Internet donne la possibilité de s'exprimer, de soutenir une cause, de militer sans nécessairement faire partie d'un parti, d'un mouvement, d'un syndicat ou d'une association. Il suffit d'avoir un compte Facebook pour pouvoir cliquer sur le fameux bouton « J'aime ». Envoyer des tweets avec des balises engagées ou signer une pétition en ligne n'a jamais été aussi simple et rapide. On peut lutter confortablement installé dans son salon, sans prendre de risques. C'est que ce les anglo-saxons appellent le « Slacktivism », contraction de Slack et de Hacker.  Pour certains comme Malcom Gladwell ou Evgeny Morozov, il s'agit là d'un faible pouvoir donné à de faibles gens. Un activisme délavé, sans effet réel, une illusion. D'autres comme Cory Doctorow, Léo Mirana, Dominique Cardon ou David Weinberger, préconisent de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

Internet ou le berceau d'un nouveau militantisme ! Les réseaux sociaux au coeur des révolutions arabes. Derrière leurs ordinateurs, des nouveaux militants qui changeraient la face du monde, nourriraient le débat, feraient circuler les idées pour les faire rejaillir dans la société civile. Dans un article rédigé en 2010 pour le NewYorker, l'écrivain et journaliste Malcom Gladwell se porte en faux par rapport à cette vue « idéaliste » du pouvoir d'Internet. Il pointe, à partir d'exemples historiques, les différences , de son point de vue, entre le militantisme réel d'actions de terrain, celui qui fait réellement changer les choses, et un cyber-activisme mou qui n'arriverait à mobiliser les foules que lorsqu'il n'y a pas trop de dangers.  En substance,  l'engagement militant n'est possible que lorsque des liens sociaux forts sont en œuvre, qui poussent l'être humain dans ses retranchements les plus ultimes. Or les réseaux sociaux sont composés selon Gladwell de maillons « faibles ». D'autre part, l'action n'aboutit avec succès que lorsque la cause défendue l'est par une organisation solidement structurée et coordonnée. A contrario, le fonctionnement des réseaux sociaux est basé sur l'horizontalité, la décentralisation, l'autonomie. D'où le titre en forme de sentence de Gladwell : « Pourquoi la révolution ne passera pas par Twitter ! »

 

Ici, on ne sert pas les noirs
Nous sommes en 1960. Dans un bar du centre de ville de Greensboro, en Caroline du Nord, quatre étudiants noirs sont assis au comptoir du Woolworth. L'un d'eux demande une tasse de café. La serveuse lui répond qu'ici, on ne sert pas les noirs. En signe de protestation, les 4 étudiants décident d'organiser un sit-in jusqu'à la fermeture du bar, et annoncent qu'ils reviendront le lendemain. Ils seront 31, presque tous en provenance du même dortoir que le quatuor d'origine. Deux jours après, la foule des mécontents atteindra 300 personnes, dont 3 blancs. Le week-end arrivé, ils seront plus de 600. A la fin du mois, on trouvera des sit-in dans tout le Sud des Etats-Unis. Au total, on estime que 70.000 étudiants ont participé à ces événements qui ont marqué le début d'une guerre civile qui a déchiré le Sud des Etats-Unis durant une dizaine d'années. Et cela, pointe Gladwell, sans courrier électronique, sans SMS, sans Facebook ni Twitter.

 

Réinventer l'activisme social
Malcom Gladwell : « Le monde », nous dit-on « est en plein milieu d'une révolution. Les réseaux sociaux  réinventent l'activisme social. Avec des outils comme Facebook et Twitter, la relation traditionnelle entre le politique et les citoyens serait bouleversée. Les réseaux sociaux faciliteraient la collaboration entre les petites gens, les démunis qui pourraient ainsi se coordonner pour faire entendre leur voix. »  Lorsque 10.000 protestants sont descendus dans la rue en Moldavie au printemps 2009 pour protester contre le gouvernement communiste de leur pays, on a appelé cela la « Révolution Twitter » parce que le réseau a été beaucoup utilisé pour gonfler les rangs de la manifestation. Quelques mois plus tard, lorsque des manifestations étudiantes ont secoué Téhéran, le Département d'Etat a pris l'initiative inhabituelle de demander aux dirigeants de Twitter de postposer une maintenance programmée de leur site afin de ne pas risquer une interruption du fonctionnement du réseau. «Sans Twitter, les iraniens n'aurait pas eu la confiance et la puissance nécessaires pour défendre la liberté et la démocratie » devait écrire un peu plus tard Mark Pfeifle, ancien conseiller à la sécurité nationale qui appellera à placer les réseaux sociaux dans la liste des candidats au Prix Nobel de la Paix. Vous êtes le meilleur espoir pour nous tous, a déclaré James K. Glassman, un ancien haut fonctionnaire du département d'Etat, à une assemblée de cyber-activistes sponsorisée par Facebook, AT &T, Howcast, MTV et Google. Des sites comme Facebook, devait encore s'exclamer Glassman, donnent aux USA un avantage compétitif significatif contre les terroristes. »

 

Du vrai militantisme
Ce sont, considère Gladwell, des déclarations fortes et déroutantes. Ainsi aujourd'hui, on ne définit plus les militants par la cause qu'ils défendent, mais par les outils qu'ils utilisent ! « Mais », s'exclame-t-il », « notre meilleur espoir est-il vraiment dans les gens qui se connectent à Facebook ? » Pour Gladwell, non seulement, par idéal, on veut absolument tout faire rentrer dans la case « Internet révolutionnaire », mais on a purement et simplement oublié ce que signifiait le « vrai » militantisme. L'illusion du Net comme le dit Morozov, c'est de parler de révolution Twitter dans un pays qui compte très peu d'abonnés au Net et dont on pourrait même soupçonner que c'est un pouvoir en place schizophrène qui les a organisé. Quant à l'Iran, comment comprendre que les occidentaux soient partis de tweets rédigés en anglais sans se demander s'il était très logique que les manifestants voulant coordonner leur action travaillent avec une langue étrangère à la leur !

 

Réseaux sociaux forts
Gladwell distingue deux différences majeures entre le « vrai » militantisme et le slacktivisme : le premier se base sur des réseaux où existent des liens sociaux et une hiérarchie forts. Le second fonctionne à partir de coopérations faibles et un mode d'organisation lâche. A Greensboro, les 4 étudiants ont pris d'importants risques. Le premier jour, des voyous sont venus faire peur aux étudiants, le Ku Klux Klan est entré dans la partie. Au début du week-end, une alerte à la bombe a contraint les manifestants à évacuer le bar. Plus tard, la manifestation Mississipi Freedom Summer s'est avérée encore plus dangereuse. Les défenseurs des droits civiques avaient comme consigne de ne jamais se déplacer seuls, et certainement pas en voiture ni la nuit.  Quelques jours après leur arrivée au Mississipi,  trois prêtres noirs, Michael Schwerner, James Chaney et Andrew Goodman, ont été enlevés et assassinés. Durant l'été de cette année là, 37 églises noires ont été incendiées et des dizaines de maisons de sécurité ont été bombardées. Les bénévoles ont été battus, arrêtés, fusillés.  Un quart des militants des droits civiques du comité de coordination des étudiants non violents ont abandonné la cause. Le sociologue Doug McAdam de Standfort a comparé les deux « groupes » et a essayé de comprendre ce qui différenciait ceux qui n'étaient pas allés jusqu'au bout.  Ils avaient tous la même ferveur idéologique et le même attachement aux valeurs et aux objectifs de leur mouvement.  Ce qui les démarquait selon le sociologue, c'était d'avoir des contacts, des amis proches dans l'organisation, dont certains avaient eux-mêmes étaient menacés.

 

La puissance des amis
C'est un phénomène connu.  Dans les années 70, une étude sur les  Brigades rouges a révélé que 70 % des recrues avaient au moins un ami proche déjà dans l'organisation. C'est la même réalité pour les hommes qui ont rejoint les moudjahidines en Afghanistan. Même les actions révolutionnaires qui ont un côté spontané comme les manifestations en Allemagne de l'Est qui ont conduit à la chute du mur de Berlin « fonctionnent » sur le même modèle.  Le mouvement d'opposition en Allemagne de l'Est se composait de plusieurs centaines de groupes, chacun avec environ une douzaine de membres. Chaque groupe était en contact limité avec les autres: à l'époque, seulement 13 % des Allemands de l'Est avaient un téléphone. Tout ce qu'ils savaient, c'est que le lundi soir, il fallait se rassembler au centre-ville de Leipzig pour exprimer sa colère face à l'État. Et le principal déterminant de ceux qui sont venus était d'avoir des «amis critiques». Plus vous aviez d'amis qui critiquaient le régime, et plus il était probable qur vous alliez rejoindre la manifestation. A Greensboro aussi, les 4 étudiants étaient intimes. Joseph McNeil était un compagnon de chambre de Ezell Blair. David Richmond dormait un étage au dessus avec Franklin McCain. Blair, Richmond et McCain étaient tous allés à l'école secondaire de Dudley. Les quatre faisaient de la contrebande de bière dans leur dortoir. Ils se souvenaient tous de l'assassinat d'Emmett Till en 1955,  du boycott des bus de Montgomery de la même année, et de la confrontation de Little Rock en 1957.  C'est McNeil qui a lancé l'idée d'un sit-in chez Woolworth. Ils en avaient discuté pendant près d'un mois. Puis McNeil est venu dans le dortoir et a demandé aux autres s'ils étaient prêts. « Ezell Blair eu le courage le lendemain pour demander une tasse de café parce qu'il était flanqué de son compagnon de chambre et de deux bons amis de l'école secondaire. »

 

Des amis fantômes
Or constate Malcolm Gladwell, le type d'activisme que génère les réseaux sociaux est complètement différent. « Les plates-formes des médias sociaux sont construites autour de liens faibles. Twitter est un moyen de suivre (ou d'être suivis par) des personnes que vous n'avez jamais rencontrés. Facebook est un outil pour gérer efficacement vos connaissances, pour échanger avec des gens avec qui autrement vous ne pourriez pas rester en contact. C'est pourquoi vous pouvez avoir des centaines d'amis sur Facebook que vous n'aurez jamais dans la vie réelle. C'est à bien des égards une chose merveilleuse. La force est dans les liens faibles, comme le sociologue Mark Granovetter l'a observé. Nos connaissances-pas nos amis-es sont notre plus grande source d'idées nouvelles et de l'information.  L'Internet nous permet d'exploiter la puissance de ces types de connexions distantes avec une efficacité merveilleuse pour la diffusion de l'innovation ou la collaboration interdisciplinaire. Mais les liens faibles conduisent rarement à l'activisme à haut risque. » Dans un livre intitulé «The Dragonfly Effect: Quick, Effective, and Powerful Ways To Use Social Media to Drive Social Change», le consultant Andy Smith et le professeur Jennifer Aaker racontent l'histoire de Sameer Bhatia, un jeune entrepreneur souffrant d'une leucémie  aiguë. C'est pour Gladwell une illustration parfaite des points forts des médias sociaux. Bhatia a besoin d'une greffe de moelle osseuse, mais il ne pouvait pas trouver une correspondance entre ses parents et amis. Les chances étaient meilleures avec un donateur de son appartenance ethnique, et il y avait peu de Sud-Asiatiques dans la base de données des donneurs de moelle osseuse. L'associé de Bhatia  a envoyé un e-mail expliquant la situation à plus de quatre cents de leurs connaissances, qui eux mêmes ont transmis l'e-mail à leurs contacts personnels, sur les pages Facebook et les comptes YouTube. Au final,  près de vingt-cinq mille personnes nouvelles ont été enregistrées dans la base de données de donneurs de moelle, et Bhatia a trouvé une correspondance.

 

Ne pas en demander trop
Il a pu recevoir une greffe. « C'est un succès parce qu'on en demande pas trop. On peut facilement convaincre quelques milliers de personnes à s'inscrire sur un registre de donneurs. Il vous suffit d'envoyer un frottis buccal, et dans le cas hautement improbable où votre moelle osseuse correspond à quelqu'un dans le besoin, vous devrez passer quelques heures à l'hôpital. Non pas que le don de moelle osseuse soit une mince affaire. Mais il n'implique pas un risque financier ou personnel. Cela n'a rien à voir avec le fait d'être pourchassé par des hommes armés dans des camionnettes. Les évangélistes des médias sociaux ne comprennent pas cette distinction. Ils feignent de croire qu'un ami Facebook est la même chose qu'un véritable ami et que l'inscription à un registre de donneurs de moelle osseuse dans la Silicon Valley fait partie du même militantisme que celui qui pousse un noir à s'asseoir et à demander un café dans un bar ségrégationniste de Greensboro dans les années 60. »

 

Plus de participation, moins de motivation
"Les réseaux sociaux sont particulièrement efficaces pour accroître la motivation» écrivent Aaker et Smith. Mais ce n'est pas vrai. Les réseaux sociaux sont efficaces pour augmenter la participation, en diminuant le niveau de motivation que la participation requiert. La page Facebook pour sauver la coalition du Darfour a rassemblé 1.282.339 membres, qui ont donné une moyenne de neuf cents chacun. Un autre mouvement pour le Darfour sur Facebook a réuni 22.073 membres qui ont donné 35 cents en moyenne. Un troisième a fédéré 2797 membres qui ont donné 15 cents. Déclaration d'un porte parole de la Coalition Save Darfur a Newsweek : « On n'évalue pas l'investissement de quelqu'un pour le mouvement en fonction de ce qu'il a donné.  Il s'agit d'un mécanisme puissant pour engager les gens dans la voie de la critique : ils informent leur communauté, participent à des événements, font du bénévolat,... » En d'autres terme conclut Malcom Gladwell, le militantisme Facebook ne réussit pas en arrivant à motiver les gens à faire un véritable sacrifice, mais en les motivant à faire des choses que les gens font lorsqu'elles ne sont pas suffisamment motivées pour faire un réel sacrifice. On est loin selon lui des risques pris lors du déjeuner comptoir de Greensboro.

 

Des modèles organisationnels diamétralement différents
A côté du type des relations (fortes dans le cas du militantisme réel, faibles dans les cas des réseaux virtuels), le modèle d'organisation est lui aussi diamétralement opposé. Les manifestations révolutionnaires naissent, grandissent et aboutissent selon Gladwell de façon très structurée et hiérarchisée. Les étudiants qui ont rejoint les sit-in à travers le Sud pendant l'hiver de 1960 décrivent le mouvement comme une «fièvre. » mais note Gladwell, le mouvement des droits civiques ressemblait plus à une campagne militaire qu'à une contagion. À la fin des années cinquante, il y avait déjà eu des sit-in dans diverses villes un peu partout dans le Sud, dont quinze officiellement organisées par des droits civiques des organismes comme la N.A.A.C.P et C.O.R.E. L'ensemble était pensé : des emplacements repérés, des plans élaborés, des formations organisées. Les quatre étudiants de Greensboro étaient le fruit de ce travail. Ils étaient tous membres du Conseil de la jeunesse de la NAACP et avaient des liens étroits avec le chef de la N.A.A.C.P locale. Ils avaient été informés de la précédente vague de sit-in à Durham, et avait participé à différentes réunions dans les églises du mouvement activiste. Lorsque le sit-in de Greensboro fait tâche d'huile dans tout le Sud, sa propagation ne se fait pas à l'aveugle. Il se propage dans des villes où  des noyaux de militants acquis et formés sont prêt à transformer la «fièvre» en action.



Le joyeux désordre des réseaux sociaux
Le mouvement des droits civiques était un activisme à haut risque. C'était aussi, surtout, de l'activisme stratégique avec des actions montées avec précision et discipline. Le N.A.A.C.P. était une organisation centralisée. Les décisions partaient de New York selon des modes opératoires extrêmement formalisés.  Il s'agit selon Malcom Gladwell  de la deuxième distinction cruciale entre le militantisme traditionnel et sa variante en ligne: les médias sociaux ne sont pas sur ce type d'organisation hiérarchique. Les Facebook et autres Twitter sont des outils pour la création de réseaux qui sont à l'opposé, dans la structure et Le caractère, des hiérarchies. Contrairement aux systèmes hiérarchiques centralisés, dotés de règles et de procédures verticales, les réseaux ne sont pas contrôlés par une autorité centrale unique. Les décisions sont prises par consensus, et les liens qui unissent les gens du groupe sont lâches.



Auto-régulation
Cette structure rend les réseaux extrêmement souples et adaptables à des situations à faible risque. Wikipedia en est un exemple parfait. L'encyclopédie en ligne n'a pas de rédacteur en chef. Tout est auto-organisé et auto-régulé. Si toutes les entrées de Wikipedia devaient être effacées demain, le contenu pourrait être rapidement restauré grâce aux milliers de bénévoles qui consacreraient spontanément du temps pour réinitialiser ce très beau projet. «  Il y a beaucoup de choses, cependant, que les réseaux ne font pas bien. C'est pour cela que les entreprises y ont judicieusement recours pour organiser les relations avec leurs clients et fournisseurs,  mais pas pour concevoir leurs produits. Personne ne croit que l'articulation d'une philosophie de conception cohérente est mieux gérée par un vaste système d'organisation sans chef. Parce que les réseaux n'ont pas de structure de direction centralisée et de lignes d'autorité claires, ils ont du mal à parvenir à un consensus réel et l'établissement d'objectifs. Ils ne peuvent pas penser stratégiquement, ils sont chroniquement sujets aux conflits et aux erreurs. Comment pouvez-vous faire des choix difficiles sur la tactique, la stratégie ou la direction philosophique lorsque tout le monde a son mot à dire? »

 

Le modèle de l'OLP
A l'origine, l'Organisation Libération de la Palestine était structurée comme un réseau social et c'est pour cela, estime Mette-Eilstrup Sangionvanni et Calbert Jones, qu'ils ont rencontré des difficultés en grandissant : «Les caractéristiques structurelles typiques des réseaux- l'absence d'autorité centrale, l'autonomie incontrôlée de groupes rivaux et l'impossibilité d'arbitrer les querelles de procédures formelles- ont rendu l'OLP excessivement vulnérable à la manipulation de l'extérieur et aux troubles internes. " En Allemagne, dans les années soixante-dix, l'organisation va se hiérarchiser avec une gestion professionnelle et une répartition claire des tâches. Elle va se concentrer géographiquement dans les universités et mettre en place un leadership central bâti sur une confiance et une camaraderie nées de face à face réguliers. "Ils ont rarement trahi leurs compagnons d'armes lors des interrogatoires de police. Leurs homologues de droite, organisés dans des réseaux décentralisés, n'avaient pas une telle discipline. Ces groupes ont été régulièrement infiltrés, et les membres, une fois arrêtés, ont plus facilement dénoncé leurs camarades. » De même, le réseau Al-Qaïda a été le plus dangereux lorsque son fonctionnement était basé sur une hiérarchie unifiée. Aujourd'hui dissipée dans une structure plus vaste, il s'avère beaucoup moins efficace.



Pas pour le changement systémique
« Les inconvénients de réseaux n'ont pas beaucoup d'importance si le réseau n'est pas intéressé par le changement systémique. Mais en cas d'action révolutionnaire, vous devez avoir une hiérarchie forte pour être efficace pointe Gladwell.  « Le boycott des bus de Montgomery exigeait la participation de dizaines de milliers de personnes qui dépendaient des transports en commun pour se rendre au travail chaque jour. Il a duré un an. Afin de convaincre les gens de rester fidèles à la cause, les organisateurs du boycott avait chargé les églises noires locales de travailler à maintenir le moral et mis sur pied un système privé gratuit de co-voiturage alternatif avec 48 répartiteurs et 42 stations de ramassage. Il s'est avéré d'une précision militaire, de l'aveu même du White Citizens Council. Qu'un manifestant s'écarte du scénario, qu'il réponde à la provocation et c'est la légitimité morale de l'ensemble de la manifestation qui aurait été compromise. Or du côté des réseaux sociaux, c'est le joyeux désordre.  « Pensez à la structure incessante de correction, de révision, de modification et de débat, qui caractérise Wikipedia. Si Martin Luther King avait essayé de faire un wiki-boycott de Montgomery, il aurait été écrasé par  le rouleau compresseur du pouvoir blanc. Et qu'aurait apporté de plus un outil de communication numérique dans une ville où 98% de la communauté noire pouvait  être atteinte chaque dimanche matin à l'église?  Il fallait de la stratégie et de la discipline, chose que les médias sociaux en ligne sont incapables de fournir. »