Entretien avec Dominique SURLEAU
Dominique Surleau est coordinatrice du secteur formation au PAC (Présence et Action Culturelles) Communautaire. Elle a participé il y a 15 ans maintenant à la formation des Cadres Culturels au Cesep.

 

De manière générale, lors de votre entrée en formation, quel sens avez-vous donné à cette démarche ?
Je crois que j'avais besoin d'un peu sortir de mon cadre de travail. J'étais à l'époque animatrice et j'ai été conseillée par ma coordinatrice qui m'a un peu poussée en me disant que cela serait intéressant pour moi de participer à cette formation. A ce moment là, je voulais avancer dans mon boulot mais je sentais que je coinçais un peu. J'avais besoin d'acquis supplémentaires, et il me semblait que la formation pouvait y répondre, donc j'ai essayé.

Cherchiez-vous quelque chose de particulier, spécifique à un ou plusieurs aspects de votre activité, ou une formation plutôt générale ?
Je ne cherchais rien de particulier. A la base, je suis éducatrice et donc je pense que par rapport à l'analyse que j'avais de mon travail et des projets que je menais, il me manquait des éléments plus théoriques et aussi méthodologiques. Il me semblait ne pas être suffisamment qualifiée que pour pouvoir continuer. J'étais tout à fait capable d'animer, mais quand il s'agissait d'argumenter sur le fond, là je sentais que je n'avais pas suffisamment con-fiance en moi, je n'étais pas suffisamment outillée. Et donc voilà. … Au tout début, il n'y avait que cela, et je pense aussi le fait de rencontrer, d'échanger avec d'autres gens, venant d'autres secteurs, structures…

Quels ont été les principaux effets de cette formation ?
L'effet direct, cela a été de sortir du contexte du boulot, de pouvoir prendre du recul, et donc d'analyser un peu mieux le travail que je faisais. Et tout cela dans un espace de/en confiance. Un autre effet a été de me rendre compte que finalement, je n'étais pas si nulle que cela. Finalement, je savais intuitivement des choses mais je n'avais jamais vraiment fait l'effort de les identifier, de les nommer, de les structurer. 
Peut-être qu'en commençant la formation, je ne savais tout simplement pas comment cela s'appelait. Donc, je crois que j'ai acquis un vocabulaire que je n'avais pas, ou que je ne comprenais pas, et ce fut aussi un acquis en termes de vocabulaire commun, de culture commune et j'ai pu partager avec d'autres. Plus tard, dans des réunions, je retrouvais souvent des personnes qui avaient aussi fait ce type de formation et on se comprenait, on se disait qu'il y avait là un lien, sûrement, en terme de vocabulaire, mais surtout la manière de penser les choses... On avait les mêmes questionnements sur les mêmes choses… et/ou les mêmes méthodes pour y réfléchir et ensemble on pouvait avancer plus efficacement.
Pratiquement, je retiens surtout le fait de se sentir armé pour gérer des projets, savoir que ce que l'on propose ou négocie repose sur un raisonnement qui tient la route, savoir que l'on peut défendre certains points de vues…Pouvoir aussi distinguer ce qui est important et ce qui est accessoire… Pouvoir se dire et dire à d'autres " Ces actions là me semblent absolument essentielles à poursuivre, ce sont des objectifs à atteindre, donc voilà "... Je pense que c'est le genre de cheminement qui a été transmis…enfin non…la possibilité de construire cela soi-même a été transmis en formation, c'est différent.

D'autres choses que vous retenez ?
En ce qui concerne les contenus, les cours plus théoriques, je crois que ce que j'ai surtout apprécié c'est la manière avec laquelle ils étaient amenés par les formateurs et les formatrices. C'est grâce à ces façons particulières d'aborder les contenus que j'ai compris et pu réutiliser certaines choses… Ils et elles amenaient un tas de questionnements au-delà du contenu. Et c'est ce qui m'importait le plus, tout ce questionnement, ce " comment est-ce que l'on amène les gens à réfléchir ou à s'intéresser à ", et donc je me suis intéressée à la sociologie, à la philosophie, à des contenus plus économiques ou de gestion, comme je me suis intéressée à d'autres choses plus pratiques comme la gestion de projet ou la mobilisation d'équipe. Ce dont je me souviens surtout c'est toute la réflexion et la réappropriation menées entre les cours durant l'espace formation… en lien avec le projet final… Tout ce cheminement entre le début de la première année et puis la fin de la formation… On appelait cela " le fil rouge ", je suppose que c'est resté…Cela nous a permis de faire le lien entre les cours, l'espace formation et le projet de fin de formation. J'ai vraiment aimé cet aller et retour entre ces trois choses… pour finalement aller piocher dans les cours ce dont on a besoin pour le projet, revenir en espace formation avec ce qui est nécessaire, ce qui nous parle, et se l'approprier. Je fonctionne comme cela, pour intégrer vraiment des trucs, il faut que je voie presque directement en quoi cela va m'être utile. Je pense que dans cette formation j'ai appris aussi à identifier quel était mon processus individuel d'apprentissage. Pour moi, c'est une formation où on reconstruit une certaine philosophie de l'apprentissage. On reprend confiance en soi parce que l'on sait comment on fonctionne. A partir du moment où j'ai pu identifier comment je fonctionnais, et quand j'ai pu dire des choses de manière plus précise et construite, cela a été un déclic vraiment intéressant. Je dirais à la fois dans ma vie professionnelle, mais pour moi aussi individuellement. Pas nécessairement dans ma vie privée mais en terme… Je dirais " mon processus physique et psychologique ". On prend confiance en soi, on arrive à se remettre en question et à partir de ce moment, on remet en question aussi le système. La formation elle-même…on revendique des trucs…C'est très particulier quand on passe deux ans dans cet état d'esprit… On a vraiment l'espace pour remettre tout en discussion…

Quel a été l'impact de cette formation sur votre activité professionnelle ?
J'ai vu des changements. Quand j'ai commencé le CFCC, je voulais évoluer. Je ne disais pas consciemment à cette époque là " je veux devenir coordinatrice ". Mais d'une certaine manière, je commençais un peu à étouffer dans mon boulot au quotidien. Il fallait que je fasse quelque chose pour améliorer mon travail, pour l'affiner… Il fallait que j'avance, et je voyais que les gens avançaient avec moi. Cela ne s'est pas fait tout seul, ni tout de suite et avec le soutien de collègues et la confiance que mes responsables m'accordaient, quelque temps après, on m'a donné plus de responsabilités au niveau du boulot. C'est aussi chronologiquement à un moment où plein de nouvelles initiatives et de nouvelles choses se sont mises en place dans le secteur et où moi je jugeais que c'était clair que l'organisation dans laquelle je travaillais allait et/ou devait rentrer dans une nouvelle dynamique de ce type là. J'avais acquis des compétences, elles ont été reconnues. Je suis devenue coordinatrice de certains projets… C'est vrai que j'avais beaucoup plus de facilité à structurer des projets, à les penser, à les réfléchir, à les questionner… Quand j'étais au boulot… Je me sentais mieux, je pouvais voir… Je pouvais faire d'autres choses, envisager d'autres scénarios…Je crois que j'avais passé un cap, j'étais passée au-delà de l'animation, au montage de projets, à leur réflexion. C'est cette façon de raisonner que j'étais venue chercher. Je crois que si je ne l'avais pas fait, j'aurais peut-être changé de boulot. Dans le travail, il arrive un moment où pour aller plus loin, ou plus haut ou… enfin, peu importe… pour faire autre chose, ou mieux les choses, il faut évoluer et cette formation m'a permis de le faire... Je ne suis pas sure qu'une formation en informatique par exemple (quoique très utile), soit exactement pareille à ce niveau là.

Des regrets…
Aucun. Tout cela s'est construit petit à petit. Il a juste fallu que je me jette à l'eau.
Merci.