Par Caät et Suzanne

 

 

Suzanne anime régulièrement des séminaires d’analyse institutionnelle. Son intention est de permettre à chacun et chacune qui se trouve dans une situation apparemment confuse ou compliquée, d’ explorer les points aveugles, d’analyser et comprendre les enjeux et rapports de force, de repérer si oui ou non il y a de réelles perspectives de transformations sociales. Habituellement, elle mène ce travail en lien avec des situations professionnelles concrètes amenées par les professionnels en formation.

 

Mais, depuis la mi-novembre, les manifestations des « gilets jaunes » occupent les médias aux côtés d’autres manifestations, les « gilets mauves », une manifestation, en France, organisée à l’appel d’un collectif qui avait appelé à un «raz-de-marée féministe» contre les violences sexistes et sexuelles ou les «gilets verts» brandissant, eux, le droit à une transition écologique équitable pour tous reliant justice sociale, exigence démocratique, urgence écologique. Aux côtés de ces diverses formes d’expressions, d’autres manifestations occupent aussi le devant de l’actualité, les marches pour le climat, etc...

 

Suzanne observe plus particulièrement le mouvement des « gilets jaunes ». Elle en discute régulièrement avec ses collègues, parcourt les post sur les réseaux sociaux ou les articles dans la presse quotidienne, regarde les journaux télévisés. Elle décide d’en faire une séquence de travail dans son prochain séminaire d’analyse institutionnelle. Ce travail l’amène à reprendre des questions qui se posent régulièrement en formation et à revenir sur son rôle de formatrice en Éducation permanente.

 

 

 

Préparation du séminaire – Jour 2 - matinée

Intention : explorer de manière concrète ce qu’est « la citoyenneté », ce que veut dire « espace public », ce qu’est un « processus de transformation sociale » et, par l’analyse institutionnelle, observer et comprendre un fait d’actualité.

 

Objectif : sortir du manichéisme, le bon et le mauvais, le blanc et le noir, le pour et le contre et entrer dans la complexité du processus de transformation sociale; s’entraîner à percevoir, comparer et distinguer la diversité des points de vues et des aspects ; inviter les participants à la formation, comme acteurs associatifs à être curieux de l’actualité sociale et de son environnement.

 

Proposition de travail
- Au travers de différents articles qui présentent des points de vue différents un neuropsychiatre et essayiste, Boris Cyrulnik ; un économiste, Cédric Durand ; un sociologue, Razmig Keucheyan ; une journaliste, Marlène Toussaint et des caricatures de presse de Kroll
- en sous-groupe, identifier 3 à 4 éléments probants, aspects clefs abordés par l’auteur
- dresser une carte mentale autour de la question : en quoi et comment « les gilets jaunes » nourrissent un processus de transformation sociale ?

 

Durée : 3 heures. Cette séquence s’inscrit dans un séminaire de deux jours en aval d’un week-end d’entraînement mental et en amont de deux séminaires méthodologiques, la méthodologie de l’action collective et les intelligences citoyennes, dans le cadre de la formation à la conduite de projets sociaux et socioculturels (BAGIC).

 

Groupe : Une quinzaine de coordonnateurs d’associations en Éducation permanente ou développant des pratiques apparentées et une équipe pédagogique.

 

 

 

Questions récurentes

Où sont « les gens » ? Où s’engagent-ils ?
Très souvent les animateurs s’interrogent sur les centres d’intérêts et les aspirations des gens, sur la manière de « les » mobiliser collectivement. Des « gens » sont là. Ils occupent les rues et les réseaux sociaux depuis des semaines. Ils font de la politique hors-cadre syndicaux ou associatifs. Qu’en penser ?

 

Est-ce une question de crédibilité et de légitimité réciproques ? « L’institué » (les syndicats, les associations, les élus) n’est plus fiable ? « L’instituant », le mouvement des « gilets jaunes » ne l’est pas (encore) ?

 

Comment en Éducation permanente les travailleurs socioculturels peuvent-ils les rencontrer ? Faut-il le faire ? A quel prix ? Faut-il professionnaliser des mouvements spontanés ? Désintellectualiser l’action collective ? Passer une alliance entre la critique sociale et la critique intellectuelle ?

 

 

Le monde va changer ! ?
Les « gilets jaunes » est un soulèvement ? Un mouvement ? Social ? Politique ? Une mobilisation populaire ? Citoyenne ? Tout au moins, une forme de mobilisation fondée sur des injustices vécues au quotidien, différente de Tout autre chose, les Acteurs des temps présents, du Forum mondial ou de Nuit debout. Ceux-ci de près ou de loin ont à voir avec le monde académique, avec des acteurs associatifs ou syndicaux, les pratiques de concertation sociale ou d’action collective, traditionnelles, institutionnalisées.

- Une convergence des luttes sur quels aspects ? De quelles manières faire force commune ?
Quels sont les contours aujourd’hui de la question sociale ?

 

Doit-on changer le monde ?
Un autre monde est possible ou au contraire ce monde-ci n’est plus possible ? S’agit-il de chercher à transformer ou à défendre, garantir, préserver, conserver les acquis, les droits sociaux, politiques, culturels, environnementaux, économiques et les conditions de leurs exercices par et pour tous ?

 

 

 

Et mon rôle comme formatrice en Éducation Permanente ?

En reprenant le déroulé de la matinée, je suis encore plus convaincue aujourd’hui que les participants en formation, professionnels ou non, sont en capacité de construire une analyse réflexive sur eux-mêmes et sur leur environnement, d’entrer dans la complexité d’une situation si je mets à leur disposition une diversité de langages (des textes et des images), d’outils d’analyse et de méthodes.

 

Mes choix pédagogiques permettent a minima la mobilisation des connaissances présentes au sein d’un groupe. Ils permettent de déconstruire les certitudes que nous avons chacun et chacune, de complexifier l’analyse d’une situation, de se forger une conviction et de poser des choix d’actions. Être formatrice en Éducation permanente c’est former des acteurs de politiques culturelles. Il s’agit de pouvoir prendre position. On n’est pas neutre. Par ce travail d’analyse, je leur permets d’explorer, d’affirmer, de confirmer un positionnement politique.

 

Si ma priorité est de donner aux participants les outils de compréhension et d’interprétation du monde, des pistes pour renforcer un positionnement politique et passer à l’action, ne pas perdre de vue la possibilité de transfert de ces outils et démarches ailleurs avec les gens, des collègues, des partenaires, … sur d’autres problématiques. Penser à la réappropriation et au transfert des outils.

 

 

 

 

 

 

Articles utilisés dans le cadre du séminaire
Avec les Gilets jaunes, nous sommes dans une contagion émotionnelle. Boris Cyrulnik livre à We Demain son regard sur le mouvement des Gilets jaunes - Par Max Armanet - Publié le 8 Décembre 2018
Avec les gilets jaunes, pour une nouvelle hégémonie - Par Cédric Durand, économiste à l’Université Paris 13 et Razmig Keucheyan, sociologue à l’Université de Bordeaux — 11 décembre 2018 à 16:42
La fronde lycéenne continue, les incidents aussi - Par Marlène Thomas — 4 décembre 2018 à 17:10

Pour aller plus loin sur « les gilets jaunes »
Attention : derrière la haine de classe : le mépris de classe – Frank Lepage – Facebook
Gilets jaunes : des clés pour comprendre – éditions Syllepse – www. syllepse.net
Gilets jaunes, bonnets rouges, chemises noires et transition monétaire – André Peters – https://www.lemonde.fr/blog-mediateur/article
En immersion numérique avec les « gilets jaunes » - Roman Bornstein – Fondation Jean Jaurès