Un jour, nous regarderons le vingtième siècle en arrière et nous nous demanderons pourquoi nous consommions autant. Dans une société qualifiée d'hyperconsommation l'homo oeconomicus est constamment l'objet d'observations, d'études, de tests et d'influences au profit de stratégies économiques et commerciales.

Or aujourd'hui, ce modèle semble atteindre ses li-mites, nos sociétés traversent une période de crise. Cette crise est globale par son côté environnemental : notre planète se fatigue, les matières premières s'épuisent, le climat se modifie avec une intensité inégalée. Mais cela s'est doublé également ces dernières années de ce que « M. et Mme tout le monde » appellent « la crise ». Peu de personnes ont une idée claire de ce qu'est vraiment cette crise financière et économique, seuls les impacts sont visibles : baisse des salaires, baisse du pouvoir d'achat, situation de faillite à l'échelle des États…

Or, face à cette situation, des initiatives émergent ; elles prennent souvent racine au travers d'individus souhaitant réagir face à cette situation et trouver des solutions. Une nouvelle société se forge pour s'adapter à ces temps difficiles, un nouveau phénomène appelé « consommation collaborative » ou encore « économie de partage » est né.

Les initiatives se multiplient et confèrent une ampleur sans précédent à ce mouvement. Les principaux secteurs de consommation concernés aujourd'hui sont : l'alimentation, les transports, l'échange / le troc, les voyages, les loisirs le logement, la finance, le co-working, le partage, la location.

 

 

Le secteur de l'alimentation :

Selon le réseau des consommateurs responsables, il s'agit des différentes initiatives au niveau local de mutualisation entre des groupes de consommateurs et des producteurs agricoles biologiques ou pratiquant une agriculture raisonnée. On y retrouve les paniers (bio ou non), les Groupes d'Achats en Commun (GAC), les Groupes d'achats Solidaires de l'Agriculture Paysanne (GASAP) et autres Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne (AMAP). Aujourd'hui, il existe au moins 127 groupements en Wallonie et 50 à Bruxelles !

On y ajoute les différentes formes de potagers collectifs : les jardins-potagers ouvriers, collectifs, partagés, d'insertion sociale, pédagogiques ou encore de formation professionnelle.

 

 

 

Le logement/ l'habitation :

La cohabitation ou colocation consiste au partage d'une maison ou d'un appartement entre plusieurs personnes disposant d'espaces communs ainsi que d'espaces individuels. Cette formule est choisie le plus souvent par des jeunes actifs sur le marché du travail qui disposent rarement d'un revenu suffisant pour payer individuellement un logement.

L'habitat groupé est généralement porté par un groupe de personnes qui souhaitent développer un projet. Cela comprend également l'utilisation d'espaces communs. Cette formule comprend la réhabilitation de bâtiments et son partage en logement entre des ménages comme par exemple la société coopérative qui occupe l'ancienne abbaye de St Denis, ou ailleurs la rénovation d'une ancienne ferme à Braine-le-Comte.

Il existe également des projets de constructions groupées et intergénérationnelles à Wavreille et Durnal, entre autre.

 

 

 

L'énergie :

Tout comme le logement, les dépenses liées aux charges énergétiques s'avèrent être des dépenses conséquentes. C'est une des raisons pour lesquelles on voit fleurir des groupements d'achat d'énergie de gaz et d'électricité qui, de ce fait, deviennent des clients importants susceptibles d'obtenir des prix plus intéressants.

D'autres initiatives telles que les coopératives citoyennes ont pour objectif principal d'investir dans la production d'énergies renouvelables en général et plus particulièrement dans la production d'électricité d'origine éolienne.

 

 

 

Le transport :

Ce secteur des transports est pionnier dans la consommation collaborative. Outre les formes courantes et classiques tels que les transports communs et la location traditionnelle de véhicules, se développent, depuis quelques années, des modes de transport alternatifs comme l'autopartage ou co-voiturage et la location de voitures entre particuliers.

Dans ce dernier cas en Belgique on remarque la société de carsharing Cambio présente dans de nombreuses villes partout en Belgique. Cambio a démarré en 2002 en Wallonie, puis a étendu ses activités à Bruxelles en mai 2003 et en Flandre en 2004. Les quelques 15 000 utilisateurs Cambio disposent à présent de plus de 500 voitures réparties entre plus de 220 stations dans 27 villes belges.

 

 

 

L'échange, le troc et le don :

Sont des modes de consommation qui consistent pour les particuliers ou des entreprises à répondre à des besoins d'acquérir un bien ou un service de façon temporaire ou définitive sans transaction monétaire.

Il s'agit d'un système écono-mique sans monnaie. Les avantages de l'échange et du troc sont multiples puisqu'ils permettent d'une part d'accéder à des biens ou services à moindre coût et d'autre part ils permettent de donner une seconde vie à des objets qui ne sont plus désirés.

Cette pratique relève de la con-sommation collaborative dans l'échange, le partage et le don.

Les différentes parties de la Belgique bénéficient de l'extension, de la plateforme française « Radin.com » qui organisent les échanges et le troc entre les particuliers.

Par ailleurs un réseau de donne-ries au niveau local permet aux particuliers d'offrir à d'autres l'usage des objets utiles et en bon état dont on n'a plus besoin à destination des personnes qui en ont besoin.

 

 

 

Les échanges de savoirs et de services :

Les Réseaux d'échanges réciproques de savoirs mettent en relation des personnes qui désirent acquérir et transmettre des savoirs ; ce dispositif offre une réelle valeur ajoutée, quelque chose d'insaisissable, d'impalpable et pourtant si souvent indispensable : le savoir-faire de chaque homme.

Le Service d'échanges local (SEL) est un système d'échange de services entre les membres d'un groupe. Chaque membre du SEL propose et demande des services selon ses envies, compétences ou besoins. L'unité de mesure des échanges est le temps (1 heure de piano = 1 heure de plomberie).

 

 

 

Le secteur des voyages

Le couchsurfing constitue un réseau social de plus d'un million de personnes prêtes à s'offrir l'hospitalité les unes les autres pour une nuit ou plus. Il permet de se loger gratuitement dans le monde entier et, surtout, offre la possibilité de rencontrer les habitants des pays visités, de partager pour quelques jours leur quotidien et de bénéficier de leurs conseils. Le couchsurfing n'a pas de frontières : le principal site d'échange d'hospitalité, couchsurfing.com, compte 3 millions de membres dans 247 pays.

Une autre pratique de voyager consiste en la location d'appartements entre particuliers. Il s'agit d'une pratique qui consiste à mettre en contact des propriétaires de logements qui souhai-tent mettre à disposition leur appartement ou leur maison durant leurs absences afin d'en tirer un revenu. Ainsi, grâce aux plates formes collaboratives relatives à ce secteur, il est possible d'accéder à une incroyable va-riété de logements à tous les prix.

Airbnb, la plateforme communautaire de location et de réservation de logements permet à des particuliers de louer tout ou une partie de leur propre habitation comme logement d'appoint. Le site offre une plateforme de recherche et de réservations entre la personne qui offre son logement et le vacancier qui souhaite le louer. Il couvre plus de 500 000 annonces en plus de 33 000 villes et 192 pays. De la création en novembre 2008 jusqu'en juin 2012, plus de 10 millions de nuits étaient réservées sur Airbnb.

 

 

 

La finance participative (crowfunding) :

Le crowfunding est une pratique qui consiste à financer un projet via des contributions relativement modestes d'un groupe d'individus, plutôt que de chercher des sommes importantes à partir d'un petit nombre d'investisseurs. La campagne de financement et les transactions sont généralement effectuées en ligne via des sites dédiés crowfunding, souvent en collaboration avec les sites de réseaux sociaux.

En Belgique, les deux plus grands sites de Crowdfunding visent soit à lever du capital (MyMicroInvest), soit à prêter de l'argent (Look & Fin). Le premier s'intéressera donc surtout à des start-up, tandis que l'autre visera plutôt des entreprises disposant déjà un historique et d'une capacité à rembourser. Dans un cas comme dans l'autre, l'objectif sera d'attirer des investisseurs plutôt que des donateurs.

 

 

 

Le coworking :

Un espace de coworking, est un lieu d'accueil, de travail et de rencontre pour les entrepreneurs, porteurs de projets et d'idées qui souhaitent les partager avec d'autres ; ce lieu est dynamisé par une animation spécifique qui vise à créer les liens à l'intérieur de la communauté des coworkers et en dehors.

Ce lieu permet de favoriser la collaboration entre acteurs (qui forment une véritable «communauté») et ainsi de créer un écosystème innovant au niveau local.

 

 

 

Le partage de loisirs :

OnVaSortir.com (OVS) est un site gratuit qui propose aux membres de trouver des personnes pour les accompagner à diverses sorties dans leur ville et aux environs : cinéma, exposition, restaurant, etc. Les sorties sont classées par date (calendrier) et popularité.

OVS est disponible pour les grandes villes en Belgique : Bruxelles, Liège, Charleroi, Namur et Mons.

 

 

 

Achats / ventes de biens d'occasions

Ce secteur d'activité est avec le troc une des pratiques les plus anciennes. En effet, vendre un bien dont on ne sert plus à une personne disposée à l'acquérir n'est en soit pas une pratique nouvelle. Les vide-greniers et autres brocantes existent depuis très longtemps. Mais encore une fois, il est à souligner que le développement de l'Internet et du pair à pair a permis de donner une toute autre dimension à ces pratiques. Désormais, il devient facile de trouver chaussure à son pied sur les marchés d'occasions tout comme il devient aisé de vendre un objet.

 

 

 

En conclusion : Quel impact sur l'économie de demain ?

Ces nouvelles formes de consommation contribuent, au niveau local, à développer du lien social interpersonnel et en solidarité avec les producteurs locaux.

On remarque un grand esprit d'ouverture vers l'inconnu et vers les cultures chez les personnes adeptes du couchsurfing, cet aspect va à l'en-contre d'un repli sur soi qui est attisé par un certain esprit populiste ambiant.

Le fait de privilégier l'usage de biens sur leur possession induit une optimalisation de l'utilisation de ces biens, ce qui diminue le non-usage et, en conséquence, le gaspillage des ressources disponibles et son impact sur l'environnement. Pour certains, ce mouvement contribue dans ce sens à une certaine décroissance économique prônée par les altermondialistes.

D'un autre côté, la consommation collaborative s'avère être un terrain particulièrement propice pour l'éclosion de start-up, c'est-à-dire les jeunes entreprises à fort potentiel de croissance. De nouvelles opportunités s'offrent ainsi aux entreprises. Le site d'AirBNB , propose des annonces dans 192 pays et 34.000 villes. Selon les analystes, il réaliserait un chiffre d'affaires de 1 milliard de dollars, généré en prélevant une commission de 6 à 12 % sur l'ensemble des transactions réalisées entre particuliers sur la plate-forme. Depuis la création de cette dernière, plus de 4 millions de personnes l'auraient utilisée.

On le voit donc, les modèles de consommation collaborative s'inscrivent, dans une certaine mesure, dans le cadre du capitalisme traditionnel. Ils apportent cependant un nouveau modèle d'entreprise, soucieuse de son environnement et de son impact social.

Assiste-t-on à un bouleversement durable de nos valeurs ?

Nous découvrons de nouvelles habitudes et ce changement est structurel. Faut-il pour autant croire à l'analyse de certains qui considèrent que nous sommes en train de vivre les prémices d'un dépassement du capitalisme, parce que la notion même de croissance et de propriété serait, selon eux, battue en brèche par le partage et l'essor de la valeur d'usage contre celle de la possession. L'Histoire montre que le capitalisme s'est toujours nourri de sa critique et toujours régénéré et les acteurs traditionnels peuvent s'emparer des nouvelles tendances, comme Ikea, qui organise maintenant des vide-greniers dans ses ma-gasins.