Entretien avec Réjane PEIGNY

 

FD : Pouvez-vous nous résumer votre parcours professionnel ?

RP : Avec du recul, je pense que j'ai toujours raconté des histoires ! Au tout début des années 80, à la sortie de mes études en réalisation radio télévision à l'IAD, j'ai travaillé dans l'audiovisuel. D'abord en radio : je réalisais des reportages notamment pour la radio suisse-romande. Ensuite, pour la télévision communautaire de La Louvière. J'y ai appris beaucoup de choses mais je m'y suis vite sentie enfermée, à l'étroit. J'ai donc fait un grand saut pour me retrouver… à RTL télévision, où j'ai commencé comme monteuse pour les journaux télévisés principalement. Lorsque RTL est devenue RTL-TVI, qu'il y a eu des programmes à produire, j'ai réalisé " Factuel ", un magasine d'actualité. J'ai ensuite créé avec Karin Rondia, journaliste médecin, et réalisé pendant deux ans l'émission " Parcours santé ". A la naissance de mon deuxième enfant, à la recherche d'horaires plus faciles, j'ai rejoint le service de presse d'RTL avant de le diriger. J'y ai appris deux choses fondamentales : à utiliser un ordinateur et à considérer les mots en tant que fina-lité. Jusque là, je les utilisais déjà énormément, mais ils étaient une étape, destinés à devenir des sons, des images. Je passais par eux pour aller vers un récit audio-visuel. Et soudain, je les ai découverts pour eux-mêmes. Et ça a été un choc, j'ai adoré ça ! La liberté d'écrire : on est seul, contrairement à l'audiovisuel où le travail se fait en équipe, devant des choix à faire et à assumer, et surtout je pouvais tenir compte de mon rythme (je pense être lente ce qui, en réalisation, pose parfois des pro-blèmes). Le boulot en lui-même (la promotion des programmes) ne m'intéressait guère et j'ai quitté RTL après une dizaine d'années au total. Fin d'une étape de ma vie ! Je me suis arrêtée un moment pour réfléchir à ce que je voulais faire. Je m'étais jusque là laissée embarquer dans des projets qui ne me ressemblaient pas, et j'ai décidé de suivre une envie, une intuition : me plonger dans le monde de l'écriture. J'ai participé à un atelier d'écriture et, comme souvent, ce sont les rencontres qui m'ont guidée. J'ai travaillé à mi-temps au centre culturel d'Anderlecht avec Francis Dannemark qui y développait une spécificité littéraire à travers des activités de résidences et de festival : " Frontière belge ". Nous avons ensuite créé l'asbl " Escales des lettres " où Pascale Fonteneau nous a rejoints pour développer divers projets (dont la collection du même nom aux éditions du Castor Astral, l'animation d'ateliers avec des écrivains, le " Train Littérature Europe " en 2000...). Lorsque l'association a dû supprimer un des contrats à mi-temps, je me suis lancée comme
" animatrice d'écriture indépendante " : je me suis lancée seule ! Jusqu'au jour où je suis revenue auprès de Pascale Fonteneau. Elle avait participé, aux côtés de Paul Buckenhout, à la création de Passa Porta, la Maison Internationale des Littératures à Bruxelles. A deux, nous avons proposé à la Communauté française (qui avait lancé un appel à projets) la création de l'association " Entrez-lire " qui allait devenir le pôle francophone du projet. Parallèlement à cela, vers 1999-2000, avec Pascale mais avec aussi Eva Kavian, nous avons fondé un réseau d'animateurs d'ateliers d'écriture. Association de fait au départ, " Kalame " est ensuite devenu un des projets " hébergé " par 
" Entrez-²Lire ". Aujourd'hui, Pascale et moi nous partageons la responsabilité d'Entrez-Lire qui emploie à nos côtés une assistante à temps plein. Pascale se charge plutôt de l'aspect littérature internationale et des activités qui animent " Passa Porta ", je m'occupe plus particulièrement des activités " Kalame ", principalement de la formation continuée des animateurs d'ateliers d'écriture. Nous travaillons chacune à mi-temps, pour développer à côté d'autres activités personnelles pour lesquelles j'ai donc un statut d'indépendante complémentaire. J'écris (disons que j'essaye de trouver du temps pour !), j'anime des ateliers, je donne des formations, j'accompagne aussi, en individuel, des personnes dans leur projet d'écriture… J'ai pendant 4 ans été l'une des directrices de collection aux éditions " Le Grand Miroir ". J'ai adoré ce travail avec les auteurs, même si j'ai dû l'arrêter (par manque de temps mais surtout à cause du manque de moyens chronique dont souffre la littérature). Bref, je fais donc plein de choses, mais qui toutes tournent autour de la lecture et de l'écriture.

FD : Comment en êtes-vous arrivée à donner des formations ?

RP : J'adore écrire, et transmettre cette " obsession " en est le prolongement naturel. J'aime porter un regard systémique sur les choses, regarder le monde sous un angle multifactoriel et nuancé, et c'est donc parfois confus, difficile ou long à expliquer. La première chose importante est l'aspect autodidacte de mon parcours en écriture. J'ai participé à quelques ateliers d'écriture mais je me suis créé, forgé un parcours personnel. Je me suis formée par la lecture et par de très nombreuses tentatives d'écriture en solitaire. Pour le reste, c'est surtout une question de rencontres, celles qui permettent de faire des bonds, de défaire des nœuds. Je n'ai donc pas en ce domaine suivi de " formation en bonne et due forme " : je n'ai pas étudié la littérature de manière théorique en suivant un cursus, je découvre cela de manière empirique, ce qui me donne un petit complexe d'infériorité bien utile : je suis toujours en recherche ! Je suis d'une très grande exigence envers moi-même, je m'impose de me former tout le temps pour être à la hauteur. Cela m'oblige à EXPERIMENTER. Ce qui me fait me casser les dents, parfois, me fait passer des moments très difficiles, mais qui me permet tant de découvertes. C'est passionnant. Il n'y a qu'en expérimentant, c'est-à-dire en faisant puis en analysant, que j'apprends, c'est-à-dire que je comprends et que je retiens… Ayant dépassé certaines difficultés, j'ai eu envie de transmettre ces expériences que j'avais analysées, et j'ai remarqué comment cela pouvait aider d'autres personnes : elles progressent plus vite, se sentent moins seules.

FD : Quelle différence faites-vous entre animation et formation ?

RP : J'ai commencé par co-animer. J'avais, début des années 80, suivi une formation courte en animation de groupe et, lors de mes premières expériences, je me situais face au groupe à côtés d'écrivains tous très différents : je prenais donc une place de " caméléon ". Pour animer un atelier d'écriture, il faut des compétences littéraires mais aussi des notions de dynamique de groupe, de pédagogie… et tout écrivain n'a pas nécessairement ces compétences. J'apportais donc, selon le cas, ce que l'écrivain n'apportait pas. Si je devais intervenir, cela m'enseignait beaucoup. Mais comme je m'effaçais le plus possible, je pouvais avec certains d'entre eux (qui n'avaient guère besoin de soutien) prendre du recul et donc apprendre aussi énormément. Ce travail en équipe m'a marquée. Le partage oblige à réfléchir, ce qu'on oublie parfois lorsque l'on travaille seul. Et puis cette position m'a permis de ne pas avoir à me lancer d'un coup, seule, face à un groupe. Cela s'est fait progressivement : je n'ai donc pas trop eu la trouille ! C'était de l'animation : je me voyais comme un catalyseur. J'apportais mon expérience, mes compétences, mes réflexions, mes hypothèses, non pas des " savoirs ", et je travaillais les apports du groupe. Cela me nourrissait moi, et les gens étaient contents, on m'en redemandait ! Puis, je me suis posé la question que vous me posez, j'ai voulu savoir (sentir, comprendre) ce qu'était une formation, et je me suis inscrite à une formation pour formateurs au CESEP. C'était une manière de faire le point, de conscienti-ser ce que je faisais, de découvrir de nouveaux outils, de me décentrer... J'ai encore du mal à définir la différence entre formation et animation, même si je la sens. Je dirais qu'animer est plus aventureux : on sait d'où on part et on s'ouvre à la découverte. Alors que former (ce mot parfois m'effraie) suppose un itinéraire plus établi… Il faudrait que je passe par l'écriture pour éclaircir cela, ce que je n'ai pas (encore ?) fait ! J'aime me donner des moments de réflexion, mais je me laisse la possibilité de ne pas intellectualiser quand je suis sur le terrain, pour sentir les choses en fonction de la situation. Aujourd'hui, en fonction de la demande, d'un groupe ou d'un commanditaire, je vais appe-ler mon intervention formation ou bien animation. Car la différence se trouve dans le projet, c'est-à-dire dans le groupe, les objectifs... Il faut donc bien regarder le système dans sa globalité.

FD : Que retirez-vous des ateliers et des formations ?

RP : Énormément, sinon je ne continuerais pas ! On définit souvent les ateliers d'écriture selon leurs objectifs qui peuvent se situer dans des domaines très différents : littéraire (pour faire bref et donc caricatural : on voudrait " écrire mieux "), psychologique (on voudrait " aller mieux "), social (on voudrait " sortir de l'isolement "), professionnel... Pour ma part, je considère que mes objectifs, comme mes outils, sont littéraires : en effet, nous travaillons l'écriture, c'est-à-dire la forme : les mots, le texte. Mais je considère également tous les autres domaines car, même si ce n'est pas ce que l'on vise, je remarque qu'il se produit de toute façon des effets ailleurs (des " effets secondaires " si on veut) : progresser en écriture n'empêche pas de (re)créer du lien social, de (re)trouver confiance en soi ! Eh bien, en tant qu'animatrice, je retire des bénéfices dans tous ces domaines. Littéraire : je dois préparer mes séances, les animer et les évaluer, donc je travaille l'objet littéraire, j'expérimente, je lis autrement, et cela m'apprend beaucoup sur la littérature. Et sur ma propre écriture. Cela me permet de rencontrer des gens d'une manière extraordinaire : on est très vite au cœur de l'être humain et du relationnel, on passe au travers des bonnes convenances et du superficiel pour aller à l'essentiel. D'un point de vue tout à fait personnel, je me sens vraiment bien dans ce boulot, cela me fait un bien fou ! Cela me permet aussi de me dire que quand je lis ou écris, je travaille ! Ce qui est formidable. Je retire autant de choses que ce que j'apporte aux parti-cipants. Si en plus cela contribue à me faire vivre (financièrement)… Les ateliers m'apportent plein de choses pour ma vie de famille, aussi, et vice versa : il y a un échange extraordinaire.

FD : En tant qu'œil aiguisé quel est votre regard sur la situation de l'enseignement de l'écriture littéraire en Belgique ?

RP : Complètement nulle ! On aborde la langue et la littérature en dépit du bon sens. On mélange tout. Et en plus on fait les choses à l'envers. L'école devrait ouvrir la curiosité pour la lecture et l'écriture. Or notre système impose tout (ce qui est rébarbatif!) avant d'apprendre le plaisir. Il fait croire que la littérature est quelque chose de compliqué réservé à une élite. Les élèves dès qu'ils sortent de la petite enfance sont dégoûtés par la grammaire, l'orthographe, ces fameuses règles sur lesquelles on est coté, par l'analyse obligée (où est la notion de plaisir, de liberté ?) qui induit l'idée qu'il n'y a qu'une lecture possible (ce qui va à l'encontre de ma définition de la littérature !) Il faut partir de la pratique, faire écrire, faire lire, laisser libre, encourager l'expression, la créativité… On en arrive alors à désirer comprendre les règles (grammaire, orthographe…), comment et pourquoi on en est arrivé à un tel niveau de complication. Et cette complexité de notre langue, envisagée comme ça, peut être vue comme une richesse. Partir de l'expérimentation, faire faire puis voir. C'est comme cela que l'on retient. Il y a des initiatives intéressantes, des gens qui ont des visions intéressantes, mais la logique de la société actuelle (la rentabilité à court terme) empêche souvent ces initiatives d'aboutir. Et cette "priorité donnée au programme ", quelle aberration ! Si on regarde l'enseignement à travers la grille de lecture du formateur (c'es-à-dire : on est dans un projet avec des objectifs pour lesquels on a tels moyens) on se rend compte qu'on se trompe mais alors complètement. Primo, le programme n'est pas un objectif, ce n'est qu'un moyen (parmi d'autres). L'objectif, il est du côté de l'élève, de la personne. Secundo : cet élève devrait à la fin des " humanités " avoir acquis de la curiosité, de l'envie d'apprendre et, oui, un minimum de connaissance. Il devrait avoir de quoi continuer à apprendre toute sa vie. C'est ça l'enseignement ! Mais non. On veut former (c'est pourquoi je n'aime pas ce mot !) les adultes dont la société (qui ? les entreprises ?) a soi-disant besoin… Le résultat c'est que nos gamins tentent par n'importe quel moyen d'obtenir juste la moyenne des points, de convenir au prof, de surtout ne pas se montrer créatif ! Je suis complètement découragée face à cela et en tant que mère, j'attends avec impatience la sortie de l'enseignement secondaire de mes enfants. Je suis pessimiste car je pense qu'il faut revenir d'une part à une vision plus globale, à plus long terme, et d'autre part à échelle humaine, réapprendre les contacts interpersonnels, construire les choses en fonction du groupe et arrêter de généraliser, d'uniformiser. Je crois à l'avenir des petits groupes sociaux mis en réseau, c'est une question d'échelle. Redonner une valeur humaine au verbe " profiter ", penser des projets d'échange, où tout le monde se nourrit, et puis partir de l'envie et du plaisir !

FD : Cela fait plusieurs années que vous collaborez avec le CESEP. Quelle vision en avez-vous ?

RP : Le CESEP, c'est ma porte d'accès à tout ce qui relève de l'éducation permanente, du travail social. J'ai beaucoup d'activités dans le domaine littéraire et le CESEP me permet d'y ajouter l'aspect collectif. J'y ai rencontré des gens dans lesquels une partie de moi se reconnaît et ensemble on travaille en complémentarité. J'apporte l'écriture (avec ses aspects artistiques, de développement personnel) et le CESEP m'invite à y ajouter une autre facette, à la revisiter comme " un outil au service de la collectivité ". Si j'avais plusieurs " tuteurs ", eh bien le CESEP serait mon tuteur dans le domaine social, de l'éducation permanente, de la formation. Nous partageons certaines valeurs, ce qui est fondamental dans une relation. Je m'y sens bien, même si j'en ai une vision très parcellaire car il y a plein d'autres choses au CESEP que je ne connais pas. Et surtout, les rencontres faites au CESEP ne me déçoivent pas !

FD : Pouvez-vous nous présenter les stages que vous coproduisez cet été au CESEP ?

RP : Kalame-Entrez-Lire collabore avec le CESEP sur l'offre des stages d'écritures. On garde des stages qui ont fait leurs preuves et on innove, pour varier l'offre et les plaisirs, pour montrer que l'écriture est multiple, pour jeter des ponts entre l'écriture et toutes les disciplines possibles et imaginables. D'année en année, on évalue les stages et on essaye de parfaire l'offre. Il y aura : " Cheminer avec un conte " avec Josiane De Ridder. Nous travaillons à partir des compétences, des atouts des formateurs : l'été dernier, Josiane proposait un stage écr-iture et yoga qui a très bien donné. Elle nous a proposé de travailler le conte. Ecrit pour être dit et non pas lu, le conte mène à une écriture de l'oralité, à la notion de " spectacle " avec le travail du corps et de la respiration. Il s'agira donc d'aborder l'écriture par la lorgnette du conte.

Le stage " L'impossible journalisme est possible " donné par Gérard de Selys marche super bien et on le repropose tel quel ! Ce qui est fabuleux avec Gérard c'est que, contrairement à d'autres approches, l'écriture journalistique y est travaillée de manière tout aussi créative que n'importe quelle autre écriture. Durant ce stage, on écrit, et on s'interroge sur les points communs et différences entre un billet radio ou en presse écrite, sur les rapports entre l'éditorial, ou la presse d'opinion, et l'article (soi-disant) factuel et objectif. On expérimente et ces écritures en même temps permettent de s'interroger sur la place que l'on a dans la société, sur ce qu'on peut y faire. Et il y a celui que j'animerai : " Du bon usage de l'écriture/lecture ". Est-ce que cela va être un atelier, est-ce que ce sera une formation ? Je n'ai pas encore tranché ! (Rire) En tout cas, ça va être un sacré bazar ! L'idée est d'observer comment l'écriture peut, ou non, prendre place dans des pratiques professionnelles, sociales, collectives et créatives. Ce qu'elle apporte, comment l'y intégrer. On va s'interroger sur " l'instrumentalisation de l'écriture " : est-on toujours dans l'art ? On réfléchira à tout cela en passant par la pratique. On repartira probablement avec beaucoup de questions ! Avec des hypothèses, mais très peu de réponses (c'est ainsi que je conçois un parcours de formation continuée). Cela dépendra aussi du groupe et cela je le découvrirai assez tard ! Car ce stage s'adresse à toute personne intéressée par ces questions ! C'est vaste ! Sauf que pour y participer, cela demande de développer soi-même une certaine pratique de l'écriture. Je n'ai pas encore construit ce stage, car je veux pouvoir m'alimenter de ce que je vais lire, de ce que je vais faire d'ici là. J'ai la trame, mais elle n'est pas encore garnie. Je me réjouis car je prépare mes stages de manière aussi créative que quand j'écris : former, animer, c'est aussi, selon moi, un acte créateur.

FD : Quelle est votre actualité ?

RP : J'ai un magnifique bouquin qui sort juste maintenant : " Le petit jardinier dans son grand potager ". Ce texte me tient particulièrement à cœur, il y est question de nature et de culture, mes deux dadas, mais aussi des rapports humains, de la méfiance, du progrès... C'est un texte un peu inclassable, entre conte et nouvelle. Il y a un certain temps qu'il est terminé et chaque fois que je le relis, j'y trouve plein de choses. C'est un texte que j'aime et que j'ai vraiment envie de défendre. Il a vraiment plu à un ami, Dominique Maes, auteur et illustrateur, qui avec un ami imprimeur, Alain Régnier, travaillent l'édition d'art. Ils lancent une collection : " Les incassables ", avec deux premiers ouvrages, dont le mien, pour lequel Dominique a réalisé des illustrations magnifiques qui ouvrent le texte à son regard. Il a notamment été intéressé par la thématique de " la rumeur ". Des pages se déplient, ce qui propose de prendre le temps de se perdre dans cette histoire. Son regard m'a fait découvrir des choses que je ne savais pas y avoir mises en l'écrivant, et j'en suis très fière. C'est un bel objet, imprimé à 300 exemplaires, reliés à la main ! J'ai aussi plein de projets d'écriture même si pour le moment je favorise plus la lecture, les formations et les rencontres. Je suis en Belgique encore pour trois ans et demi. Ensuite, je pars m'installer dans le Gers, où je pourrai (enfin !) prendre bien plus de temps pour écrire, recevoir des artistes en résidence, et cultiver mon potager ! On verra… Je crois en la lenteur, je n'ai pas envie de me bloquer par des objectifs trop étroits, je tiens à pouvoir changer d'avis, donc je fais les choses pas à pas, lentement, pour pouvoir évoluer. Je me méfie des vues de l'esprit, des idées et des théories. Parce que j'y ai cru, à un moment donné ! J'aime la souplesse, dans un cadre. Je veux tenir compte des difficultés, du parcours, des rencontres. C'est comme ça que l'on s'enrichit le plus !

FD : Le mot de la fin ?

RP : J'espère pouvoir continuer à rester en contact avec le CESEP ! Cela me permet un équilibre entre l'art, la société et moi, qui m'est très cher. Je m'y sens accueillie, respectée dans ce que je suis, on vient me chercher pour mes compétences, ce qui est flatteur, et on n'attend pas de moi des compétences que je n'ai pas ! Et puis que de belles rencontres…