Les premiers espaces publics numériques sont nés de démarches volontaristes de communes qui ont trouvé des financements sur base de projets visant essentiellement à la réduction de la fameuse « fracture numérique ». Pour faire court, il s’agissait - et il s’agit toujours - d’ouvrir l’accès à l’informatique en général et à Internet en particulier pour le plus grand nombre. Depuis, le politique a pris le relais. En octobre 2005, le fédéral votait un budget de 300 000 € pour « encourager la création de 300 nouveaux Espaces publics numériques » en Belgique. Au cours de la même période, la Région wallonne a libéré une enveloppe de 2 000 000 € à l’intention de 40 communes pour la création cette année de nouveaux « EPN », ou pour la  dynamisation d’initiatives existantes.

 

 

Accès au plus grand nombre

Définition d'un EPN par Philippe Allard et Pierre Lelong, auteurs de l'ouvrage « Les espaces publics numériques, moteur d'un internet participatif » publié en 2002 à l'initiative de Marie Arena, à l'époque Ministre de l'emploi et de la formation : « Tout lieu ouvert au public à vocation non lucrative disposant d’un projet d’accompagnement individuel et/ou collectif favorisant l’accès, l’initiation et l’appropriation à l’internet, au multimedia, à la bureautique ». En Région Wallonne, ces premiers espaces « citoyens » sont nés en 97 et 98 dans les communes de Marche et Seneffe. Aujourd'hui, le site Internet de Seneffe s'est transformé en une véritable plate-forme collaborative et 5 « Netstewards » (cela ne s’invente pas !) animent trois espaces à accès gratuit. A Marche, l'initiative s'est transformée en véritable centre de support télématique. Celui-ci assure la gestion d'un espace surf où l'on peut naviguer à son aise pendant une heure et d'un espace travail où l'on peut « plancher » durant 3 heures. Le centre de support assure également la gestion du parc informatique de la ville (environ 150 machines), gère les adresses e-mail et le site de la commune et assure la gestion de différentes formations (personnel communal, Plan Mobilisateur TIC, formations enfants, ...). En mai de l'année passée, le centre avait accueilli plus de 32 000 visiteurs.

 

 

Essaimage

Depuis, les EPN ont essaimé. A Huy, un EPN a vu le jour via un partenariat entre la Maison des Jeunes et Inforjeunes. Il se situe au sein de la bibliothèque publique et comprend 10 ordinateurs reliés à Internet. On trouve de ces espaces branchés (notamment) dans les bibliothèques communales des Chiroux-Croisiers à Liège, de Sprimont, Malmédy, Thuin, Quaregnon et Mons, dans les maisons des jeunes "Les gais lurons" à Gosselies, « Rouge Brique » à Lodelinsart, le « Gazo » à Gilly ou encore au centre télématique de Neufchâteau ou au Mundaneum de Mons. L'idée sous-jacente : ouvrir à tous l'accès à la « culture » numérique, comme l'expliquait Marie Arena en 92 : « Alors que la moitié de la main-d’œuvre européenne utilise déjà professionnellement l’outil informatique, pour le citoyen, ne pas maîtriser les fonctions élémentaires de la bureautique ou du NET et n’avoir pas encore d’adresse électronique, commencent non seulement à devenir stigmatisant, mais seront, dans la décennie à venir, des critères d’exclusion sociale, culturelle, professionnelle, économique. Cela, nous ne pouvons l'accepter. »

 

 

Webbus

Et si donc les gens ne viennent pas à l'Internet, l'Internet ira à eux.  D'où la création du programme Cybermobile dans les provinces du Hainaut et du Brabant. Le cyber mobile est un véhicule utilitaire équipé qui fait étape dans les communes hennuyères et brabançonnes, dans des salles locales équipées d'une connexion Internet de type ADSL ou câble. Une équipe de montage-démontage installe les ordinateurs (10 ordinateurs en réseau wi-fi) et les équipements périphériques (projecteur, imprimante, scanner, webcam, ...). Le dernier cri de l'EPN mobile est le Webbus né d'une collaboration entre le centre de compétences Technifutur et la Province de Liège. Celui-ci se déplace dans les provinces de Liège et de Luxembourg. Il est équipé de 8 postes de travail reliés à Internet par une connexion satellite. Les associations (ou personnes) intéressées peuvent demander le passage du Webbus par le biais de leur administration communale.

 

 

Vers un label de qualité

Ludovic Marchal, Expert TIC pour les pouvoirs locaux : « Les premiers EPN subventionnés par la région était le fruit d'initiatives locales. Il s'agissait d'ouvrir l'accès aux nouvelles technologies pour les citoyens, de proposer un accès gratuit avec le cas échéant des actions de sensibilisation et de formation. Au fur et à mesure des années, d'autres communes ont donné le jour à des EPN, mais sans contexte cadre, sans ligne de conduite. Depuis, le Gouvernement Wallon a donné son accord sur un plan de développement d'espaces publics numériques dans les communes wallonnes déposé par le Ministre Courard, Ministre des Affaires intérieures et de la fonction publique et un appel à projets d'un montant lancé à l'intention des communes a permis de recueillir 72 dossiers. Luc Marchal : « Au départ, le Ministre avait prévu un budget de 1 000 000 € mais au vu du vif intérêt des communes, il a annoncé le doublement de cette somme pour soutenir chaque projet retenu à concurrence de 50 000 euros par commune. A noter que les communes peuvent s'associer et bénéficier alors d'un montant supérieur (soit, par exemple, 150.000 euros pour un projet de 3 communes qui serait intégralement retenu). Avec cette nouvelle enveloppe, on va passer de 20 à minimum 40 EPN ».

 

 

Critères de sélection

Ludovic Marchal : « Les deux principaux critères de sélection sont la pérennité du projet et la prise en compte des publics défavorisés. Le projet doit prouver sa viabilité sur une période minimale de 3 ans, avec comme seule aide au démarrage un montant de départ, soit les 50 000 €. D'autre part, les frais liés aux dépenses du personnel ne pourront dépasser les 30% du montant de la subvention accordée à la commune. Lorsqu'il nous est arrivé de prendre en charge la totalité des frais de personnel, on s'est aperçu qu'une fois la subvention évacuée, le projet disparaissait de lui même. Nous voulons soutenir des projets qui visent le long terme, d'où un encouragement à des partenariats avec des associations locales, avec des (cyber) écoles, des bibliothèques, des CPAS, maisons de l'emploi, des programmes de formations comme les PMTIC, des Espaces Multi-Services, les centres de compétences, ...

 

 

Easy e-space

D'où la mise en avant de certains de ces partenaires. « Lors de l'appel d'offre, trois partenaires potentiels étaient présents : le Forem, les Cybermobiles et Oxfam Solidarité. » Le premier pour son offre e-learning et ses formateurs que l'institution peut mettre à disposition des visiteurs des EPN, tout en dépêchant des formateurs.  Le programme de formation à distance du Forem peut être suivi à partir d'un EPN gratuitement pour les demandeurs d'emploi. Les animateurs des Cybermobiles sont également intéressés : si des espaces existent, ils ne sont pas obligés de déplacer leurs véhicules pour n'avoir qu'à dépêcher leurs formateurs. Oxfam Solidarité a lui présenté son offre de PC recyclés. Les ordinateurs sont reconditionnés sous X Windows avec possibilité de configuration client léger : toutes les données se trouvent sur le serveur et les utilisateurs n'ont besoin que d'un terminal composé d'un clavier, d'un écran et d'une base Pentium 1 32 Mo de mémoire vive sans support de stockage.  Nom de code de ce concept concocté avec la société Arafox  : Easy-e-space.

 

 

Réseau

Cet appel à projet doit selon Ludovic Marchal jeter les bases d'un véritable réseau d'EPN : « Nous allons créer un centre de ressources qui aura comme rôle de coordonner et de contrôler les EPN, mais aussi de les informer et afin d'assurer un maillage fort entre eux. On songe aussi à un label de qualité et, à terme, à une véritable cartographie des EPN : un visiteur, partout en Wallonie, pourrait ainsi très facilement savoir où se trouve l'espace le plus proche. Au même moment, le gouvernement fédéral a débloqué 300 000 € pour la création de 300 EPN sur tout le territoire belge. Après avoir proposé le lancement d'un pack "Internet pour tous" destiné aux ménages, le Gouvernement va proposer aux ASBL et aux services publics un avantage financier maximum de 200 € par ordinateur, à condition qu'elles s'équipent dudit pack et qu'elles répondent à une série de critères (gratuité d'accès, intégration de l'EPN avec d'autres activités, ouverture à tous les publics, présence d'un permanent, ...).

 

 

Réseaux et espaces publics

On peut débattre longtemps de la capacité de ces points d’accès publics et gratuits à réduire la fracture numérique. En parallèle, un constat s’impose : la floraison de ces espaces numériques est le clair symbole d’Internet comme champ nouveau de réappropriation du droit à l’expression.  Un avis partagé par des observateurs comme Valérie Peugeot qui note dans la publication électronique Transversales Science et Culture (cyberespace et citoyenneté) que les «multiples cyberspaces d’échanges marquent la fin d’un droit de parole accordé. Les individus n’attendent plus qu’on leur concède un temps référendaire ou une tribune occasionnelle dans les médias pour s’exprimer, débattre, penser. Ils prennent d’assaut l’espace public, par le foisonnement de leurs blogs, sites collaboratifs, podcasts et autres formes d’expression individuelle et collective. Dans sa grande majorité, ce nouvel élan ne se pense ni ne se veut de nature politique. Mais par sa simple existence, il brise le monopole de la parole instituée et donne au citoyen une parcelle du pouvoir que le modèle démocratique délégataire par nature ne peut lui concéder. » On voit aussi apparaître de nouvelles formes de mobilisation, comme les flash mobs et les manif texte : des foules « éclairs » se formant dans la ville, n’ayant pas de signification politique, mais qui inaugurent une nouvelle forme d’apprentissage de la mobilisation ou de la « dextérité sociale ». L’enjeu est plus politique et démocratique que technique. Ceux qui mettent en place et gère ces fameux EPN vont devoir prendre conscience qu’il va moins s’agir d’apprendre aux utilisateurs à se servir d’un navigateur ou d’une souris mais qu’il est beaucoup plus crucial – et plus porteur si l’on veut réellement réduire la fracture numérique – de guider leurs réflexions, leur démarche et leur éthique dans ce nouveau rôle d’acteur et de producteur de contenus que le net lui confère.

 

 

40 Nouveaux EPN
Sur le site de l’AWT, on trouve un recensement relativement exhaustif des EPN : 17 dans le Brabant Wallon, 45 à Bruxelles, 55 à Liège, 20 à Namur, 83 dans le Hainaut et 25 au Luxembourg. Parmi ceux-ci, 40 nouveaux EPN communaux financés par la Région wallonne à concurrence de 2 000 000 € (50 000 € par projet)

  • Communes et projets EPN
    Aiseau-Presles :    Cyber-Espace
  • Andenne : La Maison de la convivialité numérique
  • Arlon : Un clic pour tous
  • Bernissart :Cyber-Bus
  • Braine-l'Alleud : La "Barrière" levée
  • Chatelet : Cyber Chatelet.be
  • Ciney : Les TIC à la rencontre de nos citoyens
  • Comines-Warneton : Création d'un EPN dans l'entité de Comines-Warneton
  • Dinant : Espace Cyber Citoyen Dinant (ECCD)
  • Dour : Surf de quartier
  • Durbuy : La Camio'Net
  • Ecaussinnes : Cyber-thèque
  • Enghien : Espace Public Numérique d'Enghien
  • Estaimpuis : Estaim'net
  • Fléron : Infoland
  • Frameries : WEBTrotteurs du Bosquétia
  • Gedinne : Gedinne accroche ses villages à la toile
  • Gesves : EPN de la Vallée du Samson
  • Habay : L'Espace public numérique à Habay
  • Herstal : Espaces citoyens Herstal
  • Hotton : EPN Hotton
  • Huy : Net-Galaxy.Huy
  • La Louvière : Espaces publics numériques à La Louvière
  • La Roche-en Ardenne : Mise en œuvre d'un EPN
  • Les Bons Villers : Bonvillersois.be - De 7 à 77 ans, l'informatique au service de tous
  • Lessines : a Toile de Magritte
  • Liège : Espaces publics numériques dans les quartiers défavorisés de Liège
  • Malmedy : Espace public M@lmédia
  • Marchin : Marchin en réseau
  • Momignies: Momi Clic
  • Mons : Les TIC dans les bibliothèques publiques communales de Mons
  • Namur : Création de l'EPN des Balances et 4 EPN satellites
  • Oupeye : La Cyberthèque, un EPN pour tous
  • Peruwelz : Les ateliers numériques
  • Quaregnon : 3 EPN de proximité à Quaregnon
  • Saint-Hubert : Espace numérique citoyen
  • Sambreville : Espaces numériques sambrevillois
  • Tubize : Création d'un EPN en vue d'améliorer l'appropriation des TIC par tous dans la commune
  • Wanze : Espace public numérique wanzois
  • Yvoir : Espace public e-Yvoir

 

Usages de l’Internet
Selon l’AWT, 61% des wallons se sont connectés sur Internet et 53% ont envoyé ou reçu des courriers électroniques.

La messagerie instantanée est utilisée par 36% des wallons, et régulièrement pour les deux tiers d’entre eux.

23% de la population dialogue par communication visuelle (webcam) sur Internet

12% des wallons communiquent via la téléphonie IP

33% des citoyens ont effectué des opérations financières en ligne avec leur banque essentiellement (33%) ou en bourse (5%).

62% des citoyens wallons ont téléchargé des contenus multimédias sur Internet, tels que musique

Les sites web communaux et administratifs ont délivré des services à 36% des citoyens contre 24% en 2004. Les sites web de trois niveaux de pouvoir (Etat Fédéral, Région et Communes) sont consultés de manière assez équivalente (32 à 37%). Un peu moins consultés, les sites des provinces sont visités par 26% des wallons.