La feuille de route numérique de la Wallonie a été présentée en juin dernier. Dans un canevas qui veut faire de la Wallonie une terre d'excellence, la fracture numérique est évoquée à la lumière de la situation des citoyens mais aussi au regard de l'évolution des services publics numériques.

 

C'est à la Fondation Travail-Université et au Centre de recherche K-point de la Katolieke Hoogeschool Kempen que le SPP intégration sociale a confié la réalisation d'une étude évaluant la première phase du plan (2005-2010) et préparant les orientations de la seconde phase (2011-2015). Celle-ci a sera donc officiellement placée sous le signe de l'inclusion numérique.  Le plan présenté le 10 décembre 2010 dernier lors de la 7ème rencontre des animateurs des EPN de Wallonie à Frameries se limitait à en esquisser les principes et les grandes orientations d'une politique belge d'e-inclusion 2011-2015 : "Aux autorités fédérales, régionales et communautaires de transformer ces principes et orientations en actions concrètes", explique Gérard Valenduc, Codirecteur du Centre de recherche "Travail & Technologies" à la FTU. Parmi les propositions du rapport final, on retiendra la mise en place d'une coordination stratégique et une fonction de "porte-parole e-inclusion" qui se chargerait d'assurer la coopération entre les entités fédérales et fédérées. Les auteurs de l'étude préconisent encore la mise en place de plates-formes régionales fédérant les différentes initiatives des acteurs de terrain et des institutions trop souvent dispersées à l'échelle de la région." La ligne de faîte de la première phase du plan a reposé sur la mise en place d'un réseau d'Espaces Publics Numériques (dont 127 sont aujourd'hui labellisés).



Confirmation du rôle des EPN
La seconde phase devrait selon les auteurs de l'étude confirmer leur rôle avec un objectif d'au minimum un EPN par commune, et la reconnaissance professionnelle du métier d'animateur EPN. A noter encore une volonté de développer des services associatifs de maintenance et de développement informatiques à destination du secteur socioculturel et l'articulation de l'inclusion numérique avec le "Green IT" en soutenant le développement de filières de recyclage et de réhabilitation pour le matériel informatique et les consommables, notamment à travers l'économie sociale. « Le développement de la culture numérique sera un des objectifs forts du plan, non seulement chez les publics visés, mais aussi chez les enseignants, travailleurs sociaux et autres intermédiaires de l'action socio-culturelle." A épingler, enfin, la demande de la mise en place d'un tarif social Internet.

 

5 axes d'action
C'est notamment sur base de ces constats que la feuille de route anti-fracture numérique du plan Master TIC a été élaborée : « L'analyse de la fracture numérique menée par l'Agence Walonne des Télécommunications conduit à identifier cinq axes d'action prenant de moins en moins en compte l'accès à Internet et aux ressources informatiques en ligne pour mettre l'accent sur la réduction de la disparité des usages. »

 

Lutter contre la pauvreté et l'exclusion
Lutter contre la pauvreté, l'illettrisme, l'exclusion et la fracture sociale est une condition sine qua non à la réduction de la fracture numérique, qu'il s'agisse d'accès aux technologies ou de leur raisonnable et raisonnée. Il s'agit aussi pour les pouvoirs publics d'être le clair et compréhensible possible en vulgariser leur discours, et en adaptant leurs messages en fonction des publics à qui ils s'adressent. Côté plomberie, le plan préconise de systématiquement concevoir des interfaces à l'usage simple, spontané et respectueux de la manière de penser des utilisateurs. «Intégrer, dès la conception, des dispositifs facilitant l'usage par certains publics réticents ou ayant une habileté restreinte est un vrai défi, mais aussi une réelle opportunité pour nos entreprises et nos administrations. Le respect des normes internationales et des standards d'accessibilité sont des moyens qui permettent un accès plus facile de tous aux TIC, en même temps qu'ils garantissent une plus grande pérennité et un rayonnement plus large des applications. Il est essentiel demettre les utilisateurs en confiance avec la technologie. Ceci pourra se réaliser au travers d’une simplification de certains aspects liés à l’interconnexion, permettant un recentrage sur les contenus et non plus sur les équipements.

 

Renforcer la formation aux TIC
Le gouvernement wallon souhaite encore renforcer les actions des formations et met sur la table un plan spécifique pour les écoles numériques. « Tous les types de formations, spécialement celles vers les personnes économiquement fragiles et les aînés, devraient au moins inclure un module axé sur l'utilisation efficace et responsable des TIC. En particulier, les dispositifs d'accompagnement et de formation que sont les réseaux EPN et PMTIC devront encore être soutenus, voire développés. Des incitants pour favoriser la formation des aînés pourraient aussi être mis en place sans oublier, évidemment, la formation initiale des étudiants et des enseignants, laquelle fait l'objet de
recommandations particulières. » Le plan pour les écoles numériques prévoit de rassembler des représentants de la Région wallonne et des Communautés française et germanophone pour un couplage entre les aspects pédagogiques, technique et économiques de la diffusion des TIC dans les écoles. Différents appels à projets afin d'expérimenter de nouveaux équipements pédagogiques numériques devraient être initiés : cartable numérique, manuel numérique ou encore jeu sérieux. Dès cette année, une enquête participative menée auprès des acteurs du secteur sera lancée afin d'établir un plan de formation dans le courant de l'année 2012 à destination de l'ensemble du corps enseignant. En 2013, la Fédération Wallonie-Bruxelles devrait être dotée d'une académie en ligne et en 2014 d'un auditoire numérique.



Maintenir d'autres canaux d'information et de services
Last but not least, il ne s'agit pas de faire disparaître les autres canaux de communication : « Si la disparition progressive du papier ou de certains services-guichets constitue un progrès évident des TIC, il faut se méfier d'un effet pervers qui aggraverait la vulnérabilité et la précarité d'une partie de la population wallonne. Il est important de continuer à proposer des moyens de communication non numériques pour éviter de fragiliser encore plus lesnon usagers d'Internet et les usagers en manque de compétences. »

 

Services publics concernés
Mais la fracture numérique ne concerne pas que les citoyens. « En parallèle, tous  les acteurs TIC rencontrés lors des consultations qui ont précédé  la mise en place du Plan Master TIC ont exprimé leur préocuppation devant la menace qui pèse sur les services publics en Belgique en général et en Wallonie en particulier. De plus en plus, des secteurs comme l'éducation, la santé, la mobilité, la gestion du territoire, ou encore la gestion de l'identité des individus, vont être confrontés à une nouvelle concurrence issue d'entreprises ou d'initiatives privées. » Et le gouvernement wallon de préconiser de jouer la carte du numérique pour éviter la marginalisation en ce sens :  « Les services publics de demain seront numériques ou ils risquent une forme de marginalisation.  La profonde mutation TIC qui s'annonce doit impérativement être anticipée par le Gouvernement wallon afin d'éviter une véritable "fracture" entre ses administrations et les nouveaux usages numériques. Dans cette perspective particulière du Web et de l'e-gouvernement, un défi majeur est l’attraction de compétences et le développement d’une "culture" Web au sein des différentes directions générales et organismes publics. «

 

Formation des agents
Il existe selon le gouvernement wallon une forte pénurie d'agents formés aux technologies et enjeux du Web, « qu'il s'agisse du développement, de la publication, de la rédaction ou de la promotion en ligne. » Il faut dès lors envisager la migration progressive des sites et portails wallons vers de véritables plates-formes Web. Cette évolution nécessite une réflexion profonde en termes de modules ou de briques applicatives dont l'assemblage se fera sur des plate-formes interactives sur lesquelles ils n'auront peut-être pas le contrôle. Cette démarche exige une véritable réflexion sur le système d'information et les back-offices des entités qui composent la Région wallonne. Il faudra notamment savoir comment "représenter" et "stocker" les sources d'informations authentiques. »

 

Standardiser l'accès aux services
« Enfin, toute cette réflexion doit s'envisager dans la perspective de la migration des applications métiers de la Région wallonne vers un mode "full Web". Cela veut dire que les
services interactifs mis en ligne seront utilisés à la fois par les "clients" de la Région wallonne (citoyens, entreprises, etc.), mais aussi par les agents. Cette approche est indispensable pour réconcilier le front-office Web avec les back-offices "métier" des différentes administrations.
Cette mutation doit ne pas négliger les autres aspects des environnements informatiques constitués de composants informatiques aussi divers qu’indispensables pour le bon
fonctionnement des missions publiques : applications métiers lourdes (basés sur du matériel spécifique et dédié), backoffice de données, bus d’échanges, ou bureautique intégrée aux postes de travail. In fine et au-delà du débat sur l’Open Source, la question de la standardisation et de l’interopérabilité des données et des services doit servir de ligne de référence pour l’avenir des services publics numériques ».