Il n'y a pas un type de formateur OISP mais une kyrielle de profils. Du professionnel de terrain à l'universitaire, du jeune à peine sorti de l'école au travailleur de terrain expérimenté en passant par l'enseignant déçu ou l'idéaliste convaincu, le formateur ne se définit pas par ses origines mais par ce qu'il devient.

D'où il vient importe finalement peu dans le recrutement, où il peut aller, voilà le critère de sélection. Rares sont les personnes qui connaissent bien le secteur OISP avant d'y faire les premiers pas. On y arrive par hasard, à un tournant de la vie, on découvre, on a évidemment un peu peur mais doucement on saisit les contours et les enjeux du travail.

Acteur de changement
Ce qui plaît, en général, la raison pour laquelle les formateurs ne s'enfuient pas à la première difficulté ou quand ils reçoivent leur première fiche de paie, c'est la reconnaissance de leur uti-lité. " Je me sens utile. " C'est un métier qui donne sens. " On sert à quelque chose. " Les " gens " ont pris confiance en eux grâce à la formation, ils ont retrouvé un horaire, une raison de se lever, ils ont acquis des outils qui vont leur servir, ils ont décroché un emploi en sortant, ils se sont réinscrits dans une formation, ils se sont " transformés ". Le formateur est acteur de changement. Il œuvre à ce que le stagiaire se transforme. Acteur de changement pour l'autre mais aussi pour lui-même. Le formateur se transforme en permanence dans son métier. Par la richesse des rencontres, d'abord : " Avant ce métier, je n'imaginais pas qu'il puisse y avoir tant de parcours de vie différents… ". Le formateur sort de son milieu professionnel ou estudiantin et " rencontre ". La distance, le regard neuf apportés par les expériences vécues des stagiaires, souvent très éloignées des vécus des formateurs, transforme. Et si le formateur l'est devenu à travers un parcours chaotique et qu'il peut se reconnaître dans le parcours de son stagiaire en quelque façon, ce ne sera jamais identiquement le même. Il y aura toujours cette part qui échappe, cet étonnement originel qui change le point de vue social et humain. Le nombre limité des groupes, la rencontre individuelle qui a souvent lieu lors de l'ins-cription, les méthodes pédagogiques employées (participation active, partage des expériences, co-construction du savoir, écoute, pédagogie du projet, etc.) créent les conditions de la rencontre.

 

Passeur de savoir
Le formateur ne se cantonne pas dans son rôle de passeur de savoirs. Il s'adapte à son groupe, se nourrit et nourrit le groupe de paroles échangées, des vécus partagés, il met les stagiaires en situation de travail : on passe à l'acte. Ce travail-là de mise en projet et d'interaction, d'écoute est peu reconnu par les " non avertis ". Le métier de formateur est très mal connu.

 

De la formation des formateurs
Et si créer une relation avec le stagiaire est indispensable à la transmission des savoirs, savoir-faire et savoir-être, se pose quand même la question des compétences en terme relationnel. Comment apprend-on " la relation juste " ? A l'intuition, sur le tas, par la formation, en externe et en interne. L'hétérogénéité des fonctions, les réunions d'équipe, le travail de collaboration favorise l'acquisition de compétences " invisibles ". La formation dépend donc de l'équipe, de sa motivation à former un nouveau collègue, de son investissement dans le travail et de ses compétences. Tous ne sont donc pas armés de la même façon, et, si beaucoup sont devenus des professionnels de la formation et possèdent un regard conscient et réfléchi sur leur pratique, d'autres n'acquièrent pas facilement la distance éducative. D'où une nécessité de formation des formateurs. Cela fait un certain temps que des professionnels se sont attelés à mettre en place des formations de formateurs et celles-ci acquièrent peu à peu une reconnaissance. Un travail de conscientisation et de formalisation de la spécificité de la pédagogie du formateur d'adultes se construit depuis plusieurs années.

 

Réalités de métier
En 2005, l'lnterfédé des EFT/OISP a retenu le Centre de formation permanente de l'Institut Cardijn comme opérateur afin de donner une première formation à des formateurs techniques venant de diverses institutions du secteur de l'ISP. Une vingtaine de formateurs et formatrices venus de tous horizons. Thierry, formateur de formateurs : " Nous nous apprêtons, Maurizio et moi à démarrer une formation pour les formateurs de l'insertion socio professionnelle. Premier tour de présentation. " Je viens de Cynorhodon et je suis formateur dans le domaine du jardinage et de l'élevage. Et moi, je suis formateur en bureautique. " Et puis, alors que les présentations déjà bien avancées arrive avec une bonne demi-heure de retard, une drôle de petite troupe, une femme, grande blonde, suivie par quatre hommes au look de déménageurs, l'air un tantinet moqueur, désinvolte. " Ils viennent de Tournai et la route n'est pas facile. C'est un groupe à la réalité " kaléidoscopique " : 
" Hommes et femmes, grandes et petites institutions, très hiérarchisées ou frisant l'autogestion. Nombre d'années d'expérience allant de quelques mois à deux ou trois lustres. Réalités de métier dont on ne voit pas immédiatement le point commun. Hommes et femmes plus habitués à être sur un chantier qu'à s'asseoir toute une journée dans une salle de formation. Savoirs d'expérience riches mais cheminement scolaire traditionnellement inexistant ou chaotique à quelques rares exceptions près. "

 

Formation action
" C'est ça qu'ils font, eux, les formateurs en EFT et OISP. Construction d'un savoir avec les stagiaires à partir de l'apprentissage d'un métier. Sauf qu'eux, ils ne sont pas toujours placés dans de bonnes conditions qui leur permettent de réfléchir leur travail, que leur métier n'est pas bien reconnu, que leur savoir d'expérience sur la vie, sur les situations sociales n'est pas super bien pris au sérieux, y compris par eux-mêmes, et qu'ils ne se pensent pas (ou on ne les pense pas) toujours capables de réfléchir à leurs pratiques pédagogiques et sociales. Sauf qu'on leur demande à eux d'être plusieurs choses à la fois : pédagogue, " assistant social ", entrepreneur capable de réaliser des devis et faisant du chiffre d'affaires. Sauf qu'ils sont souvent assis sur plusieurs chaises à la fois ou plutôt, assis entre plusieurs chaises : quand ils font leur travail de pédagogue, on leur dit qu'ils doivent faire du chiffre d'affaires, terminer le chantier entamé au plus vite. Quand il font du social, on leur dit qu'ils ne doivent pas trop se préoccuper de ça et qu'ils doivent se concentrer sur leur tâche de formateur. Oui mais comment continuer à travailler quand, dans la journée, dans le feu de l'action, un stagiaire est tellement préoccupé par son logement dont il risque d'être expulsé ? Faire semblant qu'on ne l'entend pas et dire qu'il s'occupera de ça plus tard, avec l'assistante sociale de l'institutition ? Oui, mais en attendant, le formateur, il est là, avec le stagiaire, sur chantier, dans cette relation quotidienne de proximité où, bien sûr, on est tourné vers le travail à faire et vers l'apprentissage du métier mais où, en même temps, les gens charrient avec eux leurs préoccupations, leurs questions, leurs difficultés, leurs souffrances. "

 

Une confiance de la relation
D'où l'intérêt de formateurs étant d'abord et avant tout des professionnels de terrain. La création des OISP/EFT est liée à une approche pédagogique du compagnonnage. Retrouver le lien " maître " - " apprenti ". Que l'apprentissage se fasse, par devers soi, dans l'imitation et la confiance de la relation était essentiel. Cette pédagogie du compagnonnage a percolé à toutes les couches d'apprentissage : qu'on apprenne un métier manuel ou pas, la relation est primordiale, le lien entre le formateur et l'apprenant est la base.

 

De plus en plus sous pression
D'autant que la pression " administrative " est de plus en plus forte. Même si un contrat est signé dès l'entrée en formation et que les stagiaires savent qu'ils doivent justifier leurs absences pour toucher l'intervention financière du Forem et éviter l'exclusion de la formation, il faut en permanence réclamer des certificats médicaux, rappeler les sanctions, etc. Les stagiaires - et les formateurs- ont de plus en plus de mal à comprendre ce rôle imposé de mise en garde.

 

 

 

 

Infos et sources utiles
Y'a René qui vient. Les cahiers de l'Interfédé N°3 Octobre 2011.