Jiyed, artiste fréquentant Globe Aroma, allait accrocher ses peintures dans l’expo « Carte de visite » organisée par la Ville de Bruxelles. Son travail avait été remarqué pour sa pertinence. Dans ses peintures, des bateaux, des naufragés, des migrants.

Il est arrêté le 7 février, dans les locaux de l’association, par la police de la Ville de Bruxelles.

 

Comment peut-on, à la fois, être invité et arrêté , par la même autorité ? Enfermé depuis au centre 127bis, voici son témoignage.

 

 

 

10/02/2018
La police a envahi Globe Aroma par surprise et d’une façon sévère. Ils ont obligé tous ceux qui étaient là à mettre leurs mains sur leurs têtes. La police a dit d’une voix très fâchée :
« On va vous fouiller ». Quelques-uns d’entre nous ont reçu des coups pour céder à cet ordre. Après avoir fait le contrôle de nos identités, nous étions à genoux, les mains attachées.

 

Notre unique crime, c’est que nous étions des sans-papiers. On était conduits, les mains attachées, comme des moutons. Comme si on était des voleurs, ou des criminels. A mon avis, être sans papier, c’est pas un crime.

 

On est entrés au poste de police les mains attachées et ils nous ont détachés après 2 heures. Après, ils ont fait entrer chacun d’entre nous dans une pièce, et nous ont demandé d’enlever nos vêtements, à part le caleçon. Ils étaient deux, l’un d’entre eux rigolait comme si j’étais un animal.

 

Après, ils ont pris nos empreintes. Et ils nous ont obligés à signer des papiers de force. Et ils nous ont photographiés de tous les côtés, comme ces terroristes qui ont été arrêtés.

 

La nuit, j’ai pas pu dormir à cause du bruit et des conversations. C’est la 1ère fois que je passe une nuit dans un poste de police depuis mon arrivée en Belgique, ça fait 4 ans. J’ai pleuré la nuit et j’ai pensé à mon frère jumeau, je me suis demandé s’il allait bien et ce que serait son sort sans moi.

 

Le lendemain très tôt, ils m’ont conduit attaché au centre fermé. J’ai rien commis de grave, j’ai juste accepté l’invitation de Globe Aroma pour aller ensemble au vernissage « Carte de Visite » où j’expose mes tableaux. Il fallait être là-bas à 18h, mais j’ai pas pu y être. Globe Aroma, c’est ma petite famille, que j’aime beaucoup car il y a des gens très spéciaux et qui comptent beaucoup pour moi, même si des fois ils sont pas au courant. Je les aime tous sans exception.

 

 

 

11/02/2018
Une assistante m’a fait rire car elle m’a demandé si j’avais quelque chose de valeur. Elle m’a dit : « Si tu veux pas le perdre, on peut le garder ici. » Je me demande ce qu’il y a de plus cher que la liberté… Vous venez de me la prendre !

 

On est en train d’attendre pour parler avec un avocat, pour voir ce qui va se passer pour moi et pour mon ami qui est dans l’autre pièce.

 

A Globe Aroma, un policier m’a dit qu’on allait être arrêtés pour quelque temps, et sortir.

 

Pour moi, personnellement, si je n’avais pas un vrai souci à rentrer dans mon pays, je ne serais jamais venu ici. Et ici, ma situation économique est plus mauvaise qu’elle ne l’était dans mon pays natal. J’ai un complexe avec la police : quand j’étais enfant, je jouais au ballon devant la porte d’un voisin qui était policier. Et il m’a tabassé.

 

Le centre est fermé sur nous, complètement. Comme une prison. J’ai remarqué qu’ils nous demandent de rendre le rasoir après l’avoir utilisé. C’est un danger pour nous, ou peut-être c’est nous, le danger. N’ayez pas peur ! Je suis venu ici en Belgique pour me protéger, non pour me faire du mal. Au centre, il y a des gens qui ont l’air sympa.

 

En ce moment même, il y a un rassemblement devant le centre fermé pour nous soutenir moi et mon ami… je leur adresse un grand merci. En tous cas, je suis reconnaissant. Vous ne m’avez pas laissé tout seul. Ce que vous faites dépasse mes remerciements.

 

الحرية, “Al-Hûr- i-ya “, la Liberté.

 

La liberté, c’est ce que je demande. Il y a une différence entre écrire sur la liberté et être privé de liberté. Quand tu le vis, c’est une chose amère.

 

 

 

12/02/2018

الإنتهاك “Al-In-Ti-Hak “, “Infraction“.

 

À tout moment, ils peuvent te conduire au centre fermé. Hier, quand il y avait le rassemblement, on nous a fait entrer, moi et mon ami Mounir, à la bibliothèque pour que nos amis ne nous voient pas. Par coïncidence, j’ai vu mon ami Rabia. Je l’ai appelé sur le téléphone, il était en train de pleurer. Je lui ai demandé s’il me voyait, il a répondu que non. Moi, je le vois à travers les vitres mais lui pas. Ici, au centre, les gens ne peuvent ni te voir, ni t’écouter.

 

Aujourd’hui, je dois voir l’assistant social pour comprendre un peu ce qui se passe avec moi, car c’est la première fois que je suis enfermé ici. Mon ami m’a dit que j’ai pas droit à un téléphone avec caméra. Apparemment, ça va dévoiler les horreurs de ce centre.

 

Il y a des personnes qui m’ont montré comment je suis important pour eux : je les aime et je les respecte beaucoup. Il y avait aussi quelques visites : ça a beaucoup de valeur chez moi.

 

Cette vie est bizarre. J’ai toujours voulu raconter les événements choquants autour de moi et là c’est à moi que ça arrive ! A 1000 Bruxelles, plein d’associations me connaissent et surtout Globe Aroma ! C’est là que tout s’est passé, de leur débarquement jusqu’au poste de police.

 

Je me demande, à propos du débarquement à l’association : c’est dans la loi ou pas ? Pourquoi ce genre d’association n’est pas protégée de ce genre de chose ? Que faire pour que ça ne se répète plus ? L’association a-t-elle le droit de porter plainte ? Le gouvernement n’est-il pas censé suivre la loi ?

 

 

 

13/02/2018
Mon avocat m’a appelé ce matin pour demander comment j’allais et j’ai répondu : « Bien », mais je ne vais pas bien. Aujourd’hui ils vont me prendre rendez-vous chez le médecin ; ils veulent s’assurer que je vais voir le docteur bientôt. Ils rigolent et ils notent. On est des numéros pour eux, je sais pas. Peut-être j’ai tort, je suis peut-être pas neutre, ou je vois flou.

 

Je parle à mon frère de façon régulière, mais il me manque beaucoup. Je sais pas expliquer, c’est dur. Nos mains sont liées comme l’eau et les arbres s’ils se séparent. Aussi, mon meilleur ami Brahim me manque beaucoup.

 

Des chaînes belges passent l’actu. Ils parlent de ce qui s’est passé à Globe Aroma, des arrestations sévères des autorités, dangereuses pour les ASBL. C’est une hypocrisie ce qui se passe, le gouvernement finance ces ASBL pour intégrer ces gens dans différentes activités comme le théâtre, des concerts et de la littérature. Si c’est le cas, pourquoi ils ont visé cette ASBL de cette façon ?

 

Est-ce que le migrant va avoir encore confiance en ce lieu ? C’est étrange, des fois on laisse des gens dangereux en liberté, et des gens sans papiers qui sont très actifs, on les chasse d’une ASBL, c’est quoi ?

 

Je reçois une visite dans un moment de Globe Aroma. Mr Brecht et Mme An : je suis très content de leur visite.

 

Il y a un Monsieur par terre. Il pleure d’une façon hystérique. Est-ce qu’il a un problème ? Je ne sais pas, j’espère qu’il va aller mieux.

 

 

 

Nos premiers remerciements vont à Jiyed, pour la confiance qu’il nous a donnée à publier son témoignage. Nous tenons à adresser un remerciement tout particulier à Ali TALEB, pour son engagement dans cette aventure. Enfin merci à Aliette GRIZ et Milady RENOIR, pour leurs conseils.

 

 

 

 

 

Par Alexandre ANSAY

 

 

Avant d’apporter une proposition de réponse aux questions contenues dans l’intitulé de cet atelier, je souhaiterais développer mon propos en déconstruisant une des expressions utilisées : il s’agit de l’association du terme « diversité » auquel est ajouté l’adjectif « interculturelle ».

 

Cette expression me semble problématique car elle pourrait laisser entendre que le fait de la diversité implique nécessairement le déploiement d’une dynamique de nature interculturelle. Ce n’est pas parce que des individus issus d’univers culturels différents se retrouvent au sein d’un espace social déterminé, à l’exemple du huis clos lors d’un trajet de métro, que les individus en présence vont interagir de telle sorte qu’il résulte de cette interaction, une forme particulière de rencontre : une rencontre entre des sujets, certes, mais qui va mobiliser ce qui fait culture en eux : une rencontre interculturelle.

 

La diversité n’implique pas nécessairement l’interculturalité. Beaucoup de situations de mixité ne donnent pas lieu à la rencontre interculturelle. Tantôt, les individus glissent, oeuvrant à la poursuite de leurs intérêts individuels. Ils se meuvent, dans l’espace social, dans une relative indifférence, sans se rencontrer. Tantôt, il existe des situations de chocs culturels caractérisées par des frottements conflictuels : des protagonistes se heurtent et au travers de cette conflictualité, ce sont des représentations tenues pour évidentes qui vont s’opposer sans se reconnaître comme légitimes.

 

Selon un observateur très au fait des politiques de la ville, Jacques Donzelot, le devenir de nos sociétés contemporaines, caractérisées par le pluralisme des patrimoines et des conceptions de la vie bonne, serait bien plutôt gouverné par des phénomènes d’évitement de l’autre, l’autre qui est du côté de l’inquiétante étrangeté, l’autre dont nous pressentons que si nous allons à son devant, c’est à son altérité que nous allons avoir affaire, laquelle va nous entraîner sur des rivages incertains : que va-t-on y perdre ou gagner si nous y allons ?

 

Il faut souligner que le contexte politique ambiant se révèle de plus en plus hostile à l’émergence des situations de rencontre interculturelle … Je considère pour ma part qu’il existe aujourd’hui un imaginaire politique dominant qui tout à la fois produit de l’insécurité sur les versants matériels et culturels de l’existence, et qui alimente le feu des peurs identitaires (celles des majorités inquiètes de leur devenir) et qui dans le même temps propose un remède de fermeté politique aux situations qu’il provoque directement ou qu’il contribue à aggraver. Cet imaginaire dépeint sous les traits d’une figure menaçante, certains des autrui qui habitent notre monde, ceux-là mêmes qui constitueraient un danger pour nos modes de vie, nos libertés, nos valeurs.

C’est cette même stratégie qui préside à la mise en place de décisions politiques adoptées par le gouvernement fédéral qui prennent les associations et les publics qu’elles reçoivent pour points d’application. Il s’agit clairement d’une stratégie délibérée visant à déstabiliser et affaiblir tout ce que la société civile peut apporter au corps social pour lui permettre de « faire société », et de mettre en place les conditions nécessaires au déploiement de l’action interculturelle.

 

Alors, venons-en à l’action interculturelle.

 

Les pratiques associatives qui se réfèrent à la démarche interculturelle renvoient à des interactions complexes qui ne peuvent se déployer que sous certaines conditions.

 

Tout d’abord, elles reposent sur une présomption de légitimité en vertu de laquelle il est donné à celles et ceux qui y participent, de pouvoir se définir en mobilisant les composantes culturelles de leur identité. C’est ici qu’il faut effectuer un petit détour par la notion de culture.

 

Il faut en effet s’entendre sur cette culturalité qui est invitée dans le lieu de l’ « inter ». Elle renvoie à la question de ce qui fait culture dans le sujet : quelles sont les appartenances qu’il revendique ? quels sont les éléments qui ont contribué à faire de lui un être de culture, c’est à dire, un être qui a été fabriqué culturellement, par un groupe social déterminé. C’est la question de l’humanisation laquelle renvoie au fait que les peuples produisent, à l’aide de rituels et de traditions et selon leurs propres procédés, l’humanisation des êtres humains. C’est toute cette dimension de la subjectivité qui est autorisée à être, à se manifester pour autant que le participant le choisisse évidemment.

L’action interculturelle suppose donc un ensemble de dispositions qui ont fort avoir avec l’hospitalité : ne pas envisager les participants comme des êtres définis par leur manque ou par le fait d’être insuffisamment dotés, mais plutôt comme des héritiers auxquels les travailleurs sociaux vont destiner une proposition dont nous allons voir qu’elle vise à stimuler une perturbation : les pratiques associatives gagnent en effet à être envisagées en tant que déploiement - pas toujours conscient - d’une perturbation qui va produire des effets non seulement sur les participants mais également sur celles et ceux qui activent le dispositif. C’est pourquoi il faut toujours interroger les intentions qui président à la mise en place d’un dispositif : quels sont les effets qu’il cherche à provoquer ? l’espace de supervision est à ce titre essentiel : se pencher sur les effets qui affectent les uns et les autres. Comment sommes-nous parfois perturbés par les effets induits par le dispositif que nous activons ?

La méthodologie interculturelle se réfère donc à une approche anthropologique de la culture. C’est un des mérites de la clinique de l’ethnopsychiatrie mise en oeuvre par Tobie Nathan que d’avoir montré que la culture a aussi une fonc-tion psychologique dans la clôture de l’appareil psychique. Une des fonctions de la culture c’est par exemple de permettre au sujet de percevoir son environnement sur le mode de l’évidence, de pouvoir attribuer de la signification aux événements fortuits mais également aux séquences centrales de l’existence (naître/accueillir le nouveau né, mourir/faire le travail de deuil, s’unir/les tensions ‘individus >< groupes’, faire face aux négativités inéluctables de l’existence / les maladies et les désordres psychiques, élever les enfants/que leur transmettre ?), en tout cas d’éviter au sujet, « frayeur et perplexité ».

 

Si la démarche interculturelle n’est pas un « angélisme de l’autre », aussi naïf que niais, elle ne procède pas non plus d’une forclusion des composantes matérielles, politiques, juridiques de la dignité humaine. C’est pourquoi nous considérons qu’il faut prendre en considération les deux versants de la dignité, celle qui a trait aux appartenances culturelles que revendique le sujet et celle qui a trait aux conditions juridiques, socio économiques de sa citoyenneté politique. S’ouvrir à cette dimension politique de la dignité, c’est aussi accepter et prendre acte que les subjectivités choisissent de se définir par rapport à des formes de domination qu’elles perçoivent comme des violences de société.

 

Que serait l’approche interculturelle si les interactions qu’elle suppose étaient excluantes, c-a-d, si certaines des composantes identitaires des protagonistes n’y avaient pas droit de séjour ? si les sujets qui y sont invités devaient se présenter amputés d’une partie d’eux-mêmes ?

 

Si la curiosité est une des dispositions nécessaires au déploiement de l’action interculturelle, elle ne doit pas se révéler intrusive : c’est pourquoi l’action interculturelle ne se borne pas au fait d’adopter la perspective anthropologique de la culture : pas que … en tout cas. Il y aussi ces autres cultures, celles dans lesquelles des sujets se retrouvent en ayant fait un « pas de côté » par rapport aux sillons de la normalité attendue par le groupe social dont ils sont issus.

 

L’action interculturelle s’intéresse aussi à ces cultures que certains qualifient de ‘en marge’ en tant qu’elles renvoient à des formes de vie qui impliquent des sujets en rupture et qui ressentent le besoin de se projeter dans des « en dehors », dans des « ailleurs » pour s’y redéfinir. Quels sont les êtres auxquels ces sujets se connectent ? Quelles sont les réseaux qu’ils mettent en place ? Quelles sont les communautés auxquels ils prennent part ? Quelles sont les images du monde et d’eux-mêmes qu’elles vont élaborer ?

 

Il n’y a donc pas d’action interculturelle, sans cultures, c’est une banalité de le dire mais c’est plus difficile à faire. Il faut se mettre dans des dispositions : présomption de légitimité, curiosité, hospitalité, vigilance aussi par rapport à certaines utilisations réifiantes, essentialistes des notions de culture ou d’identité. J’ajouterais également le fait de s’appuyer sur des outils méthodologiques éprouvés lesquels ont été forgés dans le champ de la psychologie sociale, de l’anthropologie symétrique.

 

Pour ma part, je considère que l’action interculturelle est une prise de risque, notamment lorsqu’on se situe dans quelque chose pour lequel moi et mes collègues du CRAcs, nous ressentons beaucoup d’intérêt : je veux parler des pratiques associatives.

Ces dernières donnent lieu à des interactions complexes qui reposent sur l’activation de plusieurs éléments : dispositif, intention, institution, travailleurs sociaux, participants, images du monde, conflictualités, ressources réflexives et budgétaires, cultures liées à des métiers, outils méthodologiques, cadres administratifs plus ou moins contraignants, attachements de nature idéologique, rapports de force, stratégies, ruses, affects de différentes natures, tous ces éléments vont s’imbriquer pour donner lieu à ce que nous proposons d’identifier comme une perturbation : l’action interculturelle, ça perturbe ! Ca perturbe, cela signifie qu’elle produit des modifications des cadres de perception, elle affecte le regard qu’on pose sur le monde et les façons de percevoir celles et ceux avec lesquels nous sommes appelés à interagir ; ça provoque des affects insoupçonnés, tantôt des émerveillements, tantôt de la déception et des attentes déçues.

 

C’est pourquoi je pense qu’il est absolument nécessaire d’ajouter que ces dispositions bienveillantes que j’ai identifiées - si elles rendent possible la mise en place d’une confiance fondamentale - ont pour fonction de perturber les participants qui acceptent l’aventure qui leur est proposée : introduire de la complexité là où régnaient des représentations simplificatrices, provoquer de la surprise, le surgissement d’un inattendu là où tout devait se passer comme prévu. Ca perturbe parce qu’il y a des êtres auxquels on n’est pas nécessairement habitués et qui arrivent par le témoignage des autres participants (ainsi quelle ne fut pas ma surprise quand un des camarades stagiaires originaires du Bénin m’a raconté le rituel des secondes funérailles qui est pratiqué par sa famille « au pays »). En fait, ça perturbe parce que si nous partageons effectivement un monde que nous avons en commun, nous ne soupçonnons pas les univers culturels que chaque humain transporte avec lui, comme une ombre qui le suit.

 

Je terminerai en disant ceci. Dans certaines civilisations, comme chez les mandingues1, on considère qu’un homme ne peut marcher et se tenir debout, s’il n’est pas autorisé à exister avec son ombre. Pour nous qui travaillons à activer des dispositifs d’éducation permanente, ou des projets destinés à des jeunes aux prises avec la question de leur devenir, l’action interculturelle ne signifie en aucune manière qu’il faille laisser à cette ombre prendre toute la place. Au contraire, un des concepts centraux dans la méthodologie interculturelle repose sur des procédures de négociations lesquels ont trait à des enjeux relatifs à la coopération proposée. L’action interculturelle avec ses hauts et ses bas, quand elle s’appuie sur certaines des dispositions que j’ai 

tenté de mettre en lumière, peut donner lieu à un processus d’enrichissement des significations. Si elle entend perturber celles et ceux auxquels elle adresse sa proposition en vue de reconfigurer un nouvel équilibre, elle ne le fait pas sur base d’un préalable idéologique qui ampute ce que le sujet choisit de définir comme une composante essentielle de son être.

 

 

 

 

1. Sur cette question du rapport entre les humains et leur ombre dans les cultures mandingues, nous recommandons la lecture du très beau livre de Sory CAMARA, ‘Paroles très anciennes’, éditions La Pensée Sauvage, 1980.

 

 

 

 

 

De la coopération contrainte à la coopération durable

 

Par Sophie WIEDEMANN

 

 

 

La coopération contrainte et ses paradoxes
Visant la réduction de dépenses publiques, la rentabilité et la mise en concurrence généralisée, le contexte néolibéral favorise ce paradigme en créant des financements publics limités. Le paradigme de coopération contrainte ne résulte pas d’un choix concerté entre acteur.trice.s mais d’une injonction institutionnelle. Le décret Centres culturels notamment conditionne les financements à une coopération avec de nombreux autres acteur.trice.s. Il s’inscrit en général dans un contexte de continuité des actions en cours et entraine une obligation de réussite, qui n’invite pas à l’action collective : la coopération est alors un risque et est envisagée à titre provisoire, avec l’idée de pouvoir changer de partenaire si elle ne fonctionne pas. Plus les partenaires sont nombreux, plus la coopération est considérée comme un empilement de risques. Dans ce cadre, les prétentions d’action collective se réduisent à une action relativement minimale.

 

Outre les contraintes institutionnelles, le paradigme de la coopération contrainte se retrouve en chacun.e de nous : nous coopérons en considérant le plus petit dénominateur commun entre parties prenantes, avec une logique comptable du type « Je dois en retirer plus que ce que j’y mets ». Par exemple, chaque partenaire énonce sa spécialité dans une recherche de complémentarité. Il coopère en restant dans son cadre d’action prédéfini individuellement, où les risques et les effets sont maitrisés. Enfin, les acteur.trice.s s’impliquent à condition que les autres prennent autant de risques qu’eux.elles, avec l’idéal d’une coopération « win-win », dans laquelle chacun.e compléterait les compétences/ressources lacunaires dans leur plan d’action respectif. Le milieu associatif ressent très souvent la peur de « se faire piquer ses idées » ou « son public », ce qui produit paradoxalement une implication minimale dans la collaboration.

 

 

 

La coopération durable ou souhaitée et ses exigences
À côté des coopérations contraintes, existent des formes de coopération dans lesquelles le calcul coût/avantage ne semble pas prévaloir. L’hébergement des sans-papiers par des citoyen.ne.s, ou les ateliers vélo gratuits gérés bénévolement sont des formes de solidarité réelles et non de principe. Ainsi, l’action ne naît pas toujours d’un plus petit commun dénominateur identifié, ni d’un incitant à la coopération aussi puissant que le financement, mais aussi d’acteur.trice.s prêts à agir qui mettent en commun du temps et des ressources pour des fins communes. Ces finalités non-marchandes pertinentes socialement ne sont jusqu’alors pas prises en compte par l’action publique, voire associative. Les premières mutuelles et actions syndicales en sont des exemples indéniables, ainsi que les enjeux des « nouveaux mouvements sociaux » : féminisme, justice migratoire…

 

Ce paradigme de coopération n’est donc pas inventé ex nihilo mais s’appuie sur des pratiques solidaires existantes. Les personnes s’engagent en acceptant l’incertitude d’un processus relationnel au-delà des rôles déjà définis. Les acteur.trice.s en présence se décentrent du calcul de leur intérêt individuel au profit du but de la cause collective. Dans ce cas, se créent une confiance mutuelle et une capacité à travailler ensemble, au-delà d’un projet particulier ou d’un objectif initial. Par exemple, des habitant.e.s ayant réalisé dans leur commune le BLED, une give box2 ont suscité beaucoup d’enthousiasme. Si la give box, incendiée 6 fois, a finalement fermé, d’autres actions ont été poursuivies. Même si un projet n’a finalement pas lieu, dans ce paradigme, les parties prenantes ont pris conscience du supplément (et non du complément) de valeur lié à un niveau d’action supérieur, car les risques inhérents à l’action collective sont mutualisés et l’attitude des acteur.trice.s a suscité un désir de continuer à agir collectivement dans le temps. On parle alors de coopération souhaitée et/ou durable. Elle devient durable en ayant des effets à deux niveaux : confiance en soi, dans les partenaires et en un « nous », en tant que collectif instituant : par exemple, lors de la constitution de plateformes associatives ou mixtes autour d’enjeux dépassant les identités et pratiques de chaque membre, se constitue une identité propre. Alors, la méfiance du grand public quant à la récupération que pourrait opérer un de ses membres diminue. Ce ‘nous’ n’est cependant jamais configuré « une fois pour toutes », contrairement à une institution plus « identifiable » dans le temps.

 

 

 

Trois conditions méthodologiques permettent de l’instaurer :
- un processus de gestion des risques en commun : déterminer qui assurera le nettoyage des déchets dans la give box, par ex.
- un processus de gestion des conflits –inévitables : nommer et traiter les conflits le plus vite possible.
- un processus d’animation : là réside le métier d’animateur.trice : revenir au désir des gens de « travailler » une question ; amener une manière de traiter les questions, de garantir la participation de tou.te.s. et l’intérêt du collectif, avec une attention à l’intérêt de chacun.e, en étant capable par exemple de piloter un groupe fluctuant ; en intégrant l’anticipation des risques et la gestion des conflits. Les « intelligences citoyennes »3 peuvent être mobilisées.

 

Dans une société qui nie l’espace et le temps, ce métier de relations objectives sur des enjeux locaux est non délocalisable.

En réalité, les deux paradigmes coexistent et une injonction institutionnelle à la coopération peut être transformée en coopération désirée : selon Maesschalck, « il y a donc une incertitude du désir de coopération, mais celle-ci ne peut être « traversée » que par un travail sur les croyances relationnelles. Soit je n’attends rien de mon environnement relationnel, je le préfère figé ; soit je suis ambivalent par rapport à ses apports possibles (…). Tout va dépendre de la manière dont je vais tenter d’investir ce processus instituant [ici, une injonction institutionnelle à la coopération] et à le maintenir dans la durée avec l’ensemble des concernés. À tous les coups, il ouvre la possibilité de sortir d’une fiction de complémentarité (…), pour envisager une forme supplémentaire, une réélaboration des rôles et de leur interaction. Si cet engagement est recherché et favorisé, alors une coopération désirée peut prendre corps »4.

 

 

Réactions des participant.e.s de l’atelier
En nommant ces compétences, les animateur.trice.s professionnel.le.s affirment leur rôle dans ces actions citoyennes mêlant bénévoles et professionnel.le.s : ne risque-t-on pas alors de renforcer le paradigme de la coopération contrainte en institutionnalisant davantage ce rôle ? Pour les BAGICien.ne.s, en présence de certains membres de collectifs peu militant.e.s, ils.elles ont tendance à adopter un comportement un peu directif. Militante dans un projet d’aménagement public dans sa commune, une BAGICienne se demande si le désir d’individus participant à titre personnel à des collectifs ne porte pas davantage une cause, que celui des travailleur.euse.s représentant.e.s des institutions dans ces mêmes collectifs (difficulté d’y agir).

Pour les coordinateur.trice.s d’asbl, l’emploi reste un nœud, amenant des réalités autres que celles du bénévolat et des besoins d’une cause citoyenne, qui renforcerait le paradigme de coopération contrainte. L’exemple de certains collectifs qui se vident suite à l’obligation d’avoir des coordinateur.trice.s montre les effets négatifs de cette coopération. Certain.e.s sont notamment confronté.e.s à la difficulté d’instituer une identité collective indépendamment des porteur.euse.s de projet ; d’autres à la starification des animateur.trice.s dans les maisons de jeunes.

 

Se pose ainsi la question plus globale des cadres administratifs vis-à-vis de l’action associative : il est donc nécessaire d’être toujours vigilant aux désirs citoyens, à ne pas réduire l’identité et champ d’action aux dispositifs publics-financés. Une attention aux modes d’action mixtes bénévoles/salariés et une place pour l’auto-évaluation doivent être prévues. La tendance à cacher la tension professionnel/bénévole dansles projets est souvent problématique. Pour cet aspect, il s’agit de nommer le cadre professionnel/subsidié, de le considérer collectivement comme des paramètres, des éventuels antagonismes à prendre en compte dans la gestion des conflits. Pour C. Boucq, les bénévoles sont bien conscients du supplément lié au salarié. Il est important de ne pas se positionner comme interface avec les pouvoirs publics. Dans le cas d’un échec d’un projet, imputable à la commune, comment rebondir avec les habitant.e.s mobilisé.e.s ? Un risque est de se positionner comme interface d’où, souvent, la méfiance de la part des habitant.e.s envers les animateur.trices. La rencontre avec les habitant.e.s est plus importante que l’échec. Si, par la suite d’autres projets naissent avec certain.e.s, « alors c’est gagné ».

 

C. Boucq attire aussi l’attention sur la capacité des collectifs à revendiquer et sur celle des politiques à être interpellé.e.s. Lorsque la coopération mûrit, le collectif devient un interlocuteur valable auprès des pouvoirs publics, auprès de qui tout devient négocié et négociable –jusqu’à se dire parfois « on fait sans subsides ! », comme à la Bergerie des 100 noms (ZAD de Notre-Dame des Landes, France), projet agricole collectif qui s’oppose explicitement à la politique publique menée (construction d’un aéroport et obligation d’identifier individuellement un porteur de projet).

 

L’emploi, la pérennité de l’action associative et l’équilibre dans les relations avec les pouvoirs publics sont à considérer sur un temps long, dans une perspective de coopération conflictuelle, de mouvement social et de commun ; en se demandant éventuellement « Comment les acteur.trice.s publics peuvent participer à notre action ? » – plutôt que de chercher le dispositif de financement adéquat pour se lancer. Au bout d’un an d’existence, l’atelier vélo-cité a notamment reçu des financements pour les outils.

 

 

 

 

1. Marc MAESSCHALCK, « L’impératif de coopération au travail : utopie ou réalité qui nous lie ? ». Conférence au Printemps de l’éthique : Un travail qui nous relie : utopie ou réalité ?, Libramont 4 mai 2018, Weyrich, 2018.
2. www.consoglobe.com/givebox-boite-don-cg
3. Majo HANSOTTE, Les intelligences citoyennes, Comment se prend et s’invente la parole collective, De Boeck, 2005 ; Sophie WIEDEMANN, Les outils d’intelligence collective pour une démocratie augmentée, Bruxelles, CIEP, 2018 (www.ciep.be)
4. M. MAESSCHALCK, op.cit.

 

 

 

 

Les asbl aux prises avec le projet de code des sociétés et des associations. Un lifting ou une atteinte aux fondements de la vie associative ?

 

Par Michel DAVAGLE

 

 

 

Préambule
Le ministre Koen Geens vient de déposer au Parlement le projet de Code des sociétés et des associations. Mais, ce n’est pas la seule initiative qui a été prise envers les ASBL puisque des dispositions ont modifié le Code de droit économique confirmant que les ASBL doivent être considérées comme des entreprises.


Pour comprendre tout ce remue-ménage, il convient de savoir que, depuis plus de vingt ans, la plupart des ASBL sont considérées comme des entreprises. La loi du 6 avril 2010 relative aux pratiques du marché et à la protection du consommateur (aujourd’hui intégrée dans le Code de droit économique sous le titre IV) définissait déjà l’entreprise comme étant « toute personne physique ou personne morale poursuivant de manière durable un but économique, y compris ses associations ». S’il est vrai que des grandes ASBL se gèrent comme des entreprises, il n’en reste pas moins qu’elles sont (et restent) des entreprises dont l’humain est au centre des préoccupations, non seulement du fait que l’activité est déployée au profit des bénéficiaires mais aussi que le « capital » humain est essentiel pour poursuivre le but désintéressé qu’elle s’est fixé.


Les ASBL vont-elles devenir des sociétés comme certains ont osé l’affirmer ? Que nenni ! Certes les ASBL sont appréhendées de plus en plus comme des entreprises mais en quoi est-ce un « mal » ? Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on améliore l’efficience d’une ASBL que celle-ci perd son âme. Au secteur associatif de continuer à valoriser leurs actions en démontrant qu’elles sont réalisées dans la poursuite d’un but désintéressé !


Et peut-on affirmer que les initiatives du ministre Geens ont pour objectif d’asservir les ASBL au profit du dieu « fric ». C’est à notre avis un procès d’intention. Néanmoins, chacun fera son analyse politique, ce qui ne nous empêchera pas d’être vigilants.
Ceci étant, nous allons aborder dans cet article les principales modifications qui se profilent pour les ASBL.

 

Précisons que le projet de Code des sociétés et des associations est au stade de projet et que des amendements pourront être apportés lors du vote à la Chambre !

 

 

L’instauration d’un Code des sociétés et des associations 

Plusieurs raisons président à la rédaction d’un Code mais nous en retenons une « essentielle » pour les ASBL : à savoir la suppression de la différence entre acte commercial et acte civil.


La définition de l’ASBL édictée par la loi du 27 juin 1921 précisait qu’une ASBL ne pouvait réaliser des activités commerciales, c’est-à-dire des activités reprises dans le Code de commerce et ce, même si elles étaient poursuivies sans but lucratif (autrement dit, sans but d’enrichissement des membres). C’était une lecture qui était préconisée par la doctrine dont certains de ses partisans allaient même bien plus loin puisqu’ils soutenaient qu’une ASBL ne pouvait dégager des bénéfices. Sachez que, par exemple, diffuser des spectacles, exploiter un centre sportif ou héberger des personnes sont des activités à caractère commercial.


En référence à l’intention du législateur de 1921, j’ai soutenu la thèse « dite libérale » défendue depuis 1985 par le professeur Michel Coipel. Cette position consistait à affirmer : peu importe l’activité, l’essentiel est que les bénéfices soient affectés exclusivement à la réalisation d’un but désintéressé. Et c’est en fait cette thèse que consacre le projet de Koen Geens : il donne une nouvelle définition de l’association qui devrait, selon nous, être encore améliorée en vue de corriger quelques imperfections.

 

 

Un texte illisible
Mais le grand reproche à formuler envers ce projet de Code est que le gestionnaire d’ASBL doit voyager dans différents livres du Code (livres 1, 2, 9, 12, 13 et 14) pour « picorer » dans ce fatras de règles ce qui l’intéresse vraiment. Autrement dit, en termes de lisibilité : le pari est complètement raté.

 

L’inconvénient qui est lié à cette volonté de rassembler les règles qui régissent les personnes morales de droit privé dans un seul Code est que la différence entre la société et l’association paraît plus ténue. A notre avis, c’est dû au fait que les rédacteurs du texte ne mettent pas suffisamment en valeur l’importance de la poursuite d’un but désintéressé. Autrement dit, ce n’est pas parce que des règles de fonctionnement sont identiques ou semblables que l’ASBL ne doit pas se différencier nettement de la société. Certains craignent, à tort ou à raison, que cette situation risque d’augmenter les contentieux entre ASBL et sociétés sur le terrain de la concurrence déloyale. Précisons à ce sujet que ce n’est pas un problème que ces structures soient en concurrence (on est dans une économie capitaliste !) mais bien que les pratiques utilisées soient déloyales.

 

 

Les membres
A ce sujet, on regrettera qu’une ASBL puisse dorénavant être constituée par deux membres (au lieu de trois actuellement) et que son conseil d’administration puisse être composé de ces deux mêmes personnes qui se sont auto-désignées comme « administrateurs ». Est aussi supprimée l’obligation qui exigeait que l’AG soit composée d’un nombre de membres supérieur au moins d’une unité du nombre d’administrateurs.


Dans le cas de figure envisagé (deux membres qui sont aussi administrateurs), les membres se donneront, à eux-mêmes, décharge. On ne peut pas dire que l’on a fait un bond significatif sur ce point en matière de bonne gouvernance. Mais rien n’empêche les ASBL d’édicter des règles de bonne gouvernance dans les statuts !


Notons qu’au passage, on rabote le droit des membres puisqu’ils ne sont plus autorisés à consulter que le registre des membres. Auparavant, ils pouvaient exiger la consultation de certains documents (ex. : les PV des A.G. ou des CA) ou accéder, en l’absence d’un commissaire, aux comptes.

 

 

L’assemblée générale
Pour l’essentiel, l’AG garde les mêmes compétences. Certes, on en a ajouté formellement d’autres mais elles étaient déjà sous-entendues. Au niveau formel, signalons que la convocation à l’AG devra être envoyée au moins quinze jours à l’avance et qu’elle pourra être envoyée par courriel (sauf si le membre demande à recevoir la convocation par lettre ordinaire).

 

 

Le conseil d’administration
Le conseil d’administration est conforté dans sa mission de gestion et de représentation de l’ASBL. Il peut, sous sa responsabilité, déléguer des pouvoirs à des organes institués par les statuts (organe de représentation générale ou organe de gestion journalière) ou à des mandataires.


Le projet instaure trois nouvelles dispositions importantes :
• il édicte des règles en matière de conflit d’intérêt patrimonial (direct ou indirect) qui exigent que l’administrateur déclare la situation à propos de laquelle il a un intérêt différent de celui de l’ASBL, le procès-verbal du CA devant reprendre la déclaration et les explications relatives à cetintérêt opposé.

Notons aussi que dans les grandes associations (c’est-à dire celles qui sont contraintes à tenir une comptabilité en partie double), cette partie du procès-verbal du CA sera reprise, dans son intégralité, dans le rapport de gestion adressé à l’AG ;
• il stipule que, quand une personne morale (ex. une ASBL) est administratrice d’une ASBL, elle devra obligatoirement désigner un représentant permanent, celui-ci ne pouvant alors siéger soit à titre personnel, soit de représentant d’une autre personne morale administratrice ;
• il affirme que les administrateurs encourent une responsabilité solidaire c’est-à-dire que les administrateurs négligents ou insouciants ne peuvent opposer leur négligence ou leur insouciance car ils restent, avec les autres administrateurs, responsables des décisions prises. En fait, les ASBL ont plus besoin d’administrateurs responsables qu’irresponsables ! Pas de panique à ce sujet, il existe des moyens pour se protéger dont la possibilité que l’ASBL souscrive à une RC administrateurs.

 

 

D’autres modifications
Des modifications sont apportées dans les réglementations concernant la dissolution. Et, il est instauré un mécanisme de fusion et de scission pour les ASBL ainsi qu’une possibilité de pouvoir se transformer en association internationale sans but lucratif (AISBL) ou en société coopérative agréée comme entreprise sociale. Il est également prévu un processus de transformation d’une AISBL ou d’une société en ASBL.

 

 

L’insolvabilité des ASBL
Depuis le 1er mai 2018, les ASBL sont concernées par le livre XX du Code de droit économique qui met en place différents instruments pour éviter la faillite des ASBL. Il n’en reste pas moins que, quand tout est « déglingué », il faudra prononcer la faillite avec une responsabilité aggravée pour les administrateurs dont les comportements peuvent être qualifiés de très gravement fautifs. Une ASBL qui est gravement déficitaire ne démontre pas, de ce fait, que les administrateurs sont gravement fautifs car ils ne sont peut-être même pas fautifs. Par ailleurs une erreur de gestion ne constitue pas une faute si le choix opéré résulte d’une analyse des possibilités offertes, choix qui s’avère a posteriori un mauvais choix !

 

 

L’entrée en vigueur
Le Code entrera en vigueur pour les ASBL existantes le 1er janvier 2020. Mais ces ASBL peuvent décider d’en appliquer les dispositions avant cette date en modifiant leurs statuts et ce, en les mettant en conformité avec les dispositions du Code. Dans cette hypothèse, les ASBL sont soumises aux dispositions du Code à dater de la publication des modifications aux Annexes du Moniteur belge. Dès ce moment, ces ASBL se doivent alors de respecter les règles impératives édictées par le Code.
Après le 1er janvier 2020, les ASBL existantes actuellement et qui n’ont pas anticipé la mise en application des dispositions du Code devront mettre leurs statuts en conformité à l’occasion de la première modification de leurs statuts et ce, quoi qu’il arrive, avant le 1er janvier 2024. Faute de ne pas avoir respecté ce prescrit, les administrateurs seront alors personnellement et solidairement responsables des dommages subis par l’ASBL ou par des tiers résultant du non-respect de cette obligation d’être en conformité avec le Code.

 

 

Les statuts
Que faudra-t-il faire modifier dans les statuts ? Il faudra à tout le moins vérifier si le but désintéressé ET l’objet (c’est-à-dire la détermination des activités que l’ASBL se propose de réaliser) sont bien précisés dans les statuts. Il faudra aussi déterminer la région linguistique (et non plus l’arrondissement judiciaire). Pour le reste, il conviendra d’adapter les règles au prescrit légal (ex. : un délai de quinze jours pour convoquer l’AG), en sachant que si cela n’est pas fait, les règles impératives du Code trouvent à s’appliquer.

 

 

Deux conseils
Il faut veiller à ne jamais insérer l’identité des administrateurs, des représentants généraux et des délégués à la gestion journalière dans les statuts mais dans les dispositions transitoires.


Il est conseillé de ne plus mettre l’adresse exacte du siège social dans les statuts (mais uniquement la région linguis-tique) mais bien dans les dispositions transitoires publiées aux Annexes du Moniteur belge. Cette manière d’opérer permettra au CA de modifier l’adresse du siège social sans, comme c’est le cas actuellement, devoir opérer une modification statutaire.

 

 

 

Conclusions
Les ASBL sont astreintes à plus de règles explicites, ce qui clarifie certaines situations mais le grand problème est la compréhension et la lisibilité (on l’a déjà dit) de tout ce « machin ». La responsabilité des administrateurs ne me semble pas alourdie mais le Code souligne l’existence de cette responsabilité, ce qui risque d’augmenter les contentieux. Certes, envers les « mauvais » administrateurs, le Code se montre plus sévère.
Et pour en revenir à la question de départ, il s’agit d’un lifting mais qui pourrait, si on n’y prend pas garde, altérer l’esprit associatif. En aucun cas, redevenir une association de fait n’est un bon choix car la responsabilité des dirigeants est directement mise en cause sur leur patrimoine personnel.

 

 

 

 

 

 

Par Annette REMY

 

 

 

Qu’on soit animateur-trice, responsable de projets ou d’organisations, une question surgit toujours : comment construire de véritables espaces de participation ? Quelles sont les conditions pour déjouer les pièges de l’instrumentalisation ou du divertissement ?

 

Joëlle Zask dans son dernier ouvrage « Participer. Essai sur les formes démocratiques de la participation » aux Éditions Le bord de l’eau, nous aide à formuler quelques réponses à cette question. Elle défend une vision forte de la participation et nous en donne quelques clefs.


Participer, nous dit-elle, c’est permettre aux individus « d’exercer réellement une influence sur les conditions qui les affectent, d’influer sur l’agenda de leur gouvernement, de contribuer à fixer les conditions de leur propre vie », bref qu’ils soient des participants au sens fort du terme.


Au vu des fonctionnements actuels au sein des organisations, on sent que cet objectif est ambitieux et que le chemin se dessine de manière assez tortueuse pour beaucoup d’animateurs-trices qui tentent au quotidien de mettre leurs pratiques au service de cet idéal, mais aussi, pour les responsables d’organisation qui ont des équipes à mobiliser dans des environnements de plus en plus incertains. L’auteure donne quelques éclairages qui m’ont paru utiles, pertinents, et que je me propose d’explorer avec vous.

 

A la lecture de cet ouvrage, on peut préciser que soutenir la participation, c’est créer des espaces où chaque individu peut, de manière très personnelle et totalement volontaire, prendre part avec d’autres à une « action » construite en commun, contribuer à sa réussite et bénéficier du chemin parcouru.

 

Pour que ces trois figures de la participation (prendre part, contribuer, bénéficier) soient présentes, diverses conditions sont à mettre en œuvre et relèvent de nos responsabilités d’animateur-trice de tels dispositifs.

 


Prendre part
« Prendre part » ce n’est pas « faire partie » dit-elle. « On prend part à un groupe, on fait partie d’une famille ». Cela implique qu’à un moment, l’individu choisit d’être là et de s’associer librement à d’autres. Il décide alors de s’impliquer, de s’investir dans ce groupe, d’entrer en interaction avec les autres membres du groupe. Être libre signifie donc choisir de construire un commun dans lequel ma singularité se combine à celles des autres. Car l‘originalité de l’approche proposée par l’auteure est de ne pas opposer l’individu et le groupe, l’individualité et le commun. Au contraire, elle nous propose de voir le commun comme une innovation sociale qui émerge de l’interaction des singularités librement exprimées dans un groupe. On peut donc poser l’hypothèse que plus un groupe offre une réelle ouverture aux individualités, plus il pourra permettre une créativité en commun riche de sens pour tous.


On voit donc ici une clef pour réfléchir à la question qu’on se pose souvent lorsqu’on met en place un dispositif participatif: comment passer du subtil de la relation interpersonnelle , du plaisir d’être ensemble, du divertissement à l’action « politique » en commun? Derrière cette question, bien souvent, les animateurs voient ces deux pratiques comme éloignées, voire opposées. L’auteure nous encourage à penser les choses de manière concomitante et nous invite à voir qu’en permettant des échanges véritablement «personnels», où la singularité peut se dire, au sein des groupes où nous sommes, les interactions, se faisant, permettent de construire un environnement suffisamment bon au sein duquel pourront naître par la suite de véritables innovations sociales. L’auteure défend donc l’importance de la convivialité et défend une vision de l’homme comme un être vivant profondément social et politique. 

Elle défend également l’hypothèse que c’est en prenant du plaisir à créer, vivre et construire avec d’autres, que les individus s’initient à la chose publique.


Même si dans la vie d’un groupe, toutes sortes d’éléments particuliers, tels qu’ une échéance, un but, un motif quelconque d’être ensemble, sont importants; pour elle, la convivialité est fondamentale au sens où elle est récurrente, profondément humaine et fondatrice pour la vie sociale.


Et je ne peux que constater la pertinence de cette analyse dans mes expériences de terrain. Je constate que dans des équipes où la convivialité a disparu, le déficit de créativité face aux problèmes qui sont les leurs est criant. Lorsque les échanges se bornent au fonctionnel, lorsque l’autre n’est plus qu’un client interne, les personnes ne sont plus capables en commun de construire des solutions à leurs problèmes.


Elle ajoute que s’associer ne signifie pas partager un bien commun, un intérêt commun et identique, mais produire en commun quelque chose qui, ultérieurement sera reconnu et apprécié par chacun des participants et s’offre à lui comme une ressource supplémentaire pour son propre développement en tant qu’être singulier (bénéficier).

 

Un groupe de forme associative est un lieu d’innovation sociale et politique. Produire un commun est donc toujours une démarche « tâtonnante et révisable au cours de laquelle les conceptions individuelles de ce commun, si tant est qu’elles émergent, s’affinent, se précisent, se corrigent, s’adaptent ou s’amendent au contact les unes des autres ». Joëlle Zask nous encourage donc dans nos dispositifs participatifs à susciter les interactions, les allers et retours, les moments informels qui permettent la pensée libre, les moments plus formels qui actent et mettent en débat… L’interaction est au cœur du commun.

 

Enfin, pour l’auteur, il y a participation si le rôle tenu par un individu inscrit ce dernier, ainsi que le groupe qui l’accueille, dans une histoire modifiée de leur rencontre. La participation est effective quand un nouveau rapport à soi émerge. « Réciproquement, un groupe qui n’est pas modifié par l’engagement de chacun de ses membres, qu’il s’agisse de ses finalités, de son organisation, ou de l’ambiance qui y règne , est en fait fermé à la participation »
« Lorsque l’espoir d’influer sur le devenir du groupe reflue ou disparaît, parce que l’ « institution » s’est rigidifiée, que ses finalités sont devenues étrangères à celles de ses membres ou qu’elle est devenue trop « avide », les gens qui en ont la possession la quittent et vont ailleurs ».

 

 


Contribuer
La possibilité pour chacun de contribuer relève également des enjeux de la participation et délimite les contours d’une réelle démocratie contributive.
Chaque individu s’investit dans un groupe, dit-elle, pour contribuer même très partiellement à la création ou la réformation de celui-ci. Un individu s’engage d’autant plus qu’il peut être reconnu par ses pairs comme un être

« contributeur ».


Cette approche nous encourage donc à reconnaître, au sein des lieux qui nous sont confiés, la part de chacun, la couleur qu’apporte chaque individualité à l’aventure collective, que cette aventure soit l’animation d’un groupe au sein d’un quartier ou le pilotage d’un changement institutionnel majeur.


Cette vision très démocratique de la contribution, à savoir que tout le monde peut contribuer, est une invitation à voir chacun comme un acteur potentiel du renouvellement du groupe.
Cette ouverture n’est pas acquise d’emblée. L’animateur-trice d’un processus participatif a donc cette double responsabilité d’intégrer les contributions nouvelles dans le sens d’une re-définition partielle du commun tout en assurant une continuité minimale qui intègre et reconnaît les contributions passées anciennes. Dans ces périodes de changement, la reconnaissance des contributions passées est donc importante. Je peux observer, dans les organisations, la grande difficulté à gérer, digérer de gros changements, non pas, comme beaucoup le disent, parce que les gens ont peur du changement mais parce qu’il s’agit d’un moment où on touche aux contributions des personnes qui ont œuvré au commun dans le passé. Piloter un changement se passe donc d’autant mieux dans un groupe si on prend acte des contributions passées, si on les reconnaît et si on tente d’en retirer les éléments qui peuvent se combiner aux nouvelles contributions.

 

La créativité sociale d’un groupe dépend donc de la capacité de ce dernier à accueillir et intégrer les contributions toutes personnelles de ses membres et de son environnement. On comprend bien derrière cette donnée qu’une des conditions de réussite d’une telle innovation continue au sein des groupes est la vivacité personnelle de ses membres. De nouveau, ici, l’auteure relie le groupe et l’individu.
Un groupe de forme associative est « structuré de manière à permettre à ses membres de prendre du recul par rapport aux formes traditionnelles de leur vie sociale » et donc suscite en eux une capacité à dépasser les carcans, à imaginer des possibles, à décons-truire les structures rigides qui limitent leur vie créatrice, à vivre ensemble une vie qui les stimule, les renforce dans leur individualité. Faire advenir la pluralité, la diversité, la marginalité renforce un groupe, une société, une communauté, dans sa capacité à se réformer, à créer et à vivre.

Enfin, l’auteure montre la puissance des dommages subis par ceux qui doivent voir leurs contributions annihilées, critiquées, abandonnées voire niées. Refuser à un individu, dit-elle, la qualité de contributeur, c’est lui retirer son identité sociale. Elle appuie cet élément en utilisant le concept de superfluité de Karl Marx. Rendre l’homme superflu, c’est lui retirer le droit et la possibilité de contribuer.

 

 


Bénéficier
« On appellera bénéfice la part que les individus reçoivent de leur environnement et qui est indispensable à leur participation ». L’environnement doit donc être « suffisamment bon » dit-elle pour permet-tre aux individus de se développer, de se relier, d’être reconnus et de contribuer, bref, offrir une certaine qualité d’existence.
Pour qu’il y ait bénéfice, il faut trois conditions, dit-elle.

Premièrement, les parts allouées par l’environnement doivent correspondre aux besoins ou attentes de l’individu. Le jeune immigré admis directement au collège alors qu’il ne connaît pas encore la langue française n’est pas dans la situation d’un véritable bénéfice. La coercition lui est aussi fatale que l’anticipation. L’enfant ne peut percevoir comme un bénéfice l’aliment qu’il est forcé d’ingurgiter. Enfin, la part mise à disposition

doit permettre au bénéficiaire d’accéder à ce que valorise l’environnement dans lequel il vit.

Les chemins qui mènent aux environnements « facilitants » sont nombreux. Elle cite Winnicott pour qui aucune créativité n’advient si rien n’est mis à disposition, mais il en est de même si tout est saturé, figé, contrôlé.
Elle montre que dans un environnement suffisamment bon, on trouve toujours une marge de manœuvre de la part d’un individu qui vit de son environnement sans être déterminé par lui. La zone d’interactions multiples, où se situent les échanges entre les activités des individus et les conditions environnementales, correspond à ce que Winnicott appelle « l’espace intermédiaire ».
Et elle ajoute un point important pour nous animateur-trice d’espaces participatifs, c’est que cet espace intermédiaire, espace de créativité où l’individu invente son rapport au monde et ses possibilités d’adaptation ne peut éclore sans une dose minimale de non-réponse et d’inadaptation de ce dernier. C’est grâce à cette « «défaillance » de l’environnement qui ne comble pas tous les besoins qu’émerge cet espace intermédiaire où peut alors s’exercer la créativité des individus.

 

On pourrait donc dire pour conclure qu’animer un processus participatif c’est créer un de ces « espaces intermédiaires » où les hommes inventent leur rapport au monde et où la reconnaissance mutuelle est essentielle. Reconnaître quelqu’un, c’est lui faire de la place en un lieu qu’on est prêt à partager et où chacun pourra prendre part, contribuer et bénéficier du chemin parcouru ensemble. Bref, une belle res-ponsabilité !

 

 


Pour le plaisir d’une lecture complète :
Joëlle Zask
« Participer. Essai sur les formes démocratiques de la partici-pation »
Editions « Le bord de l’eau », 2011, 326p
ISBN 978/2/35687/137/4

 

 

 

Par Myriam VAN DER BREMPT

 

 

 

Professeure en sciences politiques et administration publique à l'ULg depuis une dizaine d'années, Catherine Fallon enseigne l’analyse et l’évaluation des politiques publiques. Il s’agit d’étudier le « policy making » c’est-à-dire « ce que fait l'Etat », quelles sont les actions qu'il entreprend, pour quel objectif, et comment la société y réagit. Elle est directrice du centre de recherches Spiral, qui compte entre quinze et vingt chercheurs, avec deux domaines de recherche principaux : la gouvernance des risques et des choix technologiques, et l'évaluation des politiques publiques.

 

 

MVDB : Comment en êtes-vous venue à évaluer des politiques publiques ?
CF : Petit à petit, on s'est rendu compte que c'était non seulement intéressant d'analyser les politiques publiques, mais aussi de les évaluer, donc d'aller sur le terrain pour analyser leur impact. Et en entrant dans cette dynamique-là, on a eu beaucoup plus de contacts avec l'administration, avec les parties prenantes et cela a permis de montrer à quel point le processus de policy making est complexe, délicat, pour une nouvelle politique comme pour une politique qui change.

 

MVDB : Quelles sont les lignes de force de votre façon de travailler ?
CF : Nous sommes dans une approche interprétative des politiques publiques, c’est-à-dire qu'on va travailler avec les acteurs, sur leurs discours, et leurs prises de position. C'est notre point de départ. Tout en ayant une approche institutionnelle aussi, parce qu’on ne peut pas ignorer l’histoire du secteur et ses parties prenantes : par exemple, en Lecture Publique (LP), les acteurs sont financés par la FWB, mais en même temps soutenus par les autorités locales, qui fournissent une grande partie du subside aux bibliothèques. Dès lors, pour nous, même avec un contrat d'évaluation qui venait de la FWB, il restait important, quand on parlait avec les bibliothécaires, de tenir compte des autres acteurs, que le décret mentionne pourtant à peine.
Au Spiral, nous travaillons beaucoup de façon collaborative et multidisciplinaire, ce qui permet d'entrer dans un dialogue avec des multi-interprétations, pour construire une lecture plurielle. De plus, une évaluation, en particulier, est une démarche analytique mais cadrée par une demande politique, qui n'est pas la nôtre. C'est le commanditaire qui pose une question. Elle nous est imposée, même si on va la reformuler.

 

MVDB : En quoi était-ce intéressant pour vous de vous engager dans l'évaluation du décret de la LP ?
CF : La LP ne faisait pas partie de nos domaines de recherche habituels. Mais certains chercheurs étaient intéressés d'entrer dans les politiques culturelles et moi-même, échevine dans ma commune, je m'intéresse aux politiques locales. Je voyais les changements qui arrivent actuellement dans la gouvernance au niveau communal : on demande une approche stratégique, une définition préalable de ce qu'on veut faire, des moyens, etc. Et le décret impose à la LP la même chose : diagnostic du territoire, objectifs, plan quinquennal que vous évaluez. Pour l'opérateur, c'est un changement important. Par exemple, la gestion par projets, c'est une surcharge administrative, c'est une autre façon de réfléchir, de travailler. Or, dans les PCS, les PCDR, les PST, partout on arrive dans cette logique-là. C'est intéressant, au niveau communal, qui est quand même le b-a-ba du politique, de voir arriver ces outils et les fonctionnaires se les approprier avec plus ou moins de succès. Et moi cela m'a fort impressionnée : la LP est un exemple parmi d'autres de ce genre de transformation. Ce sont pour nous des observations fabuleuses sur la transversalité des politiques.

De plus, cette évaluation devait se faire avec les acteurs de terrain. Et c'est bien notre façon de travailler.


MVDB : Comment faites-vous pour assurer une vraie proximité avec le terrain ? Pour que les gens du terrain se reconnaissent dans vos rapports de recherche ?
CF : Je crois que nous sommes à l'écoute du terrain parce que nous ne sommes pas des quantitativistes et que nous allons rencontrer les gens. Nous pensons qu'ils ont des choses à dire. Notre point de départ, c'était les controverses environnementales (la pollution autour de la décharge de Mellery, par ex.) et puis les conflits sur les choix technologiques, dans lesquels évidemment la vision du monde est première. On ne peut les comprendre qu'en faisant parler les gens, qui ont chacun leur histoire. Au risque de m'être sentie parfois un peu comme une sangsue, en tant que chercheure ! Mais là, cela dépend de ce qu'on fait, après, de ce que les gens ont dit : nous retournons discuter avec les gens de l'analyse que nous avons faite de leurs paroles. Il faut donc des chercheurs formés à cette vision-là, qui s'intéressent à monsieur et madame tout-le-monde. Et ça, au Spiral, cela fait partie de notre ADN.
Nous avons développé une méthode de collecte d’informations très engagée avec le terrain : des chercheurs font des observations sur site et des focus groups et ont mis au point un outil d’enquête en ligne « Mesydel » parti-culièrement adapté pour faire remonter la pluralité des points de vue autour des questions posées.
Parfois, nous faisons une méta-évaluation pour vérifier que les gens du terrain se retrouvent bien dans les conclusions de notre analyse. Pour la LP, on l’a fait en orga-nisant des « groupes de discussion » pour mettre en perspective les résultats de l’enquête en ligne qui avait rassemblé beaucoup de participants.


MVDB : Quels sont, pour vous, les paramètres d'une bonne participation du terrain ?
CF : Pour moi, la méthodologie doit toujours être adaptée au terrain. Dans le cas de la LP, on a vraiment eu un énorme retour du terrain, l’enquête en ligne « Mesydel » ayant très bien marché. Non seulement les bibliothécaires lisent beaucoup, mais ils écrivent beaucoup !
Ensuite, je crois que c’est très important que les gens se sentent respectés, reconnus et qu'ils aient l'impression qu'on leur pose une question qui a du sens pour eux et pour leur travail. C'est un second élément. Il faut que les chercheurs se décentrent pour faire émerger quelque chose que les participants ont envie de partager. En fait, je crois que tout le monde a envie de partager sur son travail.
Enfin, pour moi, il faut vraiment se mettre à l'écoute des gens qui disent « ça ne marche pas, on n'est pas d'accord avec l'histoire que vous construisez là ». Il faut également analyser les données avec un regard pluraliste (ex : sociologue, politologue, anthropologue).


MVDB : Comment articulez-vous cela avec votre point de vue universitaire, sachant que les universités sont traditionnellement plutôt loin des réalités de terrain ?
CF : Certains objectifs universitaires se situent à un autre niveau. On analyse toujours ce qu'on est en train de faire :

pour améliorer la méthodologie, pour déterminer ce qu'on peut publier, pour faire des liens avec d'autres recherches qui nous occupent. Et pour ma part, j'alimente aussi mes cours avec les exemples venus du terrain. C’est intéressant pour les étudiants.
Par rapport aux acteurs de terrain, nous sommes complémentaires. On vient les rencontrer à trois ou quatre, pour être sûrs de pouvoir toujours apporter une distance critique ; parfois les acteurs foncent – les riverains, par exemple – et, s'il y a un problème, nous pouvons les rassurer par nos analyses pour trouver une solution ; eux savent, sur le terrain, mais nous avons une maitrise méthodologique rigoureuse et exigeante.
Et puis, dans l'évaluation de la LP, il y a eu un autre évènement particulier : alors que nous entamions nos études de cas, la ministre Milquet a annoncé le gel des nouvelles reconnaissances, du financement, etc. Et là, non seulement les responsables ont décidé de continuer l'évaluation, mais les bibliothécaires aussi y ont participé activement plutôt que de se focaliser sur cette annonce qui remettait en question cinq années d’innovation sur le terrain. Etonnant…


MVDB : Dans une évaluation de politiques publiques, par exemple celle du décret de la LP, quelles sont vos relations avec le comité de pilotage et avec le comité d'accompagnement de l'évaluation ? Quelle est la pertinence de ces instances, selon vous, pour amener du changement ?

CF : Le comité de pilotage de l'évaluation, c'est une sorte de comité de gestion de projet, qui assure un suivi très régulier de celui-ci. On ne se remet pas en question les uns les autres. On est dans une relation de confiance, basée sur une reconnaissance de compétences de part et d'autre et sur le fait qu'on travaille tous pour le même objectif. Le commanditaire sait qu'il va être un peu secoué : on ne répondra sans doute qu'indirectement à la question posée ou alors le terrain n'est peut-être pas mûr pour cette question-là. Et ce qui remontera du terrain ne lui plaira pas nécessairement. Il doit être prêt à sortir de sa zone de confort en étant ouvert, mais aussi légitimé par sa hiérarchie. Et nous, comme évaluateurs, nous essayons de bien impliquer le comité de pilotage dans les étapes méthodologiques, dans la formulation des questions, pour que tout le monde se sente bien et qu'il ne reste pas de problème en suspens. Mais on est dans une logique de projet et si on est tous de bonne volonté, on trouvera une solution. A la fin, on se tutoie, on se connaît bien !
Le comité d'accompagnement est dans une dynamique très différente. Sans lui, vous risquez de partir dans une voie et que tous vos partenaires disent « c'est très bien tout ça, mais ça ne nous intéresse pas. » Dans le comité d'accompagnement, ils entendent ce qui se dit, mais leur ancrage est à l'extérieur. Donc c'est à ce niveau-là que, petit à petit (il y a souvent des freins), les choses évoluent pour permettre un changement institutionnel.
L'institution tient ensemble par le soutien de ces partenaires, qui la rapprochent du terrain, mais finalement vous êtes censés, comme évaluateurs, travailler aussi sur tous ces groupes extérieurs, spécialistes du secteur, qui ne sont pas nécessairement d'accord de voir des universitaires qui n'y connaissent rien en LP leur dire quelque chose sur leur terrain. Le dialogue peut être plus difficile, même si on arrive souvent à régler ça, avec ces partenaires institutionnellement ancrés dans la gouvernance de la politique et pas directement concernés par la pression au changement. De plus, l'évaluateur travaille avec les acteurs de terrain, mais il n'a pas de mandat vis-à-vis de tous les autres. Il lui faut donc identifier des porte-paroles perçus comme légitimes par les membres du comité d'accompagnement pour pouvoir rester attentif à ce qu'ils disent et en dialogue avec eux.

C'est parfois difficile parce que tout cela est informel. Mais en effet, en matière de changement institutionnel, on ne peut pas ignorer ces acteurs-là. En même temps, c'est ce qui fait fonctionner la politique, n'est-ce pas ? Ce sont ces acteurs périphériques qui peuvent, à un moment donné, faire basculer la politique. Le comité d'accompagnement est en fait quelque chose de très complexe.
Et il est clair que dans l'évaluation d'un décret, comme dans le cas de la LP, il peut par après y avoir un impact de l'évaluation sur la mise en œuvre du décret.


MVDB : Il ressort globalement de l'évaluation du décret de 2009 que les bibliothèques se sont plutôt bien adaptées aux nouvelles exigences et aux nouvelles situations professionnelles qu'il a amenées. A quoi cela tient-il, d'après vous ?
CF : C'est vrai que nous n'avons vraiment pas ressenti beaucoup de blocage par rapport aux changements impulsés par le décret. Nous avons cru comprendre que le décret est arrivé au bon moment : il y avait un certain refinancement, qui permettait d'engager des personnes avec un autre profil dans les bibliothèques, sans vraiment fragiliser le bibliothécaire lui-même, puisqu'on maintenait quand même ses fonctions classiques. Les bibliothécaires semblaient prêts. On a vu qu'il y avait d'ailleurs eu beaucoup de débats, au niveau de la LP, avant l'adoption de ce décret. J’aurais tendance à résumer leur position ainsi : « On a ouvert les fenêtres, on s'est mis en partenariat, et on trouve que ce changement est une bonne chose. Même si on ne se sent pas tout à fait outillé pour le mener à bien. » Moi, c'est vraiment l'impression que j'ai eue.

 

 

 

 

 

Par Marjorie PATERNOSTRE

 

 

 

MP : Première question Mesdames, pourquoi avoir dit oui ?
DC : En fait moi j'ai d'abord dit non! Ma crainte de départ était que ça me prenne trop de temps. Après, j'ai réfléchi et je me suis dit que ça m'intéressait quand même et qu'il fallait s'impliquer. C'est facile de se plaindre, mais c'est mieux d'aller “en haut”, à la Fédération donner son avis. Pour une fois qu'il y a une telle opportunité, ça aurait été bête de ne pas en pro-fiter. En fait, j'aurais eu honte de refuser.

 

PV : J'ai accepté tout de suite. Ca m'intéressait de voir comment ils allaient faire pour évaluer le décret et de voir s'il serait possible de faire bouger certaines choses. Au cours du premier plan de développement, on a constaté plusieurs difficultés liées à l'application de ce décret. L'objectif était donc aussi pour moi de pouvoir éventuellement faire des propositions de modifications ou intervenir sur ce qui posait problème. Comme j'ai la responsabi-lité de plusieurs dossiers de reconnaissance, je me sentais aussi un peu la porte-parole du réseau des bibliothèques de ma province. J'avais la connaissance des difficultés que les opéra- teurs rencontraient par ailleurs sur le terrain. Je me disais qu'être dans cette ins-tance me permettrait sans doute d'être un relais des préoccupations du secteur.

 

MP : Vous êtes entrées dans le processus fortes de ces choses à dire ? Avec des revendications précises ?
PV : Non, pas du tout. Je ne suis pas arrivée avec mes préoccupations. La première phase du travail était le questionnaire lancé par SpiraL auprès de tous les opérateurs. Une façon de collecter une série d'informations sur le ressenti du secteur. Il y a eu aussi des rencontres individualisées avec les premiers opérateurs reconnus dans le décret, dont notre bibliothèque, et des focus groupes auxquels je n'ai pas participé. Ce sont ces trois démarches cumulées qui ont permis de faire l'évaluation.

 

DC : Je voulais aider mais je n'avais pas d’attentes ou d’idées révolutionnaires préalables. Dans le comité de pilotage, je rapportais évidemment ce que mon équipe disait en interne, pendant nos réunions. Une des choses que je voulais peut-être faire remonter dès le départ était la surcharge de travail. Pas seulement administrative mais aussi la tendance à vouloir parfois augmenter les activités, communiquer plus, ... Cette question est de toute façon très vite apparue dans les réponses au questionnaire.

 

MP : Quels souvenirs avez-vous du démarrage de ce processus ?
PV : Quand le groupe a été constitué au début et qu'on a rencontré tout le monde, il y avait beaucoup de gens. Ca n'était pas très clair qui était là pour quoi. Il y avait par exemple la Cocof, l'union des villes et des communes... Même si je comprends le lien avec la lecture publique, ce sont des personnes très éloignées de notre métier. Et à côté de ça, il y avait des bibliothécaires de terrain. Un groupe assez hétérogène, et donc ça n'était pas nécessairement très facile pour échanger. Je me souviens par exemple d'un moment d'échange autour de la notion de médiation. On n'était pas du tout, autour de la table, sur les mêmes réalités. Une fois qu'on est rentrés dans le vif du sujet avec le questionnaire de SpiraL, cela a été plus facile.

 

DC : Au début j'étais aussi un peu étonnée de voir autant de monde. Même les gens de l'équipe universitaire venaient à plusieurs à chaque réunion.


MP : A propos de SpiraL, justement, le fait d'avoir un organisme extérieur au monde des bibliothèques qui mène l'évaluation, était-ce un frein ou un atout ?

DC : C’est bien d'avoir eu quelqu'un de neutre qui fasse ce travail-là. Comme je l’ai dit, j'avais au départ peur du temps que j'allais devoir consacrer à ces réunions, peur de ne pas pouvoir faire mon travail à côté. Et au final j'ai réussi, tout s'est bien passé. Il faut dire qu'il n'y avait rien à préparer puisque Spiral et l’admi-nistration s'occupaient de tout le travail entre les réunions, des comptes-rendus, … Donc nous n'étions vraiment là que pour donner notre avis.

 

PV : C'est vrai que les gens de SpiraL n'avaient aucune expérience dans le secteur et ne connaissaient pas le terrain mais il s'agissait de l'application d'une méthodologie de travail. Cette méconnaissance du sujet n'était donc au final pas vraiment importante. Maintenant, si le processus avait été mené en interne au secteur, ou via un organisme associatif qui lui est proche, les choses se seraient déroulées autrement et ça aurait pu être un avantage aussi. Il y a du pour et du contre...


MP : Il y a peut être aussi une caution plus scientifique au travail effectué ?
PV : Oui, sans doute. Mais c'était très “universitaire”. Ils savaient où ils allaient et comment ils y allaient. Peut-être un peu trop cadré pour moi, peut-être avec un petit manque de souplesse. Ce qui est paradoxal pour évaluer un décret qui se veut être un décret de liberté!


MP : L'administration participait aux réunions. Là encore, avez-vous vécu cette présence comme quelque chose de positif ou pensez-vous que ça a pu biaiser le travail effectué ?
DC : Personnellement je n'y voyais pas de problème. Au contraire, je pense que c'est bien qu'ils aient été là. J'ai de toute façon l'impression que tout le monde était à l'aise, pas bridé, qu'on a pu parler librement. Après, est-ce que ça aurait été autrement s'ils n'avaient pas été là … ?


PV : Je pense qu'on a la chance d'avoir une administration qui est à l'écoute du secteur, qui cherche à le comprendre. Elle est vraiment en appui du secteur. On sait qu'il y a des contraintes, des rapports, … mais on n'a plus cette impression d'administration seulement contrôlante. Elle est surtout aidante. Les gens de l'admi-nistration voulaient vraiment que cette évaluation serve à quelque chose, que ça soit constructif et que ça aide le secteur.


MP : D'autres points forts ou faibles de ce processus ?
PV : Oui, par exemple un point fort de la méthodologie c'est qu'ils ont essayé d'élargir au maximum les personnes interrogées. Ils n'ont pas pris un échantillon mais bien envoyé le questionnaire à toutes les bibliothèques de la fédération. C'est donc quand même représentatif, me semble-t-il. Le reproche par contre qu'on pourrait faire, c'est qu'ils n'ont envoyé le questionnaire qu'aux bibliothécaires dirigeants. Je pense que leur avis n'est pas toujours nécessairement le même que celui des bibliothécaires de terrain, ceux vraiment au contact des usagers. Le dirigeant a un autre regard sur les choses. Une autre remarque est que beaucoup de bibliothécaires ne peuvent pas répondre à un tel questionnaire sans l'aval de leur pouvoir organisateur. Beaucoup ont dû soumettre leurs réponses à leur échevin, … C'est quand même un biais, voire un frein dans la démarche.

Un autre grand point positif est qu'il y a eu différents types d'interrogations du secteur. Les questions générales où tout le monde peut s'exprimer, les interviews individuelles qui dans mon cas ont pris au moins une matinée avec rencontre d'un bibliothécaire de terrain et un partenaire... Je trouve ça intéressant. Il semble aussi que beaucoup de choses ont été dites dans les focus groupes. Les gens ont brainstormé ensemble. C'est quand même une occasion importante de pouvoir s'exprimer! Si j'ai bon souvenir aussi, c'était anonyme, ce qui permet de vraiment dire ce qu'on pense et ce qu'on vit. A la lecture des résultats, je pense que les gens se sont vraiment exprimés sincèrement et on a pu voir une convergence assez claire sur ce qui a posé problème dans l'application du décret. Je dirais que la méthodologie utilisée a permis de conforter nos intuitions. J'ajouterais aussi que la restitution des résultats a été faite de manière très intéressante: un rapport complet mais aussi un document synthétique reprenant les points forts. J'ai pu fournir ce document à tout mon personnel sur le terrain.

 

DC : J'étais étonnée par l'ampleur du travail de départ. Je pense que les gens de SpiraL ont dû réduire un peu le projet car, par exemple, il n'était pas possible d'aller questionner la population. C'est vrai que pour évaluer le décret, c'est important d'avoir l'avis des bibliothèques bien que l’on ait le nez dans le guidon. Il aurait fallu avoir aussi l'avis de ceux qui fréquentent les bibliothèques ou qui justement ne les fréquentent pas et ça, c'était un peu trop ambitieux dans ce cadre-là. C'est peut-être une des faiblesses de ce processus. On a évalué le changement des pratiques des bibliothécaires plus que l'impact du décret sur le développement des pratiques de lecture. D'où peut-être aussi l'absence de surprise de ma part sur les résultats. A part ça, les réunions se passaient très bien, plutôt à bâtons rompus, dans la confiance avec l'impression d'avancer. L'objectif était assez précis, faire remonter les remarques et propositions du terrain vers la ministre, c'était motivant!


MP : C'est ce qui a été concrétisé dans une deuxième phase, dans un nouveau groupe de travail auquel vous avez participé, Pascale. Pourriez-vous nous en dire un mot ?
PV : La ministre a reçu l'évaluation faite par SpiraL et souhaité passer à une phase “prendre des mesures”.

Elle a donc demandé au secteur de formuler des propositions concrètes. Il y avait deux missions: faire des propositions pour rendre la vie des opérateurs plus facile mais aussi pour remettre en marche le processus des reconnaissances. Il y a la volonté au sein du monde des bibliothèques de ne pas avoir un secteur à deux vitesses, avec des gens qui restent bloqués et d'autres qui sont reconnus.


MP : Vous pensez avoir réussi à bien répondre aux demandes du terrain par vos propositions de modification ?
PV : Oui. Notre souci depuis le début était vraiment de respecter l'esprit de la législation. Certaines contraintes imposées ne sont pas en phase avec la réalité du terrain mais l'idée n'était pas de changer l'esprit du décret, auquel tout le groupe de travail était attaché. Personnellement je le trouve progressiste. Il donne la liberté nécessaire pour développer un projet particulier en fonction d'un territoire, dans une perspective citoyenne. On a bien veillé à ne pas toucher à ça dans les propositions faites mais à simplement nous rendre la vie plus facile.


MP : Cette phase de travail a été plus intense que la première.
PV : Oui, la ministre ne nous a donné que 5 mois. On a beaucoup travaillé car on n'a pas fait des propositions sur base des seules 5 ou 6 personnes présentes dans le groupe! On revenait chaque fois dans nos régions
respectives, dans nos équipes, pour avoir l'avis de notre réseau. Il faut souligner le travail monumental fait par les gens de l'administration: les synthèses rapides, les courriers, ... Ce groupe de travail était très chouette, très impliqué. Nous avions vraiment envie de profiter de cette occasion de dire ce que le terrain voulait changer et l'administration, comme l'inspection d'ailleurs, étaient au service du groupe. Ce groupe a été terriblement efficace!

MP : Etes-vous toutes les deux confiantes dans les résultats de tout ce travail ?
PV : Si j'en juge par l'accueil que nous avons reçu par la ministre en mai dernier, oui. Mais la situation politique belge en ce mois de juin est tellement chahutée que nous ne savons pas à quoi nous attendre. Ni quand ...

DC : Oui, je crois (rire) et je suis quand même curieuse de voir ! En tout cas, la démarche est très positive et doit avoir lieu. Maintenant j'aimerais bien voir le résultat...

 

 

 

 

1. Delphine Carlier est directrice de la bibliothèque communale de Genval et coordinatrice du réseau des 3 bibliothèques.
2. Pascale Vanderpère est directrice de la bibliothèque locale du réseau Louviérois de la lecture publique, de l'opérateur d'appui pour la province de Hainaut et de la bibliothèque itinérante de la province de Hainaut.