Il a 68 ans et a été embauché en 2013 par Google pour faire de son moteur de recherche la référence absolue en matière d'intelligence artificielle. Pour ce gourou du transhumanisme, la convergence de la génétique, des nanotechnologies et de la robotique permettra dès 2020 de donner aux ordinateurs une puissance de traitement comparable à celui d'un cerveau humain. En 2025, le marché des implants connectés explosera. Dans le courant des années 2030, des nano-robots fluidifieront le sang, traqueront sans relâche et élimineront les cellules cancéreuses. Soigné par des médicaments bio-électroniques, l'homme sera devenu un être hybride, avec un cerveau connecté et stimulé par des nano-capteurs et des nano-robots. Son nom ? Ray Kurzweill, le chantre de la fusion totale entre l'homme et la machine, dans une éternité 2.0 qui fait froid dans le dos.

Connaissez-vous la Singularity University ? Justement, elle a été co-fondée en 2008 par l'actuel directeur du moteur de recherche. L'université s'est implantée dans le centre de recherche de la NASA, au coeur de la Silicon Valley. Mais en quoi cette université est-elle singulière ? Tout simplement parce que ses projets de recherche ont vocation à anticiper le moment du «basculement», celui où l'intelligence artificielle dépassera l'intelligence humaine. Ray Kurzweill est littéralement fasciné par l'homme réparé, augmenté, guéri des maladies et plus tard de la vieillesse, rendu immortel grâce aux nouvelles technologies. Il se positionne en théoricien du futur de l'être humain, en évangéliste du transhumanisme. Avec à sa disposition les moyens colossaux de la plus grosse capitalisation boursière au monde : le holding Alphabet qui regroupe toutes les sociétés contrôlées par Google vaut plus de 500 milliards d'euros !

 


Adapter l'intelligence artificielle à l'économie de marché
Le transhumanisme est une idéologie qui considère comme légitime d'utiliser tous les moyens techniques et scientifiques pour «augmenter» les capacités physiques et intellectuelles de l'homo sapiens : son corps mais aussi son cerveau. Non seulement Google la soutient, notamment en investissant dans la Singularity University, mais elle travaille à maîtriser les technologies clés qui sous-tendent le transhumanisme, ce qu'on appelle les NBIC : les nanotechnologies, la biologie, l'informatique et les sciences cognitives (traduisez l'intelligence artificielle). C'est en ce sens que doivent être lus les investissements et les recrutements de la firme de Mountain dont le modèle économique (et idéologique?) se nourrit de la collecte d'informations humaines et travaille à adapter l'intelligence artificielle à l'économie de marché.

 


180 € pour une analyse ADN
Et quoi de plus riche en la matière que notre ADN ? La société thomas23andMe est dirigée par Anne Wojcickila, l'épouse du confondateur de Google, Sergei Brin. Le nom de cette filiale d'Alphabet a été choisi en référence au nombre de chromosomes humains qui nous compose : 23. Pour 180 €, 23andMe vous envoie un test génétique qui analyse votre salive et vous fera savoir si vous êtes potentiellement porteur de maladies, comme le syndrome de Bloom ou la mucoviscidose. Pour l'anecdote, Sergei a appris en faisant appel aux services de sa filiale qu'il était porteur de la version mutée du gène LRRK2 et qu'il avait de fortes pro-babilités de développer la maladie de Parkinson.

 


California Life Company : tuer la mort
Retour aux affaires, début janvier, 23andMe a conclu un accord avec Genetech, filiale du groupe Roche, pour mener des programmes de recherche de remèdes à la maladie de Parkinson. Grâce à cet accord, le laboratoire pharmaceutique aura accès à la base de données des clients (près d'un million) de 23andMe qui ont réalisé un test de génotypage. 12.000 d'entre eux seraient affectés par la maladie de Parkinson : c'est un échantillon de travail tout à fait appréciable. Le monde étant définitivement un petit village, c'est l'ancien PDG de Genetech et membre du conseil d'administration d'Apple, Arthur Levinson, qui dirige l'entreprise de lutte contre le veillissement et les maladies dégénératives Calco, lisez California Life Company. La mission de cette société de biotechnologie créée par Google en 2013 est d'augmenter de vingt ans l'espérance de vie, d'ici 2035.

 


Des lentilles intelligentes mesurent le taux de glycémie
Comme d'habitude, Google voit très large. En décembre de l'année passée, la société annonçait le regroupement de l'ensemble de ses projets médicaux dans Verily Life Sciences. Avec plus de 300 chercheurs et à sa tête Andrew Conrad, cette filiale multiplie les projets de recherche destinés à mieux comprendre les mécanismes du vieillissement et lutter contre les maladies. Elle s'est associée au suisse Novartis pour fabriquer un prototype de lentille de contacts qui mesure le taux de glucose dans le sang à partir des larmes et prévient son utilisateur en cas d'hyperglycémie. Dans le même sens, elle s'est associée au français Sanofi pour concevoir et développer de nouveaux objets connectés dans le domaine du diabète. C'est que le marché de la santé est prometteur. On parle de 15 milliards d'euros par an pour les seuls appareils de monitoring de la glycémie...

 


Implant greffé et connecté
Quelques mois plus tard, les chercheurs de Google ont déposé un brevet qui nous place directement dans le futur de l'homme augmenté. Il s'agit d'une lentille intra oculaire, c'est à dire directement greffée sur l'oeil de l'utilisateur. Cette « Smart Lense » est dotée de son propre espace de stockage, de capteurs, d'une batterie et bien sûr de composants radio pour la transmission avec d'autres objets connectés présents sur le corps et avec les smartphones. La fonction première de cette lentille intelligente est de corriger les déficiences visuelles. Elle pourrait permettre également de lire des informations codes-barres, de détecter des allergènes, de surveiller sa température du corps ou son taux d’alcoolémie, ou encore d'activer une vision de nuit…

 


Des médicaments bioélectroniques avec GSK
L'annonce conjointe faite l'été dernier avec GSK confirme la stratégie bioélectronique d'un Google en train de multiplier les partenariats avec les géants de l'industrie pharmaceutique. GSK et Google viennent en effet de créer la firme pharmaceutique Galvani Bioelectronics qui va produire et vendre des médicaments bioélectroniques pour traiter des maladies comme l'arthrite, le diabète ou l'asthme. L’asthme, par exemple, pourrait être soulagé par l’impulsion de courants afin d’éviter la contraction des poumons lors de crises. L’implantation d’un appareil de la taille d’un grain de riz suffirait. L’arthrite est également une maladie dont le groupe espère soulager les inflammations en équipant les personnes concernées d’appareils miniaturisés. Tout comme le diabète. GSK travaille depuis quelques années sur des dispositifs miniaturisés capables de modifier les signaux électriques véhiculés par les nerfs et pouvant être altérés par certaines ma-ladies. Galvani Bioelectronics mise ainsi sur l'expérience du laboratoire pharmaceutique de GSK et sur les compétences de la filiale de Google en matière de miniaturisation électronique, de logiciel et de traitement des bigs data. Le groupe mise sur le lancement d’implants bio-électroniques dans les dix ans.

 

 

Google, un troisième hémisphère dans le cerveau
Ce sont les dirigeants de Google qui résument le mieux la stratégie du groupe. Le journaliste Steven Levy rappelle que, voici quelques années dans une interview, Larry Page et Sergei Brin, les co-fondateurs de Google, s'amusaient déjà à imaginer que Google finirait par être un implant cérébral qui vous donnerait la réponse quand vous pensez à une question. Plus récemment, Sergei Brin s'est exclamé : «Vous ne pourrez plus vous passer de Google sauf à être un homme diminué. Nous allons devenir le troisième hémisphère de votre cerveau. » Google est en train d'accoucher d'une humanité augmentée en construi-sant des machines qui vont, comme l'explique Eric Schmidt le président exécutif d'Alphabet, « aider les gens à faire mieux les choses qu'ils n'arrivent pas à faire bien ».

 


Un lobby transhumaniste pour changer l'humanité
Avec en arrière fond, l'idéologie transhumaniste qui défend la vision radicale d'une humanité qui s'arroge le droit d'utiliser toutes les possibilités de transformation offertes par la science et les nouvelles technologies pour «s'augmenter». Dans cette vision explique Laurent Alexandre, chirurgien et président de DNA Vision, l'homme du futur serait comme un site web, à tout jamais une version béta, c'est-à-dire un organisme prototype voué à se perfectionner en continu: «Cette vision pourrait sembler naïve. En réalité, un lobby transhumaniste est déjà l’œuvre des NBIC pour changer l'humanité.» Le «Docteur» Google y participe activement...