Le coût d'achat d'un logiciel informatique est dérisoire par rapport au coût total de propriété et d'utilisation. Alors que la majorité du secteur associatif boude encore et toujours les solutions ouvertes et mutualisées au bénéfice de standards propriétaires, tandis que les études se multiplient pour les pousser dans cette voie, les pouvoirs publics continuent à en tracer les bornes et à la creuser.

C'est en 2005 que les communes d'Andenne, Anderlues, Fléron, Morlanwelz, Sambreville, Seneffe, Trooz et Visé ont donné naissance avec le soutien de l'Union des Villes et Communes de Wallonie et de l'Institut Supérieur Industriel de Promotion Social à CommunesPLone : "Un regroupement de communes utilisant les mêmes technologies et méthodes pour le développement de sites web et d'applications métiers comme les téléservices, le collège ou la gestion du courrier." Le travail collaboratif est la pierre angulaire du projet dont la genèse est à chercher dans la volonté d'autonomie. Explication publiée à l'époque sur le site de l'UVCW : «CommunesPlone trouve son contexte dans la situation particulière de l'informatique des communes wallonnes : trop souvent, les fournisseurs de services informatiques usent de leur position dominante, négligent le service aux communes et cadenassent leurs produits. Cette emprise des sociétés informatiques est un facteur d'immobilisme. Elle empêche les communes de décider et d'agir en toute autonomie et de mener des politiques informatiques tournées vers l'avenir." Avec quelques passionnés, CommunesPlone donnera naissance à des outils logiciels comme Plone Meeting (gestion des délibérations), Urban (Permis d'urbanisme), Site Internet (boîte à outil pour la mise en place de sites communaux) ou encore e-Guichet (téléservices).

 

Contre l'hermétisme
Qualicité est né en 2006 d'une volonté « parallèle » de mutualiser des actions entre les communes de Ans, Arlon, La Louvière et Mons. « Qualicité a pour vocation de rassembler et fédérer les entités locales (communes, CPAS et Pouvoirs locaux) qui souhaitent partager, mettre en commun et avancer ensemble dans des projets de modernisations de leur structure, en ayant notamment recours aux technologies de l'information et de la communication ». Avec la même philosophie que CommunesPlones. Marc Barvais, à l'époque Président de Qualicité : « Le partage de l'information est un enjeu capital pour ces prochaines années. Or, les éditeurs de logiciel, pour des raisons essentiellement commerciales, proposent souvent des applications informatiques "hermétiques". Nos données y sont stockées, mais nous sommes dans l'impossibilité de pouvoir les utiliser à d'autres fins. De plus, l'éditeur est le seul à pouvoir modifier la solution. En concertation avec ses partenaires fédéraux et régionaux (Commissariat Easi-Wal) en matière de simplification administrative, Qualicité a la particularité d'intégrer à ses cahiers spéciaux des charges les normes et standards requis pour bénéficier de solutions interopérables. ». Institué en tant que Groupement d'Intérêt Economique, Qualicité planchera sur des projets d'informations des collèges et conseils,  le traitement proactif des permis d’urbanisme, la gestion des Emplois et des compétences du personnel, le suivi et la gestion des demandes de travaux , l’usage citoyen de la carte d’identité électronique et la gestion électronique des documents, dont le courrier bien entendu. Mêmes photos des besoins et des réponses à y apporter qu'avec CommunesPlone donc , mais cadrages et équipes différents.

 

Vers une structure unique
L'existence de deux initiatives séparées de mutualisation des moyens et d'outils informatiques à destination des pouvoirs locaux handicapait de facto la logique même de mutualisation la plus large et ouverte possible. En 2010, le projet e-communes a (notamment) eu pour objectif de réaliser une étude de faisabilité de création d'une structure unique regroupant le GIE Qualicité et CommunesPlone. Paul Furlan, Ministre Wallon des Pouvoirs locaux et de la Ville : «Ce travail entre Qualicité et CommunesPlone a abouti à la conclusion qu'une structure unique était souhaitable pour s'adresser à l'ensemble des pouvoirs locaux wallons. Elle réunirait donc les deux initiatives de mutualisation qui existaient précédemment au niveau des pouvoirs locaux de Wallonie : Qualicité et CommunesPlone, bénéficiant ainsi de leurs forces combinées et de toute leur expérience et connaissances. Cette nouvelle structure appelée IMIO est donc le fruit du rapprochement des autorités locales ayant porté les initiatives actuelles du côté de CommunesPlone et de Qualicité : Sambreville, La Bruyère, Floreffe, Gembloux, Thuin, Mons, Arlon, La Louvière, Ans, Marche-en-Famenne. ». Son objet social ? Paul Furlan : « Promouvoir et coordonner la mutualisation de solutions organisationnelles et de produits et services informatiques pour les pouvoirs locaux de Wallonie de manière coordonnée avec les instances en charge de ces matières au niveau régional wallon (Easi-wal et DTIC) et plus précisément :

1) Proposer une offre cohérente d'outils informatiques mutualisés et interopérables avec la Wallonie :
a) soit par le biais de la centrale de marchés ou d'achats qui acquerra via marchés publics des applications informatiques « métiers » de qualité et à un prix globalement plus avantageux pour les pouvoirs locaux que s'ils avaient acheté isolément les mêmes applications ;
b) soit par le développement, en interne, d'applications informatiques génériques et paramétrables, créées en mutualisation sous licence libre.
Dans ce cadre, la structure gérera un patrimoine de logiciels libres cohérents et robustes, appartenant aux pouvoirs publics, dont elle garantira la maitrise technique en interne, l'évolution, la pérennité et la diffusion dans le respect de la licence libre.

2) Proposer des solutions organisationnelles optimisées aux pouvoirs locaux 

Les bénéfices attendus de la mutualisation sont principalement des économies d'échelle et donc une diminution des coûts supportés par les pouvoirs locaux d'un côté, notamment au niveau des ressources humaines et matérielles, mais aussi par la Région qui ne financera désormais qu'une seule structure et qui bénéficiera par ailleurs de l'harmonisation technique et organisationnelle encouragée par IMIO. IMIO proposera donc, pour ses membres, des produits et services à des prix forfaitaires très avantageux et liés à leur taille. «




Structures autonomes

CommunesPlone et Qualicité sont donc désormais réunis dans une seule structure sous la forme d'une intercommunale dédiée aux projets E-Gov à l'intention des pouvoirs locaux. Physiquement, l'ex équipe de Qualicité reste en place à Mons, tandis que le team CommunesPlone a déménagé à Mornimont. Joël Lambilotte, coordinateur de CommunesPlone : « Il était temps que CommunesPlone, devenu mature, dispose d'une structure autonome. En même temps, il est tout à fait compréhensible que la Région Wallonne assure la cohérence des projets E-Gov à destination des pouvoirs locaux par le biais d'une structure unique. Un des objectifs prioritaire sera d'ailleurs de définir une stratégie commune. » IMIO, qui disposera d'un budget dégressif (1.321.000 € en 2012, 1.219.400 € en 2013 et 934.800 € en 2014), sera donc bicéphale. L'ex équipe CommunesPlone continuera d'avoir pour tâche de produire des logiciels libres répondant aux besoins des pouvoirs locaux. L'ex équipe de Qualicité travaillera à l'harmonisation des processus métier et à l'accompagnement (gestion de projets, élaboration des cahiers des charges, gestion du changement,...). Elle officiera également en tant que centrale d'achat de logiciels pour permettre aux pouvoirs locaux de bénéficier d'économies d'échelle. IMIO reprendra à son compte les outils suivant : PloneMeeting pour la gestion des délibérations, Téléservices, un guichet en ligne pour les documents et procédures administratives, « Emplois et Compétences » pour assurer la gestion prévisionnelle des ressources humaines et des compétences, « Services Travaux » pour gérer les services techniques, Urban pour la gestion de l'urbanisme et PloneMeeting pour la gestion des délibérations. IMIO continuera également à desservir des modèles de sites Internet communaux. Paul Furlan, Ministre des Pouvoirs Locaux : « IMIO est porté sur base volontaire par les pouvoirs locaux qui avaient initié les deux groupements soit Sambreville, La Bruyère, Floreffe, Gembloux et Thuin pour Plone et Mons, Arlon, La Louvière, Ans et Marche-en-Famenne pour Qualicité. Il est évident que le modèle de mutualisation est d'autant plus efficace qu'il y a de participants. La structure aura donc pour vocation d'accueillir tous les pouvoirs locaux intéressés, pour autant composés exclusivement d'acteurs publics. »

 

Un modèle à réfléchir

Bien sûr, le modèle est de loin transposable en l'état dans le secteur associatif mais la question d'outils communs, basés sur des réseaux d'intérêts communs, en fonctions de valeurs et de missions communes se posera de plus en plus dans une période où la voix de chacun va compter. A l'instar des pouvoirs publics locaux, les options technologiques « open source » et « mutualisation » ne devrait pas être négociables pour le secteur associatif. Du moins faut-il l'espérer...