« Des produits qui ont du goût, des producteurs qui ont la passion, des consom'acteurs qui ont du plaisir », telle est la devise de cette jeune coopérative « paysans-artisans »1 initiée sur la commune de Floreffe, en région Namuroise, qui fête dignement cet été son premier anniversaire.
Et les résultats sont plus qu'encourageants : 200 coopérateurs se sont ralliés au projet depuis juillet 2013, 39 producteurs, plus d'une centaine de produits différents, et plus de 500 consommateurs sont recensés. Une moyenne de 110 « paniers » sont livrés par semaine en différents lieux de la région.
Au départ de cette initiative, un groupe de citoyens, militants, tous bénévoles, désireux d'amener un changement effectif dans les modes de production et de consommation alimentaire, en s'appuyant sur trois constats essentiels :

D'une part, l'envie de redonner confiance dans l'alimentation quotidienne, d'y (r)amener de la diversité, et une traçabilité, en réponse au sentiment actuel largement partagé de méfiance quant à la composition réelle des aliments, à leur normalisation et leur caractère souvent aseptisé. D'autre part, l'urgence de soutenir les petits producteurs locaux, qui étouffent et qui souffrent cruellement des modifications profondes de l'ensemble du secteur agricole : accélération de la transformation des modes d'exploitation dans une perspective de plus en plus capitaliste au détriment de la production familiale ; augmentation impressionnante du foncier ; perte d'autonomie des petits exploitants et enfermement dans des filières intégrées; augmentation des contrôles qui favorisent la concentration des exploitations… Avec l'enjeu d'un retour à une agriculture diversifiée, proche des gens ; de perpétuer le partage et la transmission des savoir-faire, le plaisir de l'agriculture… Et enfin, plus largement, l'envie de revaloriser aussi, de façon concrète, 
l'importance du lien social, de la convivialité, des so-lidarités…

La mise en œuvre concrète de la coopérative et de son activité de distribution de « paniers » commencée en juillet 2013 repose quant à elle sur des choix assumés, qui font toute la particularité, la richesse et la qualité de ce projet.

Le premier choix des porteurs du projet a été celui de désirer délimiter l'action de la coopérative sur un territoire défini : dans un premier temps, celui de la commune et des communes avoisinantes, avec un rayonnement d'une vingtaine de kilomètres environ. « C'était important pour le travail de mobilisation de l'ensemble des acteurs, explique Anne Dereine, administratrice et membre fondateur du projet. C'est un territoire que les producteurs locaux connaissent bien et qu'ils maîtrisent, économiquement. Puisque les paniers se font à la demande, ils viennent livrer les quelques marchandises demandées dans un rayon géographique qui reste économiquement rentable. Il en va de même pour la coopérative qui centralise la réalisation des paniers et les amène de façon hebdomadaire aux points d'enlèvement mis à disposition du public. Enfin, c'est un territoire que les consommateurs apprécient et qu'ils ont à cœur de préserver et de valoriser ».

« Le second incontournable, c'est que nous tenions également à proposer aux producteurs un véritable débouché économique en tentant de garantir une distribution large et significative de la production, et non occasionnelle ou limitée à quelques paniers pour quelques familles seulement » explique Benoit Dave, également administrateur et membre fondateur du projet. Il s'agissait d'un enjeu essentiel pour la coopérative : assurer, à moyen et long terme, la viabilité économique du projet pour nos producteurs. Benoit Dave complète : « Dès le départ, nous avons aussi eu la volonté de ne pas distribuer que de la production « bio », ce qui permet à des producteurs locaux, notamment issus de fermes traditionnelles, qui ne pratiquent pas forcément ce créneau de production, de continuer à valoriser leurs savoirs faire, et de créer des synergies avec d'autres activités de l'exploitation agricole qui ne relèvent pas de la production alimentaire. C'est également une façon de ne pas s'enfermer dans une image trop « bobo », fortement stigmatisée aujourd'hui dans la population ».

Pratiquement, nous avons pris le parti de proposer d'une part la commande par internet, cela nous paraissait une évidence, et d'autre part d'élargir de manière très large la gamme de produits proposés (légumes, viandes, produits laitiers, salaisons, pains, pâtisseries, jus, chocolats, préparations…) qui dépasse l'image habituellement véhiculée du « panier bio ». D'un point de vue économique, le groupe porteur a également fait le choix, au départ de l'activité, de mener celle-ci sur fonds propres, sans recours aux subsides, et de viser au quotidien la rigueur et l'équilibre financier. Durant un an, la coopérative n'a donc fonctionné qu'avec des béné-voles, ils sont aujourd'hui une quarantaine. Selon Benoît Dave, il ne fut pas difficile de les trouver : « la coopérative offre un minimum de cadre, de règles, une certaine efficacité. Le projet est clair, il a du sens pour les gens et c'est enthousiasmant ».

De façon évidente pour tous, le désir était aussi de faire naître un projet collectif porté par le plus grand nombre. C'est ainsi que la structuration en « coopérative à finalité sociale » s'est imposée naturellement. Fait plutôt rare, la coopérative « Paysans-artisans » regroupe à la fois des producteurs et des consommateurs dans ses structures de décisions. Benoit insiste néanmoins: par la coopérative, il s'agissait donc bien d'intégrer autrement le champ économique, mais avec une dimension sociale et politique données à l'action.

Les fondateurs ont également, dès le départ, fait le choix de positionner la convivialité et la rencontre au centre du projet. Comme l'explique Anne Dereine, « nous ne voulions pas d'un service « cash and carry ». Les consommateurs, qui font leurs commandes via le site internet, viennent chercher celles-ci de façon hebdomadaire dans des point de distribution que nous avons rebaptisés « point de r'aliment ».

Des bénévoles y sont présents, des producteurs parfois également, un bar y est ouvert, des dégustations sont possibles… On y reçoit de l'information, cela devient un lieur de rendez-vous après la journée de boulot… ».Fait particulier : ces points de r'aliment ne sont pas organisés par la coopérative elle-même mais en partenariat avec une association, des citoyens, stucturés ou non, qui soutiennent le projet en se chargeant notamment de la gestion de ces lieux de distribution des commandes, de leur animation (marchés locaux…) mais aussi plus largement de la sensibilisation de la population à une autre forme de consommation. L'ouverture d'un nouveau lieu de distribution par un partenaire est par ailleurs soumise à une exigence incontournable : enrichir dans un même temps la coopérative de 40 nouveaux coopérateurs, ce qui garantit, à chaque augmentation de la taille de la structure, l'implication effective de nouveaux adhérents dans l'ensemble du projet de la coopérative, et la prise en charge de l'activité par de nouvelles énergies. Cela permet également d'éviter son utilisation restreinte à un « simple service de magasin ». Trois points de r'aliment sont actuellement en activité. Plusieurs autres lieux sont en discussion.

Enfin, la coopérative à fait le choix de ne pas travailler que sur la distribution, mais également sur un soutien fondamental au processus de production. Comme l'explique Benoit Dave : « Les constats sont sans appel en région rurale aujourd'hui : les producteurs ne sont plus assez nombreux et ceux qui restent sont parfois au bord du gouffre. Nous avons estimé que soutenir les processus de production faisait également partie intégrante de notre projet. Nous avons donc pour objectif de favoriser l'aspect « agent de développement » de notre action, et ce de différentes manières : appui des producteurs locaux à la diversification, appui à la reconversion, développement de partenariats et de solidarités entre producteurs ; « espaces-tests » pour de futurs maraîchers, couveuse d'entreprises, mutualisation de savoir-faire, partenariats avec l'enseignement… ».

Comme on le voit, après une année de fonctionnement, les projets ne manquent pas. Aux côtés de la coopérative, une asbl vient d'être créée. Nommée « les ateliers du grand tournant (A-GRA-T en simplifié), elle vise à permettre la mise en œuvre d'actions d'informations, de sensibilisations, de recherche-actions, d'interventions complémentaires à celles de production et de distribution, mais aussi et surtout à porter plus haut encore le travail stratégique et de lobbying politique essentiel dans ce secteur aujourd'hui.

 

 

 


1. PAYSANS-ARTISANS scrl fs Siège social : rue Elie Delire 1 – 5150 Floreffe 
Tel : 0478/97.03.58 Mail : info@paysans-artisans.be