Fabriquer les images de sa vie, créer par des acteurs du terrain des récits qui viennent du terrain, boxer les stéréotypes, déla-yer les médias dominants, leur camper d'autre voies navigables... Au-delà d'apprentis qui se mettent en image, qui éclairent différemment leurs réalités, il y a le frisson de faire entendre d'autres voix. Des médias d'acteurs et d'auteurs. De la confiance et du lien social. Et quelques revendications..

Moteur !

C'est le 3 mars de l'année passée qu'" En ligne directe " a été mis en ligne par le Délégué Général aux Droits de l'enfant. Bernard De Vos : " Les enfants, les jeunes, la jeunesse, les institutions, organisations, mouvements ou structures qui s'en (pré)occupent et s'adressent à eux, souffrent fréquemment d'une image négative en Wallonie et à Bruxelles. Une image percluse de clichés, de caricatures, de lieux communs véhiculés par les médias de grande diffusion, souvent par manque de sources concurrentes, honnêtes et précises d'informations venant du terrain. Cette réalité est très dommageable car les stéréotypes négatifs ne se limitent pas à affecter la seule vision que les adultes ont de la jeunesse, mais aussi la manière dont les jeunes se perçoivent eux-mêmes. La conviction que le reste du monde ne vous comprend pas et ne vous respecte pas, n'encourage pas l'estime de soi ". D'où la création d'une banque de données multimédia en ligne sur l'enfance et la jeunesse à destination des professionnels du secteur.

 

En ligne directe

" Mais aussi ", explique Bernard De Vos, " de tous les médias de la Fédération Wallonie Bruxelles, " pour faire entendre une " autre " voix dans le débat citoyen et politique à propos des enfants et de la jeunesse. La voix des enfants et des jeunes eux-mêmes d'abord mais aussi de toutes celles et de tous ceux qui les approchent de près ou de loin (parents, professeurs, éducateurs, TMS, PMS, SAJ, SPJ, cohésion sociale…1) et peuvent porter sur eux un regard plus profond et plus complexe que l'image superficielle souvent colportée par les médias. Il s'agit de faire entendre la voix de ces enfants, jeunes et adultes directement concernés, premiers témoins-acteurs pourtant rarement invités au moment de construire la réflexion sur leur quotidien, d'entamer la discussion sur les réalités sociales, économiques ou culturelles qu'ils incarnent et au moment du compte-rendu de l'actualité qui les concerne (dans la presse, à la radio, à la télévision). " Chaque thème réunit différents partenaires, actifs dans le secteur de la jeunesse. Ceux-ci collaborent avec les jeunes pour les aider à monter leur projet artistique. Témoignages, enquêtes, reportages audio et vidéo alimentent un site Web alternatif qui trouve des relais : tout au long du mois de juin dernier, la RTBF a diffusé sur sa troisième chaîne les clips de la Marque Jeune.

 

 

De la Marque Jeune à la RTBF

En ligne directe a comme source d'alimentation la Marque Jeune, un projet né à l'initiative du Conseil d'Arrondissement d'Aide à la Jeunesse de Bruxelles (CAAJ) qui rassemble les 19 services d'Aide en Milieu Ouvert de Bruxelles. Xavier Verstappen, Président du Conseil d'Arrondissement d'Aide à la Jeunesse de Bruxelles ". La Marque Jeune est née d'un constat : les 15-25 ans sont trop souvent diabolisés et trop peu écoutés. Ils rencontrent pourtant aussi de nombreuses difficultés au quotidien. Ils éprouvent des peurs, des angoisses, se questionnent et interrogent la société. Ils ont aussi des espérances et s'engagent dans des projets. La Marque est celle des Jeunes de Bruxelles, celle que leurs vécus impriment dans la Capitale. Le dispositif mis en place par les AMO leur donne la parole sous la forme de productions organisées en forme de prisme octogonal : l'engagement des jeunes, les espaces urbains et l'insécurité, le logement, le genre et la mixité, l'emploi, la parentalité, les primo arrivants, la scolarité.

 

 

Entre jeunisme et délinquance

L'un des objectifs du projet est d'établir un état des lieux pour chacune de ces thématiques à Bruxelles et de proposer des alternatives constructives aux responsables politiques : " L'image des jeunes est désastreuse et contribue à alimenter les difficultés du vivre ensemble. Elle balance entre jeunisme et petite délinquance. Faut-il interdire les jeunes dans l'espace public ailleurs que sur des affiches publicitaires ? L'orientation scolaire continue à se faire par relégation et stigmatisation de certains publics au lieu d'être le résultat d'un accompagnement réfléchi et personnalisé vers un choix valorisant. A la maison, 16,3% des bruxellois ne parlent ni français, ni néerlandais, ni un bilinguisme composé d'une des deux langues, un défi professionnel pour l'enseignement. Les résultats scolaires des primo arrivants et des immigrés de la seconde génération restent préoccupants ".

 

 

Corsaires !

Le pirate TV de Cureghem poursuit une logique identique d'alternative vidéo aux images souvent négatives véhiculées par les médias de référence à propos des quartiers populaires. Périne Brotcorne, Chargée de recherches à la Fondation Travail-Université : " Son ambition est de rendre visibles les actions qui fissurent les murs entre les communautés, favorisent la cohésion sociale, la mixité sociale et le dialogue interculture. L'objectif est ainsi de proposer une image à la fois dynamique et plus juste des quartiers populaires, que celle souvent stigmatisante, véhiculée par les médias traditionnels. Pour ce faire, CTV publie chaque mois une capsule vidéo de quinze minutes réalisée par des groupes de " novices " issus des associations partenaires du projet (associations, centres de formation, maisons de quartiers, CPAS, institutions publiques). Chaque groupe vient réaliser 5 " plateaux " en studio et aborde tous les aspects de la réalisation d'une émission télé, en réalisant vraiment le numéro en cours. Deux ateliers fonctionnent conjointement : Le Comité de Rédaction évalue et choisit les sujets préparés par les Corsaires. Il est ensuite chargé d'écrire les textes qui annoncent les sujets à l'antenne. Les présentateurs/trices choisis en son sein présentent enfin l'émission face caméra. L'Équipe technique assure, quant à elle, le travail en studio : la régie image, l'infographie " live ", le cadrage image, le prompteur, etc. Cette initiation a lieu au cours de deux ateliers qui fonctionnent conjointement. Le premier fonctionne comme un comité de rédaction : il évalue et choisit les séquences du mois parmi les sujets préparés par les Corsaires. Il est ensuite chargé d'écrire les textes qui accompagnent les sujets à l'antenne ".

 

 

Toyou, Assos, Full job et Nozart

D'autres images encore. Cela a été l'ambition de départ de Thomas Parmentier et Valério Masullo qui en avaient assez de la façon dont leur ville de Charleroi était traitée par les médias. Ils ont lancé une TV en ligne. La Maison Pour Associations soutiendra le projet, rejointe par le centre régional d'intégration de Charleroi. L'objectif de FullTV est de mobiliser les jeunes. La coordination s'effectuait jusque il y a peu depuis la Maison des Jeunes l'Eveil de Ransart. Début de l'été, l'équipe de FullTV a déménagé dans les locaux de l'ULB à Parentville. Depuis son lancement en 2006, FullTV a diffusé plus de 2500 vidéos, avec des pics de fréquentation de 2000 visiteurs quotidiens. La TV en ligne est divisée en quatre chaînes : une chaîne d'actualité (Toyou), une chaîne consacrée aux associations (Assos), une autre à l'emploi (Full Job) et une quatrième aux actualités artistiques (Nozart).

 

 

Faire un film de sa vie

Ils ne se retrouvaient pas dans le JT. Ils ne se retrouvaient pas dans les discours ambiants sur les chômeurs. Ils ont fait une vidéo pour parler de leur vraie vie. Durant deux mois et demi, un groupe de stagiaires de l'atelier de formation par le Travail Bonnevie a planché sur une trame, filmé, découpé, monté. Ils ont raconté leur vie, leur expérience, caméra au pied. Le CVB-VIDEP les a accompagnés, à raison de 7 à 8 séances. Avec très vite la caméra à la main pour les cinéastes acteurs. Dont Vladimir : " Au départ, on voulait faire un JT, on n'était pas content de ce qui existe. Et puis, très vite, l'emploi, les sans-papiers et la formation sont venus sur la table. " Ce seront les thématiques d'où accouchera le film : " Et demain, on sera où ? " Synopsis : 13 adultes suivent une formation en bâtiment et mécanique automobile. Au fil des cours et des ateliers, ils re-viennent sur leurs parcours professionnels et tordent le cou à la mauvaise réputation des chômeurs.

 

 

Revendications

D'autres images pour d'autres voix. Et quelques revendications. Une revendication de liberté créatrice avec un film ou livre qu'on va utiliser pour lutter contre la stigmatisation, pour casser l'image négative du chômeur, pour réclamer le droit à la dignité. Une revendication de " vraie vie ", de " vraie réalité " qui s'oppose à la réduction par les images dominantes à un mauvais (ou un sans) rôle : celui de chômeur ou de sans papier. Une revendication participative et collective. En se prenant en main et en prenant les choses en main. Rideau !

 

 

Sources et infos

 

Le site de la Marque Jeune

http://www.lamarquejeune.be

 

La cahier de revendication du projet Marque Jeune

http://www.lamarquejeune.be/index.php?option=com_content&view=article&id=56&Itemid=54

 

Le site de En ligne directe

http://www.enlignedirecte.be

 

Les TV en ligne

www.corsaires.tv

www.fulltv.be

 

La vidéo : Et demain, on sera où ?

cvb-videp.be/videp/fr/catalogue

 

L'étude : Les outils numériques au service d'une participation citoyenne augmentée. Périne Brotcorne - Mars 2012 Fondation Travail-Université

 

 

1. Travailleurs Médico Sociaux, centre Psycho Médico Social, Service d'Aide à la Jeunesse, Service de protection Judiciaire