Entretien avec Myriam CLAESSENS

 

FD : Quel est votre parcours professionnel ?

MC : Mon parcours professionnel est très simple, à ma sortie de l'école en 1978, j'ai travaillé à la Ligue des familles et ce jusqu'en 1982. Et depuis 1983, je travaille au CESEP. Au départ, c'était une petite structure et je n'étais chargée que du secrétariat. En 1984, j'ai commencé à donner des formations de dactylographie suite aux attentes des stagiaires et à la confiance de la direction. Ils voulaient avoir une approche du clavier et du métier de secrétaire. Cette double casquette me plaît beaucoup, j'aime passer de la formation à mon travail administratif cela me motive constamment, je n'ai pas le temps de me lasser de l'un ou de l'autre. (Rire)

 

FD : Quelles compétences avez-vous développées grâce à la formation ?

MC : De l'assurance ! Au début, je donnais cours à des gens plus âgés que moi. Par la pratique et l'expérience que j'ai acquises au cours des années, je me sens plus crédible que je ne l'étais à 24 ans. Ce sont des formations " pratiques " donc d'un point de vue pédagogique, la forme n'a pas fort changé, j'adapte bien évidemment les contenus, mais la technique reste la même. Je travaille beaucoup en sous-groupes afin d'adapter au mieux la formation au niveau de chaque participant. Depuis 2005, le module de dactylographie se fait sur ordinateurs et non plus sur des machines à écrire, j'ai réellement vu un regain d'intérêt de la part des stagiaires car ils se sentent beaucoup plus concernés et cela leur permet d'acquérir certains réflexes et de pratiquer " Word ", c'est beaucoup plus proche de la réalité.

 

FD : Pouvez-vous nous présenter les " Ateliers Régionaux " ?

MC : Ce sont des formations gratuites de 3 à 6 mois pour demandeurs d'emploi. Elles permettent de se former, de se réactualiser et d’acquérir des compétences professionnelles. Nous proposons des ateliers d'informatique et de travaux de bureau, d'agents d'accueil, d'accès aux métiers de l'informatique qui aident les stagiaires à mieux se positionner sur le marché de l'emploi.

 

FD : Cela fait plusieurs années que vous travaillez au CESEP, quelle est son histoire et quelles sont ses
spécificités ?

MC : A l'époque où je suis arrivée, nous étions quatre. Actuellement nous sommes 44 ! On avait deux formations informatiques de programmation sur des ordinateurs TRS-80, ce qui était exceptionnel à l'époque. Petit à petit, on a diversifié les formations, agrandi l'équipe et acheté de nouveaux ordinateurs ! Un des atouts du CESEP, c'est le caractère familial de ses formations. Je m'explique : nos groupes de formations ont un nombre de participants assez restreint ce qui nous permet de prendre en compte le stagiaire dans son intégralité afin de lui fournir un accompagnement et un suivi personnalisés. Dans nos formations, les stagiaires ne sont jamais livrés à eux-mêmes. On accorde une grande importance à l'encadrement et nous avons la chance d'avoir une équipe avec beaucoup de formateurs et depuis très longtemps. On s'est toujours arrangé pour que chaque stagiaire ait un ordinateur à sa disposition. Les normes que nous impose la Région wallonne font que nos formations en insertion socio-professionnelle sont accessibles principalement aux personnes ayant au maximum un certificat d'enseignement inférieur (ou bien secondaire supérieur mais ayant une plus longue période de chômage). Auparavant, nos groupes de formation étaient beaucoup plus mixtes, on avait des universitaires et des gens qui avaient un certificat d'enseignement de base. Une autre nouveauté, c'est qu'on sent que certains stagiaires subissent une forte pression, soit ils suivent une formation, soit ils n'ont plus droit au chômage.
Ce qui nous oblige en tant que formateurs à les convaincre que même s'ils se sentent obligés de suivre la formation, ils peuvent
en tirer un bénéfice. On se doit de constamment les motiver!

 

FD : Que voulez-vous absolument faire passer dans vos formations ? Quand ou comment estimez-vous la formation réussie ?

MC : Ce qui est important pour moi c'est la progression, quelle qu'elle soit. Évaluer le niveau du stagiaire au début et le voir progresser tout au long des 35 heures de dactylo, parfois bien au-delà de mes objectifs. J'adapte mes exigences en fonction du niveau de départ de chaque stagiaire, mais aussi en fonction du type de fonction vers laquelle la personne compte se diriger, en moyenne on arrive à 13 voire 17 mots à la minute.

 

FD : Y-a-t-il une évolution du public dans les formations en insertion socio-professionnelle ? Quels sont les
nouveaux problèmes qu'il rencontre ? Quel impact cela a sur les formateurs ?

MC : Je trouve que les stagiaires " testent " beaucoup plus les formateurs qu'avant ; aujourd'hui il faut faire ses preuves. Il y a dix ans, les stagiaires ne remettaient pas systématiquement en cause les paroles du formateur. Ce qui me plaît aussi, c'est qu'au début de la formation, les stagiaires sont souvent stressés. Je dois faire tout un travail d'accompagnement quasi individuel pour les mettre en confiance et leur faire intégrer qu'il est normal qu'ils ne savent pas quelle est la bonne position car ils ne l'ont pas d'instinct. Mon module s'inscrit dans des formations longues pour demandeurs d'emploi. On voit souvent des gens s'épanouir au cours du temps, ils ont plus confiance en eux, parfois ils prennent plus soin d'eux ou ils sont de plus en plus motivés et ça c'est vraiment très gratifiant. Même si c'est un aspect que j'aime moins, je suis très à cheval sur la ponctualité car ce sont souvent des personnes éloignées de l'emploi depuis un certain temps et je veux les mettre le plus possible dans une situation proche de celle du monde du travail. Ce sont des adultes responsables et ils doivent agir de la sorte.

 

FD : Que retirez-vous des formations ? Qu'est-ce qui vous motive à les animer ?

MC : La remise en question ! J'appréhende le test final presque autant qu'eux ! C'est là que je peux mesurer si mes objectifs ont été atteints, si j'ai réussi à les "coacher" et à les intéresser pour qu'ils s'impliquent dans la formation. Il faut constamment réfléchir à sa pratique, afin de pouvoir la transmettre de manière compréhensible, décortiquer le moindre réflexe pour pouvoir l'expliquer. Il faut pouvoir replonger dans les souvenirs et se remettre à l'époque où on a appris soi-même et ce n'est pas toujours facile.

 

FD : Le mot de la fin ?

MC : Que ça continue! Depuis le temps que je donne ces formations, j'ai toujours le trac. Pendant les quinze premières minutes, j'ai les jambes qui flageolent! J'adore cette dose d'adrénaline et j'adore assister à l'épanouissement et au changement de certains stagiaires ! Ma récompense, c'est quand on reçoit des nouvelles de stagiaires nous annonçant :
" J'ai trouvé un job qui me plaît! ", " Merci de m'avoir donné une corde de plus à mon arc ".