Second Life, le monde des possibles? Devenir riche, militer librement, créer sans limite,... se former en ligne?

 

Second life expliqué à ma grand-mère

Vendredi j'ai rendu visite à ma grand-mère. Comme toujours, elle me demande des nouvelles. D'habitude je réponds « oh rien de spécial » mais là, j'ai commencé à lui expliquer mon incroyable journée:

« Aujourd'hui il faisait super beau, j'ai nagé sous une salle d'exposition. Sous un palmier, j'ai rencontré un italien, un portugais et même un français. C'était sympa, ils m'ont appris à voler. Puis à sauter dans les airs aussi! J'avais des cheveux bleus et même une taille de guêpe! »

C'est là que ma grand-mère m'a regardée avec de grands yeux. J'ai précisé: « Dans un monde virtuel... Sur l'ordinateur quoi! »

J'avais découvert Second Life. J'avais découvert un autre monde, une autre vie.

 

Second life n'est pas un jeu!

C'est en 2001 que Second Life « a démarré au ralenti ». Aujourd'hui, ce monde virtuel en 3D créé par Linden Lab est habité par plus de 8 millions de personnes. Chacun, par l'intermédiaire de son ordinateur peut créer un personnage, appelé avatar, et peut le faire vivre dans ce monde virtuel. Toute personne connectée à SL (Second Life) va dès lors avoir la possibilité de rencontrer tous les autres avatars présents en même temps que lui, pour peu qu'ils soient au même endroit sur SL. « L'univers de Second Life se compose aujourd'hui d'environ 3500 régions (la superficie de chacune d'entre elle est équivalente à environ 65km²). »

Toutefois, si la création d'un personnage et les trois dimensions rappellent les jeux vidéos, SL n'est pas un jeu: il n'y a ni quête, ni niveaux à passer. L'objectif de ce monde virtuel sera donc différent pour chacun, selon ses propres aspirations. Les avatars peuvent poursuivre toutes sortes d'objectifs : socialisation, activité commerciale, militantisme politique, créations artistiques ou même divertissements érotiques... comme dans la vraie vie!

En outre, SL n'est pas un jeu car il n'y a pas même de règles à respecter. En effet, particularité, non négligeable, de ce monde virtuel: aucune loi, aucune règle, aucune contrainte (si ce n'est technique) n'est d'application. L'imagination la plus débordante va donc pouvoir y trouver une place pour s'exprimer en totale liberté.

 

Précautions d'usage

Étant donné l'absence de toute réglementation, il est bon de prévenir tout utilisateur des dérives possibles. Avant de m'ouvrir au monde de Second Life, j'ai imaginé toutes les pires choses qui pourraient arriver en route : une dépendance au jeu, une psychose, des problèmes financiers.

Comme pour la plupart des personnes (réelles) s'étant inscrite sur SL, en quelques semaines de pratique, je n'ai rien eu de tout cela. Mais je n'ai pas bénéficié non plus des plus belles promesses: je ne suis pas devenue millionnaire, je ne me suis pas mariée avec un bel avatar, je ne suis pas devenue une superstar.

Si ces quelques avertissements ne vous font pas encore reculer, voilà comment ... vivre « secondement »!

 

 

Matériel: télécharger le programme.

Première étape pour découvrir Second Life, tapez, comme tout novice,  “Second Life” dans google. Vous tomberez sur quelques infos type wikipédia et aussi sur le site, en anglais, où il est possible de télécharger l'univers tant attendu. Faites quelques clics avec la souris et voilà une fenêtre qui s'ouvre:

Vous devez maintenant proposer un prénom et choisir parmi une liste un nom de famille (rassurez-vous, vous ne devrez pas aller aussi à ces réunions de famille là!).

On vous demande ensuite de choisir à quoi va ressembler votre avatar. Vous avez le choix entre 6 styles pour femme et 6 pour homme. Gothique? girl next door? asiatique? à vous de décider. Mais pas de panique, tout le monde ne se ressemble pas sur SL. Vous aurez ensuite l'occasion de changer le moindre détail de votre avatar: sa corpulence, son maquillage, la taille de son nez, la profondeur de ses yeux,... Et contre quelques Linden dollar de plus vous pourrez même vous acheter des nouveaux vêtements, une nouvelle coupe de cheveux,...

Après avoir bien suivi chacune des étapes, vous voilà débarqué dans votre seconde vie. En chipotant un peu, vous allez pouvoir commencer par changer votre look ainsi que votre apparence physique.

 

Mes premiers pas dans SL

Voici donc mon avatar: Je m'appelle Kekchoz Alter, je suis née le 10 novembre 1987. Je porte donc du 36 (si pas 34), j'ai les cheveux bleus courts, un tout petit nez et des lèvres pulpeuses.

Alors maintenant que je suis LA nana sexy que j'ai toujours rêvé d'être je peux commencer à voir ce qu'il y a moyen de faire ici... Pas grand chose en fait. Différentes personnes déambulent autour de mon avatar. Après quelques minutes je comprends que les autres personnes sont elles aussi « commandées » par d'autres humains derrière leurs ordinateurs. J'avance de surprise en surprise: ils parlent! Enfin, ils écrivent. Je n'ai pas pris l'option « son ». Nosh me dit « Hi! ». Je réponds donc, comme je le fais avec n'importe quelle messagerie. On chatte un peu. Je réalise qu'il vient d'arriver lui aussi dans ce monde. Plus tard c'est Ocram qui vient me parler. Il m'explique que nous sommes sur l'île qu'a créé Second Life pour ceux qui viennent d'arriver. Une sorte de sas avant la vraie Second Life. Ici nous allons apprendre à nous débrouiller : à parler, à marcher, à comprendre notre nouvelle patrie. Ensuite, nous pourrons aller ailleurs voir toutes les autres merveilles de ce nouveau monde.

En attendant, je dois me débrouiller pour faire marcher, voler, bouger Kekchoz. Et ce n'est pas facile! Pour quiconque qui n'a jamais joué à un jeu vidéo et qui ne maîtrise pas la 3D, il faut un peu de temps pour comprendre les mécanismes.

 

Le déroulement

Que faire une fois dans SL? Et bien vous allez pouvoir déambuler d'île en île, d'expositions en divertissements en tout genre, créés, comme tout ce qui se trouve sur SL, par d'autres résidents.

 

Second life, une seconde économie ?

Second Life semble avant tout un espace de rencontre, il est vrai, mais c'est aussi un espace économique. Si l'installation du programme est gratuite, les loisirs et « objets » n'en sont pas moins payants. Il existe une véritable vie économique sur SL. Vous pouvez y acheter les créations des autres résidents, et également des terrains pour vous y installer.

Mais comment payer tout cela? En Linden dollar (qui vient de Linden Lab, l'entreprise qui a créé SL)! Et comment obtenir ces fameux Linden dollars? En les achetant avec de vrais dollars. Le 27 septembre 2007 Le Soir annonçait que la première banque belge venait d'ouvrir ses portes sur SL et qu'il était maintenant possible de connaître en un clic la valeur du Linden dollar en euros. A cette date, un euro équivaut approximativement à 378 Linden dollar.

C'est donc là une économie bien réelle qui voit le jour car en plus de pouvoir les acheter, il est possible de gagner des Linden dollar sur SL! Comment? En travaillant: comme figurant, danseur ou escort girl/boy ou en faisant du commerce : Les avatars les plus habiles créent des chaussures, des meubles, des voitures, ou simplement vivent du marché immobilier de SL. Certains ont même pu devenir riches sur SL et donc, dans la vie réelle en échangeant leurs Linden dollar contre de vrais dollars.

 

Une seconde vie politique, artistique, professionnelle

Sarko, Ségo et les autres

L'économie se développe sur SL, mais également les autres sphères de la vie publique. « Le premier homme politique à mettre les pieds dans «Second Life» est Mark Warner, le gouverneur démocrate de l’état de Virginie, aux Etats-Unis. ». Ensuite, bien d'autres ont suivi. En France, c'est l'extrême droite qui a été la premier parti politique à investir dans SL. Les manifestations contre le Front National ont directement eu lieu également sur Second Life.

Les autres partis politiques français ont tous suivi le mouvement. Ainsi, lors des dernières élections présidentielles françaises, on a pu voir les candidats faire campagne sur Second Life. Quelques débats ont également pu être organisés directement sur SL.

 

De Praga Khan à Suzanne Vega

Les politiciens ne sont pas les premiers à s'être installés dans SL. Les graphistes ont commencé par y proposer au public leurs créations les plus extra-ordinaires puis ce sont les plasticiens qui ont investit SL. Ainsi, début octobre 2007, au nouveau centre de Culture et Technologies Digitales (Imal) à Bruxelles il était possible de visiter une île de Second Life tandis qu'en même temps, sur l'île, il était possible d'observer ce qui se passait à Bruxelles.

Dans le registre musical, c'était le groupe belge Praga Khan qui organisait, en janvier 2007, un concert sur SL à l'occasion du lancement de Vista. Depuis, le groupe de musique électronique continue son bout de chemin sur SL en l'intégrant à ses spectacles. La musique s'invite donc sur SL, avec également le concert de Suzanne Vega en août 2007.

 

Miss Second Life

Les artistes se créent donc, comme les politiciens, leurs propres avatars, et lorsqu'ils chantent quelqu'un se charge de faire bouger leur avatar. Une seconde vie pour les artistes? Peut-être. Car SL c'est aussi l'occasion de tester une nouvelle création, une nouvelle idée. Et ça, les entreprises l'ont bien compris, et vite!

De nombreuses entreprises sont déjà sur Second Life. L'Oréal est d'abord venu pour analyser le marché, tester les attentes de ses clients et ensuite, pris au jeu, l'Oréal a organisé en mars 2007 le concours de Miss Second Life. D'autres entreprises, comme IBM offrent aussi la possibilité d'acheter du matériel sur SL mais qui sera livré dans la vraie vie.

 

Et la formation?

Second Life est donc un espace politique, un espace artistique, un espace économique,... et éducatif?

Et oui! Phénomène nouveau et encore à l'état d'embryon, mais phénomène potentiellement porteur.

Cela a commencé avec les universités américaines sur SL et depuis de petites initiatives voient le jour.

Mercredi 17 octobre 2007 David Castéra déclarait sur son blog que l'école de langues Langue de chat proposait  des cours de langue sur Second Life. L'arrivée du son (une application de Skype dans SL) a permis ce décollage attendu depuis longtemps. Reste toutefois à voir si les stagiaires se bousculent dans ces nouveaux espaces de formation. Affaire à suivre, comme on dit.

 

Selon Courrier International, hors-série, octobre 2007, p. 77. D'autres sources (Le Soir du 6 août 2007 ou wikipédia donnent 2003 comme année de naissance officielle de Second Life).

Courrier International

Courrier International, Le Soir.

Signalons cependant que des témoignages (minoritaires il est vrai) dénoncent ci et là sur la toile des dépendances à SL.

Voir à ce sujet le cas de Peter Lokke dans Courrier International

Voir la liste, en anglais, des institutions et organisations pédagogiques déjà présentes sur SL: http://simteach.com/wiki/index.php?title=Institutions_and_Organizations_in_SL