Nicolas Pettiaux, physicien de formation, a fait de la recherche et de l'enseignement à l'Université libre de Bruxelles pendant 10 ans avant de rejoindre le privé puis l'administration. En 2003, il opère un retour aux sources vers l'enseignement (il est actuellement maître assistant à l’Ecole supérieure d’informatique à Bruxelles- HE de Bruxelles). C'est au cours de ses études qu'il va découvrir les logiciels libres, avant d'en devenir un des chantres les plus actifs en Belgique.

Nicolas Pettiaux est « tombé » dans le libre en 1993. «Mon doctorat portait sur la modélisation d'ondes laser. A l'époque, on n'avait rien de fonctionnel pour la mise en page de documents scientifiques. Enfin si : j'ai découvert le langage TeX mis au point par Donald Knuth, un mathématicien hors norme qui a écrit une série de livres sur l'art de programmer, devenus aujourd'hui des ouvrages de référence.  C'est pour avoir une bonne qualité de mise en page du deuxième volume de son « The Art of Computer Programming » qu'il a développé TeX. Et comme il n'était pas content des polices disponibles, il a mis au point son propre programme de création de polices de caractères, Metafont. C'est de là que vient mon intérêt pour le libre. Il a laissé le code ouvert et l'a mis en circulation pour qu'on l'améliore. Il offrait un dollar hexadécimal pour tout bug découvert. La somme était dérisoire, environ 256 cents, mais cela a fini par être considéré comme une récompense aussi prestigieuse que le Nobel de l'informatique ! La seule restriction que Knuth imposait à toute modification ou nouvelle version est qu'elle n'ait pas le même nom. Voilà pourquoi la version reprise et améliorée du logiciel de Knuth par un autre chercheur en mathématique, Leslie Lamport, s'appelle LaTeX ».

 

Aspects éthiques

« Très vite, j'ai apprécié la liberté, les ouvertures que le libre pour les usages qu'il apporte et les contraintes qu'il supprime. Rapidement, j'ai pris aussi conscience des aspects éthiques sous-jacents, qui sont sans doute plus importants encore. Ceci a été confirmé par la lecture de différents ouvrages, dont ceux de Richard Stallman que j'ai rencontré à plusieurs reprises. Pour moi, les logiciels libres, comme les contenus libres auxquels ils sont intimement liés, vont de pair avec la mission de transmission sans limite des connaissances à laquelle je tiens et dans laquelle je m'investis. J'aime à faire adhérer les autres aux idées qui me sont chères, et me suis investi activement depuis 1998 dans la promotion de logiciels libres en Belgique, avec de très nombreuses « luttes » contre les brevets ou la normalisation abusive de formats de fichiers ou pour le logiciel libre, les ressources éducatives libres, le partage de données et de cours. J'ai été très actif en Belgique dans la lutte contre les brevets logiciels, avec la victoire que l'on sait en 2005 lorsque le Parlement européen a enterré la directive de la commission sur les « inventions mises en œuvre par ordinateur.»

 

Bruxelles, capitale des logiciels libres

Partout où il va, le libre pointe le bout de son code. «J'ai conseillé l'Unesco pour l'utilisation de logiciels libres. De janvier 2002 à juin 2003, j'ai été IT Manager à la COCOF (qui s'est largement mis au libre et à développé un système de gestion budgétaire encore en fonctionnement aujourd'hui, qui n'appelle NM, pour Non Marchand. Dans les années 2004, 2005 j'ai formé les gens de Sabena Technics à Open Office. En 2012, Oliver Schneider, aujourd'hui fonctionnaire général en charge de la simplification administrative à la Région Wallonne et à l'époque Directeur adjoint de l'ETNIC, m'a demandé de participer à la mise en place d'un projet de migration de l'administration de la Communauté française vers Libre Office. Le hic, c'est que s'il avait réussi à faire accepter le projet, le budget n'a pas suivi ! ». Nicolas Pettiaux enchaîne les projets et interventions autour du libre. Ici une conférence à l'ULB avec Richard Stallman, là la promotion du langage Python dans les départements scientifiques de l'ULB. Là encore la proposition d'organiser en 2013 les Rencontres Mondiales du Logiciel Libre à Bruxelles, et le montage du dossier de départ. Nicolas Pettiaux fait partie de tous les réseaux qui touchent au logiciel libre, de l'April à l'Association Foncière Urbaine Libre en passant par la Free Software Foundation (Europe), la Quadrature du net, Creative Commons ou OpenStreetMap. «Ce ne sont que des structures. Ce qui compte, c'est de faire des choses, d'organiser des rencontres, de prendre langue avec les politiques. Comme avec le Pacte du libre, que tous les président de parti signeront, même si cet engagement sera peu suivi d'effets. « Il faut sans cesse suivre les dossiers ». Dernière rencontre en date : le 23 juin dernier à l'Ecole Supérieure d'Informatique à Bruxelles où Nicolas Pettiaux organise une rencontre avec les échevins en charge des bibliothèques publiqueset/ou de l'informatique des 19 communes, et les directeurs des bibliothèques publiques. Au menu, les développements mutualisés grâce aux logiciels libres, les SIGB libres (lisez PMB) comme alternative aux SIGB propriétaires (lisez Vubis) et, en clôture, exposés de présentation de catalogues PMB belges. Nicolas Pettiaux : «Choisir PMB au lieu de Vubis permettrait aux bibliothèques d'économiser des milliers d'euros par mois, et de redevenir maître de leurs données. »

 

Explorer de nouveaux partages

« Je suis préoccupé par les questions relatives à la défense des libertés individuelles dans un monde de plus en plus basé sur l'utilisation des technologies électroniques, et participe au développement de biens communs informationnels, parmi lesquels le logiciel libre »e droit d’auteur se confronte trop souvent au droit d’un égal accès à la culture, pour tous et sans concession. Il serait temps de reconnaître, en fait comme en droit, le partage qui est au fondement même de la culture et de la création. Explorons de nouveaux modèles de financement, de reconnaissance et de paternité de la création culturelle, de l’information et des médias qui seraient adaptés à l’ère numérique moderne.

Dans ce contexte, les Rencontres Mondiales du Logiciels Libre sont tout d'abord une manifestation de sensibilisation et d'initiation au libre (logiciels, ressources et oeuvres de l'esprit en général) qui s'adresse à chacun (entreprises, administrations, associations, institutions publiques, écoles, institutions culturelles) au travers de thématiques spécifiques : informatique, création artistitique, formation, enseignement, santé, handicap, éducation permanente,..." Les RMLL sont également le rendez-vous des associations francophones impliquées dans la promotion et la vulgarisation des usages des logiciels et ressources libres, ce sous la forme d'un "Village des Associations". Ces rencontres constituent également un espace privilégié de rencontre de concepteurs et développeurs du monde entier venant échanger sur leurs projets. Les RMLL abritent enfin des espaces de formation personnelle et professionnelle. Une attention tout particulière est portée à la dimension éducative. Nicolas Pettiaux : "Déjà utilisées au sein de l'éducation publique et relayées par de nombreuses formations, les technologies du libre font l'objet en Belgique d'un intérêt grandissant. Nicolas Pettiaux a participé activement à la réalisation de RMLL organisées en 2013 à Bruxelles sur le site de l'ULB. « Ces rencontres ont notamment eu pour objectif de mettre en relation les spécialistes du domaine du libre avec les professeurs, formateurs, les élèves et les stagiaires. Des ateliers pratiques à destination des professeurs des écoles primaires, secondaires et hautes écoles, notamment artistiques, seront organisés en collaboration avec l'ULB."

 

Pour une société numérique libre

Et Nicolas Pettiaux de revenir sur l'importance de militer pour une société numérique libre. Comme le dit Richard Stallman, « les efforts développés pour inciter les gens à utiliser les nouvelles technologies numériques sont réalisés sur la supposition que cette utilisation est invariablement une bonne chose. En jugeant par le seul aspect pratique immédiat, cela semble être le cas.
Cependant, si on juge en termes de droits de l’homme, que cette entrée dans ce monde soit bonne ou mauvaise dépend du monde numérique dans lequel nous voulons être inclus.
Si nous nous fixons cette inclusion comme objectif, il nous incombe de nous assurer que cela soit réalisé de la bonne manière. »  D'où l'importance, en tant que citoyen, d'utiliser et faire utiliser des logiciels libres qui protègent les libertés et les données des utilisateurs. Il est plus que jamais, l'heure du big data et des objets connectés, des menaces atteintes aux libertés individuelles ou collectives d'une utilisation du numérique sans contrôle. C'est de la défense de nos libertés numériques qu'il s'agit.