Le verdict du procès de Shi Tao, condamné en avril 2005 à dix ans de prison pour " divulgation illégale de secrets d'Etat à l'étranger " montre que la filiale de Hong Kong de Yahoo a transmis à la police les informations qui ont conduit à sa condamnation à 10 ans de prison.

Yahoo ! Holdings s'est montré très zélé. Elle a fourni à la police des informations détaillées sur le compte de Shi Tao (huoyan1989@yahoo.com.cn), transmis son adresse IP et le message, considéré comme secret d'Etat par la justice chinoise, qui sera utilisé à charge lors du procès. Ce n'est pas la première fois que Yahoo collabore. En 2003, Wang Xiaoning a été condamné à dix ans de prison pour avoir publié des articles "subversifs" sur Internet. Toujours en 2003, Li Zhi a été condamné à huit ans de prison pour "incitation à la subversion". Il avait en effet qualifié les pratiques des hommes politiques locaux de "mafieuses" sur des forums de discussions et dans des articles sur Internet. Un an plus tôt Jiang Lijun, un activiste avait été condamné pour "incitation à la subversion des autorités de l'Etat". Selon la police, qui l'avait déjà arrêté plusieurs fois à cause de ses publications sur le Net, il était le chef de file d'un groupe de cyberdissidents. Il a été libéré le 5 novembre 2006.

Actionnaires Yahoo : non aux droits de l'homme
Yahoo est un vieux routinier de la censure en ligne. Sur ce point là au moins, Google et Yahoo s'entendent à merveille. L'année passée, les actionnaires de Google ont rejeté une résolution du fonds de pension de la ville de New York attentif au droit à la liberté d'expression. Cette demande avait été motivée par la décision de Google de censurer les résultats de son moteur de recherche chinois en supprimant tout ce qui pouvait déplaire à la dictature en place. La même résolution a été soumise aux actionnaires de Yahoo, qui ont rejeté en bloc les propositions établies pour interdire la censure exercée sur l'Internet par les autorités chinoises et pour soutenir le respect des droits de l'homme. 15 % : tel est le pourcentage de votes favorables recueillis suite à la proposition formulée au cours de l'assemblée générale annuelle du groupe Internet concernant l'adoption d'une politique globale de lutte contre la censure. Une autre proposition visant à instaurer un comité des droits de l'homme au sein de Yahoo afin d'en examiner le mode de fonctionnement n'a pas suscité davantage d'engouement, recueillant seulement 4 % de votes favorables.

On censure, oui mais pas beaucoup
Et la réaction des gentils Google Boys qui veulent rendre le savoir universellement accessible ? " Nous apprécions l'esprit de cette résolution, mais nous y opposons car nous ne pensons pas qu'en fin de compte elle puisse faire avancer la liberté d'expression et d'accès à l'information en Chine. Pour nous, se retirer de Chine et fermer le site Google.cn n'est pas la bonne solution pour l'instant, ni la bonne réponse au problème de la censure d'Internet, devait déclarer David Drummond, le responsable juridique de Google juste avant la séance. Et Eric Schmidt, le PDG de Google d'ajouter que les contenus censurés ne représentaient que 1% des résultats ". Parmi les mesures recommandées par le Fonds New Yorkais, on citera l'engagement à ne pas stocker les données personnelles permettant d'identifier les surfeurs sur des machines placées dans les pays ne respectant par la liberté d'expression. Ainsi que celui de n'être pas " pro actif " en matière de censure. Les actionnaires de Google, soucieux du cours de l'action du numéro un mondial de la publicité en ligne, ont rejeté ces propositions.

Google : business is business
Le fonds ne se décourage pas pour autant : il a remis cette année une résolution qui devait être débattue en ce mois de mai, visant à contraindre Google à ne pas stocker de données permettant d'identifier des individus dans des pays non démocratiques, à résister aux demandes de censure, à informer les utilisateurs des contenus qui ont fait l'objet de censure, et à les tenir au courant de ses pratiques en matière de rétention de données. Une deuxième proposition, faite par Harrington Investments, un fond spécialisé dans les investissements éthiques, vise à créer un comité de conseil en charge de formuler des recommandations sur toutes les questions touchant aux droits de l'homme que soulèvent le fonctionnement et les pratiques de Google. Sans surprise, les gentils milliardaires ont recommandé à leurs actionnaires de rejeter ces deux initiatives susceptibles de faire baisser la pluie de dollars en n'exploitant pas à fond le formidable potentiel du marché publicitaire en Chine. Ce au même moment où l'Etat communiste censure sur YouTube, une autre acquisition de Google, des vidéos ayant trait aux événement du Tibet.

Sites critiques non référencés
Julien Pain, Responsable du bureau Internet et Libertés de Reporters sans frontières : " Certes, les prédateurs de la liberté d'expression ne sont pas tous égaux devant Internet. La Chine exerce un contrôle implacable sur les informations produites et téléchargées par les internautes. Elle dispose en effet d'énormes moyens financiers pour produire ou acheter des technologies de contrôle d'Internet et s'offrir les services de bataillons de mouchards et de cyberpoliciers. Ce pays dispose surtout du poids nécessaire pour imposer ses vues aux entreprises étrangères travaillant dans ce secteur. Yahoo !, Google, Microsoft et autre Cisco Systems ont tous accepté de censurer leurs moteurs de recherche pour faire disparaître les sites trop critiques envers Pékin. 
Ce faisant, elles facilitent immensément la tâche des autorités chinoises, car leurs outils sont les principales portes d'entrée sur le Web. Si un site d'informations n'est pas référencé par ces moteurs, ses articles seront autant de bouteilles jetées à la mer. "

Le téléphone en ligne censuré
Dans une lettre ouverte datée de fin mars, le professeur chinois Guo Quan affirme son intention de poursuivre les deux moteurs de recherche pour l'avoir exclus de leurs résultats. Après avoir fondé un parti démocratique s'opposant au régime actuellement en place, Guo a été démis de ses fonctions au sein de l'université où il travaillait pour avoir enfreint la constitution chinoise. Celle-ci stipule que la Chine doit être gouvernée sous le leadership du Parti communiste. La position des moteurs de recherche reste la même : ils prétendent ne rien pouvoir y faire, puisqu'ils se doivent de suivre la ligne de conduite dictée par le gouvernement chinois pour pouvoir faire affaires au pays. Elle est suivie par d'autres sociétés pour lesquelles l'argent pèse plus lourd que la liberté d'expression. Niklas Zennström, l'ex directeur général et co-fondateur de Skype, aujourd'hui racheté par e-Bay, avait admis se soumettre aux obligations de censure , expliquant que c'est le seul moyen de faire des affaires en Chine. La Chine est avec l'Allemagne et les États-Unis l'un des trois plus gros marchés de Skype en termes d'utilisateurs actifs de son logiciel de téléphonie sur IP. Tom Online son partenaire Chinois " se conforme aux lois locales " a-t-il dit, et ajoute que "Tom a implanté un filtre textuel, ce que chacun fait sur ce marché " car " c'est la réglementation ". Ce filtre censure des mots tels que " Falun Gong " ou "Dalaï-Lama ".

Business is business
Des compagnies telles que Google, Microsoft et Yahoo ont été vivement critiquées pour avoir collaboré avec les autorités chinoises, mais Niklas Zennström considère que se conformer à la censure n'a rien de différent du fait d'obéir aux règles imposées en Occident. 
" Je peux aimer ou ne pas aimer les lois et règles de fonctionnement au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux États-Unis " dit-il, " mais si j'y fais des affaires, je choisis de me conformer à ces lois et réglementations ". Cela explique que la société Dynamic Internet Technology, spécialisée dans le développement de logiciels " anti-censure ", vient de découvrir que la nouvelle version de Skype réservée aux chinois permettait de censurer des appels et des sessions de chat et possédait aussi des fonctionnalités digne d'un bon cheval de Troie. En effet cette version de Skype peut aussi surveiller et rapporter les activités de ses utilisateurs au gouvernement chinois.

Comme quoi l'argent n'a pas d'odeur. Songez-y, en faisant vos courses sur e-bay ou en cliquant sur une publicité de Google et de Yahoo...

 

Infos utiles
Voyage au cœur de la censure d'Internet Rapport d'enquête - Octobre 2007 -(www.rsf.org/IMG/pdf/Voyage_au_coeur_de_la_censure_FR.pdf)

Carte mondiale de la censure en ligne (http://www.bytecode.ch/Une-carte-mondiale-dessine-la.html)