Du 23 au 29 février à Helsinki, un nuage vert lumineux flottait au dessus de la centrale thermique de Salmisaari. Cela ressemblait à la rencontre d'une aurore boréale avec la pollution citadine. C'était une projection laser fruit de l'imagination du duo d'artistes finlandais Hehe, à l'oeuvre dans l'édition du festival Pixelache en Finlande. 
Le projet Nuage vert a été conçu en 2003 par Helen Evans (Royaume-Uni) et Heiko Hansen (Allemagne) qui forment le tandem HeHe, basé à Paris. Le duo a récemment participé à l'exposition anniversaire du Centre Georges Pompidou " Airs de Paris ", pour laquelle il a créé le dispositif " Champ d'ozone " qui renseignait sur la concentration d'air pollué en projetant une image simple sur la vitre du Centre Pompidou, comme une sculpture aérienne et transparente.

Sculpter la pollution
Le principe de Nuage vert est de projeter une image laser sur le contour fluctuant du nuage de vapeur, et d'en ajuster la forme et la taille en fonction des niveaux de consommation d'électricité en temps réel des habitants de Ruoholahti. La taille du nuage augmentait à mesure que la consommation en électricité des habitants du quartier Ruoholahti d'Helsinki baissait. Au cours de la semaine, les habitants ont été invités à réduire leur consommation électrique afin de nourrir le nuage vert et le faire s'agrandir. La cheminée et les émissions de vapeur étaient ainsi devenues une sculpture environnementale et un outil de mesure à l'échelle d'une communauté urbaine. Tout en restant un symbole de la pollution industrielle. Une opération " une heure sans prise " a été organisée le 29 février, bien suivie par les habitants et par des entreprises comme Nokia ou la compagnie des tramways de Helsinki. Projet artistique à l'échelle de la ville, Nuage vert propose d'utiliser les émissions de vapeur qui s'élèvent d'un incinérateur ménager comme support pour l'illumination. Le projet vise à unir des organismes bénévoles, publics et privés, actifs dans les domaines industriels, culturels, scientifiques et écologiques.

City Sonics
Retour en Belgique. Chaque été depuis 2003, Transcultures (Centre interdisciplinaire des cultures électroniques nouvellement installé sur le site des Abattoirs à Mons) et le service culture de la Ville de Mons proposent avec City Sonics (directeur artistique : Philippe Franck) un itinéraire sonore singulier dans l'espace de la cité ré-enchantée. Des installations, des environnements, des salons d'écoute, des performances, des concerts électro et des rencontres mettent en espace des sons, des paroles et des musiques auxquels peuvent faire écho des images. 
City Sonics invite le public à une déambulation ludique et poétique au cœur des univers sonores d'aujourd'hui. Ce festival nomade regroupe des artistes belges et internationaux issus de différentes disciplines (musiques actuelles, arts visuels, littérature, arts numériques, création radiophonique, design,...) dans divers lieux patrimoniaux et insolites. Le parcours City Sonics investissait plusieurs lieux du centre (Salle Saint-Georges-Grand Place point de départ de la visite, Médiathèque, Maison Folie,... Faculté Polytechnique de Mons-Bd Dolez, jusque la Machine à Eau) avec des créations ou premières belges mais aussi un programme d' " émergences sonores " avec une sélection de jeunes artistes issus d'écoles d'art belges (dont l'ESAPV Mons et l'ENSAV La Cambre) et européennes.

Transfrontalier
Des collaborations transfrontalières aussi avec, entre autres, le Manège de Maubeuge (dans le cadre du festival les Folies, création Chambres d'hôtel la nouvelle performance-installation de T.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e) étaient également au programme ainsi qu'avec le festival les Bains numériques , l'Espace multimédia Gantner et Linz2009, Capitale européenne de la culture.

Pratiques émergentes
Dominique Moulon : " Il y a, en Belgique, bon nombre de festivals qui s'articulent autour de pratiques artistiques émergentes, parmi lesquels Almost Cinema, Artefact, Courtisane, City Sonics, Happy New Ears, Jonctions, Transnumériques, VIA et enfin Cimatics, dont la cinquième édition s'est tenue, durant trois soirées du mois de novembre dernier, au Beursschouwburg de Bruxelles, l'usage du code informatique en art participe des problématiques développées par un nombre grandissant de structures belges dont le CeCN, Constant, FoAM, l'iMAL, Le Manège, Nadine, Okno, Transcultures, VJ10, le Vooruit ou enfin le Mediaruimte qui est localisé à quelques pas du Beursschouwburg. Cette galerie est un peu particulière puisqu'elle n'ouvre que le soir et est tenue par un collectif d'artistes nommé LAb[au]. Ceux-ci se sont spécialisés dans le MetaDesign qu'ils définissent telle : " une discipline basée sur des codes / langages réunissant des concepts tirés de la communication, des sciences du traitement de l'information (sciences cognitives), des méthodologies de production et de conception (design) et des concepts d'espace (architecture) ".

Météo bancaire
" Nombreux sont les bruxellois qui ne connaissent pas les LAb[au] bien qu'ils aient, pour la plupart, été témoins de leurs actions au sein de l'espace urbain, notamment au travers de la célèbre tour Dexia. Cette dernière compte parmi les plus hautes de la ville et 4200 de ses fenêtres ont été équipées de diodes électroluminescentes rouges vertes et bleues. Aussi les LAb[au], en 2006, l'ont transformée en une installation urbaine interactive en permettant au public d'interagir sur les couleurs de ses fenêtres pixels à l'aide d'une table écran tactile. Par cette action intitulée "Touch +/- 0", le collectif bruxellois offrait ainsi au public le "contrôle" de tout un quartier puisque les matériaux réfléchissants des architectures environnantes, par un simple phénomène de contamination, réagissaient eux aussi aux désirs du public. Plus récemment, lPes LAb[au] ont entamé une série de variations intitulée "Who's afraid of Red, Green and Blue" en référence aux recherches antérieures de l'artiste américain Barnett Newman. Les couleurs de la tour, durant le premier opus, traduisaient le temps qui passe, les heures devenues rouges, les minutes vertes et les secondes bleues, durant qu'elles nous informent, depuis peu, du temps qu'il fera demain. Quant aux prochaines variations qui augmenteront l'architecture de la Dexia Tower de quelques informations, elles sont encore en gestation au sein du "laboratoire" du Mediaruimte. "

Code 31
"Les méthodes de travail collaboratives inhérentes au modèle coopératif du collectif conviennent tout particulièrement aux artistes exploitant les technologies et médias numériques qui ainsi associent leurs compétences au sein de groupes tel Code 31, MéTAmorphoZ, Transitscape ou Workspace Unlimited. Ce dernier est localisé à Gand et a été fondé par l'artiste multimédia Thomas Soetens et l'architecte Kora Van Den Bulcke. Ils travaillent ensemble, depuis 2002, à la création d'un monde virtuel intitulé "Common Grounds" qu'ils bâtissent par étapes successives au gré de leurs interventions en centres d'art et de recherches tels la SAT de Montréal, le V2 de Rotterdam ou le Vooruit de Gand. A chacun de ces lieux correspond une nouvelle entrée, un nouveau passage allant de l'espace réel à sa reconstitution partielle via le moteur de jeu de Quake."

Jeu de dieux
" Restons à Gand où il n'y a que quelques canaux à traverser pour aller de l'atelier de Workspace Unlimited au studio de développement de jeux Tale of Tales fondé par les Net artistes Auriea Harvey et Michaël Samyn qui sont à l'origine du projet "The Endless Forest". Il s'agit d'une application qui se télécharge gratuitement, se lance tel un économiseur d'écran et se contrôle comme un jeu vidéo en trois dimensions. Ainsi, une forêt sans fin émerge de l'ordinateur dès lors que celui-ci s'assoupit. L'écran prend alors les allures d'un paysage d'Arnold Bocklin où l'on incarne un cerf à visage humain qui n'est pas sans évoquer le dieu cerf de "Princesse Mononoké". Ce dernier se repose aussi, mais se met à marcher ou courir selon les touches activées. Il n'est pas seul puisque entouré par d'autres animaux et peut communiquer via quelques postures avec ses congénères qui ne sont autres que les avatars des internautes connectés. C'est bien d'un jeu dont il s'agit, mais sans but ni quête. Une application en ligne qui autorise les échanges dès lors que l'on se passe du langage. Un univers persistant en trois dimensions où les Linden Dollars n'ont pas cours. Bref un monde pacifié où l'on entend les bruits de la nature, du vent, de l'eau et des oiseaux. Mais il s'y passe pourtant de drôles de choses lorsque les concepteurs y interviennent en incarnant les dieux jumeaux ou "Twin Gods" durant les performances qu'ils qualifient d'"Abiogenesis", un terme qui évoque l'origine du vivant en grec. Et attention à la mare ! "

Décloisonnement
"Les technologies et médias numériques, nous le savons, participent aussi du décloisonnement entre les pratiques artistiques. Aussi, il est quelques chorégraphes ou compositeurs belges, à l'instar de Michèle Noiret, Todor Todoroff ou Thierry De Mey, qui se sont saisis des dispositifs de captation pour inventer de nouvelles formes d'écritures scéniques. Et là, c'est le corps, augmenté par les machines, qui fait lien entre l'image, ou la lumière, et le son comme dans la performance "Light Music" de Thierry De Mey qui nous dit de ce titre anglais qu'il " autorise le jeu de mots "musique légère" puisque l'instrumentiste ne dispose d'aucun "instrument" ". C'est Jean Geoffroy cet instrumentiste qui, situé au centre de la scène, dans l'ombre, sculpte les sons que l'on perçoit et contrôle les traces éphémères qui sont projetées derrière lui en déplaçant ses mains dans une zone de lumière, devant lui. Ces multiples couches, dès les premières minutes, font littéralement corps avec Jean Geoffroy qui extirpe des sons avec ses mains dont les mouvements sont convertis en autant de traces lumineuses."

Scène numérique belge
"Il y a encore bien des artistes sur la scène numérique belge tels Nicolas Dufrane, Pierre Philipe Hofmann, Bernard Lepercq, Thomas Israël, Olivier Vanderaa ou Walter Verdin. Et citons, pour terminer, l'installation conçue par Tom Heene et Yacine Sebti qui s'intitule "Salt Lake". Il s'agit d'un dispositif immersif que l'on explore seul et qui comptait parmi la programmation d'Eva de Groote durant le festival Almost Cinema 2007. "

 

Sources et informations

http://nuagevert.org
www.nouveauxmedias.net

Les Arts numériques en Belgique, Article rédigé par Dominique Moulon pour Images Magazine, mars 2008