Bonjour. Je voudrais commencer par poser quelques préliminaires avant d’aborder véritablement le thème qui nous réunit ce soir, ceci dit sans jeu de mots puisqu’il s’agit de l’intelligence qui nous relie. En effet, en tant que conférenciers nous sommes censés vous exposer le sujet de façon rationnelle et en utilisant les mots. Vous êtes ici pour entendre ce que nous avons à dire sur la question. Or précisément le sujet dont il est question dépasse le rationnel et dépasse les mots.  Il s’agit d’une réalité tellement vaste, tellement complexe et profonde, que tout ce qu’on peut en dire risque de la trahir, de l’appauvrir. On ne peut la cerner totalement, l’appréhender complètement, la connaître entièrement. On ne peut en épuiser la découverte. Pour vraiment la rencontrer, il faut la vivre, l’expérimenter et même au cœur de ce vécu, il reste quelque chose d’insaisissable, d’indéfinissable. Indéfinissable est le bon mot puisqu’il signifie « qui ne peut être défini ». Nous n’allons dès lors pas tenter de définir cette réalité vivante qu’est l’intelligence collective. Dans définir il y a finir, c-à-d arrêter, fixer, figer, fermer. Définir évoque aussi définitif, irrémédiable. Nous n’allons pas mettre notre pensée en état d’arrestation et encore moins si cet état doit s’avérer définitif. Autrement dit, penser, comprendre, expliquer ce qu’est l’intelligence collective est une œuvre sans fin et les mots sont très pauvres et très limités pour la mener à bien. Ils sont tout au plus des poteaux indicateurs. Ils permettent d’esquisser, d’approcher, de se faire une idée approximative et incomplète de ce qu’ils visent à décrire. Vous l’aurez compris : cette réalité est plus riche que tout ce qu’on peut en dire. Vous ne rentrerez donc pas chez vous avec l’image complète, mais peut-être emporterez-vous le goût de l’explorer toujours plus et de la vivre, d’y entrer et de la mettre en œuvre dans votre vie plus consciemment, plus intensément, car je suis sûr que vous y avez déjà touché pour la plupart. C’est ce que nous vous souhaitons et c’est notre but en prenant la parole ce soir : allumer votre intérêt ou simplement le renforcer et vous donner envie d’aller plus loin.

 

Ce que nous venons d’aborder, cette richesse, cette complexité du sujet, explique sans doute que lorsqu’on consulte la littérature sur la question on tombe en pleine confusion. Ce champ d’étude relativement récent (à peine 20 ans) que nous sommes loin d’avoir parcouru dans son entièreté, n’est absolument pas structuré et regorge d’approches multiples, de contradictions, de chemins de traverse, d’incertitudes. On est frappé tant par le foisonnement intellectuel et passionné qu’on y rencontre, que par son manque de cohérence. En fait c’est bon signe, car un certain degré de chaos est inévitable quand on se risque à la pensée complexe.  Par exemple, il n’y a pas d’accord entre les différents auteurs sur la manière de nommer ce qu’ils tentent d’appréhender : certains parlent bien sûr d’  « intelligence collective » -- c’est le terme que nous utilisons à Chutney –d’autres parlent de « co-intelligence », d’autres encore de « conscience collective » ou de « sagesse collective » et j’en passe. Le terme même d’  « intelligence collective » désigne selon les auteurs des réalités différentes, que l’on peut sans doute voir comme des composantes variées, nuancées d’une intelligence collective plus globale qui les intégrerait toutes. Tom Atlee, un des chercheurs de pointe dans le secteur, relève, à sa connaissance,  au moins huit sens différents donnés à la notion d’intelligence collective. En fait, cela n’est guère étonnant quand on sait que dans le champ de la psychologie classique, les différents auteurs n’arrivent déjà pas à se mettre d’accord sur une définition commune du concept même d’intelligence. Alors, « intelligence collective » kèsèksa ?  On va quand même bien devoir en parler, c’est pour ça qu’on est là ce soir, vous comme nous. En dépit de la difficulté de l’exercice, je vais m’y essayer en toute humilité et en acceptant d’emblée de nager dans un océan d’imperfection. M’inspirant de ce que j’ai pu concevoir jusqu’à présent à travers mes lectures et mon expérience, je vais partager ma vision actuelle de la chose. Ce n’en sera jamais qu’une de plus. Elle a ses limites et elle va certes évoluer, s’enrichir, se modifier, mais je pense qu’elle n’est pas sans intérêt, alors je me lance.

 

Voici les quelques points de repères que je vous propose pour approcher l’intelligence collective à la sauce Chutney. Le chutney est du reste une bonne métaphore pour entamer notre exploration, puisqu’il s’agit d’une sauce relevée et faite à base de divers ingrédients.

Si vous vous contentez de les avaler séparément les uns après les autres ou même simultanément en les juxtaposant, vous n’obtiendrez pas la saveur raffinée du chutney, pas plus que le plaisir qu’elle procure. Pour goûter au nectar, vous devez les cuisiner, c’est-à-dire non seulement les mélanger en bonnes proportions, mais aussi les faire cuire, les mener à une certaine température pendant un certain temps afin qu’ils puissent se fondre et s’enrichir mutuellement de leurs parfums uniques pour produire cette sauce délicieuse et elle-même unique. On pourra dès lors dire que le chutney est un mets qui vaut plus que la somme de ses ingrédients pour autant qu’on soumette ces derniers à certaines conditions. En effet, si vous cuisinez n’importe comment, sans respecter certaines règles, vous n’obtiendrez certes pas grand-chose de bon.

 

Et bien, l’intelligence collective ça fonctionne un peu de la même manière. D’abord, le mot collectif, présent dans la plupart des multiples formulations, le montre bien : il y a plusieurs ingrédients, en l’occurrence et en ce qui nous concerne, plusieurs individus, plusieurs entités séparées, mais réunies ensemble en un tout dont la taille peut varier, comme peut varier la taille de la casserole. On peut ainsi parler de l’intelligence (de la conscience ou de la sagesse) d’un groupe, d’une organisation, d’une communauté, d’une société, d’une espèce, etc…

Ensuite, comme les ingrédients dans la cuisson, il s’agit que ces individus se mélangent, se rencontrent, s’interconnectent, interagissent, échangent, s’inter-fécondent en livrant leur parfum unique et, pour y arriver, ils doivent élever leur énergie jusqu’à un certain niveau optimal. Enfin, et notre métaphore se poursuit, il faut que le tout donne un résultat supérieur à ce que pourrait donner la somme de ses parties. Autrement dit, il y a intelligence (conscience ou sagesse) collective dès lors que le collectif en question est plus intelligent (conscient ou sage) que les individus qui le constituent pris séparément. Cela signifie que cette pollinisation croisée des multiples intelligences individuelles en interaction permet au tout d’atteindre des résultats plus efficaces, plus significatifs, plus créatifs, mieux adaptés, que ne le permettrait la simple juxtaposition des perspectives et des approches individuelles fonctionnant chacune séparément face au même problème.

 

Ensemble, nous pouvons donc être plus intelligents, plus conscients et plus sages que nous le sommes chacun individuellement.  C’est là le principal intérêt de l’intelligence collective.

 

Encore faut-il que la sauce prenne, pour continuer notre métaphore, et pour cela, il faut qu’elle soit bien cuisinée, il faut réunir les bonnes conditions pour que ce « plus » puisse émerger. En effet, il ne suffit pas de mettre des gens ensemble et de les faire interagir pour qu’ils deviennent plus intelligents. C’est hélas de fait assez rare que cela s’opère spontanément. On constate même souvent l’inverse, comme le montre à profusion le déroulement de l’histoire humaine. Ainsi, quand vous parlez à quelqu’un d’intelligence collective, la plupart du temps, il vous regarde sans avoir l’air de comprendre. Si par contre vous lui parlez de bêtise collective alors il se met à rigoler. C’est manifestement une notion qui lui est beaucoup plus familière. On peut se demander avec une certaine inquiétude ce que cela nous dit de notre propre fonctionnement.

Ainsi certaines personnes particulièrement brillantes individuellement peuvent-elles se comporter d’une manière grossièrement stupide quand elles se trouvent ensemble dans certaines circonstances. Y a-t-il des volontaires pour témoigner dans la salle ?  Pas même d’anciens étudiants baptisés ? Je n’insisterai pas. Heureusement, il arrive-- et il arrive de plus en plus souvent, ce dont je me réjouis-- que des gens ordinaires et pas spécialement doués, pour autant qu’ils travaillent bien ensemble parce qu’on leur offre les bonnes conditions, génèrent, par la puissance de l’intelligence collective qu’ils mobilisent, des solutions absolument géniales à des problèmes qui dès l’abord semblaient sans issue.

 

Et c’est ici que notre thème prend vraiment toute son importance, car, nous devons bien reconnaître que l’humanité, grâce à sa bêtise collective, s’est mise dans un fameux pétrin. Inutile de vous faire un dessin. Actuellement plus personne n’ignore, du moins dans nos sociétés dites civilisées, l’incroyable complexité des innombrables problèmes que nous devons résoudre dans un futur très proche si nous voulons tout simplement survivre. Je vous en épargne la liste. Si nous ne faisons pas preuve très vite d’une profonde sagesse, nous allons droit dans le mur. C’est la carte rouge cosmique garantie. Or je doute fort que la sagesse individuelle puisse suffire à nous tirer d’affaire. La sagesse collective par contre, fruit de l’intelligence collective et étant donné la puissance étonnante de celle-ci, peut peut-être encore y arriver si toutefois nous nous y mettons vraiment sérieusement. L’intelligence collective serait-elle le levier évolutif ultime permettant in extremis que ça passe sans casser sur cette petite planète bien mal en point ? Peut-elle nous « booster » vers le saut quantique nécessaire pour sortir de l’impasse ? Et si c’était vrai ? Ce serait quand même dommage de rater l’occasion. De là l’importance extrême de la répandre le plus largement possible par tous les moyens disponibles et d’en comprendre de mieux en mieux les rouages afin d’en exploiter au mieux les immenses possibilités, même si, comme nous l’avons souligné au début son exploration semble illimitée.

 

A mon sens cela explique l’espèce d’excitation fébrile et passionnée qui touche ceux qui sont pris dans le mouvement : le sentiment de participer à quelque chose d’essentiel, à une poussée évolutive déterminante et sans précédent qui nous dépasse largement, et en même temps l’impression pénétrante d’avoir un rôle à y jouer, une contribution personnelle à apporter. Méfiez-vous, vous risquez d’être contaminés car nous sommes contagieux.

 

Venons en maintenant à examiner comment cuisiner. Quels sont les principaux facteurs qui peuvent contribuer à l’émergence de l’intelligence collective dans un groupe ?  Je dis dans un groupe car c’est principalement au niveau du groupe que notre expérience se situe, notamment dans le vécu des stages Chutney. Il faudrait sans doute adapter certaines des pistes que je me propose d’exposer ici pour les appliquer à des collectifs de plus grande taille, mais je suis convaincu que nombre de ces conditions peuvent tout autant fonctionner efficacement au sein de contextes plus vastes.  Je me propose de faire l’inventaire des différents facteurs qui m’ont semblés significatifs et importants jusqu’à présent sur base de ce que j’ai pu rencontrer sur le terrain. Cet inventaire n’est évidemment pas exhaustif et est appelé tout simplement à évoluer, se modifier, se compléter, s’approfondir. Il y probablement des tas d’autres variables qui interviennent et que je n’ai pas encore captées consciemment ou que je vais oublier de mentionner même si j’en ai conscience quelque part. De plus, pour les besoins de l’exposé et pour faciliter l’analyse afin d’avoir des portes d’entrées concrètes pour le travail de terrain, je vais les présenter de façon successive et séparément. Nous sommes limités par notre langage verbal dont la structure est linéaire. En réalité, il convient de bien voir et de garder à l’esprit que toutes ces variables, tous ces facteurs sont intimement interconnectés, interdépendants, se soutiennent l’un l’autre, s’interpénètrent, se recoupent, se chevauchent, se renforcent mutuellement, s’impliquent réciproquement, rétroagissent les uns sur les autres. Nous sommes dans la pensée complexe. En général, la plupart de ces facteurs sont à l’œuvre dès que l’intelligence collective se manifeste (pas nécessairement tous). Les encourager, les soutenir, les nourrir génère un cercle heureux qui facilite l’émergence, le maintien et l’épanouissement du processus. Ils contribuent tous à créer la synergie, facteur premier et central qui constitue la base même de toute intelligence collective. Passons les à présent en revue en les commentant brièvement :

  1. La sécurité physique et psychologique : la peur est le grand ennemi de l’intelligence collective. Elle est par contre un terreau fertile pour la stupidité collective. Tout ce qui peut aider à la réduire est facilitant.
  2. Le confort physique et psychologique : un environnement nourricier (matériel et relationnel) riche en possibilités et qui permet de rencontrer au mieux les besoins de base des différents participants induit une ambiance conviviale et détendue qui libère de l’énergie et est propice à la créativité. Tout au long du stage Chutney, nous accordons une attention particulière au bien être de chacun et nous mettons à disposition du groupe une abondance de ressources très diversifiées ((matériel d’expression et d’enregistrement, musiques, percussions, livres, techniques, fruits, biscuits, boissons, coussins, couvertures, bougies, encens,etc…) De plus chacun est invité à prendre activement soin de son propre confort.
  3. Un cadre solide et sûr : une structure claire, un contenant bien délimité, des frontières nettes et des règles de protection et de fonctionnement bien établies, le tout soutenu par un staff qui a suffisamment de puissance pour en être garant, constitue un ingrédient majeur de la sécurité. En début de stage Chutney le cadre est posé, les règles exposées et chacun s’engage personnellement à les respecter.
  4. Le respect : la volonté et l’intention déclarée d’éviter tout comportement ou attitude à caractère humiliant, blessant, dégradant et qui risque de porter atteinte à l’intégrité physique et/ou morale des personnes présentes ou absentes est une autre composante centrale de la sécurité..
  5. L’acceptation inconditionnelle de chacun en tant que personne : la reconnaissance  partagée que, quels que soient ses comportements et rôles de surface y compris le manque de respect, chacun porte en soi une essence sacrée, une beauté unique, qui est le fondement de sa dignité  et qu’à ce niveau de profondeur l’humanité est Une.
  6. L’écoute attentive, empathique et si possible non jugeante : l’accueil à la fois détaché et bienveillant de la réalité de chacun, de son histoire, de son vécu, de ses émotions, de ses opinions, de ses points de vues, de ses difficultés, de ses objections, de ses résistances et la volonté d’y apporter toute la présence nécessaire à une compréhension vraiment profonde. Dans le stage Chutney, la volonté d’écoute est permanente, mais la structure prévoit un temps spécialement destiné au dialogue et au partage afin de résoudre en intelligence collective les différents problèmes qui peuvent surgir au cours de notre aventure commune. Ce moment, souvent intense,  qui ponctue chaque début de journée, s’appelle « le tapis rouge » en référence au monde du cirque où cette pratique est connue et se déroule chaque matin sur la piste aux étoiles en réunissant tous les membres de la communauté. Chaque participant a le droit de demander l’ouverture du tapis rouge à n’importe quel moment si le besoin s’en fait sentir et cela devient alors une priorité.
  7. La suspension du jugement, des opinions et des croyances :  nous entendons par là la pratique partagée de l’auto-observation à partir de la position de témoin neutre capable de se regarder lui-même, de conscientiser son propre fonctionnement mental et de le confier aux autres. Il ne s’agit pas de nier ou de lutter contre ses jugements, opinions subjectives ou croyances, mais d’être à même de s’en désidentifier et de les exposer à la réflexion du groupe, un peu comme quand on suspend son linge à un fil où tout le voisinage peut le voir, ici on montre son linge mental et on explore ensemble le fonctionnement de la pensée. Par exemple, au cours des stages Chutney, dès que le jugement apparaît, on le reconnaît par un clin d’œil en disant simplement : « coucou, je t’ai vu ». Appliqué à soi-même avec indulgence, le « coucou » met l’humour au service de la conscience de soi et de l’auto-transformation. Appliqué à l’autre il peut être un miroir utile servant les mêmes fins en veillant toutefois à éviter le piège qu’il devienne lui-même une forme de jugement déguisé. Il s’agit de rester vigilent dans l’usage qu’on en fait.
  8. L’inclusivité : l’acceptation de tout ce qui peut survenir au sein du groupe comme une occasion d’apprendre, de grandir, d’évoluer, de nourrir le processus et de faire croître l’intelligence collective et la sagesse du groupe. Il s’agit d’un recadrage permanent où on valorise particulièrement ce qu’on a plutôt tendance à rejeter ou à vouloir éviter d’habitude, à savoir tout ce qui est expression de frustration, de résistance, de contradiction, de critique, de dissension, de conflit, de désaccord, de tension, de faiblesse, de vulnérabilité. C’est la conviction intime que tout ce qui se passe est opportunité et peut être intelligemment utilisé pour le plus grand bien de tous. Toute crise est potentiellement porteuse de transformation bénéfique si elle est bien gérée. Cette pratique qui consiste à nager avec le courant en utilisant ce qui est plutôt qu’en s’y opposant, génère avec le temps une grande confiance dans la puissance constructive du processus et ce par delà les moments de chaos, de tempête et toutes les incertitudes qu’il nous faut parfois traverser. Si on lui donne le temps de se déployer et qu’on le maintient en conscience, le processus tend spontanément vers l’auto-organisation dans le sens de l’harmonie et de la cohérence.
  9. L’authenticité : la volonté de parler vrai, de se montrer tel qu’on est, avec ses points forts et ses points faibles. Oser la vulnérabilité, la reconnaissance de ses limitations. Risquer de dire ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas, ses attentes et ses limites. Faire des demandes directes. Oser révéler non seulement son ombre, mais aussi sa lumière, sa beauté, cet être profond et sacré qui habite en tous et qui aspire à être reconnu. Risquer ce niveau d’intimité, de communion humaine, s’avère sans doute un des leviers les plus puissants dans la co-construction de l’intelligence collective.
  10. La confiance : la mise en pratique progressive des différents facteurs qui précèdent contribue notamment à développer la confiance au sein du groupe ce qui débouche sur l’ouverture, qui elle-même favorise la circulation d’énergie, qui suscite l’éveil et le déploiement de la créativité, qui augmente le plaisir partagé, ce qui renforce les liens réciproques, ce qui augmente la confiance, ce qui permet plus d’authenticité, ce qui approfondit la compréhension et diminue les jugements, avec pour conséquence de développer la sécurité, etc…J’utilise ici la confiance pour faire une petite démonstration de complexité, mais je pourrais partir de n’importe quel autre facteur et me livrer au même jeu de tissage.
  11. L’acceptation de l’imperfection : la permission de déraper et de faire des erreurs, établie dans la culture du groupe, diminue la peur du jugement et augmente le sentiment d’appartenance à une humanité commune imparfaite et vulnérable. Toute erreur est vue comme occasion d’apprendre, de progresser individuellement et collectivement.
  12. L’ouverture : plus le niveau de confiance augmente, plus les défenses diminuent et plus les frontières s’assouplissent, au point que les personnes s’ouvrent de plus en plus les unes aux autres et aussi ouvrent leur propre cœur, s’ouvrent à leurs émotions authentiques et à leur être essentiel, acceptent de révéler ce qu’il y a de meilleur en elles, de donner leur nectar, ce qui nourrit bien sûr en profondeur l’intelligence collective. L’ouverture accentue aussi la circulation de l’énergie et de l’information au sein du groupe.
  13. La liberté : toute forme de contrainte imposée crée un stress, induit une résistance en polarité, ce qui freine les flux d’énergie au sein du groupe et inhibe la créativité spontanée. Il n’y a pas de vraie coopération et de synergie efficace qui soit motivée par l’obligation et la pression. La stratégie du bâton ne paye pas en intelligence collective. Dans nos stages Chutney, nous utilisons le joker, petite carte remise à chacun en début de parcours et qui autorise à se retirer à tout moment si on en éprouve le besoin, à ne pas participer à un travail ou à une expérience, à prendre du temps pour soi en dehors du groupe, à sortir pour se reposer ou se recentrer, etc…Contrairement à ce qui se passe dans le collectivisme où la liberté individuelle est brimée par la pression du collectif, l’intelligence collective ne peut se construire sans adhésion libre. On constate alors que l’intérêt individuel le plus profond rejoint l’intérêt du tout auquel l’individu participe et que c’est en co-créant librement au service du tout qu’il se réalise le mieux individuellement.
  14. La libre circulation de l’énergie : un organisme en santé est un système où l’énergie circule bien. En général, mieux l’énergie circule, plus l’organisme se sent vivant et fort et plus il est motivé pour agir et créer. C’est aussi vrai pour un organisme collectif. Dans un groupe où l’intelligence collective est activée, on peut sentir presque physiquement l’énergie circuler. Les personnes sensibles captent un haut niveau de vibration qui imprègne tout le champ dans lequel le groupe évolue. Le travail en cercle et l’utilisation de certains symboles, de certaines techniques corporelles et de certains rituels peuvent aider à favoriser cette circulation harmonieuse de l’énergie. Tom Atlee, que j’ai déjà cité, voit la co-intelligence comme « une forme d’intelligence partagée et intégrée que nous trouvons en nous et autour de nous quand nous sommes plus intensément vibrants de Vie ».
  15. La libre circulation de l’information : l’intelligence est étroitement dépendante du traitement adéquat de l’information. Il est dès lors important pour favoriser l’intelligence du tout que l’information puisse se transmettre facilement et rapidement entre les diverses parties qui sont interconnectées. Une bonne communication est ainsi capitale et est intimement liée à l’authenticité et à la qualité d’écoute de même qu’au niveau d’holoptisme du groupe.
  16. L’holoptisme : ce néologisme signifie la capacité pour les parties de savoir à tout moment ce qui se passe dans le tout. Autrement dit, il est souhaitable que les participants aient en quasi permanence  une vision claire et transparente  de ce qui se vit d’important à la fois dans le groupe et en chacun, dans la mesure où ce vécu personnel est lié au groupe et à sa dynamique. Tout ce qui est cachotterie, dissimulation, agenda caché, sous-entendus, transactions sous la table, manipulation, contribue à saper l’intelligence collective et nourrit la méfiance réciproque, qui débouche sur la fermeture, qui crée des blocages dans la circulation d’énergie, qui…On peut recommencer à jouer au tissage indéfiniment. Dans les stages Chutney, les moments de tapis rouge sont ainsi utiles pour informer l’ensemble du groupe de ce qui se vit d’important entre les participants en dehors des séances de travail. En outre, toutes les délibérations, échanges, concertations qui s’opèrent au niveau du staff sont, soit menés en double cercle, le staff discutant au centre entouré de tous les participants, soit, au minimum, restitués pour l’essentiel au groupe entier dès que le contexte le permet.
  17. La diversité (hétérogénéité) : pour reprendre une image culinaire, si vous mélangez de la purée de pois chiche avec de la purée de petits pois et de la purée de haricots blancs, vous obtiendrez peut-être un mélange détonant, mais au niveau du goût, il ne sera guère différent du goût de ses ingrédients pris séparément. Autrement dit, si tous les individus sont les mêmes ou du moins très semblables, leur niveau d’intelligence collective ne sera guère plus performant que leur intelligence individuelle. C’est la synergie entre des parties différentes, ce que nous avons appelé tantôt la pollinisation croisée, qui fait la véritable richesse de l’intelligence collective et permet son utilisation optimale. Plus les participants sont différents (pour autant que ces différences soient pertinentes en fonction des buts poursuivis et compatibles avec la démarche elle-même), plus l’intelligence collective fera merveille. La plupart des nombreuses dimensions de la diversité humaine peuvent être impliquées de façon plus ou moins significative selon les contextes : différences de genre, de culture, de personnalité, de style cognitif, de classe, de religion, de vision du monde, de statut, de croyances, d’opinions, etc…Cette diversité même permet la multiplication des informations, l’enrichissement des perspectives, la complexification des points de vue, la redéfinition des éclairages, la recombinaison des possibilités, l’élargissement des modes de compréhension et des pistes d’action, la stimulation des intelligences multiples qui sont autour de la table, ce dernier point constituant ayant une importance telle qu’il constitue, du reste, le facteur suivant.
  18. La mobilisation des intelligences multiples : la forme d’intelligence la plus couramment utilisée et valorisée dans nos sociétés, à savoir l’intelligence analytique qui produit la logique rationnelle discursive, ne représente en fait qu’une des nombreuses manières différentes qui permettent de penser le monde, qu’une forme d’intelligence parmi de nombreuses autres tout aussi légitimes et qui sont redécouvertes et remises à l’honneur depuis peu notamment par le mouvement de la transdisciplinarité. Citons entre autres : l’intelligence intuitive, relationnelle, émotionnelle, symbolique, corporelle, musicale, créative, spirituelle,etc…Vous comprendrez aisément que l’intelligence collective d’un groupe sera d’autant plus puissante qu’elle intègrera de mode d’intelligences individuelles différentes. Dans les stages Chutney, nous proposons de nombreuses approches qui font appel à ces modes d’intelligences multiples et que nous appelons les approches « décalées », entendez décalées par rapport aux approches rationnelles traditionnelles et habituellement dominantes dans nos cadres professionnels et formatifs. Ainsi faisons-nous la part belle au contact avec le corps, avec les émotions, avec l’intuition, avec les symboles, avec l’imaginaire. Nous encourageons différents modes d’expression créative aussi bien poétique, que picturale, musicale, sculpturale, énergétique. Les différents facilitateurs combinent en outre à eux sept différents types d’intelligences et d’approches décalées dans lesquelles ils se sont plus ou moins spécialisés.
  19. La communauté (homogénéité) : d’un point de vue gastronomique, si vous enrobez des harengs saurs de chocolat fondu, je doute que cela soit très satisfaisant. Autrement dit, il y a des mélanges malheureux. La diversité a ses limites et doit être menée avec discernement. Pour que l’intelligence collective puisse fonctionner, il faut quand même que les participants aient un certain nombre de choses en commun. Citons entre autres : le langage (le travail par traducteur interposé serait considérablement freiné, mais peut-être pas impossible si le traducteur est physiquement présent et impliqué au même titre que les participants), des valeurs universelles humanistes, des aspirations et des buts significatifs et valorisés, des règles de base (en particulier les règles de fonctionnement et de protection  sous-tendant la démarche et exposées précédemment), une relative capacité d’abstraction, l’aptitude à l’auto-observation et à un certain détachement. Dès lors, des participants trop perturbés d’un point de vue mental ou psychique, trop rigides, trop égocentrés ou encore trop fragiles, pourraient s’avérer tellement dysfonctionnels qu’ils constitueraient un obstacle majeur au déploiement de l’intelligence collective au sein du groupe. Attention donc à rester vigilent mais sans exclure personne à moins d’une bonne raison mûrement pesée.                                             Si une diversité non contrôlée peut bloquer l’intelligence collective, il en est évidemment de même d’une trop grande homogénéité, en particulier quand celle-ci s’opère en réprimant l’expression des différences, c’est ce qu’on appelle le conformisme et cela mène inexorablement à la bêtise collective.
  20. L’appréciation de la complexité : pour Edgar Morin, le mot complexe signifie « tissé ensemble ». Apprécier la complexité signifie dès lors valoriser la recherche d’une compréhension plus complète de la réalité et de la manière dont elle est précisément « tissée ». C’est chercher une vision plus globale  et plus profonde que ce que présente la surface des choses. C’est tendre vers la perception de la totalité, accroître l’étendue de ce qu’on saisit, appréhender ce que les anglo-saxons nomment « the big picture », la « grande image », être capable de dépasser la tentation confortable de la sur-simplification et de la pensée étroite. Si elle exige un certain courage, cette démarche constitue néanmoins un ingrédient majeur de l’intelligence collective. Cela implique l’aptitude à tenir ensemble différents points de vues, différentes perspectives souvent contradictoires et la tolérance pour l’ambiguité, l’incertain, le paradoxal, le chaotique.  Cela nécessite d’adhérer à la pensée systémique, à l’approche holistique des situations et à prendre conscience de la nature fractale de la réalité dont les structures (incluant les opposés) peuvent se contenir les unes les autres et présenter des motifs similaires à différents niveaux d’observation. Cela signifie aussi apprivoiser l’inconnu et même parfois l’inconnaissable. Cela demande l’humilité d’accepter qu’on ne peut tout comprendre et qu’on peut toujours aller plus loin, plus profond dans notre connaissance du monde, sans jamais parvenir à saisir complètement l’indicible part de Mystère qui sous-tend l’univers et habite au cœur du Réel.  L’ensemble du groupe Chutney se reconnaît dans ce nouveau paradigme émergent et s’en inspire largement dans les stages pour co-construire un sens plus vaste et plus profond du vécu commun lors des moments de décodage, ce qui nous amène  tout naturellement au facteur suivant.
  21. L’auto-réflexivité : il s’agit ici d’appliquer l’intelligence collective à la compréhension de l’intelligence collective, de prendre régulièrement une certaine distance pour observer tous ensemble le processus du groupe et son évolution afin de l’éclairer, de lui donner sens, de l’appréhender plus en profondeur, d’en mieux saisir les rouages et de produire du feed-back afin de rétroagir sur lui pour l’améliorer. C’est ce que nous faisons dans les stages Chutney dans ce que nous appelons les moments de décodage auxquels je viens de faire allusions dans le point précédent. Ces moments d’échanges souvent très riches, outre l’intérêt qu’ils offrent de mettre en chantier une réflexion méta sur les expériences vécues en groupe, nous permettent d’enrichir notre compréhension de l’intelligence collective en général. Nous entretenons ainsi un processus de recherche-action permanent où nous contribuons avec l’aide précieuse des participants à enrichir modestement le champ de ce savoir récent et plein de promesses. Ces moments de décodage s’opèrent dans un espace spécifiquement réservé à l’analyse et à la réflexion rationnelle et qui est différent de l’espace expérientiel où se vivent des aventures le plus souvent menées sur le mode décalé, qui met en œuvre les autres types d’intelligences que j’ai déjà évoqué.
  22. L’équilibre entre ordre et chaos : trop de chaos mène à la destruction par la dispersion et l’incohérence. Trop d’ordre mène à la destruction par la rigidité et le manque de souplesse adaptative. La vie gravite en permanence entre ces deux pôles. L’intelligence collective demande qu’on maintienne un subtil équilibre entre l’ordre et le chaos, la structure et la liberté, l’hétérogénéité et l’homogénéité, le contrôle et le lâcher-prise, la protection et la prise de risque, la sécurité et l’insécurité, le prédictible et l’inconnu, le rationnel et l’irrationnel, la connaissance et l’incertitude, la divergence et la convergence, etc…Il s’agit de laisser cette danse s’opérer où les polarités évoluent l’une par l’autre, dans cet antagonisme complémentaire, qui ne peut manquer de déraper si, par manque de vigilance, on laisse un côté l’emporter sur l’autre. C’est la porte ouverte au blocage et à la dérive possible vers la stupidité collective si on n’y remédie pas à temps.
  23. L’orientation vers le concret : l’intelligence collective s’intéresse au vécu, à l’expérience, aux situations réelles, à l’histoire des gens. Le vent du verbiage creux l’éteint très vite. Dès que le groupe dévie vers le débat d’idées, les considérations mentales abstraites ou les généralisations éthérées, les signaux s’allument au tableau de bord pour alerter l’équipage que le vaisseau perd de l’énergie : les baillements surgissent, les soupirs se poussent, l’agitation s’installe, diverses expressions de mécontentement, d’ennui ou de frustration font leur apparition. Bref, les détecteurs de théories stériles déclenchent leurs sirènes. Il est souvent utile de s’interroger sur la fonction de l’intellectualisation ambiante. De quoi le groupe se défend-t-il ? Que cherche-t-il à éviter ? Il y a-t-il un malaise latent ou une résistance cachée ? Dans les stages Chutney, ce type de phénomène se présente principalement dans l’espace décodage. Si on l’identifie à temps, il sert immédiatement de matériel pour l’analyse du processus et l’énergie remonte instantanément puisque l’attention du groupe se porte à nouveau sur quelque chose de concret, à savoir donner sens au surgissement de l’abstrait dans la dynamique en cours.
  24. La mémoire collective : si la conscience peut fonctionner sans mémoire dans la présence pure à ce qui est, l’intelligence ne le peut pas, elle à besoin d’informations pour pouvoir travailler et donc il est utile d’engranger ces informations, de construire une banque de données. C’est particulièrement important de garder une trace vivante du processus pour être à même de le revisiter à des fins d’analyse et d’évaluation au cours du décodage. Le rappel régulier de l’histoire du groupe et de ses moments forts contribue à renforcer les liens entre les participants, soude davantage le groupe et aide à intégrer graduellement l’aventure commune. Dans les stages Chutney, nous décorons le local avec les productions collectives, nous prenons des photos que nous exposons, nous filmons certaines séquences en vidéo et enfin, chaque matin, avant le tapis rouge, quelques participants se chargent de rappeler à l’ensemble du groupe d’une manière créative, originale et décalée, les moments significatifs de la journée précédente.
  25. Le temps « indien » : pourquoi indien ? J’aurais tout aussi bien pu dire africain. En fait dans les cultures primordiales, qui ont une pratique beaucoup plus développée de l’intelligence collective, le rapport au temps est très différent de ce que nous connaissons dans le monde occidental soit disant civilisé et surtout stressé par la pression du temps. Ces peuples, proches de la nature dans leur fonctionnement tribal,  prennent le temps de vivre, de parler, de dialoguer, de réfléchir ensemble et surtout, ils se donnent tout le temps nécessaire pour permettre aux énergies de vie de faire leur chemin à leur rythme. Expérience vivante, dynamique évolutive tendant vers l’auto-organisation harmonieuse et cohérente, l’intelligence collective fonctionne elle aussi à son rythme et à parfois besoin de temps. La pression du temps est son ennemi juré, car elle supprime la liberté et elle introduit le contrôle artificiel dans un processus naturel. Elle sape irrémédiablement tout lâcher-prise et conduit à bâcler, à court-circuiter, à bricoler une réalité qui demande à être respectée dans toutes ses dimensions. L’urgence sabote la profondeur. Le vite fait empêche le bien fait et nous prive de ses bienfaits. Il nous est arrivé en stage de perdre la magie de l’intelligence collective parce que nous nous étions laissés piéger par une contrainte de temps à laquelle nous étions rigidement attachés.
  26. Le partage équitable du pouvoir : l’intelligence collective ne peut fonctionner si l’intelligence d’un seul domine celle des autres. Elle ne fait pas bon ménage avec la structure hiérarchique qui ne permet pas la pleine expression des ressources  de réflexion et de créativité des exécutants et tend plutôt à inhiber leur liberté et leur capacité d’initiative. Elle ne fait pas bon ménage non plus avec la structure de la démocratie représentative où les décisions se prennent à la majorité simple. La minorité se sentant exclue et niée ne peut continuer à collaborer en synergie avec le tout. C’est le règne du débat et de l’opposition des opinions, non de l’inter-fécondation des opinions. En intelligence collective le pouvoir est équitablement réparti entre les participants et les décisions se prennent par consentement de tous. Toute objection à une décision est vue comme porteuse d’information utile pour le tout et est soumise à la réflexion globale jusqu’à ce qu’elle ait livré son message et puisse se dissoudre dans une décision nouvelle qui a intégré son apport. La position de la minorité est donc considérée avec la plus grande attention car elle recèle peut-être un trésor et elle est explorée en profondeur jusqu’à ce qu’une option inédite acceptable pour tous surgisse de la dynamique collective. Dans le stage Chutney, les décisions qui concernent la vie du groupe se prennent en suivant ces principes. Le staff n’a pas de pouvoir supérieur à celui des participants excepté  lorsqu’il s’agit de garantir le maintien du cadre et de la structure.
  27. L’humour : la capacité d’auto-dérision, sous-tendue par un regard bienveillant et non pas cynique, apporte de la légèreté dans la dynamique collective et s’avère un adjuvent précieux dans la prise de distance nécessaire à la suspension du jugement. Dans les stages Chutney les moments de mémoire collective sont souvent truffés d’allusions désopilantes évoquant les moments clés de la journée précédente. Le fait de rire ensemble de ce qu’on a pu vivre renforce les liens et aide à l’intégration des expériences y compris les plus sérieuses. De plus l’humour est le frère cadet de l’humilité : impossible de se faire un gros coup tant qu’on le consomme abondamment. Il permet donc de freiner les appétits de l’ego et d’en affaiblir les défenses, ce qui aide à éviter les jeux de pouvoir stériles et renforce la synergie et la coopération en réduisant les risques de compétition malsaine.
  28. Le plaisir : en général quand on s’amuse ensemble on crée beaucoup mieux et quand on crée ensemble on s’amuse beaucoup mieux. La joie et la créativité s’entrelacent souvent dans une boucle de feed-back positif tant au niveau individuel que collectif. Un peu comme si l’univers récompensait ceux qui le nourrissent de formes nouvelles et que la récompense elle-même augmente l’aptitude à faire naître des formes. Je vous invite, à titre d’exercice et pour vous entraîner à la pensée complexe, à relever dans mon exposé tous les facteurs qui sont directement ou indirectement liés au plaisir. Cela suffira à en démontrer l’importance en intelligence collective. Dans les stages Chutney nous cultivons volontiers les moments communs de détente, de défoulement, de rigolade, de jeu, de danse, de chant, de relaxation. Bref, nous encourageons l’émergence de ce qui est agréable ou amusant, quand le contexte le permet. Comme le dit l’une de nous : « c’est bon pour ce qu’on a ! » Et ça marche !

Je vous invite à essayer.