A l'origine ?
Moi, j'ai commencé Sans tambour ni Trompette à partir d'un constat. Je donne des cours en académie et je me rends compte que les enfants ou les adultes, ils sont tout seuls, entre quatre murs, chez eux. Puis, ils viennent chez moi et ils sont tout seuls, entre quatre murs, chez moi. Et ça peut mettre beaucoup de temps (3 à 5 ans) avant de commencer l'ensemble instrumental. Alors qu'avec deux ans de pratique (voire moins), on peut déjà jouer des petites choses en groupe. Et ça sonne et ça donne. Et puis, il y a les gens qui viennent parce qu'ils sont un peu largués dans leur pratique. Ceux qui ont pratiqué il y a longtemps et qui ont envie de s'y remettre. Ou encore les autodidactes qui veulent améliorer leur jeux en jouant avec d'autres au sein d'un groupe. Quant à savoir comment la notion de nouvelle fanfare a débarqué ? Je sais pas. Une chose est sûre, on est déjà vieux. Jour de fête existe depuis presque 20 ans, Sans tambour ni Trompette, depuis 15 ans. Je crois qu'au début, ça a commencé parce qu'on proposait autre chose que les fanfares traditionnelles. Les gens nous ont rejoints parce qu'ils avaient plus envie de rigoler, de s'amuser que d'être dans une fanfare qui fait des concours et où il faut être en uniforme. Et puis surtout, on aborde des musiques qui sont plus sympas.

Mélange des genres
Par exemple, avec Sans tambour ni Trompette, on prend un morceau qui vient d'Afrique du Nord, un autre d'Espagne ou du Portugal, un autre composé exprès pour la fanfare, soit par moi soit par d'autres. Je crois que c'est ça aussi les nouvelles fanfares : c'est le brassage de toutes ces musiques. Et quand il y a deux espagnols dans la salle et qu'on fait pasodoble, ils sont tout fous . 
L'idée, c'est aussi d'aller visiter des styles de musique différents : une samba, une espèce de blues, un autre truc qui sera un peu plus funky. On fait des reprises un peu "Inspecteur gadget". Des musiques qui rappellent quelque chose aux gens, aux spectateurs. L'idée, c'est d'emmener les gens avec nous et pas d'imposer des trucs militaires parce qu'on joue dans une fanfare. 
En fait, j'aime bien un peu tout mélanger et puis un peu casser les genres. Mettre un morceau plus traditionnel tango et puis l'autre plus rock and roll-funky. J'aime bien faire un mixte avec, d'une part, des arrangements faits sur des musiques traditionnelles et puis des morceaux à moi et puis aussi des reprises d'autres personnes. Le but, c'est de veiller à ce que la masse sonore change entre les morceaux et d'éviter que ça sonne toujours un peu pareil. J'aime bien écrire mais je ne voudrais certainement pas écrire toute la musique pour STNT sinon ça deviendrait la musique de Véronique Delmelle.

Taule de dames
En ce sens, je pense que les nouvelles fanfares proposent une sorte de pluralisme musical. Un peu comme ce que fait Met X (dans le sens de métissage) à Bruxelles. C'est une asbl qui gère 7 ou 8 groupes différents dont Bagadsky, Marockin'brass, ou Zappa ou Remork. Remork, par exemple, c'est une plus petite formation de percussions et de danse gnaoua qui se mêle le temps d'un événement ou d'un projet ponctuel à d'autres formations ou d'autres fanfares. Ils s'attachent, quoi! C'est avec le soutien de l'asbl Met X que je prépare mon nouveau projet : Taule de dames. On est allés voir des femmes emprisonnées. Leurs impressions de femmes en prison sont le fil conducteur du projet et des compositions. De là, va sortir un spectacle qui sera présenté dans plusieurs prisons et salles de concert. On sera 5 musiciens sur scène, avec vidéo.

Enfants admis
Zappa aussi se fait avec l'aide de Met X. C'est un big band d'enfants que je dirige avec un autre musicien Marc Galo qui s'occupe de la section rythmique. C'est le 5ième big band d'enfants que je monte. Le principe est de rassembler des enfants qui jouent sur quasiment n'importe quel instrument. Ils ont entre 8 et 12 ans. Il n'y a aucun pré requis. Soit ils n'ont aucune base musicale ou un petit parcours d'une année en académie ou autre. Ils apprennent la musique à partir de jeux rythmiques et de partitions graphiques. Un son, c'est un dessin. On s'en fout que ce soit un sol ou un fa. Ce qui compte, c'est le dessin de la note que le gamin a essayé de représenter. Et puis chacun apprend sa note aux autres participants. Quand on met tout ensemble à la fois graphiquement et musicalement, ça donne des compositions collectives et individuelles. Ils construisent progressivement leur propre répertoire musical. Pendant un an, on ne parle pas de note. On fait ensemble des sons qui ont des représentations graphiques. On fait de la musique ensemble ; on commence et on finit ensemble et si on fait fort ou piano, on fait tous fort ou piano. Progressivement, on va un peu plus vite, un peu plus loin. Mais attention, on ne fait pas n'importe quoi sinon c'est du bruit. Au bout de quelques temps, ils font des concerts (5 ou 6 par an) sur base de leur propre répertoire. Ils jouent environ une demi-heure de musique de leur composition. Sur les dernières productions, je suis intervenue sur deux morceaux, tous les autres ce sont les leurs. Deux de ces enfants là sont entrés ensuite au conservatoire et un autre a fait ingénieur du son. J'ai même reçu un coup de téléphone de pa-rents me disant "Merci, on ne savait pas ce qu'on allait faire de lui ". Et c'est vraiment cadeau! Ces groupes d'enfants ont d'office une durée de vie limitée. Après 4 ou 5 ans, ils vont voir ailleurs, volent de leurs propres ailes et choisissent ou pas de s'orienter vers une formation plus académique. Entre-temps, on les a fait grandir dans l'idée que faire de la musique c'est jouer avec les gens mais aussi faire des concerts, travailler chez soi, fonctionner en groupe et dans le cas de Zappa, en plus fonctionner en bilingue!

Reconnaissance et soutien
A ce jour, pour "Sans Tambour ni Trompette", la seule reconnaissance que l'on a, c'est celle des Tournées Art et Vie. Comme on ne se situe pas dans le cadre d'une fédération de fanfares traditionnelles, on ne peut pas prétendre au même soutien financier, qui de tout façon n'est jamais mirobolant. Mais à tout le moins certaines bénéficient d'un subside qui leur permet d'acheter des instruments et de les prêter à leurs participants. Chez nous, les participants ont chacun leur instrument. On s'est cons-titué en asbl et les cachets des concerts nous permettent de payer la salle, de me rétribuer un peu, de payer la baby sitter pour les participants qui viennent en couple et parfois quand quelqu'un est un peu serré et qu'il vient de loin de lui payer ses frais de déplacement. Mais ça veut dire aussi que si on n'a pas de concert, on est cuit. Déjà, pour être reconnu dans Art et Vie, il faut minimum 10 concerts par an ; c'est beaucoup, d'autant qu'on ne tourne pas pendant l'hiver. D'octobre à mars, on n'a pas de rentrée. C'est pour ça aussi que j'aimerais bien que STNT soit reconnue comme une fanfare d'intérieur ou fanfare de chambre. En hiver, on ne pense pas directement à faire appel à une fanfare. C'est une musique qu'on associe plus avec l'extérieur et les beaux jours. Pourtant, nous avec un chapiteau ou une grande scène, on est content. Cette appellation nous permettrait de sortir des musiques non identifiées.

Les musiques non identifiées ?
Quand on a fait notre demande de reconnaissance aux Tournées Art et Vies, on nous avait d'emblée répertorié avec les fanfares traditionnelles. Et puis un jour, on nous appelle pour une audition pour pouvoir nous classer dans la hiérarchie des fanfares. On arrive et naturellement on se retrouve avec plein de gens en uniformes de fanfare. On joue nos petits morceaux. Je suis appelée devant le jury. Ils trouvent notre musique vraiment chouette et bien sympa. Mais il est évident que tout cela n'a pas grand chose à voir avec les fanfares traditionnelles. Ils décident donc de nous mettre dans la rubrique Musique du Monde. J'étais pas d'accord. On fait de la musique belge, de la musiquedu Portugal, ou d'Espagne mais on ne fait pas de la musique du monde. Comme ils ne savaient plus où nous mettre, ils ont créé une nouvelle catégorie: les musiques non identifiées! A ce jour il existe énormément de groupes dans cette catégorie. A quand la prochaine étape ?

La cheffe
Je suis tombée dans la musique quand j'étais toute petite. Mon père connaissait le directeur de l'Académie. Je chantais et je tapais tout le temps des rythmes. Il lui a demandé de me faire entrer et de me pousser. A 4 ans, je me suis retrouvée avec un violon dans les mains. A 5, je passais mon premier examen sans savoir ni lire ni écrire. J'écrivais les notes mais pas les lettres. On a donc fait un examen spécial pour moi. Je m'en souviendrai toute ma vie. Et jusqu'à 14 ou 15 ans, j'ai été bien sage. Et puis j'ai pu jouer dans un orchestre et là j'ai compris que waaooh! c'est chouette la musique! Et j'ai décidé de changer d'instrument. J'en avais marre des cordes, des archets... Je voulais voir ce que c'était que de souffler dans un instrument. Je voulais jouer du basson. Mais il n'y avait pas de professeur de basson. La flûte ? Le répertoire était trop proche de celui du violon. La clarinette ? J'aimais pas trop le son. Le saxophone ? pourquoi pas! Le répertoire est très différent. Et c'est comme ça que je me suis retrouvée professeur de saxophone à l'académie.

Et le plaisir ?
Pour moi, c'est de sentir le plaisir qu'ils ont à jouer ensemble. Le plaisir aussi que j'ai à partager. A démystifier surtout l'apprentissage de la musique. On dit que c'est difficile de faire de la musique. C'est faux! Non, ce n'est pas difficile. Il faut arrêter avec ça. Le violon, ça c'est difficile. Je peux en parler. Mais je pense que pour faire de la musique tout le monde a des fa-cultés. Au début, bien sûr, tu commences par faire un rythme. Et puis on avance... Et c'est gagné. C'est ça que j'ai plaisir à partager. Sans compter le contact qui se fait avec les gens, entre les gens. Par exemple, à STNT, il y a des gens qui ne se connaissaient pas et depuis qu'ils se sont rencontrés, ils sont devenus les meilleurs copains du monde. Alors que a priori leur milieu respectif ne les prédestinait pas à se rencontrer.

Une autre approche de la musique et de son apprentissage.
Au début, avec Sans Tambour ni Trompette, j'ai fait cela à l'oreille. Il y avait des gens qui lisaient un peu la musique, d'autres pas du tout. Comme chef d'orchestre, pour lancer le bazar, j'ai développé un espèce de langage pour des gens qui n'avaient jamais fait de musique et qui restait compréhensible pour ceux qui en avaient déjà fait. C'étaient juste des signes et des jeux rythmiques. Tout d'oreille et pas de solfège requis. On a ainsi accueilli une clarinettiste. Elle était venue avec la clarinette de son fils. Lui n'en jouait plus ; elle, elle avait envie de faire de la musique. Alors, pourquoi pas de la clarinette! Mais elle n'y connaissait rien. Je lui ai dit “tu dois mettre les doigts comme cela pour cette note là”. Pour d'autres notes, je faisais un petit dessin. Et comme ça, on est arrivé à faire des formules qui se répétaient et qui construisaient une musique simple mais qui tournait. 
Autre exemple : il y a 3 ans, une dame nous a rejoints, qui n'avait qu'un an de saxophone. Je me suis dit que ça risquait d'être un peu juste mais qu'il fallait voir. Après quelques mois, on est passé à des partitions un peu plus compliquées. Je lui ai dit " ok, tu t'accroches et le jour où tu sens que tu peux être en concert avec nous, c'est à toi de le dire ". Ce n'est pas moi qui vais décider pour toi. C'est vrai qu'il faut un certain niveau pour faire des concerts. En concert, on ne peut pas se permettre d'avoir des couacs ou des personnes qui ne savent pas du tout jouer mais ça peut être progressif. Et petit à petit, elle a pu intégrer les concerts parce qu'elle connaissait bien trois morceaux et les sept autres, elle les écoutait. 
Voilà, c'est comme cela qu'on fonctionne.