aptes à développer, au niveau d'un territoire particulier des projets culturels contemporains et cohérents ; à mettre en œuvre, au niveau d'un territoire donné, des démarches participatives, d'action collective, de citoyenneté ; à intégrer des outils culturels dans l'accompagnement de populations spécifiques et notamment défavorisées. Elle constitue également, en soi, un lieu essentiel de débat et d'évolution des politiques culturelles locales. D'un point de vue pédagogique, les normes " Bagic " que nous avons définies et éva-luées de façon continue durant ces dix dernières années en collaboration étroite avec la Communauté française sont par ailleurs jusqu'à aujourd'hui considérées comme référence en la matière. En soi, le " Bagic " tel qu'il est mis en œuvre dans nos organisations fait par ailleurs l'objet d'une reconnaissance officielle en tant que certification reconnue dans le secteur de l'accueil extrascolaire, paradoxalement extérieur au secteur socioculturel. Il est par ailleurs fortement " conseillé " dans le secteur des centres culturels, des maisons de jeunes, des centres d'expression et de créativité, ainsi que dans différents dispositifs des politiques urbaines,…
De façon plus pragmatique, ce processus répond aussi de manière effective à des enjeux importants en matière de formation et d'emploi. Pour de nombreux stagiaires, au-delà des contenus abordés, une participation à cette formation a souvent constitué le point de départ d'un processus de formation conti-nuée, ou encore la perspective d'une revalorisation des compétences, de la fonction, du contrat de travail, ou de la carrière professionnelle. Cette formation constitue par ailleurs un levier important pour favoriser l'égalité des chances en matière d'emploi, tout particulièrement en ce qui concerne la population d'origine étrangère (CBAI), l'accès des jeunes au marché du travail (Interfédérale) ou encore l'égalité homme-femme aux fonctions de management dans le secteur culturel et socioculturel.
Enfin, cette formation reste une initiative originale qui répond de façon quasi unique à ce qui nous semble aujourd'hui un des enjeux majeurs dans le secteur socioculturel, à savoir aborder les questions de fonds des politiques culturelles contemporaines dans une démarche à la fois théorique, critique et pragmatique.

Au vu de l'ensemble de ces arguments, et en prévision d'une possible reconsidération du statut de la convention qui nous lie à la Communauté française jusqu'en décembre 2008, nous tenons à défendre, pour les (futurs) acteurs du secteur, une formation qui reste prioritairement sociopolitique et qui relève d'un subventionnement particulier, notifié au travers d'une convention spécifique. Dans un contexte de professionnalisation du secteur socioculturel et de démultiplication des opportunités de formation, ce choix validerait un véritable positionnement stratégique quant à l'avenir de la fonction d'acteurs socioculturels et, par conséquent, quant à l'avenir également de l'action socio-
culturelle dans le secteur.

Les opérateurs BAGIC
Centre Socialiste d'Education Permanente-CESEP, Centre Bruxellois d'Action Interculturelle-CBAI, Centre d'Information et d'Education Populaire-CIEP, Interfédérale des centres de jeunes-ICJ.

(1) "Dans un esprit de démocratie culturelle, il s'agit de favoriser la libre création et expression de formes culturelles nouvelles, réalisées de manière collective, par l'ensemble des groupes et des sous-groupes issus de toutes les composantes de la société, y compris et surtout les composantes oubliées par la culture consacrée.", Vincent de Coorebyter, in Articulations n°15, Automne 2002, Cesep 
(2) Centre Socialiste d'Education Permanente, Centre Bruxellois d'Action Interculturelle, Centre d'Information et d'Education Populaire, Interfédérale des centres de jeunes.
(3) À titre d'exemple, les normes Bagic prévoient un cycle d'un minimum de 24 mois et d'un maximum de 36 mois avec 500 heures de formation à programmer.