Dans les extrêmes, c'est la droite radicale qui a le vent en poupe. Elle parle à l'homme de la rue avec ses sentiments à lui. Elle parle à sa femme et à ses enfants. Aux homos et aux juifs aussi, s'il le faut vraiment. Finalement et à part aux islamiques, elle parle à tout le monde car elle veut le pouvoir. Pour l'avoir et c'est de bonne guerre, elle incendie les pouvoirs politiques en place tout en épousant leur grammaire organisationnelle. Paradoxalement, l'extrême-droite veut faire partie des élites qu'elle rejette pour diriger la nation et le peuple « à sa façon ».

Les essais de typologie des extrêmes-droites européennes sont nombreux. Celle d'Elisabeth Carter se base sur cinq catégories : néo-nazi, néo-fasciste, xénophobe autoritaire, xénophobe néo-libéral 
et populiste néo-libéral. Cas Mudde identifie lui les courants « à succès » de l'extrême-droite et jette un éclairage sur les trois piliers idéologiques d'une « droite radicale et populiste » qui progresse de façon sensible dans l'Union européenne : le populisme, l'autoritarisme et le « nativisme ». Son analyse est reprise dans de nombreux travaux, dont le master de Laude Ariane « Droite populiste et radicale : un état des lieux sur un phénomène singulier en Union Européenne ».


La typologie Mudde
Nativisme, c'est à dire né de la nation. Le nativisme peut se définir comme une combinaison de la xénophobie et du nationalisme. Il repose sur la conviction que la nation ne devrait être habitée que par les membres d'un groupe de natifs, les autres étant perçus comme des menaces. Dans la même ligne, Kristina Boréus évoque la croyance en la supériorité nationale et une détermination qui exclut les non na-tifs, les non ressortissants vivant dans un pays qu'ils empêchent par leur présence de renouer avec un âge d'or mythifié. Ceux-ci, leurs idées et leurs pratiques culturelles sont considérés comme un danger pour l'homogénéité de l'Etat Nation. Qui sont les ennemis de ces natifs ? Les étrangers, qu'ils soient issus de l'immigration ou d'une minorité ethnique. Avec des cibles de prédilection : les juifs, les roms et l'Islam.

 

Le virage social de l'extrême-droite
L'hostilité à l'Islam est devenue ces dernières années une composante essentielle du discours de l'extrême-droite. Robin Wilson et Paul Hainsworth : « Les partis d'extrême-droite qui ont remporté les scores les plus importants en Europe occidentale en sont arrivés à externaliser leur xénophobie intrinsèque : ce n'est pas « nous » qui sommes racistes, ce sont « eux » les musulmans, qui sont la source de l'intolérance ». En 2010, le BNP proposait de mettre en place un « contre-jihad » afin de confronter la colonisation islamique de la Grande Bretagne. La préférence nationale est associée au chauvinisme social refusant la protection sociale aux parasites étrangers. C'est Bertz qui qualifie ce tournant de « virage social » de l'extrême-droite. « Cette volte-face permet par exemple d'expliquer selon Watcher la capacité du Fpö de s'attirer le soutien de la classe moyenne. Etant presque au coude à coude avec le Parti Socialiste dans les sondages, le Fpö reçoit un soutien qui n'est aucunement confiné aux « perdants de la mondialisation ».

 

Le peuple, c'est nous
L'autoritarisme est le second pilier de l'idéologie d'extrême-droite. Si les partis d'extrême droite veillent à ne pas franchir la ligne rouge des principes démocratiques, l'ordre est pour eux la base de la liberté. Laude Ariane : « Ils ont ainsi une conception d'un Etat dur et répressif, condamnant toute déviance, qui privilégie « l'intérêt collectif aux dépens de l'agir individuel. Le troisième pan de l'idéologie d'extrême-droite est le populisme. Il y a le peuple d'un côté, l'élite dirigeante de l'autre. Et le parti est l'incarnation du peuple contre les élites, traîtres de la nation. Leur mission est de rétablir la démocratie directe, en s'appuyant, résume Cas Mudde, sur le plébiscite, la personnalisation du pouvoir et la primauté du politique. Le plébiscite, c'est la multiplication des appels au référendum pour rendre la parole au peuple. On doit pouvoir consulter le peuple sur tous les sujets. En écho à cette thèse, l'extrême-droite a joué un rôle important dans l'instauration du référendum d'initiative populaire en Suisse ».

 

Un pouvoir fort
Sur le terrain, l'extrême-droite est en faveur d'un pouvoir fort. Laude Ariane : « La vision du pouvoir est moniste, il doit être unitaire. Le plura-lisme et les institutions intermédiaires séparant le gouvernemental du peuple sont vus avec une grande suspicion. Et, dans la foulée, la femme ou l'homme politique est élu en tant qu'élu absolu de la voix du peuple a la primauté sur tout. Ainsi, même la loi ne peut soumettre la volonté populaire. « Si la loi va à l'encontre du peuple et des notions généralement acceptées de justice, alors ce n'est pas la loi. La seule chose à faire est de la briser pour le bien de la majorité », s'exprime ainsi le leader du parti polonais Samoobrona cité par Ariane. L'extrême-droite s'est installée avec délectation dans les pantoufles de l'anti-système en seul représentant politique crédible du bon sens populaire auquel les élites sont, par définition, inaudibles. D'où le rejet officiel du néo-fascisme et du néo-nazisme pour des organisations qui s'adressent avec un ton de confidence et de connivence à l'homme de la rue.

 

Apprendre le métier
Le fait que les partis politiques traditionnels ne parviennent plus à satisfaire leurs électorats a ouvert des espaces à des mouvements sociaux nouveaux. Les représentants de leurs partis se sont emparés des électeurs des partis traditionnels, et l'extrême-droite en a fait de même. Paul Hainsworth et Robin Wilson : « Dans un tel contexte, les partis qui ont émergé étaient différents des vieux partis néofascistes et en mesure d'en assurer un soutien. Il y aussi et peut-être surtout le talent à se transformer en organisation politique structurée, comme le montre par l'inverse l'extrême-droite francophone belge. Comme toute organisation, il importe de choisir un chef charismatique, d'organiser le recrutement, la formation et la socialisation des candidats. En un mot, les partis d'extrême-droite en sont pas de simples spectateur passifs qui captent les oppor-tunités politiques qui se présentent sur leur chemin. Ceux qui ont réussi sont ceux qui ont été capables de s'organiser et de saisir les opportunités et d'exploiter les niches existant dans le système politique et de parti de leur propre pays. Ils doivent « proposer un attrait approprié qui tire parti du moment et exploite la faiblesse stratégique des partis existants ».

 

Recréer les clivages droite-gauche
Et le fait est, qu'ils prospèrent depuis que les partis traditionnels sont arrivés à une convergence en terme de politiques et de pratique. Robin Wilson et Paul Hainsworth : « A cet égard, Kitschelt attire l'attention sur les expériences de l'Autriche, des Pays-Bas, de la Suisse et de la Belgique. La convergence permet aux partis d'extrême droite (et à d'autres) de dépeindre les gouvernements de gauche et de droite traditionnels comme étant fondamentalement « les mêmes » et ils insistent par conséquent sur la nécessité de les confronter à des perspectives alternatives plutôt qu'à une alternance sur des questions telles que l'immigration et l'intégration européenne, à la criminalité. L'avènement de la social démocratie, la voie « médiane » entre la gauche et la droite, adoubant la mondialisation néo-libérale a ouvert un boulevard pour des partis d'extrême-droite qui peuvent se présenter comme les seules forces anti-establishment. « L'abandon de l'idée selon laquelle la gauche affronte le capitalisme et qu'elle est distincte de la droite en raison de sa poursuite de l'éga-lité a rendu le champ libre à l'extrême-droite. Cet héritage continue à faire des émules, étant donné que sur l'ensemble du continent européen, les socio-démocrates sont incapables d'exprimer clairement une critique forte de la crise du capitalisme depuis 2008. Pourtant, à y regarder, l'extrême-droite n'a pas d'alternative à proposer. Dewinter garde la plupart du temps le silence sur les questions économiques à l'exception de remarques populistes sur les grecs où l'habituelle stigmatisation l'emporte ».

 

Piégée par son propre discours
Et lorsque l'extrême-droite arrive au pouvoir, elle franchit le rubicon et se piège à son propre discours : 
« Tous les partis entrés au gouvernement avec un fort score électoral ont vu celui-ci chuter de manière impressionnante lors du scrutin suivant. Ainsi, le FPO est entré pour la première fois dans une coalition gouvernementale en 2000, suite à un score de 26,9 % et a vu celui-ci passer à 10 % en 2002. Alors que le parti s'était fait élire sur la base d'une promesse d'un changement économique radical qui favoriserait les petits entrepreneurs tout en protégeant les « faibles et les défavorisés », le ministre des finances issu du FPO a dû mener une série de mesures fiscales très dures, ainsi que de très grandes réformes néo-libérales, dont les retombées ont gravement touché la base électorale du FPO, à savoir les « faibles et les défavorisés » auxquels il promettait sa protection. Le SNS quant à lui a obtenu un score de 5,1 % en 2010 alors qu'il avait réussi à entrer dans la coalition gouvernementale de 2006 avec 11,7 % de suffrages exprimés. Nous pouvons prendre l'exemple de la chute électorale du parti polonais LPR qui est entré dans la coalition gouvernementale avec 7,97 % et a obtenu 1,28 % au scrutin suivant ».

 

6 moyens de lutter
Globalement Goodwin identifie six façons possibles de réagir aux extrémismes populistes : les exclure, désamorcer leur message, adopter dans une certaine mesure leur rhétorique et leur politique, les confronter avec des principes, se tourner davantage vers le gens de la base et faire appel à un travail de proxi-mité, encourager le dialogue parmi les différents groupes à un niveau interculturel. Sa conclusion ? Les réactions les plus efficaces seront celles qui pri-vilégieront le niveau local, où le travail auprès des électeurs et le dialogue entre les différentes communautés constituent une perspective réaliste et peuvent se forger autour d'expériences vécues et de circonstances partagées.

 

 

 

Source & Infos
Laude Ariane, Droite populiste et radicale : un état des lieux sur un phénomène singulier en Union Européenne. Université Lumière Lyon 2
Institut d'études politiques de Lyon – 06/09/2011

Carter Elisabeth (2005). L'extrême-droite en Europe Occidentale : réussite ou échec ? Manchester University Press

Cas Mudde The Ideology of the extreme right Manchester University Press

Paul Hainsworth et Robin Wilson. Les partis d'extrême-droite et leur discours en Europe : un défi de notre temps. Robin Wilson et Paul Hainsworth. Réseau européen de lutte contre le racisme. Mars 2012

Goodwin Mathew 2011 La réponse appropriée comprendre et contrecarrer l'extrémisme populiste en Europe. London : a Chatham House Report