Regardons autour de nous, levons la tête un moment, respirons et écoutons… Tout nous relie à notre environnement, à la nature qui nous entoure et qui nous sécurise aussi la plupart du temps. Nous traversons ces territoires en oubliant que nous en faisons partie et que nous en sommes totalement dépendants et ce qui nous donne cette illusion de nous en distinguer, c’est paradoxalement notre capacité de communication. Nous désignons les objets et les êtres qui nous entourent et, tout en les évoquant, nous nous en distinguons. C’est notre paradoxe d’être humain ; être à la fois en dedans et en dehors, présent et absent au monde qui nous accueille.

Au coeur de notre approche se trouvent les « reliances », les « enchevêtrements » et les « tissages » que nous constituons en parcourant ces lieux divers et variés où s’exercent notre pratique professionnelle.

En formation, en supervision et dans nos différentes pratiques de réseaux, nous sommes invités à tenir compte de la richesse et de la complexité de ces interactions, mais nous savons aussi qu’il nous est impossible de reconnaître toute cette richesse et cette complexité…

Nous proposons ici de s'interroger sur les conditions de mise en oeuvre de moments et d'espaces professionnels qui soient l’occasion de tisser des liens et des réseaux durables...

La rencontre est le propre de la vie humaine si importante selon les termes d'Albert Jacquard car « une vie d'homme, cela commence avec ce que m'a donné la nature et cela se poursuit avec une aventure...  Et l'aventure, c 'est la rencontre des autres... »

Nous avons choisi le concept de « cercle » pour signifier cette unité de temps et de lieu et c’est ce premier espace qu'il est question de mettre en oeuvre dans la rencontre professionnelle.

Dans un premier temps, nous organisons physiquement le cercle et nous prenons soin de favoriser l'intervisibilité et le positionnement « égalitaire » dans ce territoire.
Notre enjeu premier est la qualité et la profondeur de la rencontre et donc, au delà de cinq personnes en présence nous évitons les triangles, carrés, et autres formes aux côtés en lignes droites.

Se forme ainsi un espace intérieur, un premier territoire à partager où l'intention première est  la rencontre.

Chaque membre est à la frontière du cercle et apporte avec lui un potentiel de ressources élaborées tout au long de son « aventure humaine » et qui viendront, au besoin, enrichir le travail du cercle.

Cette frontière est poreuse et n'est pas rigide ou figée afin que le cercle reste ouvert et  s'enrichisse continuellement de ressources nouvelles et qu'inversement,  le fruit de son travail s'exporte dans d'autres territoires.

Les pratiques professionnelles des participants sont au cœur du processus de formation ou de supervision, notamment par la découverte d'outils adaptés aux différents contextes avec des techniques spécifiques, des mises en situation, des labos et des intervisions...
L'objectif collectif de la rencontre.

Si nous considérons qu'un objectif opérationnel est nécessaire pour dynamiser l'action, nous sortons quelque peu du  modèle analytique proposé habituellement où il est question de travailler l'objectif dans un axe diachronique (du passé vers le futur) et linéaire (de la cause vers les conséquences).

Notre modèle  s'appuie plutôt sur la synchronicité et « comment nous nous rencontrons ? » ...  Ce qui se joue, ici et maintenant, entre les acteurs en présence dans le cercle est la matière première de  l'action commune en intelligence collective. Nous pensons d'ailleurs que cette dernière ne peut être que collective ou pour reprendre les termes d'Albert Jacquard :  « l'intelligence collective, c'est un pléonasme ! »

Edgar Morin nous rappelle que le mot « complexité » signifie « tisser ensemble » et c'est cette complexité qui est recherchée dans le cercle.  Ce qui est au centre du cercle, ce sont des  moments de vie, des expériences et des échanges avec des émotions et les ressentis qui circulent et ne sont pas réductibles, décomposables et donc planifiables.

L'objectif collectif s'inscrit dès lors dans la synchronicité, c'est-à-dire dans l'unité de temps : le présent et l'unité de lieu: le territoire au coeur du cercle.

Cela invite à travailler avec le potentiel existant et à reconnaître les qualités émergentes pour les remettre en circulation.

Bien sûr que l'activité du cercle «pétille» au delà de ses frontières propres et que, par effet de vague, le travail du cercle résone dans les autres espaces et particulièrement les lieux professionnels de chacun.

Notre attention première se porte sur ce petit « réseau humain » qui se forme dans le cercle, ce petit territoire est aussi notre premier champ d'expertise, un système vivant en continuelle régulation et adaptation...

Dans le travail en réseau, l'unité de temps et de lieu n'est pas systématique et nous allons donc favoriser la rencontre par des moyens spécifiques que nous offrent les nouvelles  technologies actuelles.  Cependant, si les moyens virtuels se sont nettement améliorés ces dernières années ils ne suffisent pas, bien sûr, à remplacer la rencontre dans le monde réel.

Constructivisme et approche systémique

Sur Wikipédia, nous pouvons lire la définition suivante :« Le constructivisme s’intéresse aux mécanismes et aux processus favorisant la construction de la réalité chez les sujets à partir d'éléments déjà assimilés ». Alfred Korzybski en raccourci disait :« la carte n’est pas le territoire ». 

Ainsi, pour un même « territoire » que nous partageons, chaque membre du cercle développe son propre système de représentations… 
D'une certaine façon, notre modèle du cercle est constructiviste dans la mesure où  notre méthodologie encourage la compréhension des « ces mécanismes et processus » qui favorisent « l'organisation apprenante »  au sein du système qu'il constitue.

Au-delà des expériences, des situations, des jeux et des moments de créativité  partagés dans le cercle, nous nous interrogeons aussi sur la fonction de nos comportements, sur les ressources en jeu que nous avons potentialisées ou non et de nos positionnements dans le système :

  • La position en « je »" (en référence interne) : pour appréhender l'émotion qui me traverse lorsque tel comportement est à l'oeuvre et aussi comment mon ressenti qui me conduit dans un premier temps à interpréter le comportement extrêmement rapidement et presque aussi rapidement à porter un jugement. Naturellement, si l'émotion est négative (peur, honte ou colère) je développe une énergie particulière pour "contrer" l'inconfort qui surgit avec cette émotion. Et si les comportements qui conduisent à cet inconfort sont redondants, j'aurai tendance à confirmer mon premier jugement, à renforcer ma carte du monde et mes croyances...

    La PNL parle de cela très bien, dans une logique de développement personnel, elle explore "l'état présent insatisfaisant"(EP) sous l'angle des comportements externes visibles(CE), l'angle des processus mentaux internes (PI), l'angle des états émotionnels internes (EI) et des objectifs que je peux me fixer dans ces trois aspects pour atteindre l'état désiré (ED) et donc changer. Je vise mon propre développement, mon propre confort.
  • La deuxième position est la position "meta" (en référence externe) où l'on explore la position de l'autre, des autres et où l'on se trouve nécessairement dans l'interprétation. De l'extérieur, j'analyse ce que l'autre vit. C'est la position "scientifique","analytique" où l'on prend de la distance et où l'implication émotionnelle est de préférence à bannir. Dans cette position on cherche à expliquer la violence comme phénomène extérieur qui peut se résoudre dans la bonne compréhension de ses causes, de ses origines.
  • Une troisième position serait la position systémique (trans-référentielle) où le « nous » prime sur le « je » et où il est envisagé que nous sommes tous partie prenante du système qui produit ces comportements et par exemple, dans un contexte professionnel qui produit de la violence, l'émotion qui surgit en nous est indicative de nos propres "résonances" et des liens que nous  pouvons tisser avec notre propre histoire et nos systèmes telle que la famille d'origine par exemple et la façon dont les comportements violents y étaient « perçus » et « rencontrés ».


Dès lors, il ne s'agira plus de viser le changement d'un système qui nous est extérieur, mais peut-être de rechercher à créer un contexte pour que le changement puisse émerger (Bateson et Elkaïm). Un changement qui permettrait un saut qualitatif du système en entier.


«Toutes les choses sont reliées entre elles. Vous devez apprendre à vos enfants que la terre sous leurs pieds n'est autre que la cendre de nos ancêtres. Ainsi, ils respecteront la terre. Dites-leur aussi que la terre est riche de la vie de nos proches. Apprenez à vos enfants ce que nous avons appris aux nôtres : que la terre est notre mère et que tout ce qui arrive à la terre arrive aux enfants de la terre…
Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme ; l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.
Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.»


Extrait de la réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d'abandonner sa terre aux blancs et promettait une " réserve " pour le peuple indien. "  
Nous choisissons "arbitrairement" de délimiter le système avec lequel nous souhaitons agir (travailler, intervenir) et cela participe de notre façon de découper la réalité. Ce qui est important, c'est que nous nous incluions à l'intérieur des frontières du système, dans le cercle avec lequel nous choisissons de travailler.  
Une qualité est émergente dans un contexte qui la révèle.


Notre proposition consiste à travailler le contexte et les conditions d'émergence de qualités nouvelles, d'alternatives qui pourront cheminer dans une organisation qui favorise la circulation de l'information, des énergies et de la communication en général...Dès lors pourrons-nous, peut-être, mieux appréhender « comment nous sommes en relation dans ces cercles où  nous agissons et qui nous agissent en retour ? »



 

Nous consacrerons une prochaine étude sur les outils et les méthodes que nous appliquons notamment dans des projets qui s'inscrive dans la durée