« A partir du Moyen Âge, le rôle de la galère, dont l'utilisation remonte à l'antiquité, est double : militaire, pendant les périodes de guerre, et commercial pour le transport de produits onéreux ou de riches voyageurs. Avec le temps, les difficultés à garnir les bancs de nage, jusqu'alors occupés par les bonevoglies (rameurs volontaires et « libres », enchaînés uniquement la nuit), obligent les capitaines à trouver d'autres moyens de recrutement. Ils ont, successivement, recours aux esclaves, aux travailleurs saisonniers puis, avec l'autorisation de Charles VII, aux personnes oiseuses ou vagabondes enrôlées de force. Ces volontaires seront, par la suite, directement recrutés dans les prisons avant d'être rejoints par les condamnés à mort ou à divers châtiments. »

Des galériens en fond de cale, à l'étroit sur leur navire, blessés dans leur condition, avec en mémoire la conscience d'un horizon large et lumineux, nous en avons rencontrés. Des rameurs de fond qui savent que c'est bien leur rythme collectif qui fait avancer le bateau. Et qui, lorsque les conditions de navigation deviennent difficiles, ou que les provisions commencent à manquer, restent portés par la perspective du monde meilleur pour lequel ils ont embarqué...

Mais en cours de voyage, leur inquiétude grandit…et leurs questions sont nombreuses. Combien de temps tiendront-ils ? Quel sera le prix à payer pour arriver 
« entier » à bon port ? Qui commande ce navire, donne et maintient le cap ? Y a-t-il encore quelqu'un sur le pont, qui connaisse la navigation? Et tout en haut dans les cordages, des hommes se sont-ils hissés pour préparer la route à venir et prévenir des dangers ? Souvent, la mer est plate, il n'y a rien à l'horizon.

Mais rapidement les récifs peuvent devenir nombreux, et les tempêtes fortes. Les ennemis sont armés, les alliés dispersés. Parfois, le navire dérive et pourrait chavirer ... Faut-il déjà mettre les radeaux à l'eau ? Et combien seront-ils à pouvoir s'y accrocher ?1

Au milieu des richesses commerciales et des marchandises de guerre qui les entourent, ils s'interrogent : Au fait, pour quel « projet » naviguent-ils ? A quelle grande Histoire participent-ils ? Navire de guerre, navire marchand, les deux ? Quel type de prospérité naîtra de leurs efforts ? Et quelle respon-sabilité porteront-ils pour avoir tant et tant ramé ?

Chanter les encourage, tandis que l'horizon qu'ils gardent en mémoire les maintient éveillés.
Alors parfois, sentant le vent se lever et les courants porteurs arriver, ils se prennent à rêver qu'il n'est pas encore trop tard pour monter libres sur le pont, et hisser la grande voile.

 

 

 

1. Patrice MERLAND, http://www.cgnorvillois.org/bagnes.html