Souvenez-vous, Internet est arrivé dans nos bureaux, dans nos maisons et dans certaines bibliothèques et écoles vers la fin des années 1990. Nous étions là, nous avons vécu cette incursion dans notre paysage quotidien. On se souvient parfois des premiers sites consultés, des premières recherches réalisées.

A l'époque, on se demandait ce que c'était exactement ces « autoroutes de l'informations », ce que ça pouvait bien nous apporter. Les pages mettaient du temps à se charger, elles étaient par conséquent assez simples (de rares images, pas d'autres multimédias, etc) et on payait un prix fou pour 15 heures de connexion par mois.

Les personnes qui créaient ces pages connaissaient le langage htlm et devaient quand même bien s'y connaître pour élaborer quelque chose de relativement esthétique. Peu à peu et de plus en plus vite Internet s'est développé et les fonctionnalités sont devenues de plus en plus nombreuses et étendues. Nous pouvions alors envoyer notre courrier directement via Internet, chercher des informations simples sur des sites existants et également participer à des forums.

Ces forums, toujours utilisés aujourd'hui, permettent aux utilisateurs d'échanger des informations ou opinions avec d'autres. Ils sont organisés par « fils de discussion », c'est-à-dire que les nouveaux sujets de discussions sont présentés à un premier niveau et suivent, aux niveaux inférieurs, les réactions liées à l'intervention à laquelle elles  répondent.

Après quelques années, les sites deviennent plus animés et dynamiques, grâce aux scripts php, à java et flash.

Les utilisateurs sont dans ce premiers temps face à des informations qu'ils vont consulter, rechercher et devoir sélectionner par eux-mêmes. Le contenu des pages est déposé par des techniciens et conçu pour partager des informations publiques. C'est ce qu'on appelle rétrospectivement le web 1.0.

 

Vers le web 2.0

Avec les premiers forums, les utilisateurs ont commencé par mettre leurs propres opinions sur la Toile. Plus tard, les wikis sont apparus. Cet outil permet à ses membres (parfois simples visiteurs) d'ajouter des informations parmi celles déjà déposées par d'autres membres. Un bel exemple est l'encyclopédie wikipédia créée par une multitude d'utilisateurs qui l'alimentent chaque jour, en ajoutant une phrase, un mot, une idée.

Ce sont alors les utilisateurs qui deviennent en même temps les concepteurs de contenus et les techniciens qui insèrent ces contenus sur la Toile. Les utilisateurs passent alors d'un état passif et consultatif à un état actif et créatif.

Une autre caractéristique de ce web 2.0 concerne le type de contenus. Alors que nous avions fin des années 1990 des contenus presque officiels, informatifs, nous avons aujourd'hui des contenus extrêmement variés. Dès lors que ce sont les internautes qui déposent des informations, celles-ci peuvent être aussi variées qu'il y a d'internautes.

Les données partagées sont davantage privées, créatives et parfois même intimes. Il existe aujourd'hui divers outils qui permettent aux utilisateurs de partager leurs informations. On connaît déjà les forums mais il y a aussi les nombreux commentaires que l'on trouve par exemple sur les sites de journaux et magazines. Quand on parle de commentaires on pense également aux blogs.

Les blogs sont gérés par une ou plusieurs personnes qui désirent partager des informations avec le public qui navigue sur le web. Les blogueurs rédigent régulièrement des « articles » qu'ils déposent sur leur blog. Ces articles peuvent être de véritables articles de presse (comme pour le blog « Les coulisses de Bruxelles » de Jean Quatremer, journaliste à Liberation) ou des recettes, des idées de bricolages, des carnets de voyages, etc. Cette approche peut être comparée à un journal intime... public. Public, puisque quiconque peut venir y insérer son commentaire, sa réaction.

L'organisation de ces articles se fait par ordre antéchronologique et on peut également retrouver les informations selon les « tags » (mots-clés) que l'auteur aura lié à ses articles.

Les wikis se différencient des blogs à plusieurs niveaux. Tout d'abord le contenu des wikis est souvent moins privé, moins intime. Il s'agit davantage d'une construction d'un grand recueil que d'un journal intime. Les informations sont alors apportées par différents utilisateurs et organisées par liens. Chaque page peut contenir une ou plusieurs informations et être liée à d'autres pages. Cela rappelle à certains d'entre nous les livres dont vous êtes le héros de notre enfance. Sur une page on nous propose alors différentes autres pages aux contenus liées à celui qui nous intéresse.

L'organisation peut tout à fait être telle une arborescence mais pas nécessairement. On peut donc sauter d'une page à l'autre, chaque fois inspiré par un nouveau lien proposé. En outre de la navigation, lorsqu'une page est créée, quiconque (qui en a les droits) peut toujours la modifier, l'enrichir ou la supprimer.

C'est tout cela que nous pourrions appeler le « web 2.0 », sans entrer dans les détails ou les discussions sur l'interprétation du concept. Le fait de pouvoir déposer, organiser et même modifier des informations soi-même, sans grande compétence technique, sur la Toile, fait précisément partie du web 2.0.

Les utilisateurs ne viennent alors plus seulement chercher l'information mais ils la créent. Ils sont devenus créateurs, concepteurs, de véritables acteurs du Net.

Après les blogs et les wikis, les réseaux sociaux voient le jour. Il s'agit alors de partager des informations personnelles sur le web. On peut ainsi répertorier nos amis, nos photos, nos documents, nos vidéos, nos musiques, nos diaporamas, etc. sur la Toile, et les rendre accessibles à tous. Rendre nos amis accessibles à tous? Oui, presque, puisqu'il devient possible pour un visiteur d'entrer en communication avec ceux-ci, pour peu que le visiteur en ait obtenu le droit. Les réseaux sociaux permettent le « réseautage », le fait d'enrichir quotidiennement ses contacts.

 

Le web 2.0 de la co-construction

Avec les outils du web 2.0 et plus particulièrement du web 2.0, nous sommes dans l'ère de la co-construction de contenus. Les utilisateurs d'un wiki vont pouvoir collaborer et créer ensemble un rapport, un projet, un livre ou même une encyclopédie.

Cet aspect correspond tout à fait à notre époque où l'on demande de plus en plus aux travailleurs de collaborer tout en étant efficace et productif. L'individu n'est plus un consommateur à la recherche d'un produit créé par un producteur. Il devient producteur et même collaborateur puisque les informations qu'il va produire seront lues et commentées par d'autres. Dans un wiki, les contenus seront également corrigés et complétés par d'autres.

Il semble alors que le wiki soit l'outil par excellence de la collaboration. Elle se fait pour le moment principalement par des utilisateurs volontaires qui décident de venir ajouter leur participation sur la Toile, mais certains ont déjà commencé à créer des wikis en entreprise. Ces wikis sont alors des espaces de réflexion pour lancer de nouveaux projets par exemple, ou des espaces de partage d'informations et de stockage.

Ainsi, un rapport pourra par exemple être créé par toute l'équipe directement en ligne. Chacun pouvant apporter ses connaissances sur les avancées d'un projet par exemple. C'est le principe même de l'intelligence collective qui est à l'œuvre ici. En effet, c'est la synergie et la mise en commun des connaissances et compétences de chacun qui va être mise en valeur.

Enfin, un suivi des modifications est prévu et on peut alors facilement savoir qui a apporté quels éléments et même revenir à une version précédente si nécessaire.

Ce type d'outil pour un organisme est particulièrement efficace lorsque les participants travaillent à distance, qu'il s'agisse de télétravail ou de partenariats. On voit là peut-être une nouvelle forme de travail, davantage collaboratif tout en persévérant dans une notion individualiste de la tâche à réaliser. Chacun apporte sa production, corrige celles des autres, sans grand débat parfois.

Alors que les réseaux sociaux semblent vouloir renforcer la convivialité sur la Toile, le wiki, s'il s'avère un outil d'une grande efficacité, accuse tout de même un réel manque de convivialité. Aux utilisateurs d'y être attentifs.

 

Le web 2.0 et l'éducation

Dans le secteur de l'éducation, les wikis, blogs et autres outils du web 2.0 ont également fait leur apparition. L'aspect collaboratif y est bien sûr mis en valeur mais également le contact avec le monde extérieur. 
En formation, les stagiaires sont en contact avec de nouveaux contenus, de nouveaux concepts. Ils peuvent alors les retrouver sur la Toile, mais aussi en discuter avec d'autres internautes. Les informations ne sont plus nécessairement apportées par le formateur, mais encadrées par celui-ci qui aura fait une recherche préalable pour sélectionner les bonnes informations. 
Le wiki pourra être utilisé en formation comme en entreprise : les stagiaires pourront créer de nouveaux contenus, mettre leurs notes et les résultats de leurs recherches en commun, ils pourront également y déposer leurs travaux et peut-être alors, s'ils l'autorisent, avoir des ajouts d'autres internautes visiteurs sur leur wiki. 
Les contenus créés en formation par les stagiaires sont alors de véritables productions qui ne servent plus d'alibi pour une assimilation de la matière. Ce ne sont plus des exercices « fictifs » ou des travaux adressés en réalité au formateur. Les stagiaires vont créer des contenus pour le public présent sur le Net. 
Nous sommes ici dans une approche actionnelle de l'apprentissage. Les stagiaires ne vont plus simuler un désaccord par exemple, mais réellement l'exprimer sur la Toile et observer les réactions (écrites) des visiteurs. Le but est toujours de former de véritables acteurs de notre société et avec le web 2.0, les stagiaires sont déjà des acteurs, dotés d'une force créatrice. 
Nous trouvons donc sur le web aussi bien l'interaction que la co-action. Et les deux sont intéressants à exploiter avec les stagiaires en formation.

 

Le web 2.0 : de l'esclavagisme moderne?

C'est certain, ces nouveaux outils, ce « web 2.0 » comme certains l'appellent, sont très présents aujourd'hui dans notre quotidien. Ils peuvent également être terriblement efficaces, pertinents et accessibles à tous.

Le consommateur du web 1.0 est devenu acteur du web 2.0. Acteur, concepteur, rédacteur? Tout le monde devient en effet un travailleur, un journaliste, un chercheur, etc. Dès lors que nous recherchons même une simple information ou que nous en sélectionnons une, nous sommes des travailleurs.

L'information proposée aujourd'hui est tellement énorme qu'elle est classée, hiérarchisée. Comment? En sélectionnant celle qui a davantage été sélectionnée par d'autres. L'encyclopédie wikipédia regroupe les définitions qui n'ont pas rencontrées de désaccord de la part des lecteurs. Ce n'est pas l'information la plus pertinente et la plus recherchée que l'on nous propose, mais celle qui a obtenu le plus de votes, le plus de satisfaction.

Ainsi, sur le site du journal Le Soir on peut par exemple voir quels sont les articles les plus consultés. Google nous propose également les sites les plus consultés. Et lorsque nous décidons à notre tour de les consulter, nous travaillons pour ces entreprises. Le moindre « clic » sur Internet peut donc devenir, un travail. Et nous travaillons tous alors pour ceux qui ont réussi à faire du web un véritable lieu de travail volontaire et non rémunéré.

« Il en va de même pour le marketing viral qui parvient à faire de la publicité sans qu’elle soit pour autant perçue comme telle. Les entreprises qui souhaitent faire connaître leurs produits vont chercher les moyens de faire parler de leurs produits de manière plus efficaces » nous explique Olivier Le Deuff dans son article sur le web 2.0.

Les internautes sont alors pris en otage, de manière souvent douce et subtile, par les entreprises. Ils vont eux aussi travailler « volontairement » et gratuitement (notons que parfois ils sont dédommagés en recevant le produit vanté).

Nos internautes ex-consommateurs, devenus acteurs, ne sont-ils pas finalement à nouveau consommateurs utilisés par les grandes entreprises? Ou sont-ils devenus les travailleurs modernes?

Enfin, se pose la question de la protection des données, de leur utilisation et de leur propriétaire. S'il existe des licences (creative commons) qui permettent de protéger nos oeuvres tout en les partageant, le fait que ces données sont parfois hébergées sur des sites propriétaires, nous force à nous poser la question de leur utilisation.

Karl Dubost, blogueur amateur de photos, n'hésite pas à parler d' « esclavage 2.0 » : « Nous assistons à la naissance d'une nouvelle forme d'esclavage.  Dans une chaîne de production, ce qui coûte souvent le plus cher c'est la main d'oeuvre. Dans une société où la valeur est indexée sur l'information, le marché recherche les sources de production de cette information ». Et les sources... c'est nous!

 

http://www.camilleroux.com/2008/07/21/histoire-et-avenir-du-web-ebook-pdf/

https://kmproject.wikispaces.com/La+petite+histoire+du+Web+2.0

Article d'Olivier Le Deuff : 

Article de Karl Dubost : 

http://www.slideshare.net/pcazeneuve/punk2funk-david-casacuberta

http://www.commentcamarche.net/faq/sujet-9699-le-wiki-en-entreprise