Une démarche complexe, un métier spécifique

A la demande, ou dans le cadre de la formation longue en "Gestion de projets culturels et sociaux" certifiée par le BAGIC (Brevet d'Aptitude à la Gestion de projets culturels et sociaux"), le Cesep accompagne au quotidien des individus, des équipes, des organisations dans la réflexion, la structuration, la mise en oeuvre et l'évaluation de leurs projets.

La notion de projet est une figure importante de la société contemporaine. Née dans le secteur industriel dans les années '20, remise à l'honneur essentiellement sous sa dimension collective fin des années '60, elle s'est propagée à tous les pans de la vie des individus, des groupes, des organisations. Au quotidien, chacun est aujourd'hui amené à devoir se définir, se positionner, se démarquer par rapport à ce qu'il est convenu d'appeler des projets culturels, organisationnels, personnels, pédagogiques, professionnels ou encore politiques. La diversité de contextes institutionnels auxquels la notion de projet se réfère et la quantité de littérature qui abordent ce thème témoignent à la fois de sa prééminence et de sa force, mais permettent également d'en pointer l'extrême complexité et parfois la fragilité.

Les champs de l'éducation, du travail social, socio-culturel mais aussi de l'artistique n'échappent pas à cette règle. La plupart des textes fondateurs des politiques actuelles ont intégré cette sémantique, au travers de notions telles que " la mise en projet " des demandeurs d'emploi, le " projet d'établissement scolaire", la " pédagogie par projet ", le " plan quadriennal " ou encore le " contrat programme ". Les notions de " projet individuel" et de " projet collectif " occupent quant à eux depuis longtemps une place prépondérante dans les réflexions autour des politiques et pratiques socio-culturelles et de formation. Au travers des concepts de participation et de citoyenneté notamment, les différents décrets positionnent ainsi de façon claire l'importance d'un modèle d'intervention plaçant les individus au centre des processus démocratiques, citoyens, éducatifs.

Si nous avons déjà largement abordé cette question du projet dans de précédents écrits, il nous semblait intéressant, au regard de la présentation de la démarche réalisée avec l'asbl Article 27, d'approfondir notre réflexion en rendant compte de nos pratiques d'accompagnement de projet, une démarche particulière de formation avec ses spécificités propres à l'Education permanente.

La pratique d'accompagnement est généralement menée localement. Elle a pour objectif de faciliter le passage à l'action. Elle est multidimensionnelle (dimensions méthodologique, stratégique, institutionnelle, organisationnelle, déontologique, éthique, méthodologique...), et se décline à travers des interventions combinant, en fonction du contexte, des éléments de formation, de supervision et/ou d'expertise.

Quelle que soit la spécificité de la demande (un artiste désirant mettre en oeuvre une démarche créative dans son quartier, des bénévoles réfléchissant à la constitution d'un collectif, une équipe s'interrogeant sur ses missions et son identité professionnelle, une organisation préparant son dossier en vue d'une reconnaissance décrétale...), les choix pédagogiques et méthodologiques mis en oeuvre par les formateurs reposent sur une vision commune, partagée et défendue. Celle-ci est issue d'une réflexion continue menée en équipe sur la spécifcité du métier d'intervenant dans le secteur de l'éducation permanente.

Réflexion dont nous vous livrons quelques fondements ci-dessous.

 

Accompagner des projets : un processus formatif, relationnel, social, politique et éthique.

A partir notamment de la notion de "projet" et de sa perspective de mise en oeuvre, la formation BAGIC, tout comme les interventions plus spécifiques réalisées par le Cesep à la demande, visent fondamentalement à accompagner chacun dans une démarche dynamique, instructive, créative, destinée à amener du changement dans sa situation vécue, dans sa structure, dans son environnement.

Répondant souvent de prime abord à des demandes et interrogations pragmatiques et posées à court terme (recherche de moyens financiers, d'outils méthodologiques; difficultés organisationnelles ; exigences administratives et/ou institutionnelles...), l'accompagnement visera néanmoins à ramener chacun sur une perspective temporelle future plus longue, en vue d'établir un véritable plan d'action stratégique sur le moyen et long terme.

Parfois laborieux, souvent questionnant, ce parcours est généralement fait, pour le participant comme pour le formateur, de va-et-vient constants entre des périodes d'élaboration, de construction et de réalisation de plans d'actions, et des moments de réflexion, d'analyse et de remise en question.

Dans ce cadre, l'accompagnement à court terme et/ou à moyen et long terme proposé aux individus, aux groupes, aux équipes et/ou aux organisations relève toujours d'une démarche à la fois éducative et formative, mais également relationnelle, sociale et politique.

Le développement et l'expérimentation de savoirs, compétences, comportements par les participants constituent bien entendu une part importante de la démarche d'accompagnement : être curieux de l'environnement et en avoir une bonne connaissance en vue de mieux comprendre le contexte de l'action, sa réalité, ses enjeux...; identifier et clarifier la multiplicité des représentations et des positionnements qui concourent à la diversité de l'action sociale, culturelle, socio-culturelle ; identifier et clarifier les écarts, les tensions, les contradictions inhérents à la complexité institutionnelle, sociale, interpersonnelle qu'est la société aujourd'hui ; inventer, structurer, planifier, évaluer ; négocier, argumenter, mobiliser...

Néanmoins, en pensant, en préparant et en mettant peu à peu leur projet en oeuvre, les porteurs de projet entrent également de facto en relation avec le monde qui les entoure : les autres personnes en formation, le groupe formel ou informel auquel ils appartiennent, l'équipe de travail, les instances décisionnelles de l'asbl, l'administration, les partenaires... Faciliter, favoriser, analyser, dynamiser ces processus relationnels et sociaux représente un pan incontournable de l'accompagnement. Ils constituent en effet le socle indispensable à la réflexion et la mise en oeuvre collective et non plus individuelle des changements envisagés, leur analyse critique "bienveillante" par d'autres, le passage du projet "rêvé" au projet "réaliste et réa-lisable", le levier "stratégique" (réseaux, mobilisation d'acteurs...) sur lequel l'évolution du projet et des actions pourra être envisagée.

Pour travailler le projet dans une visée de changement institutionnel à moyen et long terme, l'intervention auprès de porteurs de projets dans le secteur de l'Education permanente consiste également, de facto, en la mise en oeuvre d'une démarche éminemment politique.

Permettre à chacun de clarifier sa vision du monde, de la partager, de la faire évoluer au contact des "autres"; proposer et animer des "lieux" et des "moments" où le débat devient possible, souhaité, valorisé ; encourager, outiller, valoriser la mobilisation autour et au nom de valeurs citoyennes, humanistes, progressistes ; redonner aux porteurs de projet la capacité d'agir sur les enjeux, les méthodes, les perspectives futures des politiques sociales, culturelles, socio-culturelles, telles sont également les fonctions de l'accompagnement.

Enfin, il est toujours bon de rappeler que si "le projet" constitue aujourd'hui un "modèle culturel" incontournable, lorsqu'il est mis en oeuvre en référence à des principes relevant de l'Education permanente, il devrait idéalement rester choisi, librement investi, non dogmatique... et donc critiquable. Sur ce point, nous estimons donc que la démarche d'accompagnement du projet dans le secteur de l'Education permanente implique une vigilance (résistance ?) éthique et déontologique quotidienne.

 

Accompagner des projets : un "métier" spécifique

La lecture des paragraphes précédents illustre combien, au-delà de l'intention, la mise en pratique de l'accompagnement de projets individuels et collectifs dans le secteur de l'Education permanente requiert, chez l'intervenant, une conception particulière à la fois de son métier et de sa fonction.

D'une part, au vu de la diversité de l'action sociale, culturelle et socio-culturelle actuelle et de la multitude de problématiques, d'attentes ou d'envies qui s'y posent quotidiennement, il s'agira le plus souvent pour l'intervenant de construire à la carte des démarches et des contenus adaptés à chaque situation parti-culière d'accompagnement et/ou de formation, en tenant compte notamment du contexte institutionnel, organisationnel, interpersonnel de la demande; du statut, de la fonction, de l'expérience, de l'histoire des participants; des enjeux institutionnels, territoriaux, internes, externes, collectifs, individuels... du projet.

D'autre part, en vue d'amener la réflexion et la construction collective d'un changement à moyen et long terme, il proposera une démarche d'intervention favorisant essentiellement la compréhension et l'analyse du contexte et des enjeux ; l'exploration, la recherche et la réflexion critique, méthodologique, politique. En assurant la diversité des cadres théoriques proposés et en amenant les participants à choisir ou à créer leurs propres cadres d'analyse et d'action.

Pragmatiquement, l'intervenant identifiera, initiera, facilitera l'expression et l'émergence de pistes d'améliorations, d'innovations, de transformations organisationnelles et institutionnelles. Il favorisera leur mise en débat et facilitera leur validation.

Accompagner des initiatives de changement dans le secteur de l'Education permanente implique donc, pour l'intervenant, de maîtriser de manière approfondie les enjeux, les spécificités et la réalité du ou des secteurs rencontrés.

Au quotidien, remplir cette fonction implique surtout la mise en oeuvre et l'évaluation, en équipe d'intervenants, de pratiques professionnelles qui soient articulées et mises en oeuvre en cohérence avec les choix pédagogiques, éthiques et politiques, explicités et défendus collectivement au sein de l'organisme de formation.

 

 

L'équipe du Centre de Formation des Cadres Culturels