Internet est considéré par les investisseurs " qui savent " comme la meilleure pompe à fric légale de tous les temps, conferatur l'indécence de fortunes bâties en quelques années par des sociétés comme Google. Une société qui a acquis un monopole de fait sur la gestion de l'information en ligne. A cause d'un média qui est aussi un espace privilégié de résistance et de 
liberté d'expression.

C'est en 1993 qu'Ignacio Ramonet, le Directeur de la rédaction du Monde Diplomatique, célébrait la création de l'Observatoire International des Médias, un espace d'information non conta-miné destiné à contrebalancer les excès de pouvoir des grands groupes médiatiques qui imposent, en matière d'information, une logique unique : celle du marché. En parallèle, ces oligopoles épousent de manière fusionnelle la dynamique du capita-lisme en concentrant à l'extrême tous les leviers de tous les médias, de la presse à radio, en passant par Internet et la TV.

Ignacio Ramonet : " Les groupes médiatiques possèdent désormais deux caractéristiques : premièrement, ils s'occupent de tout ce qui relève de l'écrit, de tout ce qui relève de l'image, de tout ce qui relève du son, et diffusent cela au moyen des canaux les plus divers (presse écrite, radios, télévisions hertziennes, câble ou satellite, via Internet et par toutes sortes de réseaux numériques). Seconde caractéristique : ces groupes sont mondiaux, planétaires, globaux et pas seulement nationaux ou locaux. Ces hyperentreprises contemporaines, par des méca-nismes de concentration, s'emparent des secteurs médiatiques les plus divers dans de nombreux pays, dans tous les continents, et deviennent de la sorte, par leur poids économique et par leur importance idéologique, des acteurs centraux de la mondialisation libérale. " Ce n'est plus là que l'ombre du fameux " quatrième pouvoir ", celui qui, à côté du législatif, de l'exécutif et du judiciaire, constituait un recours face aux abus des pouvoirs : " Préoccupés surtout par la poursuite de leur gigantisme, qui les contraint à courtiser les autres pouvoirs, ces grands groupes ne se proposent plus, comme objectif civique, d'être un quatrième pouvoir, ni de dénoncer les abus contre le droit, ni de corriger les dysfonctionnements de la démocratie. Ils s'ajoutent aux autres pouvoirs existants pour écraser à leur tour, comme pouvoir supplémentaire, comme pouvoir médiatique, les citoyens. Et Ramonet de célébrer, avec l'Observatoire international des médias, " La création d'un cinquième pouvoir qui permette d'opposer une force civique citoyenne à la nouvelle coalition des dominants. Un cinquième pouvoir dont la fonction serait de dénoncer le superpouvoir des médias, des grands groupes médiatiques complices et diffuseurs de la globalisation libérale ".

Pas observateurs mais propagandistes
En juillet dernier, Acrimed (Action-Critique-Médias), l'association française de critique des médias prolongeait le débat lors d'une rencontre avec Attac (mouvement né par ailleurs à la suite d'un éditorial de Ramonet et un bel exemple de résistance et de croissance sur et grâce à Internet) : " Du point de vue économique, les principales entreprises médiatiques (et industries de la culture, de la communication, du divertissement et des loisirs) ne sont pas des proies de la mondialisation libérale et du libéralisme économique, mais en sont des acteurs de premier plan qui jouent un rôle déterminant dans la financiarisation généralisée de toutes les activités humaines. Les médias publics et les médias privés de moindre importance que les conglomérats concentrés et multinationaux subissent, voire accentuent, cette tendance en raison, notamment, de la concurrence et de l'emprise de la publicité. Du point de vue éditorial, les médias dominants ne sont pas des observateurs de la mondialisation libérale, mais en sont des propagandistes. L'orientation néolibérale des grands médias ne fait aucun doute. Et les différences entre les médias et entre les journalismes ne doivent pas masquer les tendances les plus lourdes, voire dispenser de les contester et d'en critiquer les porteurs. "

Résistances sur Internet
Le média Internet n'échappe pas loin s'en faut au phénomène de globalisation, il suffit de regarder le monopole de fait dans la gestion des connaissances qu'a acquis une société comme Google. En même temps, son fonctionnement se prête à merveille à la création d'espaces libres d'expression et de résistances. Le 5 novembre, le site contestataire pakistan.wikia.com a vu le jour : il est présenté comme " une initiative indépendante d'étudiants pakistanais contre l'injustice et l'oppression ". Sa fonction : tenir informé son public des activités estudiantines organisées contre la déclaration d'état d'urgence. Le site a aussi servi à avertir tout le pays de l'organisation d'une manifestation le 7 novembre 2007 qui a réuni 1000 personnes. Ces événements ont été relayés par les blogues Metroblogging Lahore et Metroblogging Karachi qui ont posté des commentaires sur l'état d'urgence et ses conséquences dans différentes villes du Pakistan. Des utilisateurs du réseau social Facebook ont pris le relais dans la rubrique "Evénement ", la "Manifestation des étudiants pour un Pakistan libre " a servi de mot d'ordre aux étudiants.

Quand cliquer rime avec résister
Selon Addi, webmaster du site de défense berbère " Tankra ", les visites sur www.tankra.fr.st se sont multipliées lors des événements d'Imtghren. Des articles et des photos des victimes, publiés sur le site, ont été imprimés et affichés dans les lycées de la ville et de la région : " Aucun journal local n'a relaté les agressions d'Imtghren. Même la presse à scandale n'a pas parlé du massacre des étudiants universitaires. Internet a été notre salut. Grâce à lui, l'affaire des étudiants d'Imtghren a éclaté au visage des autorités. Dans les différents villages et villes de Tamazgha occidentale, " cliquez " rime désormais avec " résister ".

 

Les ennemis d'Internet
Une résistance, c'est la preuve de son existence, de sa crédibi-lité et de son efficacité croissantes, que les pouvoirs en place veulent maîtriser voire réprimer. Reporters sans Frontières tient à jour (en ligne...) sa liste des ennemis d'Internet. Ils étaient 13 fin janvier. "L'Arabie saoudite ne se cache pas de censurer le Réseau. Contrairement à la Chine, où les blocages de sites sont déguisés en problèmes techniques, les filtres saoudiens indiquent clairement aux internautes que certaines pages Web sont interdites par les autorités. La censure se concentre sur les contenus pornographiques, mais elle touche également les sites de l'opposition politique, les publications israéliennes ou celles traitant de l'homosexualité. Les blogues posent également pro-blème aux censeurs saoudiens. En 2005, ces derniers ont tenté de bloquer complètement l'accès au principal outil de blogue du pays, blogger.com. Ils sont revenus quelques jours plus tard sur cette décision et bloquent aujourd'hui uniquement les blogues qui les dérangent. Par exemple, en juin 2006, ils ont ajouté à leur liste noire le journal intime de "Saudi Eve", une jeune femme qui osait parler de sa vie amoureuse et critiquer la politique de censure du gouvernement. "

 

Attaques informatiques
" Le gouvernement Biélorusse, qui possède un monopole sur les télécoms du pays, n'hésite pas à bloquer l'accès aux sites d'opposition lorsqu'il le juge nécessaire, notamment en période électorale. Les publications indépendantes sont par ailleurs régulièrement victimes d'attaques informatiques. Ainsi, en mars 2006, plusieurs sites critiques de l'actuel chef de l'Etat, Alexandre Loukashenko, ont mystérieusement disparu de la Toile pendant plusieurs jours. "

Surveillance étroite
" La politique de l'Etat birman en matière d'Internet est encore plus répressive que celle de ses voisins chinois et vietnamiens. La junte au pouvoir filtre bien sûr les sites d'opposition. Elle surveille surtout très étroitement les cybercafés, dont les ordinateurs prennent automatiquement des captures d'écran, toutes les cinq minutes, afin de surveiller l'activité des internautes. En juin 2006, les autorités s'en sont prises aux services de téléphonie et de chat sur Internet, bloquant par exemple l'accès à Gtalk de Google. L'objectif est double : d'une part préserver le juteux marché des télécommunications longues distances jusque-là contrôlé par des entreprises d'Etat ; d'autre part écarter les cyberdissidents de ce moyen de communication difficile à mettre sur écoute. "

 

Le champion du filtrage
" La Chine reste sans conteste le pays le plus avancé en matière de filtrage d'Internet. Les autorités suivent avec attention les évolutions technologiques pour s'assurer qu'aucune n'ouvre une nouvelle fenêtre de libre expression. Ainsi, après les sites Internet et les forums de discussion, les autorités se concentrent aujourd'hui sur les blogs et les sites permettant l'échange de vidéos. Le pays compterait aujourd'hui près de 17 millions de blogueurs. Un chiffre énorme, certes, mais très peu d'entre eux osent aborder des sujets sensibles, encore moins critiquer la politique du gouvernement. Tout d'abord parce que les outils de blogs du pays incluent tous des filtres qui bloquent les mots clefs "subversifs". Ensuite parce que les entreprises qui exploitent ces services, qu'elles soient locales ou étrangères, sont mises sous pression par les autorités, qui leur imposent de contrôler les contenus qu'elles hébergent. Des armées de mo-dérateurs travaillent donc, au sein de ces sociétés, pour assainir les contenus produits par les blogueurs. Enfin, dans un pays où 52 personnes sont en prison pour s'être exprimées trop librement sur Internet, l'autocensure fonctionne à plein régime. Il y a encore cinq ans, beaucoup pensaient qu'Internet, média libre prétendument incontrôlable, allait révolutionner la société chinoise et son système politique. Aujourd'hui, alors que ce pays dispose d'une influence géopolitique croissante, la question semble s'être inversée : c'est peut-être le modèle chinois d'Internet, basé sur la censure et la surveillance, qui pourrait un jour s'imposer au reste du monde. "

 

Internet contre révolutionnaire
Une enquête menée par Reporters sans frontières en octobre dernier a révélé que le gouvernement cubain utilise plusieurs leviers pour s'assurer que ce média n'est pas utilisé de manière "contre-révolutionnaire". " Tout d'abord, il a peu ou prou interdit les connexions privées au Réseau. Pour surfer ou consulter leurs e-mails, les Cubains doivent donc obligatoirement passer par des points d'accès publics (cybercafés, universités, "clubs informatiques pour la jeunesse", etc), où il est plus facile de surveiller leur activité. Ensuite, la police cubaine a installé, sur tous les ordinateurs des cybercafés et des grands hôtels, des logiciels qui déclenchent un message d'alerte lorsque des mots clés "subversifs" sont repérés. Le régime s'assure par ailleurs que les opposants politiques et les journalistes indépendants n'accèdent pas à Internet. Pour ces derniers, communiquer avec l'étranger est un véritable chemin de croix. Enfin, le gouvernement mise sur l'autocensure. A Cuba, on peut être condamné à vingt ans de prison pour quelques articles "contre-révolutionnaires" publiés sur des sites étrangers et à cinq ans simplement pour s'être connecté au Net de manière illégale. Peu d'internautes osent défier la censure de l'Etat et prendre un tel risque. "

 

Blogosphère
Dries Messaoudi, Blogeur Marocain : " La Blogosphère peut changer le monde. Le nombre de ces journaux personnels, qui se multiplient sur la toile, dépassent les 10.000 au Maroc " Et un nouveau blogue s'ouvre dans le monde toutes les quatre secon-des. Messaoudi : " Dans la mesure où les blogueurs sont libres de commenter à leur guise faits d'actualités et phénomènes de société, rien d'étonnant à ce qu'ils soient perçus comme autant d'éditorialistes. C'est ainsi que la blogosphère s'impose petit à petit comme un média alternatif, comme un cinquième pouvoir, en parallèle du quatrième. " Le succès de ces espaces d'expression privée/publique est tel qu'on en trouve désormais dans tous les journaux et plus largement dans tous les médias en ligne, dans ce qu'on ne peut pas s'empêcher de considérer comme une vaste tentative (entreprise ?) de récupération (en ligne toujours).

 

Contrôle des sources
Aujourd'hui, toute personne connectée peut s'exprimer sur soi et sur tout, faire naître des rumeurs ou plus souvent les relayer en " bégayant " des morceaux d'information copiés/collés à la va vite et en aveugle. Avec Internet, les points d'informations et d'expressions se sont multipliés à l'infini, sans autre garde fou que le nombre souvent confidentiel de ces dizaines de millions de blogues qui ne commencent à peser que lorsqu'ils s'enflamment de manière uniforme et propagent les " nouvelles " à la vitesse de la lumière, sans aucun contrôle, sans recul, par un simple clic de la souris. A l'évidence, l'enjeu majeur du cinquième pouvoir sera le contrôle des sources. Dans tous les sens du terme.

 

Infos utiles
- Ignace Ramonet, Le cinquième pouvoir. Le Monde Diplomatique 
http://www.monde-diplomatique.fr/2003/10/RAMONET/10395
- Thierry Crouzet, " Le cinquième Pouvoir ", janvier 2007, Bourin Editeur )
- Reporters sans frontières - www.rsf.org (La liste des 13 ennemis d'Internet, 
http://www.rsf.org/article.php3?id_article=19601
- ACRIMED quand Attac s'interroge sur les médias / http://www.acrimed.org/article2720.html