Le CESEP s'intéresse à la problématique des volontaires au sein du secteur associatif depuis longtemps. Plusieurs analyses et études ont été publiées sur ce sujet. Le Salon du Volontariat organisé ce vendredi 21 septembre à Namur par la Ville de Namur et son CPAS était l'occasion d'une nouvelle ouverture sur la thématique par le biais de trois conférences : une première sur les aspects juridiques par Suzanne Van Sull, juriste, maître-assistant à la Haute Ecole de Namur et Vice-Présidente du Conseil supérieur du Volontariat et Amandine Tiberghien, responsable du service de recherche et de développement de la Plate-forme francophone du volontariat, une seconde sur l'engagement citoyen en tant que volontaire par Anne-Marie Dieu de l'Observatoire de l'Enfance, de la Jeunesse et de l'aide à la jeunesse et la troisième par Nathalie Rigaux, Professeur aux Facultés Notre-Dame de la Paix de Namur sur le cas spécifique des bénévoles dans le secteur de l'aide aux personnes âgées dépendantes.

 

Une loi

La Belgique s'est dotée d'une loi sur le sujet. La loi du 3 juillet 2005 sur le volontariat[1] et les autres textes juridiques qui touchent l'activité des volontaires prévoient notamment que, l'association a un devoir d’accueil, d’information, de valorisation, de gestion en bon père de famille, de couverture en matière d'assurance pour le volontaire, et que le volontaire, quant à lui, s'engage à remplir ses fonctions correctement et à respecter le secret professionnel.

En matière d'assurance, les associations structurées -à savoir les asbl, les fondations, les associations qui relèvent d'une association structurée, les associations de fait qui engagent du personnel – sont tenues de couvrir en responsabilité civile leurs volontaires, c'est-à-dire de le couvrir pour des dommages qu'ils causeraient à quelqu'un (ex : blesser un bénéficiaire dans l'exercice de l'activité) ou à l'association (ex : destruction d'un ordinateur). Il est conseillé à l'association de couvrir ses volontaires également pour les dommages qu'ils pourraient subir ainsi que pour sa défense en justice, mais ces deux points ne sont pas obligatoires. Il existe aussi une assurance gratuite octroyée par les provinces sur base de fonds émanant de la Loterie nationale. Cette assurance couvre la responsabilité civile, les dommages corporels et la défense en justice des bénévoles d'une association qui ne dépasse pas un plafond donné de jours de volontariat par an.

Les candidats au volontariat se posent souvent la question de savoir s'ils sont dans les conditions pour être volontaire sans perdre certains avantages. Précisons les principaux cas. Les allocataires sociaux peuvent exercer une activité de volontaire sans autorisation mais sont tenus d'en informer l'assistante sociale du CPAS. Les personnes en incapacité de travail ou en arrêt maladie peuvent également être volontaires mais elles doivent avoir l'aval de leur médecin. Les pensionnés peuvent  être volontaires sans risquer de perdre leur pension pour autant qu'ils restent en deçà d'un certain niveau de revenus. Quant aux chômeurs, il faut distinguer trois cas de figure : soit il s'agit d'une activité tout à fait ponctuelle pour laquelle ils peuvent participer comme volontaire sans demander d'autorisation ; soit il s'agit d'être volontaire pour une association reconnue par l'ONEM (et qui, pour ce faire, a obtenu une autorisation particulière qui lui impose de respecter certains critères) et le chômeur peut aussi prester comme volontaire sans autorisation ; soit on se trouve en dehors de ces deux cas de figure et alors le chômeur doit impérativement demander une autorisation à l'ONEM et en garder la preuve. Finalement, la situation des étrangers : qu'ils soient issus d'un pays de l'Union européenne, de l'espace économique européen, qu'ils soient réfugiés reconnus ou étrangers régularisés, ils peuvent exercer une activité de volontaires. C'est également le cas pour les réfugiés non reconnus qui disposent d'un permis de travail et sont en Belgique depuis au moins 6 mois. Pour les autres, par contre, le volontariat n'est pas possible.

Une fois ces conditions matérielles réunies, nous pouvons nous intéresser au lien qui anime le volontaire et son association.

 

L'engagement citoyen et son association

Lorsque l'on analyse l'engagement citoyen, on ne peut négliger de se placer a minima du point de vue du citoyen qui s'engage et de celui de l'association qui lui permet de réaliser cet engagement. Idéalement, les motivations et attentes des associations vis-à-vis des volontaires devraient être en adéquation avec les motivations et attentes des volontaires.

Ce n'est pas nécessairement le cas, ce qui fait dire à certains que l'engagement citoyen est en nette diminution et à d'autres que les volontaires ont besoin d'être gérés, managés au même titre que les autres ressources humaines de l'association. La réponse semble se situer entre ces deux extrêmes et surtout nécessite une analyse très fine de se qui se joue. Commençons par brosser quelques grands traits de cette relation avant d'aller plus profondément dans le cas d'un secteur particulier.

Du côté des associations, il est important de se rappeler que certaines associations se sont construites sur le bénévolat, alors que d'autres y ont eu recours après coup. Certaines fonctionnent durablement avec uniquement des bénévoles alors que d'autres ont engagé des salariés à côté des bénévoles.  Les raisons qui les poussent à recourir à des bénévoles peuvent être variées. Il peut s'agir de travail administratif, de travail de soutien ponctuel ou au contraire du cœur du métier de l'association. La place des volontaires se décline en conséquence.

Du côté des volontaires, l'engagement des uns n'est pas celui des autres. Les attentes, motivations et contraintes ne sont pas identiques et varient dans le temps. Ainsi, la nouvelle génération de volontaires, quelque soit son âge au demeurant, a une expérience de vie dans un monde où la recherche de l'épanouissement personnel constitue une donnée importante et est renforcée par l'idéologie du projet. En outre, les trajectoires de vie, que ce soit sur le plan professionnel ou dans la sphère familiale sont aujourd'hui beaucoup moins linéaires et dès lors constituées de ruptures (changement d'emploi, divorce, recomposition familiale, déménagement) qui peuvent également avoir un effet sur la durée et les modalités de l'engagement comme volontaire.  Dans un tel contexte, il est nécessaire pour l'association de clarifier pourquoi elles travaillent avec des volontaires, jusqu'où elles travaillent avec des volontaires, quand elles engagent du personnel salarié et sur quelles tâches.

Le volontaire n'est pas seulement en lien avec son association, avec les salariés éventuels de cette association, il est également en lien avec les bénéficiaires. Et la place donnée à chacun par l'association n'est pas non plus évidente. Dans certains cas, la priorité est donnée aux bénéficiaires par respect pour le projet de l'association, oubliant les besoins et attentes des volontaires ce qui peut conduire à un désengagement. Dans d'autres, l'accent est mis sur les volontaires délaissant quelque peu au passage les bénéficiaires. Cet équilibre n'est pas simple et trouve des réponses variées selon chaque cas de figure.

Les changements auxquels les associations sont confrontées aujourd'hui dans l'encadrement de leurs bénévoles constituent un défi énorme pour tous les acteurs, en ce compris pour ceux qui portent le projet depuis longtemps. Il n'est pas toujours aisé de repenser les choses sur d'autres bases qui bousculent les modalités de fonctionnement de tous. Des rencontres avec d'autres associations peuvent favoriser la prise de conscience et la réflexion en ce sens sans dénaturer le projet de l'association.

 

 

Le cas de volontaires dans le secteur de l'aide aux personne âgées dépendantes

 

Prendre en compte les spécificités du secteur d'activités et de la mission de l'association constitue indéniablement la clé de la compréhension de l'engagement citoyen. L'analyse proposée par Nathalie Rigaux sur un secteur particulier, celui de l'aide au personnes âgées dépendantes[2] montre à quel point au sein de chaque association une analyse fine doit être réalisée pour prendre en compte les particularités propres tant à l'association qu'aux volontaires et aux bénéficiaires ou autres acteurs.

Ainsi dans ce secteur, l'engagement comme volontaire est difficile et limité. C'est la dépendance en tant que telle qui fait peur et qui n'attire pas facilement les volontaires vers ce secteur. Les volontaires y sont souvent des femmes de plus de 60-65 ans ayant une expérience professionnelle de l'aide aux personnes. En outre, ces femmes sont elles-mêmes souvent témoins dans leur sphère familiale et dans leur corps de la dépendance, et sont dès lors souvent affectées par ce volontariat pour lequel un accompagnement spécifique serait bénéfique. Ceci ne réduit pas leur apport au contraire. Elles apportent un vent frais, un dynamisme, une réelle envie de tisser des liens là où les professionnels du secteur ne peuvent plus se permettre de prendre le temps avec leurs bénéficiaires.

Cet apport des volontaires n'est toutefois pas simple et engendrent parfois des tensions avec les lieux qui les accueillent. En effet, on se trouve dans des secteurs où les moyens financiers sont rares, et il est tentant de chercher à « rentabiliser » cette main-d’œuvre gratuite en soumettant les volontaires à la pression temporelle et quantitative (ex : dans un hôpital, l'important sera le nombre de personnes déplacées dans leur lit et non plus le temps que le volontaire passe avec ces personnes tout en les déplaçant). Les lieux d’accueil sont eux-mêmes en tensions avec les familles de leurs bénéficiaires, ce qui peut pousser certains à privilégier l'image de l'activité organisée par un bénévole plutôt que l'apport qualitatif (ex : l'organisation d'un quizz dans une maison de repos n'est pas aisé s'il réunit des personnes âgées avec des déficiences cognitives. Vouloir à tout prix arriver au bout du quizz peut signifier laisser de côté, pendant une bonne partie du jeu, de nombreux pensionnaires. Etait-ce l'objectif ? ). La tension est également palpable entre les associations qui, dans un souci de professionnalisation, formalisent quelque peu les pratiques, mettent un cadre et les volontaires qui souhaitent par leur engagement pouvoir créer, être autonomes et non se sentir contraints dans un moule prédéfini. C'est ainsi qu'ils peuvent être très créatifs et dynamisants pour les bénéficiaires mais aussi pour les équipes soignantes puisque, précisément, le volontaire ne fonctionne pas dans les mêmes contraintes.

C'est en étant particulièrement attentive aux apports différenciés des volontaires, tant aux bénéficiaires, qu'à sa famille et à l'équipe soignante, que l'association pour laquelle ils s'engagent, permettra de faire perdurer leur engagement, car c'est au cœur même de cet apport que le volontaire puise son énergie : dans la reconnaissance par un merci ou un sourire du bénéficiaire d'être considéré comme une personne, par la reconnaissance de l'association qui lui permet d'échanger sur son vécu de volontaire et d'approfondir sa réflexion personnelle sur la vie humaine, de relativiser par rapport à des problèmes personnels et de retrouver la valeur du lien.

 

 


[1] La loi du 3 juillet 2005  reprend le terme de « volontaires » de l'Union européenne et non celui de « bénévoles » car elle permet d'indemniser les personnes concernées pour les frais exposé.

[2] Nathalie Rigaux travaille plus spécifiquement sur les personnes atteintes de troubles de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer.