Présentation de l'auteur

Myriam Bertrand est institutrice maternelle de formation. Elle a fait partie des premières équipes d'enseignants qui ont mis en place, de 1976 à 1990, le projet de la « rénovation », qui s'inspirait des pédagogies actives. Plus tard, elle est devenue animatrice pédagogique puis directrice d'une école primaire à Bruxelles. Aujourd'hui, elle est à la retraite.

 

Présentation du projet par les partenaires

Les compétences clés définies comme un ensemble de connaissances, d’aptitudes et d’attitudes sont considérées comme nécessaires au développement des individus dans une société basée sur la connaissance. Elles font l’objet d’une recommandation du Parlement européen et du Conseil à destination de la Commission et des États membres qui définit huit compétences clés. Si toutes sont essentielles et transversales, l’une d’elle nous paraît l’être encore davantage. C’est : « apprendre à apprendre », qui est « liée à l’apprentissage, à la capacité à entreprendre et organiser soi-même un apprentissage à titre individuel ou en groupe, selon ses propres besoins, à avoir conscience des méthodes et des offres ».

Apprendre à apprendre est donc considérée dans une acception large et dans toutes les dimensions qui influencent, orientent, affectent ou soutiennent l’acte d’apprendre. C’est pour faciliter la prise en compte de l’ensemble de ces dimensions par les formateurs au bénéfice des apprenants adultes que le Greta du Velay a mis en place l’action d’ingénierie de formation et d’échange européen 2A2 – Apprendre à apprendre : l’accès à l’autonomie. 2A2 est un projet d’innovation transnationale conduit en partenariat avec l’Aformac Limousin, Midi-Pyrénées et le Cesep en Belgique et soutenu par le fonds social européen.
C'est dans ce cadre que la conférence « Apprendre à apprendre, une clé pour la formation tout au long de la vie » a été organisée à Bruxelles, le 4 décembre 2009. 
Lors de cette conférence, Myriam Bertrand a rappelé que l'apprendre à apprendre n'est pas nouveau, qu'il s'agit d'un concept déjà présent dans les pédagogies dites « actives ». Elle rappelle alors l'expérience de la « rénovation » qui a eu lieu de 1976 à 1990 dans certaines écoles francophones de Belgique. Il est intéressant alors de resituer le concept « apprendre à apprendre » dans un contexte d'éducation scolaire, et d'en faire les liens avec la situation des organismes de formation d'adultes engagés à tout mettre oeuvre pour transmettre cette fameuse compétence. 
Ces notes, rédigée par Myriam Bertrand, ont dès lors vocation à pousser notre réflexion et à s'interroger sur ce que peut alors devenir l'apprendre à apprendre dans une perspective d'apprentissage tout au long de la vie.

 

I. Depuis quand utilise-t-on les pédagogies actives ?

Elles sont basées sur la pédagogie cognitive résultat des recherches de pédagogues ou scientifiques qui ont donné les grandes théories pour l’apprentissage.
La psychologie de l’éducation s’est toujours nourrie des apports des scientifiques se posant la question : « Qu’est-ce qu’apprendre », « comment apprend-on ? »…,

Tout au long du XXe siècle, de grands courants théoriques ont influencé les pratiques éducatives et les méthodes pédagogiques.
Le courant de l’éducation nouvelle par exemple, et les méthodes actives s’appuient sur la  psychologie fonctionnaliste du début du XXe siècle, selon laquelle on apprenait dans l’action – résumée par le fameux « learning by doing » de John Dewey (1859-1952), professeur à l’université de Chicago où il fonde une « école laboratoire », Dewey est un philosophe qui considère que les connaissances des hommes s’enracinent dans leurs expériences.

Un autre courant très puissant au XXe siècle a été le behaviorisme, qui prônait l’apprentissage par conditionnement du sujet. Le behaviorisme a donné naissance, dans les années 1950, à l’enseignement programmé initié parBurrhus F. Skinner (1904-1990), dans lequel l’élève était censé apprendre par essais et erreurs, ou encore à la pédagogie par objectifs, qui décompose les apprentissages complexes en toute une série d’apprentissages élémentaires censés se cumuler.

Des pédagogues, philosophes ou médecins se sont penchés sur la pédagogie à cette époque. En voici quelques-uns.

Maria Montessori (1870-1952) : première femme médecin en Italie, elle travaille d’abord auprès d’enfants dits  « arriérés » et constate que beaucoup de problèmes considérés comme médicaux sont, en réalité, « pédagogiques ». Elle crée un matériel adapté qui prend en compte le besoin d’activité de l’enfant et s’appuie sur lui pour favoriser l’acquisition de compétences et de savoirs.

Ovide Decroly (1871-1932) : médecin et éducateur belge, il s’intéresse, lui aussi, aux enfants anormaux et retardés. Il élabore pour eux une pédagogie fondée sur les « centres d’intérêt » mais aussi sur la stimulation de la curiosité. En 1907, il crée une école pour enfants « normaux » organisée autour des mêmes principes  Pour cela, il invente de très nombreux outils et dispositifs pédagogiques (les boîtes à surprise, les jeux d’observation…)

Peter Petersen (1884-1952) : philosophe, professeur à l'université d'Iéna (Allemagne), il travaille toute sa vie sur une vaste réforme du système éducatif que l'on nomme, en général, " Plan Iéna ". Il s'agit de centrer l'enseignement sur le développement de l'enfant, d'intégrer les apprentissages cognitifs, psychomoteurs et socio-affectifs, de s'intéresser à la motivation comme à la socialisation. L’observation de l’enfant par l’enseignant a beaucoup d’importance pour lui.

Célestin Freinet (1896-1966) : instituteur français, il met ses élèves en situation d’activité et observe qu’ils progressent ainsi beaucoup plus vite, aussi bien dans l’acquisition des savoirs que dans l’accès à l’autonomie, il croit à la « méthode naturelle » qui s’appuie sur l’inventivité des élèves aidés par le maître face à un problème. Il préconise « le tâtonnement expérimental ». Il est à la base du mouvement « Education Populaire ».

Puis, dans la seconde moitié du XXe siècle, le constructivisme piagétien s’est progressivement imposé. Qu’est-ce que l’intelligence ? Comment fonctionne l’esprit humain?, s’est demandé le psychologue suisse Jean Piaget (1896-1980), préfigurant ainsi les interrogations de la psychologie cognitive. Pour J. Piaget, le sujet construit ses connaissances par ses propres actions (d’où le qualificatif de constructivisme) et il définit alors l’intelligence comme un processus d’adaptation dans lequel interagissent les structures mentales et l’environnement.
Sa théorie, qui modélisait des stades de développement de l’intelligence, conditionnant les apprentissages possibles à chaque âge, a eu un impact majeur dans le champ de l’éducation. Ce faisant, J. Piaget a déplacé l’attention des psychologues et des pédagogues sur les processus mentaux (ou cognitifs) utilisés en situation d’apprentissage.

Antoine de La Garanderie, (1920-) est un pédagogue et philosophe français.
Il est l'auteur de la théorie pédagogique de la gestion mentale dans laquelle il réfléchit sur les motifs de la réussite et de l’échec des étudiants, en mettant en évidence les différents gestes mentaux intervenant dans la réflexion, l'apprentissage et la mémorisation.. Il découvre que les élèves n’apprennent pas tous de la même manière : certains sont plus visuels, d’autres auditifs et d’autres encore kinesthésiques.

Philippe Meirieu ( 1949- ) pédagogue et philosophe français. Il a fait, après un baccalauréat littéraire, des études de philosophie et de Lettres à Paris. Il a préparé et obtenu un CAP d'instituteur pour enseigner dans le premier degré. 
Il a consacré ses premiers travaux scientifiques à la question de l'interaction entre pairs dans les apprentissages et du travail en groupes. Il s'est ensuite intéressé à la « pédagogie différenciée » en faisant l'hypothèse que l'accès de tous les élèves aux fondamentaux de la citoyenneté imposait la mise en place d'itinéraires spécifiques adaptés

La découverte des neurosciences a aussi déterminé les recherches en pédagogie.
L'étude des aphasies (troubles du langage liés à une lésion cérébrale localisée) a permis de montrer qu'à une lésion localisée ne coïncident pas toujours les mêmes pathologies. Ainsi, environ un quart des gauchers ont une configuration hémisphérique opposée pour le langage.
Cerveau gauche 
* On le dit analytique, logique, mathématique, séquentiel.
* Il fonctionne de préférence à partir du détail, il s'en sert pour aller vers la complexité.
* C'est le siège préférentiel du langage,.
Cerveau droit 
* On le dit analogique, empirique, intuitif.
* Il fonctionne plutôt sur la globalité, l'expérience et l'erreur, la déduction.
* C'est le siège préférentiel du traitement de l'image et de la communication non verbale

 

II. Évolution la pédagogie vers « apprendre à apprendre »

Qu’est-ce que « Apprendre à apprendre » ?
C’est rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages ?
Les pédagogies actives ont en commun le souci de rendre la personne acteur-auteur de ses apprentissages.

II. L’expérience de rénovation en Belgique

Quand ?
En 1976, la pédagogie change basée sur les recherches et sur l’apport des pédagogues depuis la première guerre mondiale.

Pourquoi une rénovation ?
Le passage maternel-primaire est difficile pour beaucoup d’enfants. 
Les objectifs poursuivis pour y remédier sont :

  1. Harmoniser le passage maternel-primaire
  2. Diminuer les échecs
  3. Opter pour une éducation globale
  4. Différencier les apprentissages
  5. Développer le sens des responsabilités, de l’autonomie, de la coopération
  6. Créer une équipe éducative.

On y retrouve donc les grands mouvements  pédagogiques de type constructiviste.
Ces objectifs ont pour but :

  1. De donner la primauté à l’être plus plutôt qu’à l’avoir plus.
  2. De s’interroger sur la société et de se situer par rapport à elle
  3. De se prendre en charge
  4. D’être capable de négocier, de s’organiser, de collaborer ;

33 écoles belges francophones, tous réseaux confondus, s’engagent dans l’expérience de rénovation. Les enseignants y seront des enseignants chercheurs accompagnés d’inspecteurs et de psychopédagogues.

Comment ?       
Le savoir ne se transmet pas, il se construit
On va donc :

  1. Modifier les groupes d’élèves, travailler en cycle de 2 ou 3 ans car l’apprentissage est spiralaire et non linéaire. On apprend en faisant des allers et retour.
  2. Modifier les équipes éducatives : par le travail en équipe et la concertation pour s’accorder pour construire des outils d’apprentissage.
  3. Modifier l’attitude des enseignants : en préconisant l’écoute, l’observation de l’évolution de l’enfant
  4. Modifier les méthodologies : par l ‘aménagement des locaux, de l’espace-temps, en trouvant ou en construisant du matériel  divers notamment des fichiers progressifs pour offrir un environnement riche qui permettra de nombreuses expérimentations ainsi que la socialisation.
  5. Modifier la pédagogie en la basant sur la motivation, l’action de l’enfant, sur la différenciation et l’évaluation formative.

Cette expérience a eu lieu de 1976 à 1990. Ensuite au cours de la formation continuée (facultative) on a aidé les enseignants à revoir leur pédagogie. Mais les freins sont souvent persistants car les enseignants ont tendance reproduire ce qu’ils ont vécu eux-mêmes. 
Ceux qui ont vécu leur scolarité primaire en écoles actives comprennent plus facilement la pédagogie constructiviste sont moins individualistes et se sentent à l’aise dans  le travail en équipe d’enseignants.
En 2005 le projet de l’école de la réussite a obligé les enseignants à entrer dans la pédagogie par compétences qui est l’aptitude à mettre en oeuvre un ensemble organisé de savoirs,  de savoir-faire et d’attitudes .

Exemple vécu : le cycle 5/8

Un plateau 5 /8 est constitué de 3 groupes d’enfants de 3e maternelle, 1er primaire, 2ème primaire et 3 enseignants.  
La classe est organisée en espaces différenciés :

  1. 3 espaces classes
  2. Un atelier artistique, pour y dessiner, peindre, bricoler
  3. Des ateliers de découverte mathématique (logique, mesures de grandeurs, de poids de liquides…) Comme le matériel de Mme Montessori
  4. Un coin lecture, des jeux de lecture des fichiers progressifs.
  5. Des jeux individuels ou collectifs pour  vivre une activité de manière ludique,
  6. Un espace commun aux 3 groupes.  Où l’on y raconte des histoires chante ensemble ou fête les anniversaires. Ce qui apporte des moments chaleureux où ils fait bon vivre.

Une journée type :
La journée débute par l’accueil et éventuellement l’entretien familier pour exprimer son vécu, verbaliser son ressenti .
Ensuite l’enseignant rappelle l’horaire de la journée pour savoir pourquoi et ce qu’on va faire. Ce qui permet à l’enfant de se mettre en projet d’apprendre. Cela permet une certaine gestion mentale de mise en condition.

Activités en groupe d’âge, de niveaux d’apprentissage :
On y pratique la lecture, les maths par des méthodes fonctionnelles, de recherche de confrontation en groupe de construction de référents  pour arriver à la construction des apprentissages intellectuels, les savoirs.

Le groupe est surtout utilisé pour se dégager plus facilement de sa subjectivité, pour confronter les points de vue, pour enrichir l'analyse en conjuguant des compétences différentes et pour stimuler la créativité dans la recherche de solutions à des défis proposé par l’enseignant.
Le travail en groupe et la confrontation des idées, la compréhension du double point de vue, pouvoir se mettre à la place de l’autre, comme le prône Piaget, permet la confrontation des solutions aux situations problèmes pour arriver à trouver une généralisation, à construire des référents . L’enseignant est là pour guider la réflexion pas pour donner les réponses.

On adopte l’évaluation formative basée sur des critères objectifs. En retrouvant la vraie place de l’erreur,de l’échec et du retard. Il s’agit de privilégier la démarche par rapport à la tâche par le développement de processus mentaux en passant de l’action à l’abstraction et la théorisation. 
L’évaluation sommative est basée sur la pédagogie par objectifs. En fin de cycle, les élèves devront avoir acquis un certain nombre de compétences.

Le contrat : basé sur la pédagogie différenciée, par le travail autonome, des fichiers individuels autocorrectifs, ce qui leur permet d’avancer à leur rythme.
Comme le prône  Philippe Meirieu, dans une classe, un professeur doit enseigner à des élèves ou des étudiants ayant des capacités et des modes d'apprentissages très différents. La pédagogie différenciée tente de donner une réponse à cette hétérogénéité des classes par des pratiques adaptant à chaque élève les programmes d'études, l'enseignement et le milieu scolaire. L'enseignant n’est plus le centre de la classe, mais il met l'enfant ou l'activité comme intérêt central pour arriver à son développement personnel, harmonieux sur le plan des connaissances, des savoirs faire et être.

Activités par groupes d’âges différents (3e mat, 1e et 2e Prim)
Sur les pas de la pédagogie du projet initiée par Freinet et les Centres d’intérêts de Decroly., on lance des projets communs où les élèves d’âges mélangés vont utiliser les apprentissages intégrés ou rechercher les solutions dans les référents construits. C’est aussi une motivation différente suivant les âges. Par exemple : l’organisation matérielle de la visite dans un musée (comment y aller : moyens de transport, prix etc…)
La pédagogie du projet est un  processus d'apprentissage qui met un groupe de personnes en situation d'exprimer des envies, des questions, des besoins, des manques, des ambitions et de rechercher les moyens d'y répondre. Il faudra aussi planifier collectivement la mise en oeuvre du projet, le vivre et réutiliser les connaissances acquises.
D’autres activités sont basées sur l’éveil scientifique, historique, religieux et l’éducation physique.

Et le rôle de l'enseignant, dans tout cela ?
Il lui appartient d'être disponible à la construction des savoirs des apprenants, voire de faire émerger leur intérêt par l’observation de chaque enfant, sa façon ou non de comprendre, de construire ses connaissances. Ce qui est prôné par Petersen dans son plan Iéna.
En même temps, l'aménagement d’une telle pédagogie  requiert un climat de confiance, le lien avec l'environnement connu et un cadre sécurisant représenté par le dispositif et la personne des formateurs.
Le travail en équipe d’enseignant est enrichissant car il relativise les problèmes, il aide à trouver des solutions face à des élèves en difficulté. La continuité de l’équipe éducative est importante pour que ce travail soit fructueux sur 3 ans. La formation continuée aide à revoir ses pratiques à les confronter à d’autres découvertes ou réflexion.

IV. Nécessité des pédagogies actives

 

Actuellement pourquoi apprendre à apprendre ?

  1. Dans la vie, chacun affronte des situations dans lesquelles il doit pouvoir argumenter pour obtenir ce qu’il veut : s’expliquer, obtenir des informations, justifier son comportement, faire comprendre ses choix, défendre ses droits et son autonomie. Comprendre ce qu’il lit (mode d’emploi, circulaires administratives…)
  2. Ce sont des situations banales, qu’on rencontre dans le travail, dans la famille, dans la cité. L’argumentation a des enjeux familiaux, scolaires, professionnels, économiques, politiques, juridiques. Il faut être capable de répondre aux objections, de développer son raisonnement, de penser différemment des autres, de percevoir leurs propres ambivalences et contradictions. C’est une compétence que de pouvoir soutenir son point de vue sans fuir la confrontation, en écoutant les autres, en tenant compte de leur avis, en faisant des compromis quand il faut prendre des décisions.
  3. Dans tous les métiers, notamment en médecine importance de l’interdisciplinarité : médecins, psychologues, scientifiques, chercheurs travaillent ensemble
  4. Depuis 20 ans, l’informatique, et surtout l’utilisation d’internet, a fait un bon prodigieux.
  5. On ne peut plus emmagasiner tous les savoirs. Il faut pouvoir trouver les informations. La formation continuée est de plus en plus nécessaire à cause de la vitesse du changement qui déroute, interroge, oblige à prendre du recul, à comprendre.
  6. L’ouverture au monde, la recherche de compréhension l’utilisation de plusieurs langues sont une nécessité pour répondre à la mondialisation.

 

 

 

Sources

      • Wikipedia
      • Sciences humaines.com
      • Projet de rénovation du cycle 5/8 : harmonisation du passage maternel-primaire  (1976)
      • Conseil Central de l’Enseignement Maternel et Primaire Catholique (1985)
      • Le Décret «Missions», de la Communauté française (2000-2005)