« Aie confiance en toi-même, et tu sauras vivre » (Goethe)

Chaque année, le CESEP propose à 100 demandeurs d'emploi des formations gratuites de 6 mois visant une réinsertion socioprofessionnelle.

 

Attentes et besoins des chercheurs d'emploi

En tant que formateurs en insertion socioprofessionnelle, nous sommes dès le départ concernés par les besoins et attentes de nos candidats en formation : les demandeurs d'emploi. En effet, de quoi ont-ils besoin pour trouver un emploi ? Qu'attendent-ils de nos formations ? Cette question est cruciale pour établir la liste et le contenu des cours. Au programme, il y a des modules qui concernent purement l'acquisition de connaissances : Word, Excel, dactylographie, français… et il y en a d'autres : communication, valorisation de son image, connaissance de soi…. C'est déjà laisser pressentir que nous sentons/savons que nos candidats ont besoin d'autres choses que seulement des compétences professionnelles supplémentaires pour (ré)-intégrer le monde du travail.

 

Lors des entretiens préalables à la formation, les candidats invoquent comme motivation première la volonté d'ajuster leurs compétences aux besoins du monde du travail : « Quand je regarde les annonces, je n'ai pas les compétences informatiques suffisantes… Il y a parfois aussi des motivations médicales, familiales, financières sous-jacentes. De temps à autre, des personnes glissent une petite phrase qui touche à quelque chose de plus intime : « je me sens inutile », « je voudrais prouver à mes enfants et à mon mari que je suis capable »… Et parfois les émotions surgissent à la place ou en plus des mots…

Au cours de la formation, après 3 à 4 semaines, lors d'un exercice pratique en Outlook, nous demandons aux personnes en formation d'envoyer à une formatrice psychologue un mail concernant leur « ressenti face à la formation », les laissant libres d'en dire peu ou prou, d'en parler de manière factuelle ou plus personnelle… Dans ces mails, les langues se délient. On peut faire l'hypothèse que c'est parce qu'il n'y a plus l'enjeu d'être accepté ou d'être refusé à la formation, qu'il y a déjà un peu de confiance établie entre participants et formateurs, que le stagiaire a déjà pris quelques points de repère au sein de la formation, qu'il a déjà des perceptions, des ressentis… Il est en formation, il éprouve les choses. « Je dois dire que je suis étonnée dans le bon sens du terme au niveau de cette formation. », « Je suis satisfaite de la formation ; elle répond à mes attentes voire plus », « J'étais bien loin de m'imaginer que ce serait un réel plaisir de venir chaque jour pour améliorer mes compétences », « Et tous les jours en me réveillant je me dis : ça va encore être une belle journée!», « Je peux dire que je suis au bon endroit ET au bon moment », « La formation du Cesep, c'est un tournant de ma vie : un nouveau commencement, une nouvelle direction »…

Pourtant au départ, les difficultés, réticences, craintes sont bien là : « J'aimerais que cette formation m'aide à sortir de moi, de ces "chaînes" qui m'empêchent d'être vraiment moi-même », « Avec vous, j'apprends ou je revois beaucoup de matières et ce n'est pas du luxe pour retrouver une nouvelle vie dans un emploi et simplement se sentir un peu moins nul », « J'ai entamé celle-ci avec crainte. J'étais consciente de mes lacunes et j'avoue avoir eu peur de me sentir débordée ou de ne pas parvenir à suivre! », « Au départ, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire de ma vie, ayant un passé assez instable », « Mon moral était dans les talons, ayant perdu mon jeune âge et mon boulot », « Souvent on pense être seul(e) dans cette situation, on se sent mal dans sa peau, on a peur... Peur de ne pas être à la hauteur, peur de n'avoir rien à offrir face à ce marché de l'emploi si exigeant », « Déculpabiliser face au manque de confiance en soi, face au fait d'être au chômage et en recherche de… de quoi au fait ? Comment chercher un emploi si on n'arrive plus à se situer, si l'image qu'on a de soi est toute barbouillée par les échecs précédents ? »…

Peur du lendemain, mal-être, souffrance… La personne se sent inadéquate, coupable, peu sûre d'elle… en doute sur elle-même et sur sa valeur propre, marginalisée…

On touche à un aspect intrinsèque, fondamental de l'être humain : l'estime de soi.

 

 

 

Recherche d'emploi et estime de soi

Christophe André et François Lelord, psychiatres et psychothérapeutes, écrivent : « Le chômage représente une série de pertes - de statuts, de revenus, de contacts sociaux - dont l'impact sur l'équilibre de la personne est toujours net. Beaucoup de nos patients chômeurs souffrent d'un profond sentiment de dévalorisation…(…). Moins on s'estime, moins on est capable d'investir de l'énergie dans la recherche d'un nouveau travail, moins on se présente positivement à un employeur éventuel, etc. Le rôle des professionnels de l'aide à la recherche d'emploi doit donc aussi consister à aider le chômeur à protéger ou à reconstruire son estime de soi ».

Selon ces auteurs, d'autres éléments interviennent également sur les altérations de l'estime de soi en cas de chômage : les profils de personnalité, la durée et la fréquence des périodes de chômage. De plus, il ne suffit pas toujours de retrouver un emploi pour faire taire cette dévalorisation de soi. L'empreinte laissée peut être profonde, une faille est ouverte et anxiogène.

Mais les auteurs ouvrent des pistes à explorer pour entretenir et réparer l'estime de soi.

 

Concept de l'estime de soi

Qu'est-ce que l'estime de soi, la confiance en soi, l'amour de soi ?

Si l'on se fie à l'étymologie :

L'estime de soi vient du latin « aestimare » qui signifie : « évaluer », c'est-à-dire « porter un jugement sur la valeur de », « opinion qu'on a de son mérite, de sa valeur ». On pourrait dire que c'est un jugement positif sur soi : on se donne une certaine valeur.

La confiance en soi vient du latin «fidere » qui signifie « se fier, croire » : « sentiment qui fait qu'on se fie à soi-même ». On évalue qu'on peut faire face aux événements de la vie, on a une certaine assurance pour affronter les situations.

Amour de soi : vient du latin «amare : « avoir du goût pour » : « éprouver de l'affection, de la sympathie pour »…

Nous avons posé la question à nos demandeurs d'emploi : pour vous, qu'est-ce que la confiance en vous, l'estime de vous ? Cela représente quoi ? D'où vient-elle, quelle en est sa source ? Comment se manifeste-t-elle concrètement ? Et voici quelques bribes de réponses :

« L'estime et la confiance en soi, c'est avant tout l'amour de soi! », « Je fais une différence entre la confiance et l'estime de soi. La confiance en soi est liée à nos actions. L'estime de soi est la façon dont on se juge. Quand la confiance et l'estime de soi sont négatives, elles peuvent amener des malaises sur le plan relationnel et sur la recherche d'emploi. L'entourage et l'éducation sont les principaux acteurs du développement de la confiance et de l'estime de soi. En effet, si on vous répète depuis que vous êtes petit, que vous n'arriverez jamais à rien, que vous êtes nul, que vous ne saurez jamais rien faire de vos dix doigts, ... votre estime de soi sera très négative, et, implicitement, vous n'aurez pas confiance en vous. J'ai dit plus haut que l'estime et la confiance étaient deux choses totalement différentes, cependant elles sont étroitement liées. Une mauvaise image de soi renvoie à un manque de confiance en soi. Concrètement, si vous vous sentez nul, vous n'oserez pas vous affirmer, vous présenter à quelqu'un ou encore, vous présenter pour un emploi. En d'autres termes, le manque de confiance et d'estime de soi amènent la peur des autres, de leur jugement et le repli sur soi », « Tout d'abord je dirais que la confiance en soi est très importante car c'est elle qui nous fait avancer. Je crois aussi que pour avoir confiance en soi il faut un minimum d'estime de soi-même et penser qu'on peut réussir »…

 

On le voit, il n'est pas si facile de faire la distinction !

L'estime de soi a ainsi plusieurs facettes (être content de soi, être sûr de soi, …) et chacun sent qu'il est fondamental pour son propre équilibre de s'estimer, de s'aimer, de croire en son potentiel…

C. André et F. Lelord confirment cela : « Ce regard-jugement que l'on porte sur soi est vital à notre équilibre psychologique. Lorsqu'il est positif, il permet d'agir efficacement, de se sentir bien dans sa peau, de faire face aux difficultés de l'existence. Mais quand il est négatif, il engendre nombre de souffrances et de désagréments qui viennent perturber notre quotidien ».

 

 

 

3 ingrédients essentiels

Pour C. André et F. Lelord, l'estime de soi repose sur une composition équilibrée de 3 éléments interdépendants : la confiance en soi (agir sans crainte excessive de l'échec et du jugement d'autrui) la vision de soi (croire en ses capacités, se projeter dans l'avenir) et l'amour de soi (se respecter, écouter ses besoins et ses aspirations). Ces 3 piliers nous ont été donnés au départ par nos pa-rents et notre entourage.

On peut garder espoir car l'estime de soi n'est pas la même dans tous les secteurs de la vie (vie professionnelle, vie sentimentale…) et peut changer tout au long de la vie. Rien n'est irrémédiable.

 

 

 

L'estime de soi est mobile

Dans les différents domaines de notre vie, nous cherchons à alimenter notre estime de soi : nous sentir appréciés par les autres et nous sentir compétents. Au cours d'une vie, l'estime de soi, les relations interpersonnelles, le statut professionnel… peuvent s'améliorer.

« Il est incontestable que certaines occasions de vie sont des nouveaux départs pour l'estime de soi. Une rencontre sentimentale (…), une rencontre amicale, l'insertion dans un groupe, l'accès à une profession, l'accession à un statut social – tout cela peut aider à la construction, ou plutôt parachever la consolidation d'une estime de soi jusqu'alors un peu hésitante». (C. André et F. Lelord)

Pour faire évoluer son estime de soi, il semble qu'il y ait, d'après ces auteurs, 3 domaines (et 9 clés) dans lesquels porter ses efforts : le rapport à soi-même (se connaître, s'accepter, être honnête avec soi), le rapport à l'action (agir, faire taire le critique intérieur, accepter l'échec) et le rapport aux autres (s'affirmer, être empathique, s'appuyer sur le soutien social). Changer un seul de ces aspects engendrera des réactions aux autres niveaux.

 

 

 

 

 

Témoignages des stagiaires

Modifications dans l'estime d'eux-mêmes en cours et en fin de formation

Quand nous posons la question de manière directe aux demandeurs d'emploi, ils confirment nettement que la formation a amélioré leurs rapports à eux-mêmes, aux autres et à l'action.

 

La formation que vous suivez chez nous a-t-elle une influence sur votre confiance en vous, l'estime de vous ?

OUI/NON. Si OUI : Pour vous, en quoi/comment la formation a-t-elle un impact chez vous au niveau de la confiance en soi, de l'estime de soi ?

 

« La formation a surtout eu de l'influence sur l'estime de moi. Grâce aux différents ateliers non-informatiques, j'ai appris à m'apprécier différemment. Certaines personnes dans mon groupe m'ont aussi fourni de précieux conseils. J'étais certaine qu'en faisant ma formation chez vous j'allais changer, mais j'ai confiance en moi maintenant, j'apprends à m'apprécier à ma juste valeur », « D'une part, la prise de conscience de mes capacités dans des domaines comme l'informatique est réparatrice et valorisante à mes yeux. D'autre part, je considère cette formation comme un laboratoire, un terrain d'expérimentations où je peux mettre en pratique, en toute sécurité (grâce à l'encadrement des formateurs et la gentillesse de mes camarades de « jeux ») ce que j'ai appris sur le sujet au fil de mes démarches personnelles de ces dernières années. Je considère ce temps et cet espace comme un « examen » avant de retourner (mieux préparée qu'il y a 20 ans !!!) dans le monde du travail », « La formation me donne deux aspects qui peuvent nourrir ma confiance en moi : 1/ une meilleure connaissance de moi. J'ai appris des choses significatives sur mon type de caractère et peux donc mieux m'écouter et respecter mes besoins, plus vite dans le temps, avant de sortir de ma zone de confort et de commencer à perdre de la confiance. Les nombreux exercices en groupe m'ont permis d'évaluer la façon dont je suis perçue à

l'extérieur. Cela aussi influence de façon positive ma confiance en moi. 2/ La progression dans les matières me permet de jauger mes capacités intellectuelles et l'acquisition réelle des matières. Cela aussi est

valorisant »

 

« La formation a eu les effets bénéfiques sur moi car grâce à elle je me suis vue capable d'apprendre et d'agir »

 

Merci à tous ceux qui ont participé et participent à nos formations.

Pour qu'ensemble, nous puissions toujours faire vivre ces paroles : « Cette formation est une leçon de vie », « Je me suis sentie redevenir un être humain ».

 

 

Réflexions de Bénédicte VANDENHAUTE

sur base de témoignages de stagiaires en formation

et du livre « L'estime de soi. S'aimer pour mieux vivre avec les autres », Christophe André et François Lelord, Éditions Odile Jacob, 2008