Qu'en est-il sur le terrain ? Comment fonctionnent réellement les OISP ? Qu'en est-il du parcours des stagiaires ? Se ré-accrochent-ils si facilement ? Ré-insère-t-on aisément ? Quelques mois suffisent-ils à acquérir des qualifications utiles sur le marché de l'emploi ? Il en est des chômeurs comme des travailleurs, il n'y a pas de profil type. En fonction de son histoire, l'expérience sera vécue différemment.

L'objectif poursuivi sera défini en fonction de chaque personne et si quelques-uns décrocheront ces fameux emplois et viendront nourrir les statistiques du FOrem positivement, d'autres resteront néanmoins sur le carreau, rempileront peut-être pour une autre formation, s'inscriront dans un cursus qualifiant ou retrouveront leur solitude et les contrôles souvent humiliants de l'Onem.

 

Un public de plus en plus éloigné de l'emploi
Diverses OISP et EFT vivent des changements en ce qui concerne leur public depuis plusieurs années. En 2009, l'Interfédé opérait une " radioscopie " du public OISP/EFT afin d'entrevoir l'effet du décret mis en vigueur en janvier 2008 (promulgué en 2004) qui définissait les nouvelles conditions d'accès à la formation. Les résultats de cette analyse montraient que le public de la formation était de plus en plus éloigné de l'emploi. Que cette réalité n'était pas seulement un effet du décret qui trie le public en fonction du niveau d'études mais aussi de la politique d'activation des chômeurs. On s'inscrit de moins en moins à une formation par choix mais bien souvent par obligation. Le travail d'insertion devient de plus en plus difficile et complexe.

 

Une stagiaire réinsérée
Le CET de Thuin semble épargné par ces difficultés ou, du moins, les formatrices parviennent à s'adapter à leur public et à les mener vers leur objectif. Julie est un exemple de réussite. Nous l'avons rencontré dans le cadre de cette enquête. Elle est entrée en formation dans un état psychologique proche de la dépression suite à plusieurs échecs dans l'enseignement supérieur, elle a repris confiance en elle, s'est investie " à fond " dans le travail qu'on lui demandait et en est sortie plus forte. Statistiquement parlant, elle nourrit le pourcentage de réinsertion puisqu'elle a, en plus, trouvé un emploi. 
Quand nous avons demandé au CET de Thuin s'il était possible d'interviewer une stagiaire, la coordinatrice nous a donné le numéro de téléphone de Julie. Celle-ci s'ennuyait, elle avait du temps depuis la fin de la formation " accueil et animation en tourisme " à laquelle elle avait participé.

 

Agent de voyage
Julie a 23 ans. Elle a réussi sans problème ses études se-condaires avant d'entamer un parcours universitaire difficile. Deux années en histoire, une année en histoire de l'art : trois années d'échec. Son milieu, sa famille, son école à tendance élitiste, tout autour d'elle lui présentait un chemin qui passait a priori par l'université. Elle n'avait rien envisagé d'autre. Après quelques mois de doutes et de remises en question, elle lit par hasard l'annonce du CET concernant une formation de tourisme en 9 mois. Parallèlement, Julie a entrepris une formation d'agent de voyages à l'IFAPME en cours du soir, les deux formations se complèteront et ses journées seront remplies.

 

40 candidats, 14 retenus
Elle se présente à l'entretien de début de formation. Une candidate parmi quarante pour un groupe de 14 personnes maximum. Cela ne l'effraie pas, elle a envie de montrer sa motivation, c'est l'occasion ou jamais. Quelques jours après l'entretien, elle téléphone au CET et envoie un mail, elle ne veut pas qu'on l'oublie et on ne l'oublie pas ! La formation commence donc avec quatorze personnes. Des personnes de tout âge, pas seulement de jeunes étudiants mais des travailleurs au chômage, des personnes en difficultés passagères, en questionnement professionnel, en redéfinition de leurs projets de vie. Elle se sent jeune. " Tu es encore si jeune, tu as la vie devant toi ! ", entend-elle. Elle n'a donc pas tout raté. Tout est encore possible.

 

La richesse du collectif
Rapidement, elle se rend compte qu'elle n'est pas à l'école même si elle doit se lever chaque matin et respecter les horaires de cours. L'ambiance de la formation ne ressemble en rien à l'école et encore moins à l'université. Ici, on est en petit groupe, on échange ses savoirs et ses expériences. Les formateurs sont des professionnels dans leur branche, ils partagent, racontent leur métier et ce sont de nouveaux mondes qui s'ouvrent devant elle. Des métiers dont elle ne soupçonnait pas l'existence, des histoires de vie qui la bouleversent et la transforment, des rencontres dont elle n'imaginait pas la richesse. Les projets prennent forme en groupe, les liens se soudent et " aujourd'hui encore, alors que la formation s'est terminée il y a quatre mois, on se revoit encore, on garde contact ".

 

Prof ou ami ?
L'équipe du CET est bienveillante et ça fait du bien. Emilie Depaux : " Notre équipe est soudée. Ca fait beaucoup. On échange nos savoirs mais on a aussi nos points de vue sur les stagiaires. On les connaît tous mais on a des fonctions différentes et donc on ne voit pas la même chose. On est complémentaire, on se soutient beaucoup entre nous. Julie se sent suivie : " On se sent encadré et aidé ! ". La différence entre le monde de l'enseignement et celui de la formation est terrible. Autant, elle se sentait seule face à ses difficultés à Louvain-la-Neuve, autant ici, à Thuin, elle doit parfois prendre ses distances avec la structure pour montrer qu'elle peut voler de ses propres ailes. Emilie Depaux : " La difficulté pour le formateur, c'est de se faire respecter en tant que passeur de savoir et garant du cadre tout en restant amical. Il faut opérer un dosage entre " cadrant " et " amical ", ce n'est pas toujours facile et ce n'est pas évident à comprendre pour le stagiaire. Soit on est prof, soit on est copain ". Si le formateur n'est pas le copain ni le directeur d'école, il n'est pas non plus la personne qui va faire " à la place de " et ça c'est aussi un apprentissage. " Apprendre l'autonomie, c'est vraiment notre objectif mais ça passe parfois par des périodes de conflits. "

 

Bien-être
Julie doit trouver un stage comme agent de voyages. Impossible. Elle frappe à toutes les portes sans succès. 
L'IFAPME prévoit que les stagiaires doivent être rémunérés, les agents de voyage n'ont pas les moyens de verser un salaire aussi maigre soit-il et aussi compétente que soit la dite stagiaire. 
Julie doit trouver un stage au CET, et ça l'angoisse aussi évidemment, où postuler ? Encadrée aussi bien par son professeur des cours du soir que par l'équipe de l'OISP, elle travaille un mois dans une maison d'hôte et de bien-être. " Jamais, je n'aurais pensé travailler dans une maison de bien-être et pourtant, ça m'a beaucoup plu et j'ai énormément appris. "

Ce qu'elle a appris ne se résume pas en quelques mots ni en un syllabus. Des savoirs bien sûr lui ont été dispensés mais elle a aussi acquis des savoir-faire et des savoir-être qui lui seront utiles dans sa vie professionnelle quelle qu'elle soit.

 

Un peu de tourisme ?
Ces 9 mois lui ont permis de définir d'ailleurs ses choix professionnels : elle veut être guide touristique. Son rêve serait d'être guide à l'étranger mais elle veut d'abord faire ses preuves en Belgique. Au début du mois, elle a signé un contrat avec la Maison du tourisme de Charleroi. Elle commencera en juillet. Elle a aussi été recrutée comme guide pour les visites touris-tiques de la ville. Ce sera un travail ponctuel. Tout cela la réjouit même si juillet lui semble lointain. Depuis la fin de la formation, elle se sent un peu " abandonnée ". Le stress de fin de formation en ce qui concernait les travaux et les projets a été tel que quand ça s'est terminé, elle a ressenti un grand vide. Elle n'avait plus de raison de se lever… Aujourd'hui, son nouveau contrat la remotive, elle veut prouver qu'elle est capable de travailler !

 

Des acquis et des " à acquérir "
La formation de Julie paraît idéale. Rejetée par un système universitaire en décalage avec ses attentes, elle trouve refuge dans une OISP, reprend confiance en elle et est repartie, remise sur les rails du monde actif. Elle a retrouvé un statut temporaire de " stagiaire " avant d'acquérir bientôt celui de " travailleuse ". Avant son passage par le CET, elle était " étudiante ". L'étiquette de " chômeuse " ne lui aura pas collé longtemps à la peau. Julie est soutenue par sa famille. Elle a une bonne formation de base. C'est une jeune fille pleine de tempérament même si elle est passée par une période d'échec. Ses neufs mois passés à Thuin lui ont donné le coup de pouce nécessaire pour rebondir. Il lui reste à vivre sa vie, s'inscrire dans la roue du temps.

 

Des chômeurs non ré-insérés
Même si - et heureusement - l'insertion est atteinte quelquefois au terme du cursus ISP, ce n'est pas, loin s'en faut, le cas pour tous les stagiaires. Et si le temps de la formation se vit sereinement pour certains, tous n'ont pas le même ressenti. Tous ne choisissent pas d'entrer en formation, on s'inscrit poussé par le Forem et une fois signé le contrat de formation (contrat signé avec le Forem, pas avec l'OISP ou l'EFT), il est impossible de faire marche arrière sous peine de sanctions financières de la part de l'Onem.

 

Jusqu'au bout
Les stagiaires n'ont pas de période d'essai et s'ils rencontrent un problème pendant la formation ou se sentent décalés par rapport au groupe ou au contenu, il n'y a pas d'autre solution qu'aller jusqu'au bout, sauf à être malade ou à retrouver un emploi. Du côté formateur, ce n'est pas simple non plus. Véronique Cantineau, responsable du secteur OISP au CESEP : " La chasse aux chômeurs fait que le stagiaire se sent poussé dans le dos, même si la formation le tente. De l'autre côté, les opérateurs de formation ont de moins en moins le droit à l'erreur en matière de sélection. Si le contenu ne correspond pas à l'attente du stagiaire ou si l'intégration se passe mal, on ne peut pas l'exclure sauf à lui faire courir le risque d'une sanction. "

 

 

 

Infos utiles : L'insertion socio-professionnelle, Articulations n° 29, 2007, www.cesep.be, onglet Services (périodique)