La méthode : le pari de la mutualisation et du co-développement professionnel

Il aurait été facile de rassembler les différents ambassadeurs pour leur " expliquer " le cadre et le fonctionnement dans lequel ils exercent leur volontariat. Mais nous postulons que " Expliquer empêche de comprendre quand cela dispense de chercher " (Henry Bassis).

Il nous fallait donc ensemble, direction, membres de la coordination, ambassadeurs et formateurs, entrer dans une démarche de recherche et de (re)construction collective du cadre de la mission des ambassadeurs.

Dans cette démarche de recherche, l'Autre, dans sa différence, est absolument indispensable. Il force à la formulation des pratiques et interpelle. Il questionne et pousse à l'analyse critique. La dynamique ainsi créée permet d'inventer du neuf, de décider et d'orienter l'action. L'altérité transforme les représentations personnelles et le groupe se construit petit à petit une culture commune.

Sur base de ce postulat, et misant sur la force des interactions au sein de groupes hétérogènes, nous avons donc décidé d'organiser une formation qui rassemble à la fois les ambassadeurs bénévoles des différentes régions ET AUSSI les coordinateurs régionaux, engagés par l'asbl. Le groupe était équilibré : une dizaine de coordinateurs et une dizaine d'ambassadeurs participèrent à la formation.

 

Ne rien expliquer mais (re)construire ensemble

Partant de l'idée que les acteurs disposent de toutes les clés de compréhension et d'action nécessaires à l'exercice de leur mé-tier, notre méthodologie s'est basée sur l'auto/socio/(re)construction du projet " Ambassadeur art. 27 ".

- " Auto " parce que chaque participant est invité à questionner sa propre pratique et à évoquer sa manière personnelle de concevoir le projet et sa mise en œuvre.

- " Socio " parce que le dispositif table sur la confrontation des points de vue. Il place les différents acteurs sur pied d'égalité par rapport à une consigne qui ancre le débat dans leurs réalités quotidiennes. Les participants, professionnels et volontaires, mutualisent leurs expériences, confrontent leurs expertises, posent et découvrent leurs compétences.

- " Construction " parce que les temps collectifs de mise en commun permettent de faire formuler les problèmes, émerger les questions, poser le cadre, ouvrir des réflexions et des possibles. Et ce sont ces réajustements collectifs qui progressivement construisent une représentation commune de la mission de chacun.

 

Quelques acquis de la formation

D'une part, la formation a permis à tous de reclarifier les contours généraux du projet : quels publics ? pour quelles sorties culturelles ? avec quels objectifs ? quels partenaires ? quelle méthodologie de travail? quelles responsabilités ?...

De même, les échanges ont permis à la fois de placer l'activité dans une démarche plus globale, porteuse d'une vision à plus long terme et, dans un même temps, d'en identifier les implications dans le quotidien (légitimité, langages, éthique, déontologie, organisation pratique d'une sortie...).

D'autre part, les échanges ont donné lieu à un repositionnement clair d'ordre plus politique sur les questions d'accès des plus défavorisés à la culture, les conditions de mise en oeuvre de celui-ci aujourd'hui, ainsi que sur une critérisation de l'offre culturelle adéquate pour mener à bien les missions de l'association.

 

Un gain pour les ambassadeurs

Tout au long de la démarche mise en place, les ambassadeurs se sont parlés et se sont écoutés. Ils ont pu échanger sur leurs pratiques, les analyser, comprendre et relativiser leurs difficultés.

Ils ont de la sorte pu développer un sentiment d'appartenance à un réseau soutenant : Article 27. Par ces échanges, ils ont davantage compris les enjeux et la philosophie de travail de l'association. Ils sont devenus porteurs à part entière du projet et sont devenus capables d'argumenter leur pratique. Ce travail les a aidés à retrouver un positionnement principalement en référence à Article 27 et non en référence aux intermédiaires sociaux qu'ils rencontrent en première ligne dans leur quotidien. Pour les ambassadeurs, la majorité des apports formatifs a eu lieu lors des temps en sous-groupes mixtes où les coordinateurs devenaient " délicatement " formateurs et mettaient en oeuvre de façon légitime leurs fonctions d'accompagnement de projets et de mobilisation de réseau, en témoignant notamment de pratiques et en réajustant le cadre dont ils ont une connaissance plus aiguisée. Les mises en commun collectives remettaient ensuite tout le monde à égalité dans le savoir et synthétisaient les acquis.

 

Un gain pour les coordinateurs Article 27

Le dispositif a permis aux coordinateurs d'échanger sur leurs pratiques, de mieux formuler leurs problématiques, de dresser de nouvelles pistes de travail. La formation leur a aussi permis d'aller plus avant dans la rencontre des ambassadeurs. Ils ont pu davantage prendre connaissance de leurs difficultés et tis-ser des liens professionnels et personnels plus étroits avec leurs ambassadeurs.

 

Quand " FORMER " devient " ACCOMPAGNER UNE CONSTRUCTION COLLECTIVE "

Le formateur n'est pas ici le détenteur d'un contenu. Il est le facilitateur d'un processus de construction collective. Le savoir est dans le groupe et le formateur a pour métier de le faire advenir, de l'organiser et de faire valider sa pertinence par les participants.

Dans ce type de dispositif, le rôle du formateur est de :

- proposer des consignes claires, ancrées dans des situations concrètes, qui appellent l'analyse des pratiques ;

- organiser et faciliter les interactions entre les différents types d'acteur ;

- veiller à ce que le savoir se construise petit à petit, à travers les questionnements et les confrontations de points de vue ;

- faire formuler puis questionner, organiser, synthétiser et apporter des recadrages complémentaires si nécessaire ;

- veiller à maintenir le groupe ouvert sur l'extérieur. Dans cette formation, nous avons invité le dernier jour une animatrice pédagogique du Musée de Mariemont, habituée à recevoir des groupes Article 27. Son témoignage a permis d'échanger sur des éléments méthodologiques concrets : l'accueil, les niveaux de langage, la prise en compte des handicaps, la gestion du temps, ...

 

Tiens, tiens ...

Articuler l'individuel et le collectif.

Exiger la cohérence entre la théorie et la pratique.

Observer, comprendre, agir.

Cheminer à travers représentation, problémation, explication, action.

Croire que le savoir n'est pas détenu par quelques-uns mais se co-construit dans et par la pratique . Et le mettre en oeuvre.

Participer, fédérer autour d'un enjeu commun, permettre aux acteurs de reprendre du pouvoir sur leur quotidien,

Emanciper, interpeller...

 

Telle nous semble être la cohérence d'un opérateur de formation reconnu en éducation permanente.