Entretien avec Eric BLANCHART

On compte aujourd'hui 134 Espaces Publics Numériques labellisés en Wallonie. Le centre de compétences de Technofutur TIC a envers eux une mission d'accompagnement. Il a mis en place à leur intention un véritable parcours de formation et travaille sur les notions d'éthique, de qualité et de dynamiques locales d'animation numérique.

 

J-LM : Quel est votre parcours professionnel ?

EB: " J'ai un parcours un petit peu atypique. Au départ, j'ai une formation de bibliothécaire - documentaliste. Avec déjà un intérêt pour l'informatique, j'ai suivi une formation en informatisation des archives et j'ai travaillé avec la Médiathèque pour l'encodage de ses archives audio. Durant 6 ans, j'ai travaillé pour une librairie universitaire, puis, toujours dans le métier du livre, 6 ans comme délégué commercial. J'ai ensuite rejoint une société de services informatiques à Namur qui était trop tôt sur un marché aujourd'hui à la mode, celui du Cloud Computing, l'informatique dans les nuages. A l'époque, dans les années 2004-2005, c'était trop tôt et cela n'a pas marché. Le bâtiment dans lequel nous nous trouvions abritait également une salle de formation. Le formateur est parti : du jour au lendemain, je me suis retrouvé formateur NTIC indépendant, dans le cadre du plan PMTIC, entre autres. En 2006, j'ai été contacté par l'Administration Communale de Ciney. A l'époque Jean-Luc Raymond assurait pour le Centre de compétences Technofutur TIC, la coordination du projet des Espaces Publics Numériques. Le Centre recherchait un animateur multimédia ainsi qu'une personne pouvant s'occuper du suivi admi-nistratif. Lorsque Jean-Luc Raymond est parti en 2010 pour rejoindre le dispositif français Net public, j'ai repris son poste. Je suis maintenant chargé de mission des EPN de Wallonie dont Pierre Lelong est le Chef de projet. J'assure également la coordination de la Semaine Numérique qui se tiendra cette année du 21 au 27 avril ".

 

J-L M : Quel est le projet Espaces publics numériques ?

EB : Les Espaces Publics Numériques sont un dispositif initié et soutenu par les Pouvoirs Publics Locaux. L'initiative a été portée par différents responsables : Marie Arena et Philippe Courard principalement et aujourd'hui Paul Furlan. Les EPN sont des espaces d'apprentissage et de médiation des usages numériques. Ils ont vocation à favoriser la participation citoyenne de tous à la société de l'information. L'espace propose des services diversifiés d'accès, de formation et d'accompagnement, adaptés aux besoins de ses publics. Spécialisé ou généraliste, fixe ou mobile, l'espace est intégré à la vie sociale et contribue à l'animation numérique de son territoire. Les EPN s'engagent à respecter une charte et peuvent demander à être labellisés. Le Label "Espaces Publics de Wallonie " est initié par le gouvernement wallon. Il garantit une offre adaptée de ser-vices (accès, initiation, sensibilisation, formation, médiation), un accompagnement à la fois technologique, pédagogique et humain, une animation professionnelle par un ou plusieurs animateurs qualifiés, une infrastructure opérationnelle et une ouverture au public de minimum 16 heures par semaine. Le réseau comptait début 2012 134 EPN labellisés sur 90 communes.

 

J-L M : Quelles sont les obligations ?

EB : " L'EPN labellisé a aujourd'hui 3 obligations : nous remettre une évaluation annuelle tout d'abord. En second lieu, l'EPN s'engage à participer à deux événements : les Rewics qui se tiendront cette année le 18 avril et la grande rencontre annuelle des EPN. Enfin, ils recevront au moins une fois tous les deux ans une visite de ma part. Je suis accompagné d'un Agent de la Région wallonne qui procède à différentes vérifications re-latives à la conformité de l'EPN à la charte (heures d'ouverture, activités, matériel...). On se voit ainsi deux à trois fois par an, toujours dans la bonne humeur. Notre rôle est d'aider les animateurs à organiser les projets, à échanger de l'information, ... Ce dans un contexte précis : la Région wallonne a dévolu au centre de compétences Technofutur TIC une mission d'accompagnement du réseau. J'effectue l'animation au quotidien de celui-ci via différents outils Web 2.0. Au cœur de ceux-ci, il y a un réseau social privé, un mini Facebook appelé Ning auquel les 150 animateurs multimédias ont accès. Si l'on y a ajoute les porteurs de projets, les administrateurs, on atteint une communauté d'un peu plus de 200 personnes. Chacun dispose de sa page " perso ". Sur Ning, on trouve non seulement un forum structuré en différentes rubriques (bistro, communications officielles, cours et tutoriel, demande d'aide, partie technique, espace témoignages, offres d'emploi, ...) mais aussi un courrier électronique, un chat intégré, des espaces photos et vidéos, une veille de l'actualité, une revue de presse, un agenda, ...le tout est entièrement orienté EPN. En parallèle de notre réseau social, nous proposons une vitrine ouverte à tous via notre blog (http://www.epn-ressources.be/) ".

 

J-L M : Selon un terme très à la mode, comment gérez-vous la communication "multi canal"

EB : " Tous les contenus extérieurs que nous publions sont agrégés dans notre réseau social Ning. Cette centralisation était l'une des principales demandes des animateurs, au sein d'un espace privé où ils pouvaient s'exprimer tout à fait librement. Notre blog est un réel succès : il bénéficie d'une audience de 10.000 visites mensuelles. Chaque semaine, je publie un à deux articles. Le temps me manque pour aller plus loin : j'effectue essentiellement de l'agrégation de contenus et je relate l'information touchant au réseau. J'ai mis en place une veille avec Google Reader. Elle a trois volets. Une veille structurelle tout d'abord, à partir de sites comme celui de l'AWT ou des SPF, enfin tout ce qui tourne autour de des Pouvoirs Publics et de l'Administration wallonne. Je suis également à la recherche des flux RSS " parlants " mais avec un bémol : on en trouve très peu au niveau de l'administration wallonne. Le troisième volet de ma veille est celle que j'effectue " manuellement " sur le net. Cette veille est triée et publiée dans notre réseau social avec différents " ricochets " : elles apparaissent sur notre blog public, sur notre compte Twitter et sur notre page Facebook. Faute de temps, ma contribution s'arrête là et mon animation des réseaux sociaux est réduite au minimum. Notre compte Twitter compte 10 à 12.000 suiveurs. Certains s'étonnent parfois de notre manque de réactivité mais voilà, encore une fois, le temps me manque pour aller plus loin.

Par contre, sur Ning, j'assume pleinement ma casquette d'animateur. Je réponds, je pose des questions. Nous avons mis en place plus de 1500 interventions l'année passée ".

J-L M : Qu'en est-il de la formation ?

EB : Une des missions de la cellule de coordination des EPN est d'organiser annuellement 15 journées. " L'année passée, nous en avons initié 38. Nous avons mis en place un véritable parcours de formation dont on renouvelle régulièrement les contenus : un tiers d'entre-eux est modifié ou adapté chaque année. Chaque session peut accueillir une douzaine de personnes. En moyenne, 5 ou 6 animateurs EPN y participent. Nous avons donc décidé d'ouvrir ce programme au secteur associatif impliqué dans l'inclusion numérique et plus largement au secteur associatif tout court, tout en laissant la priorité aux animateurs qui reste notre public "cible " principal. Le parcours est orienté métier. Il se compose de 6 cycles et se déroule grosso modo sur un an : compétences métier et pédagogie adaptée aux publics (adolescents, public précaires, seniors, handicapés, ...), outils web 2.0, techniques d'animation (podcast, vidéo numérique, ...), médiation culturelle numérique, recherche de subsides et réponses aux appels d'offre et enfin compétences TIC. De manière générale, nous privilégions les logiciels libres, mais sans sectarisme : si des outils propriétaires s'avèrent devenir indispensables aux yeux des animateurs, nous n'hésitons pas à les programmer. L'éloignement géographique de certains EPN pose parfois des difficultés, surtout si la formation dure plus d'une journée. Nous avons donc entrepris de délocaliser nos formations, à Liège ou Marche en Famenne par exemple. Nous insistons auprès des Pouvoirs Locaux sur le fait que les animateurs multimédias ont pour vocation à s'inscrire au sein d'un dispositif de formation continue. Autre initiative en date pour les sites très éloignés. Nous avons adopté le principe des réunions tupperware : si un EPN réunit 5 à 6 animateurs intéressés, nous organisons la formation sur place. Last but not : nous proposons de la formation à distance via un accès à la plate-forme Vodeclic. Sur simple demande, chaque animateur peut se voir ouvrir un compte pour un accès à 7700 vidéos de formation portant sur l'ensemble des formations organisées en parcours numérique. Il s'agit à chaque fois de vidéos de 3 à 4 minutes, très bien conçues pour une approche pas à pas des différents outils. C'est double bénéfice : les animateurs peuvent l'utiliser pour se former et y avoir recours lors de leurs formations.

 

J-L M : On parle beaucoup de citoyenneté, d'usage raisonnable et raisonné des TIC : quelle est votre politique en la matière ?

EB : " C'est très complexe. La notion d'éthique recouvre de nombreuses idées et positions très différentes. On suit beaucoup ce qui se fait en France, via les rencontres d'Autrans et les Assises Numériques par exemple. Et l'on s'appuie sur les Rewics, la Semaine Numérique et les grandes rencontres des EPN pour lancer des débats et dégager des propositions. On programme également des ateliers EPN en ce sens. Nous avons intégré l'éducation aux médias dans notre parcours de formation avec des thématiques comme la neutralité du Web, la prise de distance critique, les notions de droits d'auteurs. A noter que la Fédération Wallonie Bruxelles a mis en place une structure d'éducation aux médias mais elle est plus orientée vers le secteur de l'enseignement. Mais globalement, on manque de temps et de moyens pour la mise en place d'orientations fortes et de principes de gouvernance qui positionnerait le point de vue de la Wallonie en la matière. Reste que nous sommes cons-cients de la nécessité de dépasser la seule maîtrise de l'outil informatique : celui-ci doit être mis au service de l'insertion socioculturelle ".

 

J-LM : Avez-vous une politique de valorisation des actions et des formations des EPN ?

EB : " Nous avons la volonté de faire évoluer le label pour y inclure la notion de qualité. Le réseau des EPN évolue à différentes vitesses. Certains sont ultra dynamiques, d'autres plus statiques. Nous avons pour ambition, via de futurs appels à projets, de distinguer les centres qui s'investissent fortement dans la dynamique locale, qui portent des projets ambitieux d'animation numérique de leur territoire et multiplient les partenariats "