Entretien avec David CLAEYSSENS

 

FD : Quel est votre parcours professionnel ?
DC : Je suis sorti de l'ULB à la fin du dernier millénaire.
Je suis licencié en journalisme et communication (animation socioculturelle) et agrégé de l'enseignement supérieur. J'ai complété ma licence par un " master européen en arts du spectacle vivant " à Paris VIII, plus des formations en animation théâtrale et divers stages théâtraux. 
J'ai été bénévole pour une école de devoirs et différentes associations avant de trouver un emploi rémunéré. C' est l'administration centrale du FOREM (sic) qui m'a engagé pour mon premier "vrai " boulot, sous contrat d'intérimaire (sic). J'étais chargé de fournir tout le rédactionnel pour leur nouveau projet de site internet "Hotjob" (sic), dans le tout nouveau "Service Information Client"
(le S.I.C… authentique !), qui occupait une dizaine de personnes sous contrat régulier pour l'infographie et la gestion informatique du site et du réseau intranet… L'enfer… Quand je suis arrivé, pas de bureau, pas de PC et l'injonction d'aller soutirer (le mot est faible) l'information dans tous les autres services de l'administration et de la traduire dans un langage clair pour " l'usager-chômeur-client "… En trois mois top-chrono !… Par la suite, ils ont réalisé que ce qu'ils me demandaient était tout bonnement impossible, alors ils ont renouvelé mon intérim pour trois mois et engagé une autre intérimaire… On n'était pas sorti de l'auberge, mais au moins on pouvait causer ! Des expériences pareilles, ça forge le caractère, paraît-il, moi ça m'a dégoûté de l'administration et du travail de bureau. Ensuite, j'ai été engagé comme formateur d'adultes dans l'OISP Creaform à Pâturages, en plein coeur du Borinage. C'était plutôt chouette. On me faisait confiance : je préparais et je donnais mes cours comme je le voulais, pour différentes sections, dans les matières " français professionnel ", " français administratif et commercial ", " utilisation professionnelle de l’Internet " et " remédiation en français "… Le tout dans une vraie équipe, à l'écoute et tout et tout… J'ai même pu monter un atelier théâtre avec plusieurs clas-ses, alors que ça n'entrait pas du tout dans le cahier des charges et subventions. Après deux années, j'ai eu l'occasion de changer d'orientation en entrant comme animateur au CED-WB (Centre des Ecritures Dramatiques Wallonie-Bruxelles), créé par Emile Lansman… Mais je n'étais pas suffisamment sur le terrain à mon goût. Après deux années de ce régime, nous avons donc mis un terme à mon contrat, de commun accord. Comme je menais, en parallèle, de plus en plus d'ateliers de création collective pour différentes compagnies de théâtre-action et des centres d'expression et de créativité, comme je commençais aussi à jouer et à mettre en scène des spectacles plus ou moins "professionnels ", j'ai décidé de me consacrer à corps perdu à ces activités artistiques, en " profitant " du chômage mais en noircissant mes cases, de plus en plus de cases, jusqu'à obtenir le statut d'artiste… Et ça n'a pas été de tout repos : j'ai monté une asbl et une petite maison d'édition, mais surtout, je courais après les cachets et les contrats courts via l'asbl SMART (Société Mutualiste pour ARTistes), j'acceptais pratiquement tout pour accumuler les prestations et les C4… Je bossais comme un damné quoi !… Et malgré tout, quand le contrôle des chômeurs est arrivé, l'ONEM me convoquait pour me demander quelles étaient mes " démarches d'insertion et caetera ", j'étais obligé de leur expliquer moi-même comment ça fonctionnait le statut d'artiste !… Bref, toute cette période m'a énormément fatigué, mais elle m'a permis aussi de rencontrer des gens et d'apprendre mon métier actuel. Depuis septembre 2008, je travaille comme comédien-animateur pour la Compagnie Maritime et le Théâtre du Public (deux mi-temps salariés). Et ça se passe plutôt bien !

FD : Pouvez-vous nous expliquer ce que sont le théâtre-action, le théâtre-forum, le théâtre- agora ?
DC : : Pour le théâtre-action, on trouve des explications très complètes dans les deux ouvrages collectifs "Théâtre-Action de 1985 à 1995, itinéraires, regards, convergences" et "Théâtre-Action de 1996 à 2006, Théâtre(s) en résistance(s)", qui sont les deux " bibles " de référence du mouvement, parues aux éditions du Cerisier. Et pour ce qui est du théâtre-forum et du théâtre-agora, on peut se référer utilement aux ouvrages d'Augusto Boal : "Théâtre de l'opprimé" et "Jeux pour acteurs et non-acteurs" aux éditions Maspéro… Mais je vais tout de même essayer de dire ce que j'en sais, en essayant de formuler des définitions claires et concises pour des termes qui recouvrent des réalités vastes et complexes, et des pratiques parfois très différentes. Le théâtre-action désigne un mouvement qui est né en Belgique pendant les grandes grèves de 60, par la rencontre du théâtre universitaire et du mouvement ouvrier.
C'est un théâtre engagé, en prise avec la société, un théâtre qui n'hésite pas à appeler un chat un chat, un oppresseur un oppresseur, un oppressé un oppressé. L'accent est mis sur le fond plutôt que sur la forme, même si le théâtre-action n'exclut pas une certaine recherche formelle, plutôt du côté de l'espace vide (Peter Brook) et du Théâtre Pauvre (Grotowski). L'inventivité formelle du théâtre-action est souvent proportionnelle à son manque de moyens ! C'est un théâtre qui choisit son camp aussi, en se plaçant davantage du côté des exploités, des pauvres et des " exclus " que de celui des riches et des puissants. Une des caractéristiques fortes du théâtre-action, c'est d'aller à la rencontre du " non-public " : celui qui ne fréquente pas les théâtres, celui qui n'a pas accès à la culture, celui pour qui les moyens d'existence même ne vont pas toujours de soi.
Pour le toucher, les compagnies vont jouer leurs créations professionnelles là où il est censé se trouver : les écoles, les usines, les associations de terrain, les places publiques, la rue… Mais une autre caractéristique forte du théâtre-action, c'est aussi de donner la parole aux exclus du système, à travers les ateliers de création collective, où les participants sont encouragés à s'exprimer à travers "l'outil théâtre ". Le théâtre devient alors un prétexte pour que ceux
qui estiment ne pas avoir droit au chapitre puissent reconquérir ce droit, le revendiquer et l'exercer. Bref, le théâtre-action, c'est bien du théâtre, mais un théâtre qui ne considère pas que le théâtre est une fin en soi, plutôt un moyen, parmi d'autres, de tendre vers une société plus égalitaire, plus solidaire, plus juste… A l'heure actuelle, je considère que c'est plutôt un moyen de lutter contre l'atomisation des individus et des groupes, le terrible délabrement social et éthique provoqué par le triomphe de l'idéologie néo-libérale. Mais ne nous leurrons pas : c'est un travail de fourmi. Et le combat est forcément inégal, parce que cette idéologie néo-libérale contrôle la
quasi-totalité des discours sociaux, l'exploitation et la marchandisation forcenées s'étendent progressivement à tous les domaines du vivant (la médecine, les organes, l'ADN, les arts, la culture, l'ensem- ble des rapports sociaux…), et le " désert " (Annah Arendt) continue à progresser… Mais il reste des oasis, des passerelles naturelles, et des ponts artificiels aussi (le " lien social ")… Et puis, David n'a-t-il pas vaincu Goliath ? Il arrivera sans doute un jour où le capitalisme atteindra sa masse critique et s'effondrera sous son propre poids. Ce jour-là, on peut supposer que les travailleurs du théâtre-action, et avec eux tous les gens qui rêvent à un autre monde, seront prêts, prêts à reconstruire, autrement, avec d'autres priorités que la compétition et la recherche du profit immédiat.
Le théâtre forum et le théâtre agora sont des formes théâtrales particulières qui ont été développées à l'origine par Augusto Boal en Amérique du Sud… Et qui sont utilisées par certaines compagnies de théâtre-action. Un spectacle de théâtre forum se joue en deux parties. Les comédiens jouent la pièce (le " modèle " dans notre jargon) qui a été répétée et écrite de façon à provoquer une réaction du public. L'histoire se termine toujours mal. En général, il s'agit du parcours de quelqu'un qui vit une situation concrète insatisfaisante et qui veut légitimement obtenir quelque chose (des meilleures conditions de travail, un emploi décent, l'accès aux soins de santé, le droit de vivre dignement malgré sa vieillesse ou son handicap…) pour sortir de cette situation. Mais la volonté de ce protagoniste se heurte à la volonté d'autres personnages (les antagonistes), définis moins par leur profil psychologique que par leurs rôles sociaux (le patron, le père, le mari, l'instituteur…). Le protagoniste veut bien faire, mais il commet souvent des erreurs. Et à la fin de la pièce, il échoue face aux obstacles qui se dressent devant lui. C'est alors qu'intervient le meneur de jeu (le joker chez Boal), il provoque un débat dans la salle et invite les spectateurs qui ont pris la parole à remplacer le personnage de leur choix afin d'améliorer la situation.
On rejoue les moments-clés en incluant l'intervention des " spectacteurs ". Le théâtre agora désigne simplement une forme théâtrale dans lequel les spectateurs ont la possibilité de poser des questions aux différents personnages du spectacle, à la suite de celui-ci.

FD : Qu'est-ce qui vous y a attiré ?
DC : D'abord, pour moi, le théâtre-action, c'est le vrai théâtre. L'autre a trahi sa base, sa vocation et ses origines. Je suis tombé dedans par accident, parce que rien ne me prédisposait à faire - encore moins à " faire faire " - du théâtre. J'étais un gamin plutôt intelligent - enfin, je réussissais facilement à l'école, ce qui est différent - mais avec un regard très critique sur le monde et puis surtout hyper-timide (ma mère m'obligeait à téléphoner moi-même chez le dentiste pour prendre rendez-vous et ça me rendait malade pendant trois jours), avec pourtant des antennes " grandes comme ça ", une sensibilité exacerbée dans une carapace d'autiste quoi... Je me considérais comme un extra-terrestre et je regardais mes semblables avec un mélange d'envie et de pitié… En fait je n'arrivais pas à les comprendre, en tout cas pas de l'intérieur… Surtout, je ne comprenais pas les conflits, les disputes incessantes dans les cours de récré. J'avais l'impression que tout aurait pu être réglé avec quelques paroles de bon sens, seulement voilà… je ne disais rien ! Cependant j'écrivais. Depuis que je savais écrire, c'était ça, ma façon de m'exprimer : un genre de poésie au kilomètre, dans laquelle semblaient parler plusieurs voix, plusieurs voix distinctes de la mienne… du théâtre quoi… un théâtre intime, maladif et maladroit… Bon, là je fais un immense raccourci, mais un beau jour, beaucoup plus grand mais toujours aussi mal dans ma peau, poussé par mes parents, j'ai commencé à faire de la gymnastique olympique avec un entraîneur fabuleux, un type qui me comprenait, ou qui du moins me donnait l'impression de me comprendre et qui m'a porté sur la plus haute marche du podium, champion du Hainaut, moi ! (Et ceux qui étaient à côté du podium me dépassaient encore d'une tête !)… Mon estime personnelle commençait à s'améliorer… Puis j'ai arrêté la gym, trouvé des copains, fait des conneries, et caetera… ça allait beaucoup mieux… J'ai eu aussi une prof de latin formidable qui montait un spectacle chaque année dans l'école, j'avais des petits rôles évidemment, mais ça m'a donné le goût du théâtre, plus qu'aux grands rôles (qui sont tous devenus comp-tables ou gigolos par la suite)… Puis j'ai eu une longue éclipse pendant l'unif… Et je suis entré, assez tard (vingt ans passés), dans un atelier de théâtre-action, le "Jeune Atelier Théâtre" du théâtre du Copion… Après trois ans de bons et loyaux services, les animateurs en ont eu marre de me voir monopoliser la parole et les bonnes (?) idées dans les créations collectives et ils m'ont proposé de passer de l'autre côté, c'est-à-dire de devenir animateur du groupe, le temps d'une création. Ça leur permettait de se reposer un peu, et moi, ça me permettrait peut-être de faire mes armes. Au final, ça s'appelait " Flagrant délires ", on était plus de vingt sur scène… et c'était formidable ! Enfin bon, on a dû jouer deux ou trois fois. Mais en ce qui me concerne, la machine était lancée… Et je ne me suis plus jamais arrêté. Avec les anciens de l'atelier, on a fondé une troupe de théâtre de rue complètement destroy, on jouait dans les manifs, les concerts, les festivals de heavy-metal… Peu de temps après ma première expérience d'animateur, une des animatrice du Copion a déménagé à Bastogne et m'a refilé tous ses ateliers dans la région. Je bossais à temps-plein la journée et j'animais des groupes en soirée… C'était le bon temps !

FD : En quoi ce type de théâtre et l'éducation permanente sont-ils complémentaires ?
DC : Ça me paraît évident. Le théâtre-action est un formidable outil d'éducation permanente. Il permet à la parole des gens de remonter. La culture ne doit pas descendre vers les gens.
La parole des gens, c'est ça la culture. L'élite qui produit la culture officielle ne représente qu'une toute petite partie des gens. Et elle n'a pas grand chose à dire. Alors elle joue sur la forme. Mais l'art contemporain trouve très vite ses limites sur un plateau de théâtre. La parole des gens, en revanche, c'est inépuisable.

FD : Quelle est la différence entre un animateur et un formateur ? Quels sont les spécificités du comédien-animateur ?
DC : Pour moi la frontière entre ces fonctions n'est pas clairement définie. Selon les circonstances, selon les personnes que j'ai en face de moi je passe d'un registre à l'autre. Je deviens formateur quand il s'agit d'apprendre des techniques théâtrales. Mais comme le travail en atelier porte également sur la prise de parole des gens, à ce moment là, je suis plus animateur que formateur. Quand j'étais comédien-animateur " indépendant ", j'ai fait plusieurs créations avec des demandeurs d'asile dans des centres fermés. Ce qui importe pour ces derniers, c'est d'obtenir leurs papiers et certainement pas de faire un spectacle. Notre approche a été de leur dire qu'on était tout à fait conscient que cela n'allait probablement pas faire avancer leurs dossiers et qu'on savait qu'ils avaient d'autres préoccupations plus vitales, mais qu'on allait au moins essayer… Quand on est dans une telle situation, c'est capital de dépasser le sentiment d'être seul face à ses problèmes. On a insisté aussi sur l'importance du projet à nos propres yeux. C'était important pour nous de pouvoir rentrer dans les centres pour voir ce qu'il s'y passait et pour entendre ce que les principaux intéressés avaient à en dire. Mais aussi sur l'importance que leur quotidien soit entendu par des belges et qu'ils s'associent pour combattre l'injustice. À partir de cela, le spectacle prend toute sa raison d'être. Dans ces expériences, mon collègue et moi étions toujours en train de pas-ser d'une fonction à l'autre car les situations étaient très complexes. C'est un travail d'artisan, mais qui pour moi se justifie complètement ! Il faut être costaud car on rencontre beaucoup de gens qui ont été cassés dans leur parcours de vie. Mais c'est enrichissant aussi et cela nous permet d'avoir une vision plus claire de la société. Il faut arrêter de dire qu'ici on est des privilégiés, c'est pas vrai pour tout le monde… Mon parcours me semble assez cohérent car en tant que journaliste, sous couvert de neutralité, je ne pouvais pas dire le fond de ma pensée… Finalement je peux le faire en tant que comédien-animateur, même si mon premier devoir est d'être à l'écoute. Les discours sociaux dominants, on les ressent très fort dans le travail d'atelier.

FD : Pouvez-vous nous expliquer ce qui vous plaît dans la création collective et en quoi elle se distingue de la création individuelle ?
DC : La force de la création collective c'est justement le "collectif”. C'est pas évident car comme disait Pierre Desproges : 
" Quand on est plus de quatre on est une bande de cons. A fortiori,
moins de deux, c'est l'idéal. " Tout notre travail c'est d'aller à l'encontre de cela et de réfléchir à comment faire pour qu'un niveau supérieur puisse émerger du collectif plutôt que de le laisser filer vers le bas. Actuellement, le théâtre institutionnel, le courant théâtral dominant, a de plus en plus recours à l'écriture collective. Mais à la grande différence du théâtre-action, ils sont dans une démarche de valeur ajoutée : un bon auteur, un grand metteur en scène, un scénographe, des comédiens célèbres dans le but de faire un beau produit pour le vendre bien cher. Le théâtre-action a recours à la création collective parce qu'on pense qu'il y a plus d'idées dans plusieurs têtes que dans une. Dans le travail d'atelier, les fonctions sont beaucoup moins déterminées. Je tiens à souligner que dans le théâtre-action, il faut distinguer le travail d'atelier et les créations autonomes. Celles-ci sont de plus en plus semblables à des créations théâtrales "classiques" et je trouve cela regrettable. Même si le propos reste a priori plus engagé, le procédé de fabrication est de plus en plus semblable, il y a une spécialisation à outrance des fonctions. Mais je ne veux pas généraliser : les démarches varient beaucoup d'une compagnie à l'autre. Et puis, le mouvement continue à réfléchir sur ses pratiques. C'est un bon point à mes yeux. Malgré l'institutionnalisation, le théâtre-action est encore capable de se remettre en question et d'interroger ses contradictions.

FD : C'est la deuxième année que le CESEP vous propose de donner un stage de théâtre-action, pouvez-vous nous en dire plus ? Qu'est-ce qui vous a plu ?
DC : Je ne peux pas encore expliquer ce que sera le stage car je n'ai pas encore eu l'occasion d'y réfléchir, mais comme c'est la deuxième année, que j'ai vu le public qui venait et que j'ai entendu les attentes, je veux pouvoir offrir quelque chose d'encore plus adapté… Mais pour moi, ce type de stage reste un grand bonheur car les participants sont de près ou de loin issus de l'éducation permanente et donc ils viennent avec des envies et de la motivation. C'est très agréable car je ne dois pas pousser les gens, le groupe est moteur. C'est un échange très enrichissant. Je ne propose pas de formule bétonnée, la première chose c'est que chaque participant puisse exprimer ce qu'il vient chercher et ensuite, au départ d'une boîte à outils, j'essaie de voir ce que je vais pouvoir utiliser pour satisfaire au mieux les attentes du groupe.

FD : Quelle est votre actualité ?
DC : Des ateliers, principalement. Je travaille dans une maison de quartier à Schaerbeek avec des femmes voilées, les actr i-ces d'Helmet. Il s'agit d'un atelier très particulier, qui doit aboutir à
un spectacle pour la fin de la saison. J'anime un autre atelier à La Louvière pour Lire et écrire, avec des personnes engagées dans un processus d'alphabétisation. Le spectacle est prévu pour le mois de mars. J'accompagne également un groupe de personnes d'origine sub-saharienne qui travaille sur la problématique du sida dans la communauté africaine immigrée en Belgique, et là le spectacle est prévu pour la fin février. Je supervise aussi l'atelier d'une personne qui a participé au stage d'été du CESEP, un éducateur spécialisé qui travaille l'improvisation avec des handicapés moteurs cérébraux.
J'accompagne aussi le spectacle " KC ! " de la Compagnie Maritime :
je donne des animations avant ou après le spectacle. Je joue également un petit spectacle d'intervention qui s'appelle " Désolé, c'est déjà pris " qui parle de discrimination et qui s'installe sur les marchés. À titre personnel, j'anime également des ateliers pour les enfants et les adultes dans le CEC de Binche-Estinnes.
Et puis il y a la maison d'édition aussi (éDITON). Le prochain livre que nous sortons est un carnet de voyage alternatif sur le Maroc.

FD : Le mot de la fin ?
DC : Associons-nous ! Je situe mon action dans le monde associatif et je me sens parfois empêtré dans une série de contradictions. Je pense qu'il nous faudrait de grandes assises du monde
culturel et social pour sortir une bonne fois pour toutes de ces contradictions, des jeux de pouvoir et des guéguerres internes… Nos "publics" ne sont pas des marchés ! Nous travaillons à une échelle humaine… avec des êtres humains. C'est ça la grande contradiction à mon sens. Quand on est subventionné, on a une série de comptes à rendre, ce qui peut entraîner un glissement : le quantitatif prédomine souvent sur le qualitatif, le discours sur l'action.
C'est l'ère de la communication. Les États, les entreprises, les associations, tout le monde communique et fait des rapports d'activités. On est tous amenés à déformer la réalité, à utiliser certains termes (directement dérivés du marketing et du management), à tricher sur la marchandise… Que faisons-nous ? Que sommes-nous en train de fabriquer ? Et quel poids accordons-nous encore à nos propres paroles ? Je préfère avoir 50 personnes dans la salle qui entendent ce qui est dit sur scène, plutôt que d'avoir 5000 personnes qui viennent voir un spectacle qui n'a rien à raconter. Le plaisir et la réflexion sont complémentaires. Est-ce qu'on peut s'autoriser un surplus… de vie ? Et un peu plus d'humour dans nos rapports d'activités ?… Est-ce qu'on peut s'associer ?