Question : Internet et l'informatique ont-ils un rôle à jouer pour mieux comprendre les enjeux du développement durable et développer des actions durables ?

La réponse est oui. Oui les TIC peuvent servir à mettre en place des outils de diffusion adaptés à toutes les personnes pour leur permettre de penser, consommer, produire, se divertir, s’informer, se cultiver en reliant l’ensemble de leurs actes en matière d’empreinte écologique. C’est en substance l’idée force qui est sortie du débat « En quoi les TIC peuvent-elles soutenir le développement durable » qui s’est tenu aux Rewics 2007 en mars dernier et auquel participaient Planetecologie.org-Ecobase 21, Etiopia, Associations 21, Réseau IDée et la  FTU.

Michel Gerant (Planetecologie.org – Ecobase 21) : « Les TIC peuvent soutenir le développement durable en mettant à disposition de tous des informations et des savoir faire importants pour sa mise en œuvre et en facilitant la participation de chacun aux décisions. En même temps, il faut se poser la question des déchets électroniques et de la surconsommation d’énergie due aux systèmes informatiques.

 

Partage des connaissances et des bonnes pratiques.
Pour Etiopia aussi la dimension communication est la facette la plus attrayante des TIC en matière de développement durable : Internet est un média extrêmement performant pour la diffusion de débats, de publications auprès d’un large public à la fois diversifié et très ciblé. Les TIC représentent ainsi une opportunité importante en matière de partage de connaissances et de développement de marchés « virtuels » (soit l’opportunité que présente Internet de permettre d’acheter en ligne des produits plus orientés développement durable qu’on ne trouverait pas en direct sur le marché belge). Il y  a aussi tout le fruit de la dématérialisation : la musique, les films peuvent maintenant être diffusés en ligne et non plus transportés « physiquement ».

Différentes initiatives
On peut pointer différentes initiatives prises au nom du couple TIC et développement durable. Gilles Berhault, Président d’ACCID : «Avec le soutien du PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), une vingtaine d'entreprises du secteur ont constitué le Global e-Sustainibility Initiative (GeSI), avec un double objectif : améliorer les performances environnementales des produits du secteur et promouvoir le développement durable à travers les TIC.

Axe prioritaire
L’ETNO (European telecommunications network operators) collabore avec le WWF et a signé le Global compact. L'État hollandais a fait de développement durable et TIC un axe prioritaire de sa politique économique, impliquant de nombreux partenaires dans le Clean, cleveand competitive... dans l'esprit de la Stratégie de Lisbonne, avec la collaboration du WBCSD, European partners foenvironment, Euro-Chambers...  La GSMA, l'association des fournissseurs de services GSM souhaite agir fortement pour un développement dans le cadre des objectifs du millénaire, avec une volonté de libéraliser l'accès de deux nouveaux milliards de personnes.

 

Réseau de réseaux contre le  CO2
The Resource Efficiency Alliance est une alliance de ‘champions et de leaders', un réseau de réseaux pour contribuer à la réduction de CO2... Le Carbon disclosure project suit le même objectif, la lutte contre les changements climatiques.  Des universités et des centres de recherche se sont fortement mobilisés : l'INT en France, le Wuperthal Institute en Allemagne, EMPA en Suisse), IPTS (Séville/Commission européenne). IFIP initiative (International Federation for Information Processing) est une association créée dès 1960, sous le parrainage de l'Unesco. Elle s'est donnée pour mission d'assister au développement de la société de l'information pour le bénéfice de tous, en une démarche de développement durable.

Déchets électroniques
Greenpeace s'est intéressé au problème des déchets électroniques et a fait connaître au monde entier la situation sanitaire catastrophique du site de Giyu en Chine (100000 personnes y travaillent). Quant à la directive européenne DEEE (sur les déchets électriques et électroniques), elle est en application depuis le 1er juillet 2006.

 

Planète à bout de souffle
Gilles Berhault, Président d'ACIDD : « Consacré au Sommet de la Terre de Rio, le concept de développement durable s'est incarné ces dernières années auprès du grand public avec l'accélération des risques engendrés par les modes de production et de consommation : changements climatiques, impacts sanitaires de la pollution atmosphérique et des substances chimiques, renforcement des inégalités et de la pauvreté... Succédant à un 20e siècle propagateur de production industrielle au service de la consommation de masse dans les pays occidentaux et qui a vu l'émergence de la “société de l'information”, le 21e siècle se frotte à ses limites et s'essaie à une réconciliation avec une planète à bout de souffle. Cette découverte peu réjouissante s'accompagne d'une mobilisation sans précédent pour un développement plus respectueux des hommes et des ressources, portée par des communautés de citoyens, exaspérés, au Nord comme au Sud, par l'échec des politiques publiques d'environnement et de solidarité. De moins en moins marginales, ces communautés revendiquent le droit de contribuer à un monde plus responsable et de participer pleinement aux choix d'infrastructures et de production (énergie, agriculture, transports, échanges mondiaux...) qui façonnent le présent et déterminent l'avenir. La démocratie participative fonde le développement durable. L'explosion des réseaux de communication, Internet, la téléphonie mobile, les réseaux de télévision, a généré un accès nouveau à une information planétaire permettant à tous les pays, toutes les régions, l'accès à un développement sans précédent. C'est aussi une ouverture culturelle, un accès à la formation et à l'éducation… avec une refonte des organisations, de l'aménagement du territoire et le renforcement des fractures sociales et numériques.

 

Convergence
Gilles Berhault :« Les technologies de l'information -les TIC- et le développement durable ont de nombreux points de convergence :

  • la planète est l'échelle de référence et d'intervention, les frontières sont abolies, vers l'avènement d'une communauté globale.
  • ils contribuent tous deux à promouvoir la productivité et la dématérialisation.
  • ils modifient profondément les relations entre la société et le pouvoir. Ils sont révélateurs, l'un et l'autre, d'une volonté des citoyens de s'affranchir des systèmes hiérarchiques traditionnels et de reprendre la main sur leur destin.

 

Vers une nouvelle démocratie, vers l'intelligence collaborative ?

Gilles Berhault : « Dans des champs de recherche et d'action jusqu'alors peu convergents, les technologies de l'information et de la communication ont contribué à valoriser l'initiative individuelle et citoyenne, à renouveler le fonctionnement démocratique. Le développement durable et la société de l'information participent à l'éclatement des pouvoirs et des savoirs et révèlent une mutation sociétale encore souterraine mais irréversible, l'avènement d'une société en réseau, qui bouleverse la logique de centralité des espaces et des pôles de décision conventionnels. À la verticalité des hiérarchies traditionnelles, succède l'accroissement des relations horizontales qui se jouent de plus en plus des frontières, créant directement de nouvelles censures (cf rapport de Reporter sans frontières). »

Accéder à l'information, la gérer, la fiabiliser.

« La densification et la complexification des données (scientifiques, économiques, institutionnelles) à traiter nécessitent des moyens de communication performants, si citoyens et décideurs veulent exercer pleinement leur rôle au sein d'une démocratie efficace. Les technologies de l'information et de la communication offrent des potentiels sous-exploités pour la maîtrise des risques environnementaux ou l'amélioration des modes de vie. Encore faut-il que ces moyens soient accessibles, au Nord comme au Sud. Encore faut-il que les utilisateurs soient formés à maîtriser ces outils, et non seulement à les consommer. Encore faut-il que les industriels du secteur s'engagent résolument dans la maîtrise des risques environnementaux, sanitaires et culturels engendrés par ces technologies. »

Eco-conception et technologies de l'information et de la communication.

Les industriels, les prestataires de service n'ont pas encore suffisamment pris en compte comme d'autres industriels leurs responsabilités sociales, sociétales et environnementales.
Des démarches d'éco-conception sont engagées par la plupart des constructeurs, mais les avancées sont loin de répondre à l'ampleur des impacts encore générés. Des efforts sont réalisés pour réduire le nombre de plastiques entrant dans la composition des produits, afin d'optimiser le tri et le recyclage. D'une centaine il y a quelques années, on est passé à 10 aujourd'hui. Un certain nombre de labels d'efficacité énergétique, Energy Star en Allemagne ou l'étiquette Energie de l'ADEME en France, permettent au consommateur d'orienter ses choix vers les produits les moins gourmands en énergie. Mais la question de la ‘recyclabilité' et de son coût, et peut-être, surtout, celle de la protection de la santé des travailleurs, au Nord comme au Sud, restent posées. »



Dynamique
La société de l'information et le développement durable s'inscrivent résolument dans leur approche, dans une reconsidération du mode de décision et d'intervention. Si la vision globale est fondamentale, l'action locale est plus que jamais importante. Et si une dynamique est lancée. Elle ne pourra être efficace que si elle s'accompagne d'une réelle mise en réseau collaborative de toutes les initiatives, et un travail en commun dans le cadre de partenariats public-privé où l'ensemble des acteurs concernés ont leur place : entreprises, États, organisations internationales, collectivités, médias, associations et parfois directement les citoyens.