Les Rencontres Mondiales du Logiciels libres ont marqué Bruxelles de leurs 240 conférences

C’est sous un soleil radieux et dans une ambiance d’après examen que l’ULB a accueilli début juillet 240 conférenciers venus du monde entier. Nées en 2000 à Bordeaux, les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre ont égayé la Place de la Monnaie lors d’un week-end grand public avant d’investir le Campus du Solbosch pour quatre journées de conférences ininterrompues.

Une fois l’an, les aficionados du libre se donnent rendez-vous au cours d’une grand messe internationale drainant des milliers de visiteurs. Cette année, c’est donc au tour de Bruxelles de lever le rideau sur un impressionnant plateau de conférences présenté au cours d’une séance inaugurale rassemblant une brochette de politiques, de Rudi Vervoort à Brigitte Grouwels en passant par Rudy Demotte, Christos Doulkeridis et Isabelle Durand.

Fil rouge pour la cuvée 2013: le libre au quotidien. Autrement dit: sensibiliser les citoyens aux avantages, aux intérêts et à la simplicité du libre, tout en proposant des interventions de très haut niveau.

 

5 nouvelles thématiques

Odile Bénassy, responsable de la programmation des conférences: “Au départ, les RMLL sont un rassemblement de geeks en faveur du libre. Aujourd’hui, on s’oriente beaucoup plus vers des applications métiers (santé, éducation, enseignement, presse…) tout en gardant un volet technique extrêmement dense (sécurité, cloud, hardware libre, administration système, développement logiciel). En tout, on dénombre 25 thèmes pris en charge par une vingtaine de responsables avec quelques nouvelles thématiques comme les jeux vidéo, l’Open Data, le matériel libre, la presse et l’enseignement de l’informatique libre. J’ai personnellement insisté pour programmer cette année une série de conférences grand public avec des sujets touchant la vie privée, l’éducation, la formation ou le politique”.

 

Quand le libre se mêle de démocratie

Un exemple concret avec la table ronde “Quand le libre se mêle de démocratie” réunissant Lionel Allorge (président de April) (1), Tangui Morlier (ancien président de April, co-initiateur de Regards Citoyens), Laurent Peuch (Memopol2) et Nicolas Pettiaux (Lepacte.be).

Nicolas Pettiaux: “Le pacte [du logiciel libre] a été un outil de sensibilisation et d’engagement des candidats aux élections, concernant d’abord le seul thème des logiciels libres en 2009, puis aussi de la neutralité du net et de l’open data, qui a eu des suites que nous pouvons mesurer. Par exemple, la présence dans les déclarations de politique régionale et communautaire de 2009-2014, d’engagements du Gouvernement [régional] à promouvoir et utiliser, dans la mesure du possible, les standards ouverts et les logiciels libres dans les administrations publiques, de développer les formations aux logiciels libres et de requérir, lors de la passation des marchés publics relatifs aux systèmes d’information demandant des développements sur mesure, d’être propriétaire des codes sources ou d’en avoir la disponibilité selon une licence libre reconnue. »

Program or be programed

“Program or be programed!” Cet intitulé de l’intervention sur le libre et l’école de François Elie, co-fondateur et président de l’Adullact (2) et vice-président de l’Aful (3) résume bien la philosophie de la session “spéciale grand public” d’hier. Selon Karsten Gerloff, Président de Free Software Foundation Europe, l’objectif est de “prendre notre vie en main dans un monde où les machines sont de plus en plus présentes. Des machines mais aussi des sociétés. Car, comme l’évoque Frank Rousseau, co-fondateur de Cozy Cloud, dans son exposé, « les grands acteurs du Web s’improvisent magiciens et jouent avec nos données personnelles ».

Werner Koch, créateur et développeur principal de GnuPG et fondateur de g10code: “A intervalles de plus en plus courts, nous apprenons de nouvelles menaces sur la vie privée.

Cette avalanche de mauvaises nouvelles n’est due ni à des failles techniques ni au journalisme d’investigation, mais elle est la conséquence de l’énorme quantité de données transmises par Internet et placées sous le contrôle exclusif des entreprises ou des gouvernements. Avec l’accroissement de la collecte de données, une plus grande quantité de ces données feront inévitablement l’objet de fuites. Dans l’ancien Internet décentralisé, ce n’était pas vraiment un problème parce que- bon!- le réseau est décentralisé par conception.

Les intérêts économiques ont de plus en plus transformé cette infrastructure en une oligarchie de centres de traitement de données, chacun avec des centaines de millions d’utilisateurs. Ils sont aujourd’hui au cœur d’Internet et donc un point de défaillance unique de la vie privée. Les utilisateurs à même de lire les politiques de confidentialité sont sans doute conscients de ce problème, et pourtant ils ont fermé les yeux et profité des promesses de ces données agrégées (connues sous le nom de “réseaux sociaux”).

Les dangers d’une mauvaise utilisation de ces services d’agrégation de données ne sont pas immédiatement visibles mais n’apparaissent que quelques années plus tard. Pire, chaque année nous pouvons constater que les gouvernements s’intéressent à ces données, et on apprend régulièrement des détails relatifs à ces grands systèmes de surveillance mondiale. Il n’est plus farfelu de prétendre que nous vivons maintenant dans un monde de surveillance.”

Et ce spécialiste mondial du cryptage de proposer des suites logicielles pour surfer de façon anonyme, gérer son propre Cloud ou encore chiffrer la totalité de la transmission des courriers électroniques.

 

 

Au parlement européen

Si le politique s’invitait sur le site du campus ce mardi matin (logiciels libres et élections, initiatives Open Data parlementaires, Open Gouvernement en Europe…), ce sont les citoyens qui s’invitent chez le politique cet après midi avec une suite de conférences sur les logiciels libres qui se tiennent au Parlement européen.

 

Culture et droit

Le 10 juillet, le couple “Culture et droit” a eu la faveur des conférenciers avec notamment une plénière assurée par Jean Benjamin (juriste spécialisé en propriété intellectuelle), Valérie-Laure Benabou (spécialiste du droit des industries culturelles), Philippe Algrain (auteur du livre “Cause commune, l’information entre bien commun et propriété”) et Marie Farge (directrice de recherche au CNRS).

Le quatuor s'est interrogé sur les réformes nécessaires face à un modèle alternatif de défense et de rémunération des droits d’auteurs par le biais des licences libres. “De nombreuses réformes législatives se sont succédées pour faire face aux défis soulevés par Internet et les technologies numériques. Néanmoins, trop souvent destinée à préserver un statu quo, cette évolution n’a pas réellement réussi à adapter le droit d’auteur au contexte numérique et a eu pour résultat de réduire les bénéfices de la société aux profits de ceux des ayants droit. La légitimité du droit d’auteur, et plus largement des différents droits de propriété intellectuelle, est ainsi remise en cause par un nombre croissant d’acteurs qui souhaitent repenser ces monopoles à l’ère du numérique et militent notamment pour une encadrement plus strict. Il nous semble aujourd’hui opportun de réfléchir à la mise en place de réformes qui doivent se mettre au service d’une culture libre. »

 

Informatique professionnelle et métier

Le lendemain, les 3 couleurs dominantes étaient l’informatique professionnelle, métier et technique. On citera pêle-mêle une cartographie du marché belge des logiciels libres et open source par Robert Viseur (CETIC), une immersion dans les outils du libre disponibles pour le secteur universitaire, l’enseignement de l’informatique libre, les systèmes d’information médicaux privés et hospitaliers, l’imagerie médicale et- côté plomberie- 10 ateliers portant sur le développement logiciel et autant de workshops dédiés à l’administration système.

 

Rendez-vous l'année prochaine à Montpellier....

 

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